Chapitre 8
La main tremblant légèrement, Regina tenait entre ses doigts le neuvième cœur innocent que les lettres lui avaient ordonné de prendre. Après la première, qu'elle n'avait pas prise au sérieux, d'autres avaient suivi. Une seconde, lui offrant une chance de s'exécuter sans que quelque chose n'arrive aux siens. Une troisième, qu'elle n'avait toujours pas prise au sérieux, lui offrant sa dernière chance. Lorsque la cinquième, puis la sixième était arrivée, des incidents avaient commencé à se produire autour d'Emma et d'Henry. De vrais bêtises, mais ces toutes petites choses avait fait prendre peur à la reine. Peur que quelque chose de bien plus grave n'arrive à sa famille. Alors, elle s'était exécutée. Elle avait été prendre le cœur du premier innocent qu'elle avait croisé. Et comme cette fois, comme toutes les fois depuis, sa main avait tremblé. La femme devant elle tremblait, elle aussi. Elle murmurait des choses que Regina avait du mal à entendre. Non pas à comprendre, elle comprenait parfaitement les dires de sa victime. Mais les mots lui vrillaient le cœur.
-Nous vous pensions changée… Ce n'était qu'un leurre ? Destiné à séduire la sauveuse ? Je vous en prie… Vous étiez enfin pardonnée de tous…
La reine sentit sa main trembler plus encore et deux larmes roulèrent sur ses joues. Elle se laissa tomber à genoux devant la femme.
-Je n'ai pas le choix… Je ne peux pas faire autrement… murmura-t-elle, une infinie tristesse dans la voix.
-Vous ne pouvez pas vous empêcher de tuer ? S'offusqua la femme.
-Non… je n'ai pas d'autre choix que d'obéir… sinon, ils s'en prendront à mon fils et mon amour… Et je ferais n'importe quoi pour les protéger…
Le regard effrayer de la femme changea. Du tout au tout. Il devint compassion et pardon. Posant ses deux mains sur celle de la reine, elle lui fit serrer un peu son propre cœur.
-Si c'est ma mort qu'ils vous ont ordonné… tuez-moi… Personne ne saura votre secret, hélas… Mais je vous pardonne. Parce que si ma mort peut protéger les vôtres… c'est que vous avez vraiment changé, votre majesté. Et j'y crois… Je crois sincèrement que vous êtes devenues quelqu'un de bien…
Regina sentit ses larmes couler plus encore. C'était la seconde fois que quelqu'un lui pardonnait sa future mort. Mais cette fois, elle acceptait ce pardon de bon cœur. Elle prit sa victime dans ses bras, la serrant contre elle, comme on s'accroche à une bouée de sauvetage.
-Merci… murmura-t-elle avant de réduire le cœur en cendre aussi rapidement que possible.
La première fois qu'elle tuait depuis tellement longtemps. Ça ne lui avait procuré aucune joie. Juste un immense mal être. Comment allait-elle pouvoir cacher ce genre de chose à Emma ? Elle qui avait déjà remarqué que quelque chose ne tournait pas rond… Comment lui cacher que 8 nouveaux cœurs avaient rejoint le caveau et qu'un neuvième venait d'être réduit en cendre ? Envoyant le corps là où la femme avait vécu, elle se releva, les mots encore en tête. « Je vous pardonne… Si ma mort peut protéger les vôtres… Vous êtes devenues quelqu'un de bien… »
-Mensonges… MENSONGES !
Regina se transporta dans la forêt, là où Emma avait perdu connaissance l'hiver précédent. Elle hurla un bon coup son désespoir, et se laissa aller à une crise de larmes. Elle avait besoin d'en parler. Elle le savait. Mais elle savait aussi qu'elle ne pourrait pas le dire à Emma… Sa sheriff de petite amie allait lui faire la tête au carré, c'était certain. De plus, Emma ne lui pardonnerait d'avoir agi de la sorte. Mais Regina ne savait juste pas quoi faire… Sans savoir qui était son ennemi, elle ne pouvait que faire ce qui lui était ordonné afin de mettre Henry et Emma en sécurité. Comme elle regrettait à présent de n'avoir rien dis au sujet de la première lettre. De l'avoir cachée, celle-là et les suivantes… Mais il était trop tard. Et le remord d'avoir tué cette innocente femme tordait déjà le cœur de la reine… Elle ne pouvait plus faire marche arrière… Maudissant à nouveau l'expéditeur des lettres, qui qu'il fut, Regina quitta la forêt en marchant, ses pas la guidant vers chez son ancienne amie Katrine.
