Renaissance
Chapitre 2 : Un choix binaire
Inoue Orihime sourit à sa vis-à-vis ; il y avait tant de temps qu'elles ne s'étaient vues et pour dire vrai les Shinigamis lui avaient manqué. Sa vie tranquille de lycéenne lui avait parut étouffante après les combats du Hueco Mundo. Pourtant dans les premiers temps elle avait apprécié ces moments de calme. Puis peu à peu elle 'était lassée de cette vie trop calme.
- Orihime ! Répéta Rangiku tout en la serrant presque à l'étouffer contre ses généreux appâts. Renji observait la scène d'un air réjoui tandis que Hitsugaya arrivait derrière Rangiku, l'air aussi renfrogné qu'à son habitude.
- Rangiku ! Lâche-la ! Elle doit arriver vivante à la salle du conseil.
- A la salle du conseil ? Fit la voix étouffée d'Inoue alors que Rangiku la lâchait enfin.
- Oh Ohirime ! Renji ne t'a rien dit ?
- Non. Seulement que je devais le suivre parce que l'on désirait ma présence. J'imagine que cela a quelque chose à voir avec mon don ?
- Oh Orihime, il faut que je te dise !
- Rangiku ! Cria Hitsugaya. On ne t'a pas sonnée !
- Mais Taishou ...
- Silence ! Je l'emmène ! Monte sur mon dos, Inoue Orihime ! Ordonna-t-il.
Inoue ne put qu'acquiescer et sitôt qu'elle fut montée sur le dos du dragon de glace, ils s'envolèrent vers la salle du conseil.
- Renji ! Gronda Rangiku en rejettant la masse de ses cheveux derrière son oreille d'un mouvement souple. Ne me dis pas que tu ne lui as pas soufflé mot !
- Tsch. Tu es folle. Kurichi-sama m'aurait fait passer un sale quart d'heure si cela avait été le cas. Non merci !
- Pff !
La mine contrariée de Rangiku laissa place à un visage plus contrit.
- Alors je la plains ...
Ils arrivèrent à la salle du conseil où les attendaient déjà les capitaines et Yamamoto. Inoue le salua de la plus respectueuse des manières et attendit patiemment qu'il prenne la parole.
- Bienvenue à toi, Inoue Orihime. Si je t'ai convoquée, c'est pour convaincre un être de devenir Shinigami. Sa vie en dépend. S'il refuse, il mourra. Ici même, Kenpachi y veillera.
Inoue n'en crut pas ses oreilles. Ce n'était pas un souhait, c'était un ordre. C'était direct et binaire. La vie ou la mort. Drôle d'histoire. Pourquoi tant de secret de la part de Renji et d'Hitsugaya qu'elle avait tenté de faire parler durant le court trajet jusqu'à la salle du conseil. Qui cela pouvait-il bien être pour qu'ils fassent appel à elle ?
Retsu Unohana eut pitié de la jeune fille. Elle sourit et se tourna vers le vieux sage.
- Yamamoto-sama, dans votre grande sagesse, vous avez fait venir Inoue Orihime qui parviendra sans doute à le convaincre de faire le bon choix. Je suis sûre que dans ce même état d'esprit, vous saurez leur donner un peu d'intimité pour cette discussion. Il se trouve toujours dans ma division, peut-être pourraient-ils se voir là-bas ?
La barbe du vieux sage monta et descendit plusieurs fois et ses traits se détendirent.
- Capitaine Unohana, je vous confie cette mission. Néanmoins, si elle échoue, Kenpachi ira séant lui ôter la vie. J'ai dit !
Merci Yamamoto-sama !
Le capitaine de la 4eme division prit Inoue par le bras et la sortit de la salle du conseil où Kenpachi faisait déjà entendre avec force son mécontentement.
- Ah, dit-elle en souriant. Pourquoi celui-là veut-il toujours passer son temps à étriper les gens ? Il me donne beaucoup de travail.
Inoue la suivait mais ne comprenait toujours pas.
- Pourquoi m'avoir fait appelé pour convaincre une âme de devenir un shinigami ? C'est insensé !
Retsu sourit derrière sa main.
- Ce n'est pas une âme, c'est un être ... à part. Nous n'avons jamais tenté de le convaincre, il n'y aura que toi qui pourra le faire. Tu es le seul être que nous connaissons qui ait un lien non belliqueux avec lui.
