Renaissance

Chapitre 3 : première nuit à Karakura

Le petit groupe hétéroclite constitué de quatre Shinigamis, d'une humaine et d'un Arrancar traversèrent le portail et se retrouvèrent dans la ville de Karakura, à quelques dizaines de mètres de la petite maison d'Inoue Orihime. Le capitaine Hitsugaya affichait un air plus renfrogné que jamais, ne se jugeant sans doute pas digne d'une telle mission. Il commençait à en avoir assez d'être le capitaine que l'on envoi dans la ville surveiller le monde des humains. A chaque fois qu'il revenait, des montagnes de paperasses et des réunions assommantes l'attendaient, sans compter les rapports qu'il devait rédiger suite à ses missions.

Visiblement, le Shinigami remplaçant n'avait pas encore été prévenu de la tournure récente des évènements.

- je vais prévenir Urahara, déclara Renji. J'irai crécher chez lui en même temps.

- je vais chez Ichigo le prévenir et je pense pouvoir dormir là-bas, répondit Rukia. On peut se rejoindre demain chez Urahara ,

Orihime les salua et se retourna vers Rangiku.

- Je ne sais pas si je vais pouvoir vous accueillir tous les deux en plus d'Ulquiorra ...

- Ne t'inquiète pas pour ça. Nous serons dans les parages, n'est ce pas capitaine ?

- Nous serons juste à côté de vous, siffla-t-il avec un regard mauvais vers Ulquiorra. Ne tentez rien. S'il y a des Hollow de sortie cette nuit, nous nous en occuperons.

Rangiku cria un « bonne nuit ! Faites de beaux rêves et pas de bêtises tous les deux » en agitant la main alors que Hitsugaya tournait déjà les talons, déployant son reiatsu afin de surveiller la zone. Orihime se retrouva seule en face d'un Ulquiorra toujours silencieux et les mains dans les poches. Il nesemblait rien attendre et pour dire, semblait s'ennuyer mortellement. Elle lui sourit et l'invita à le suivre.

- c'est assez petit chez moi mais je m'y sens bien ! J'ai plein de souvenirs dans cette maison et je ne regrette pas de l'avoir garder même si un appartement serait peut-être plus pratique ou fonctionnel.

Elle babillait pour cacher sa gêne qui ne cessait de croitre. Quand même, partager son toit avec un ex-Espada. Elle n'avait jamais rien refusé aux Shinigamis mais là c'était un peu trop.

Ils entrèrent enfin dans la maison et elle referma la porte derrière eux. Il la suivit comme une ombre silencieuse et fit le tour de la pièce principale des yeux. Les rideaux n'étaient pas tirés, laissant entrer les rayons de la lune, qui était quasiment pleine. Il avisa l'énorme écran plus loin, sans doute celui qui était relié avec la Soul Society. Orihime se dirigea vers la cuisine d'un pas rapide, trop sans doute puisqu'elle fit tomber la coupe de fruits qui était sur la table, éparpillant pommes, nashis et oranges sur le sol.

- Oh ! Je suis si maladroite ! S'excusa-t-elle tout en s'affairant pour les ramasser. Tu as peut-être faim ? Ajouta-t-elle avec précipitation;

Ulquiorra ramassa un fruit qu'il lui tendit.

- Femme, je suis un Arrancar.

Cette phrase était sans doute censée lui expliquer quelque chose mais elle haussa les épaules, semblant ne pas comprendre. Il lui sembla que Ulquiorra émit un son ressemblant à un soupir irrité bien que son visage restait impassible.

- Je me nourris d'âmes ou de Hollows ... pas de nourriture humaine.

Orihime porta la main à sa bouche et il crut un moment qu'elle allait s'enfuir en courant. Au contraire, elle pouffa.

- Oh évidemment ! Je suis bête ! Excuse-moi Ulquiorra ! Tu sembles si humain que j'oublie ton statut.