Mary Margaret se sentait mal. Emma était assise face à elle, l'air perdu et inquiet. Mère et fille s'étaient réunie pour un diner au Granny's, à la demande d'Emma. Elle avait besoin de parler de quelque chose. Bien sûr, Snow avait accepté. Comme elle le craignait, le sujet avait très vite dérivé sur Régina.
-Je ne sais plus quoi faire pour qu'elle me parle, répétât Emma en se prenant la tête entre les mains, les coudes posés sur la table. Elle est tout le temps distraite, elle arrive souvent en retard…. En retard, Mary Margaret… Genre, Gina est la seule personne que je n'ai jamais vue être en retard ! Elle ne supporte pas ça… ! Et là…
Tendant la main, Mary Margaret caressa le bras de sa fille, ne pouvant atteindre ni son visage, cacher dans ses mains, ni son épaule, un peu trop loin.
-Ça lui passera, Emma… ça arrive d'avoir un moment de dépression.
-Mais elle ne me dit rien ! Elle me parle de cauchemars mais elle ment… Pourquoi me cache-t-elle la vérité ?
-Je ne sais pas, Emma… Tu as essayé d'en parler en tête à tête avec elle ?
Emma releva la tête, s'apprêtant à acquiescer d'un air entendu. Mais se figea dans son mouvement. Maintenant que sa mère mentionnait l'idée, elle se rendit compte que depuis leur diner ensemble, elles n'avaient plus passé un vrai moment en tête à tête. Très vite, une idée se forma dans l'esprit de la sauveuse.
-Mary Margaret ?
L'institutrice soupira.
-Emma… Maman, ça fonctionne aussi…
Emma secoua la tête un moment, avant de sourire à sa mère.
-Je sais… J'ai juste… du mal à m'y faire…
- Que voulais-tu demander ?
-Tu… Accepterais de reprendre Henry, ce soir après les cours ? Et le garder jusqu'à demain…
Mary Margaret regarda sa fille d'un air interrogateur. Mais comme Emma ne semblait pas vouloir partager son idée, Mary Margaret dû se résoudre à simplement accepter de garder son petit-fils pour la nuit. Le sourire que lui offrit Emma la fit sourire par contagion.
-Quoi que tu ais en tête, Emma, ne sois pas trop dure…
-Dure ? Je ne compte pas être dure… C'est de ma petite amie qu'on parle, là… Je compte plutôt sur du romantisme. Ruby ?
Une charmante jeune femme vint les rejoindre à l'appel d'Emma.
-Oui, Emma ? Il vous faut autre chose ?
-Pas pour moi, merci… Mais j'ai un service à te demander.
Ruby sourit. On lui demandait si rarement des services.
-N'importe quoi pour toi, Emma. Demande…
Emma rit doucement à l'enthousiasme de la jeune femme. Elle déposa sur la table son badge et son talkie-walkie ainsi que les clés de la voiture de patrouille.
-Je vais prendre l'après-midi pour moi… Tu veux me remplacer ?
Ruby regarda les clés et le reste avec envie. Elle tendit la main au-dessus plusieurs fois, n'osant s'en saisir. Ramenant sa main sur sa hanche, la jeune femme releva son regard vers Emma.
-C'est pas David qui te remplace, dans ses cas là ?
-Qui ? feignit Emma, sentant l'irrationnelle colère l'envahir. Je ne vois pas de qui tu parles.
Ruby regarda Emma comme si elle était devenue folle et s'apprêtait à lui expliquer de qui elle parlait, bien qu'elle n'en voie pas l'utilité, lorsqu'elle croisa le regard de Snow. Cette dernière secoua lentement la tête, suppliante. Ruby haussa longuement les épaules, lui demandant ce qui se passait.