Inoue comprenait de moins en moins mais elle allait être fixée d'ici quelques minutes. Elles s'arrêtèrent devant la porte d'une section quasiment déserte de l'unité de soins.
- Il est malade ? Demanda Inoue.
- Non, il ne n'est plus. Mais il est en sureté ici, contrairement aux autres secteurs du Sereitei. Tu peux entrer. Je reste ici. N'hésite pas à m'appeler si tu en ressens le besoin.
- Il est dangereux ?
- Qui sait ? Non, la rassura-t-elle. Il l'est beaucoup moins qu'il y eut un temps.
Retsu ouvrit la porte et s'effaça. La pièce était calme. Inoue entra d'un pas prudent, s'attendant à un peu tout et n'importe quoi. Et pourtant, quelle ne fut pas sa surprise lorsque la porte se referma doucement derrière elle et que ses yeux croisèrent le perçant regard émeraude qui remonta derechef de ses souvenirs. Lui aussi manifesta la même surprise au vu de ses yeux agrandis.
- Ul...quior...ra !
- Femme !
- Ulquiorra ? Comment c'est possible ?
Si elle n'était toujours pas remis de sa surprise, lui avait déjà repris contenance et la dévisagea sans laisser transparaître la moindre émotion, comme avant. Comme il y avait une éternité. Au Hueco Mundo, lorsqu'il était son geôlier et qu'il venait, jour après jour, lui apporter ses repas ou la conduire à Aizen. Elle tremblait, tout en serrant ses bras autour d'elle, tout en le dévisageant avec un regard empli d'émotions contradictoires.
- Ils ne t'ont rien dit ? Énonça-t-il d'une voix dénuée de toute émotion.
A ces mots, elle se rappela les mots de Yamamoto. Devenir Shinigami ou mourir. Elle le scruta encore. Pourquoi elle ? Comment, elle, pauvre petite chose humaine, pourrait-elle convaincre un puissant Espada de devenir un Shinigami, son exact opposé en fait.
- Ils m'ont demandé de te convaincre ... de ... de ... de devenir un Shinigami.
Tellement décontenancé par la tournure des évènements, elle avait tout dit sans y mettre les formes. Ulquiorra haussa à peine un sourcil.
- Sinon ?
- Sinon ? Répéta-t-elle bêtement.
- Si je refuse ?
- Ils te tueront.
Elle ne trouva rien à ajouter. « je suis nulle » pensa-t-elle. Elle aurait du trouver des arguments pour le convaincre, prévoir ses objections et pouvoir les contrer. Au lieu de cela, elle restait là bêtement à se tordre les mains tout en cherchant à éviter son regard transperçant. Lui, ne la lâchait pas des yeux justement. Il n'avait pas bougé d'un pouce. Quand elle était entré dans la pièce, il se tenait devant la fenêtre. Il y était toujours. Finalement, il tourna son regard vers l'extérieur.
- Je vois.
- Tu vois quoi ?
Elle se serait giflée pour avoir des réparties aussi stupides. Cet homme, enfin cet Arrancar la désarçonnait complètement. Jamais elle n'aurait cru le revoir. En vie. A quelques pas d'elle. Si près qu'elle aurait pu le toucher. Si près qu'il aurait pu la tuer d'un seul mouvement d'aile ou de queue; Elle réalisa soudain qu'il n'était pas sous sa forme libérée, sous cette forme terrifiante grâce à laquelle il avait pu vaincre Ichigo avant de réveiller la bête brutale qui sommeillait en lui. Des images terrifiantes ressurgirent de sa mémoire et filèrent sous ses yeux. Instinctivement, elle fit un pas en arrière et porta sa main à sa gorge.
- Femme ?
- Oui.
Ce fut à peine un souffle tant sa gorge était étranglée.
- As-tu peur de moi ?
En cet instant précis où se mêlaient souvenirs brutaux et réalité inattendue, oui, elle avait peur et était même terrifiée. Il n'attendait pas de réponse mais compris par son silence.
- Femme, tu pourras leur donner ma réponse. Qu'ils envoient leur brute faire son sale boulot.
Les mots mirent quelques secondes à pénétrer le marasme qui régnait dans sa tête. Elle réalisa soudain ce qu'il venait de dire et cria de toutes ses forces : Non !
Son cri fit tressaillir Retsu Unohana derrière la porte. Elle suivait leur discussion et avait senti la peur de la jeune fille. Une peur qui venait de voler en éclat, comme déchirée par ce cri. Elle ressentit aussi la surprise de l'Espada.