-Elle t'expliquera, laissa tomber sèchement Emma, ayant bien entendu surpris l'échange de regard. Tu veux bien ? se radoucit-elle.
-Sur ! se réjouit Ruby en s'emparant du fatras laisser par Emma.
Cette dernière rit encore et se leva. Elle embrassa la louve et sa mère.
-Tu ne fais pas de bêtises, hein ? lança-t-elle à Ruby, qui déposait déjà son tablier.
-Promis ! lui répondit celle-ci en souriant de toutes ses dents.
Les deux amies de toujours regardèrent Emma quitter le Granny's en hâte. Puis Ruby se tourna vers Snow et s'assit en face d'elle, à la place abandonnée par la sauveuse.
-Bien, maintenant tu m'explique ce qui ce passe avec David et tu me le résume parce que j'ai le sheriff qui m'a demander de la remplacer.
Mary Margaret soupira longuement avant de se lancer dans l'explication des évènements encore inconnu de la louve et par conséquent, de la ville.
Katrine était sortie se promener, ne supportant plus trop les incessants chuchotements de ses deux locataires la façon qu'ils avaient de se taire à son approche ou de répondre évasivement à ses questions, même les plus banales. Elle songeait sérieusement à les mettre à la porte. D'un autre côté, depuis que la malédiction était rompue, elle avait eu du mal à tenir avec le peu d'argent qu'elle recevait. Du coup, cette soudaine et inattendue rentrée, bien qu'exaspérante, ne pouvait pas tomber plus à pic. Mais là, il lui fallait une pause ! Marchant en profitant de l'air frais marin, elle crut reconnaitre Regina. Cela la surprit car elle n'avait plus eu nouvelle de son ancienne amie depuis… une éternité. Que pouvait bien faire la maire de la ville aussi loin de son bureau ? Et surtout… elle semblait tellement perdue… Abandonnant son désir de tranquillité, Katrine se dirigea droit vers la reine.
-Regina ?
L'appel fit relever la tête à la reine, qui fixait d'un air vide l'eau qui allait et venait au rythme des vagues. Elle chercha un instant l'origine de son nom, et regarda un peu hagarde la personne qui l'avait tirée de ses sombres pensées.
-Katrine… Voilà un moment que nous ne sommes pas vues…
-Un long moment, oui ! sourit Katrine en prenant la reine dans ses bras.
Regina se laissa faire, sans l'accepter ni la repousser pour autant. Katrine sentit bien que son amie n'allait pas bien. Mais elle n'en voyait que la surface.
-Quelque chose ne va pas ? Tu es fort pâle…
-Je… dois être malade… je suis un peu fatiguée, rien de plus…
Cette fois, Regina fut heureuse de ne pas être face à son amour. Car ce mensonge si était vraiment mauvais. Katrine cependant, y cru.
-Ma pauvre amie… tu donnes trop pour cette ville. Prend un peu de temps pour toi, pour te reposer. Trouve quelqu'un qui pourrait faire les choses à ta place le temps d'un week end. Regarde Emma… Quand elle a envie de temps, elle fait… enfin, faisait… se reprit Katrine en se rendant compte que son ex faux mari n'avait plus été demandé par Emma depuis un temps, appel à Dav…
-Ne le dit pas !
Katrine stoppa net sa phrase, étonnée par la brusque colère de Regina.
-Ne dit pas son nom, Katrine, s'il te plait… Ni celui-ci, ni celui de notre monde… ne le mentionne plus. Pas en ma présence…
La fille de Midas resta un instant silencieux, un peu perdue. Elle secoua la tête pour remettre ses idées en place.
-Hum… d'accord… Hum… enfin, elle faisait appel à son père quoi !
-Oui, et bien elle ne le fera plus ! fit sèchement Regina. Je pense que cet homme n'a plus aucune valeur à ses yeux.
Katrine recula involontairement d'un pas. Qu'avait bien pu faire David, cette fois, pour que la reine lui en veuille à ce point ? Et surtout pour que même sa propre fille refuse de lui parler ? Mais à nouveau, ayant appris à ne se mêler que de ses affaires, Katrine se retint de poser une quelconque question.
-D'accord… Et bien… Tout ce que je peux te conseiller, mon amie, c'est de rentrer chez toi et de te reposer. Tu as vraiment l'air très mal.
La reine parvint à offrir un sourire, factice, mais un sourire, à Katrine.
-Merci, Katrine. J'avais oublié combien il était bon d'avoir une amie.
-Je t'ai dit que tu pourrais toujours compter sur moi.
Les deux femmes s'enlacèrent et cette fois, Regina y mit du sien. Puis la fille de Midas reprit sa promenade, profitant que le jour durait longtemps pour rester loin des deux conspirateurs pendant encore un moment. Regina la regarda disparaitre avant de regarder à nouveau les vagues aller et venir. Au fond d'elle-même, elle préparait déjà son masque pour quand elle rentrerait auprès d'Emma.
-Allez, Gina… c'est presque près… Rentre…
Ayant envahi la cuisine, Emma avait passé tout son après-midi à préparer une soirée romantique pour sa Gina. Elle avait cuisiné elle-même le repas, elle qui détestait cuisiner. Elle avait arrangé la table du salon, était passée chez le père de Belle pour prendre quelques jolies roses… Bref, elle avait fait tout son possible pour que cette soirée soit parfaite. Et maintenant que le souper était presque près, il ne manquait que l'invitée d'honneur. Elle n'avait pas réussi à la joindre à son bureau et son portable était couper. Emma s'en inquiétait un peu, bien sûr. Regina était toujours joignable, quoi qu'il arrive. Mais bon, il arrivait qu'elle s'absente de son bureau ou qu'elle oublie de recharger son portable… Surtout que ces derniers temps, elle était très distraite. Quelque chose ne tournait pas rond, et malgré de nombreux efforts, Emma n'avaient jamais réussi à lui soutirer ce qui ce passait. La sauveuse se redressa d'un bond en entendant la porte s'ouvrir.
-Emma ? Tu es là ?
La voix de Regina emplit le cœur d'Emma d'un mélange de joie et d'angoisse. Elle sortit rapidement son dernier plat du four et, le laissant refroidir, elle vint accueillir la reine en sa demeure.
-Bonsoir, mon cœur ! Tu es bien tard aujourd'hui… Tu as eu beaucoup de travail ?
Regina laissa un silence, se pencha vers Emma, qui lui offrit un baiser. Regina y répondit avec une passion qui cachait un besoin, une nécessité. Emma y mit fin, un peu à regret. Mais elle n'allait pas laisser Regina s'en tirer comme ça.
-Tu ne m'as pas répondu…. Chuchota-t-elle, légèrement enjouée.
Regina soupira. Ça ne servait à rien de mentir de trop à Emma, elle le saurait. Prenant une grande mais discrète inspiration, la reine releva son regard vers la sauveuse.
-Je… ne suis pas restée au bureau.
-A non ? Ça explique pourquoi je n'ai pas su t'y joindre… Viens, tu m'expliqueras tout devant le souper.
-Le… souper ?
La reine regarda Emma, interdite. D'ordinaire, c'était elle, qui faisait le souper quand elle rentrait, pas Emma…
-Oui… Je nous ai réservé la soirée. Henry est avec sa grand-mère. Je t'ai fait à manger et…
Emma prit la main de Regina et la guida jusque dans la salle à manger. La reine regarda autour d'elle avec une joie étonnée. Son cœur se tordit un peu plus fort de remord en voyant tous les efforts que faisait Emma pour lui remonter le moral. Sans qu'elle le veuille, et qu'elle en soit vraiment consciente, Regina se mit à pleurer. La douleur en elle était tellement insupportable… Elle ne pouvait… Elle ne méritait pas cette attention. Elle ne méritait pas l'amour qu'Emma lui offrait. Pas après ce qu'elle venait de faire. Pas après tous les mensonges qu'elle lui avait dit pour cacher ses actes et les lettres…
-Emma… c'est…
-Oh, Gina… Vient là !