- Non ? Répéta Ulquiorra. Je crois que la décision m'appartient, femme.
- Non ! Ils m'ont fait venir ici pour te convaincre du contraire et je le ferai. Ils ne m'auraient pas fait venir si ils avaient voulu te tuer d'office. Ils te veulent en tant que Shinigami, pourquoi, je ne sais pas mais ils le veulent. Ils t'on fait revivre, ce n'est pas pour laisser Kenpachi te découper en rondelles juste après ! Je ne peux pas le croire !
Elle arrêta sa diatribe à bout de souffle. Sa poitrine se soulevait au fur et à mesure de ses rapides inspirations et expirations. Ses pommettes étaient rosies comme si elle venait de courir un sprint. Il se tourna vers elle.
- Je te fais peur, femme. Ce Shinigami pourrait mettre un terme à cette peur et tu souhaites me convaincre d'en devenir un.
- je n'ai pas peur de toi, Ulquiorra Schiffer.
- Tu mens ... mal, qui plus est.
- ce sont les souvenir qui m'ont traversé qui m'ont fait peur. Mais je n'ai pas peur de toi, Ulqu...
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. Il se déplaça à toute vitesse à ses côtés. Les mains cachées dans son vêtement d'hôpital comme il le faisait alors au Hueco Mundo, il la toisa, plantant son regard dans le sien. Un frisson descendit le long de son échine. Elle raffermit sa voix.
- Je n'ai pas peur de toi, Ulquiorra Schiffer, répéta-t-elle.
- Femme, je ne te comprendrais jamais.
- Justement, tu avais dit que les humains commençaient juste à t'intéresser lorsque tu es ... tu es ...
Elle n'arrivait pas à le dire. Le mot refusait de sortir de sa bouche.
- Mort, lâcha-t-il sans la moindre émotion.
- Oui. Un Shinigami est un observateur silencieux de nous autres humains.
- C'est aussi un tueur de Hollow.
- ...
- Je tuerai ma propre race en devenant un Shinigami.
Cette conclusion évidente ne lui avait pas sauté aux yeux, mais à présent. Elle ne sut pas trop quoi opposer à cette conclusion.
- Tu te nourrissais de Hollow plus faibles, ce serait pareil ...
- Et d'âmes humaines.
Elle eut une drôle de mimique, un peu grognon. Il le faisait exprès de lui opposer avec toute sa logique stupidement rationnelle des éléments irréfutables.
- Tu peux mourir une seconde fois ? Demanda-t-elle avec humeur.
Il haussa un sourcil circonspect devant le ton plus agressif de la douce Inoue.
- Qui sait ? Sur la dizaine de capitaines là-bas, de leurs lieutenants et de leurs stupides gardes, la grande majorité souhaiterait ma mort.
C'était une évidence. Mais elle n'était pas femme à accepter les évidences qui lui déplaisaient. Son pouvoir de rejet en était bien la preuve.
- Moi je ne veux pas !
Ulquiorra se pencha un peu vers elle. Elle sentit son souffle sur la peau de son visage.
- Et crois-tu que ta seule volonté pourra faire fléchir toutes ces opinions, femme ?
- Oui, sinon ils ne m'auraient pas fait venir !
Elle marquait un point.
- Femme tu es entêtée.
- Oui ... as-tu pris ta décision ? Murmura-t-elle de plus en plus mal à l'aise sous ce regard inquisiteur qui semblait vouloir fouiller les tréfonds de son âme.
- Je te l'ai donnée tout à l'heure ... non ?
- Non ! S'écria-t-elle plus fort. Je ne l'accepte pas ! Pas celle-là !
Elle se redressa l'obligeant lui-même à reculer.
- Pourquoi ? Pourquoi veux-tu mourir ?
- Pourquoi voudrais-je vivre ? Visiblement, ils ne t'ont pas tout dit. Je ne suis plus le même, femme. Ils m'ont ramené mais m'ont empoisonné. Je ne peux plus me servir de mon cero, je ne plus plus accéder à mes formes libérées. Je ne suis plus un Espada digne de ce rang, dit-il en pointant son doigt sur son torse.
Le vêtement d'hôpital glissa de son épaule, laissant apparaître le 4. Elle frémit en le voyant. Il avait dit tout cela d'une voix égale mais au fond d'elle, elle se doutait qu'il devait en souffrir.