Emma prit Regina dans ses bras, passant tendrement une main dans ses cheveux pour la calmer, l'apaiser.
-Chuut, Gina… Ce n'est rien… j'espérais te faire plaisir, moi… pas te faire pleurer…
Regina eu un rire nerveux, entre ses sanglots. Elle se laissa aller dans l'étreinte d'Emma, glissant son visage inondé dans le coup de la sauveuse.
-Tu me fais plaisir, Emma. Tu me fais toujours plaisir. Ça me fait plaisir.
-Alors pourquoi tu pleures ?
-Parce que je ne mérite pas tout ça… murmura Regina, ses sanglots redoublants.
Emma la fit s'assoir sur une chaise et s'agenouilla devant elle, comme elle le faisait avec Henry. Elle prit la tête de Regina entre ses mains et sécha chacune des larmes que versaient les yeux de la reine.
-C'est encore cette histoire, n'est-ce pas ? Ce je ne sais quoi qui t'as fait croire que la ville n'était gentille avec toi que parce qu'ils avaient peur de toi. Qu'est ce qui ce passe, bon sang ? Gina… regarde-moi. Dis-moi ce qui ne va pas. Tu n'es plus toi-même… Et ne me parle pas de cauchemars !
Regina resta silencieuse, à pleurer, posant ses mains sur les poignets d'Emma. Que pouvait-elle dire ? Que pouvait-elle révélé ? Sinon… rien ? Emma ne bougea pas, continuant inlassablement d'essuyer les larmes de Regina. Lorsqu'enfin la reine cessa de pleurer, Emma se redressa et l'embrassa sur le front.
-Tu m'en parleras quand tu seras prête, d'accord ? En attendant, on mange notre souper. Bouge pas, je vais le chercher.
La sauveuse disparu dans la cuisine et revint avec deux assiettes. Elle eut un sourire en voyant Regina manger avec appétit malgré ses larmes. Puis elle passa le reste de la soirée à cajoler et câliner la femme à qui elle avait donné son cœur et qui semblait être bien mal. Si seulement elle savait pourquoi, elle pourrait l'aider à aller mieux…
Se regardant, non, s'admirant dans le miroir devant elle, la reine eu un mauvais sourire. Elle avait retrouvé ses longs cheveux. Pas encore ses vêtements mais elle commençait à redevenir la femme au cœur noir qu'elle était depuis la mort de Daniel. Elle se plaisait ainsi, nouvellement mauvaise, plus vicieuse encore qu'avant. Qu'elle idiote, cette Regina, de souffrir autant pour le cœur de quelques paysans. C'était de SA faute. La faute de cette maudite sauveuse ! Le prince, Charming, l'imbécile de mari de cette peste de Snow White, disait que c'était elle, la reine, qui avait jeté un sort à sa fille. Mais la reine savait la vérité : c'était Emma qui avait jeté un sort sur le cœur de Regina. Qui l'avait rendue faible. L'amour… Oui, Cora avait bien raison. L'amour était une faiblesse. L'amour était la chose maudite qui l'avait enfermée au plus profond du cœur sombre de Regina. Se détournant du miroir, la reine regarda autour d'elle. Chacune des parois qui l'entouraient brillait petits points rouges, un rouge sublime, le rouge d'un cœur fraîchement arraché. Le son de toutes ces lumières, de toutes ses vies sur lesquelles elle avait tout pouvoir, lui remontèrent encore un peu plus le moral. Il était temps qu'elle fasse quelque chose. Qu'elle agisse. Sinon, Regina allait se détruire de remords quand elle pouvait y trouver du plaisir. Claquant des doigts, elle usa de sa magie pour se faire entendre de Regina, lui imposant ce qu'elle attendait. Il était plus que temps que la méchante reine reprenne sa place.