- Alors pourquoi ne pas te reconstruire en Shinigami, ce sera d'autant plus simple !
- Femme ...
il voulut poursuivre mais abandonna. Comment une simple humaine pourrait comprendre la perte d'un rang tel que celui d'Espada. Perdre cela ou la raison, c'était pareil. Il régresserait et redeviendrait progressivement un Hollow de base, dénué de toute intelligence ou de tout raisonnement. Et cela pour lui, c'était inacceptable.
- je t'aiderai ! Promit-elle soudain en reculant vers la porte. Unohana-sama, il accepte.
L'Arrancar ouvrit de grands yeux surpris. Elle n'osait pas prendre cette décision à sa place. Si fait ! La porte s'ouvrit sur Unohana qui se cachait encore la bouche derrière sa manche. Elle devait avoir tout entendu et tout deviné. Elle prit un air grave et se tourna vers Ulquiorra.
- c'est bien exact, Ulquiorra Schiffer ? Vous acceptez de devenir un Shinigami.
Orihime se tordait les mains en une prière silencieuse, les yeux implorants. Le vent, fit voler quelques pétales de fleurs de cerisier dans la pièce et leurs parfums légers lui chatouilla les narines.
- Oui, femme. J'accepte.
Orihime faillit défaillir de soulagement. Elle n'aurait pas pu supporter de le voir disparaître une seconde fois.
- Bien. Sourit Retsu en voyant l'éclat dans les yeux d'Orihime et le regard surpris devant sa réaction d'Ulquiorra. Nous allons nous rendre à la Salle du Conseil mais auparavant je vais vous demander de revêtir ceci.
Elle leur tendit à tous deux le kimono noir des Shinigamis.
- Moi aussi ? S'étonna Orihime.
- Oui, ce sera parfait. Vous êtes déjà plus ou moins considérée comme une Shinigami ici. J'aimerai que cela soit plus ... officiel. Je vous laisse vous changer. Orihime, je vous emmène à côté.
Inoue regarda Ulquiorra en sortant. Il avait les yeux baissés sur le kimono noir et elle se demandait sincèrement s'il allait ou non le revêtir.
Il le fit. Et le porta fort bien. Il répéta son choix dans la salle du conseil, devant tous les capitaines et Yamamoto. Orihime se tenait derrière lui, comme un ange gardien derrière celui qu'il était chargé de veiller. Yamamoto hocha la tête et plissa des yeux. L'Espada avait toujours la partie de son masque sur la tête et avec le kimono cela formait un contraste saisissant.
- Bien ! Maintenant que les choses soient claires. Ton choix étant fait, tu ne peux revenir en arrière. Ta forme libérée ne pourra plus l'être sans ton zanpakto qui pour l'heure est scellé. Il a été scellé par le capitaine Kurotsuchi et seul un capitaine pourra le desceller. A ton stade de Shinigami, le plus sûr endroit est la Terre. Tu iras chez les humains, tu seras surveillé par le Shinigami remplaçant, Rukia Kushiki, Renji Abarai et les humains amis de Kurosaki. Le capitaine Hitsugaya, chargé de la sécurité viendra également renforcer cette surveillance. D'autre part, tu logeras chez Inoue Orihime. Nous pouvons avoir des contacts réguliers par l'écran installé chez elle. Nous te confierons des missions régulières afin de t'entraîner. Cela t'aidera sur la voie de ton éveil en tant que Shinigami.
Il lui lança un petit objet en bois qu'il attrapa au vol avant de le regarder d'un air désintéressé.
- J'ai dit, finit Yamamoto en claquant sa canne sur le sol et en se rasseyant, marquant la fin de la réunion.
Tous ingurgitèrent les différentes informations. Inoue les passa mentalement dans son cerveau mais buta brusquement sur l'une d'elle. « Tu logeras chez Inoue Orihime »
« tu logeras chez Inoue Orihime »
« tu logeras chez Inoue Orihime »
- Femme !
La voix grave d'Ulquiorra la sortit de son état semi-végétatif.
- Oh, Orihime-san ! L'appela Rangiku. Nous y allons. Tu rentres chez toi.
Elle suivit les autres comme une somnambule.
« tu logeras chez Inoue Orihime »
Elle jeta un regard vers l'Espada qui marchait à ses côtés les yeux rivés devant lui. Etait-elle la seule à avoir entendu ces mots ? Ou était-elle la seule que ces mots avaient retournée ?