Regina ne trouvait pas le sommeil. Pas moyen. Dès qu'elle fermait les yeux, elle se revoyait tuer cette innocente femme. Et malgré le pardon qu'elle lui avait accordé, Regina ne s'en remettait pas. Agacée à force de se tourner et retourner dans le lit, elle se leva et marcha jusqu'à la fenêtre. Son regard se posa sur le pommier, en fleur en ce moment. Combien de fois était-elle venue regarder ce pommier, le soir, que ce soit dans ce monde ci, en se demandant comment rendre sa vie plus intéressante ou dans l'autre monde, lorsque le roi avait tout pouvoir sur elle. Il avait toujours su la réconforter, lui rappelant sa terre natale et son premier amour. Mais elle ne put se résoudre à songer à Daniel. Pas alors qu'elle avait Emma. Emma… Sa sauveuse… Celle pour qui elle avait obéit aux lettres. Même pour Daniel, elle n'était pas sure qu'elle aurait agi ainsi. En évoquant mentalement les lettres, Régina fronça les sourcils, priant pour ne pas en recevoir une nouvelle. Elle n'était pas sure de pouvoir tenir encore longtemps, à ce jeu de mensonges avec Emma. Ni à cette douleur qui la rongeait pour la première fois. Finissant par se détourner de la fenêtre, Regina par faire les cent pas dans la chambre, silencieuse pour ne pas réveiller Emma. Elle croisa son regard dans un miroir. Et cilla instantanément. Elle ne pouvait même plus se regarder en face… Ce fardeau lui pesait lourd sur les épaules et le cœur. Elle vint se placer devant le miroir et releva son regard. Et fit un pas en arrière, surprise, portant une main à ses cheveux, pour les trouver aussi courts que d'ordinaire. Dans le reflet que lui offrait le miroir, la femme qui la regardait avait de très long cheveux et le même visage qu'elle.
-Qu'est ce que…
Tendant la main vers le reflet, elle toucha la main de son double, qui en fit de même. –Tu comptes jouer longtemps ? Ou tu reste tranquille et tu m'écoute ?
Regina se figea. Fixa le reflet. Secoua la tête, comme pour chasser une illusion.
-Qu'est-ce que… tu es ?
-Je suis toi, Regina ! Je suis celle que tu as enfuis au fond de ton cœur.
-Evil… Tu es la méchante reine !
Le reflet éclata d'un grand rire cruel en applaudissant ironiquement.
-Maintenant que les présentations sont faites, au travail. Tu en as assez de souffrir. Non ! coupa de suite le reflet en voyant Regina ouvrir la bouche pour répondre. N'essaye pas de me raconter des histoires, je suis dans ton cœur, je sais exactement ce que tu ressens. Tu n'es pas faite pour les remords, Regina. Pas alors que tu as connu l'euphorie d'un même acte.
Regina baissa la tête face à la vérité des choses. Le reflet avait raison. Elle n'aimait pas ça mais il avait raison.
-Comment puis-je m'en débarrasser ? murmura-t-elle.
-En te débarrassant de ta faiblesse !
Le reflet claqua des doigts. La lumière se fit dans la chambre. Regina se retourna pour découvrir deux hommes, deux gardes, qui tenaient fermement Emma.
-Non ! Relâchez là ! C'est un ordre !
-Ils ne t'obéiront pas, chérie. Pas avant que tu n'aies supprimé ce qui fait de toi un être faible et sujet au remord.
Poussée par son propre reflet, Regina s'avança d'un pas peu assuré vers Emma. Elle tendit la main vers la poitrine de la sauveuse, évitant le regard affolé de la jeune femme. Et au moment où sa main entrait dans le corps de celle qu'elle aimait sous les encouragements de sa part mauvaise… Regina se redressa brutalement dans son lit. Essoufflée, en sueur, tremblante… Le geste tira Emma de son sommeil.
-Gina… ?
La sauveuse se dressa sur un coude pour regarder Regina, mais cette dernière, par peur de revivre son rêve, se leva et sortit de la chambre, retenant à grand peine ses larmes.
-Gina ? Tout va bien ?
-Ou… Oui… Je … Reviens ! Rendors-toi…
Regina savait qu'Emma la rejoindrait. Elle se laissa glisser contre le mur. Ça devenait trop dur à garder. Trop dur à supporter. Il fallait que ça cesse… Il fallait que les lettres cessent où elle allait finir par commettre l'irréparable.