Si humain ? C'était presque une insulte. Non, c'en était une à ses yeux ! A priori, elle ne se posait pas la question de savoir comment il allait se nourrir dans les prochains jours et à vrai dire lui s'en posait à peine plus. Depuis sa « résurrection » il n'avait pas ressenti de faim et pourtant avec l'énergie qu'il avait dépensé, il aurait du avaler au moins quelques gillians. Voir plus. Elle s'affairait dans la cuisine à présent, sifflotant, chantonnant, faisant s'entrechoquer, verres, assiettes, porte du frigo, tiroirs dans un joyeux tintamarre. Vraiment, elle était bizarre ... oui, bizarre et bruyante. A des lieues du calme qu'il appréciait.

- je suis désolée pour toi, mais j'ai assez faim. Ça ne te dérange pas que je mange même si tu ne manges rien de ceci.

Elle s'était préparée un plateau conséquent et à peine installée à table l'attaquait à pleines dents.

Il se revit vaguement à Las Noches même si la situation était très différente ; quasiment à l'opposée même. Elle était devenue son gardien en quelques sorte, dans cet univers coloré, remplit de meubles, de photos, d'objets divers et variés souvent futiles selon lui. Il avisa un photo la représentant avec un jeune homme.

- C'est mon frère, précisa-t-elle en le voyant reposer la photo. Il est mort, malheureusement.

Il en vit une autre avec Ichigo, Chad et Ishida. Ils avaient l'air heureux sur cette photo, plus jeunes aussi que lors de leur venue dans le Hueco Mundo;

- c'était il y a au moins trois ans, lui apprit Orihime entre deux bouchées. Avant que tout ne commence ...

Il finit par se rapprocher de la fenêtre, observant le ciel, les immeubles aux alentours. Qu'est ce qu'il faisait ici ! Quelle absurdité ! Partager une maison avec une humaine, devenir un de ces Shinigamis, envoyer des âmes à la Soul Society au lieu de les dévorer. Autant de choses contre-nature. Comme pour lui rappeler sa présence, le léger reiatsu du capitaine de la 10eme section se rappela à lui. Autant en finir de suite, au point où il en était.

- Ulquiorra ? Répéta pour la troisième fois la jeune femme en lui saisissant la manche.

Il interpréta mal son geste et attrapa son poignet d'un geste brusque. Orihime grimaça de douleur et Ulquiorra sentit distinctement les deux reiatsus se rapprocher.

- Femme ! Ne me surprends pas ainsi !

Il relâcha son emprise et elle se frotta le poignet en esquissant un sourire désolée.

- Désolée. Je voulais te montrer ta chambre. C'était celle de mon frère. Même si tu ne manges pas, je penses que tu dors ... non ?

Il hocha simplement la tête et la suivit tout en observant l'arrêt des deux reiatsus pourtant tout proches. A se demander qui était le plus nerveux de tous les protagonistes de cette histoire. Vraiment cela aurait été plus simple que leur brute le tue sans autre forme de procès, si la jeune femme qui le précédait ne s'en était pas mêlée. Elle lui montrait les toilettes, dont il aurait bien évidemment aucune utilité, la salle de bain et enfin la chambre. Elle précisa la position de sa propre chambre et qu'elle était disponible pour l'aider si besoin. L'aider ? En quoi un Espada pouvait avoir besoin d'aide dans un lieu pareil ? Franchement, si elle poursuivait dans ce sens, elle allait finir par l'irriter.

Il se retrouva enfin seul dans cette chambre et se dirigea vers la fenêtre. La nuit allait être longue, les jours et nuits suivants de même. Il baissa les yeux sur sa tenue qui devint soudain trop lourde à porter. Il s'en défit d'un coup, restant juste avec son hakama noir. Il aurait préféré mille fois être revêtu de son ancien uniforme d'Espada. Le bruit d'une porte et un petit cri surpris le firent se retourner. Orihime, les joues en feu et des serviettes par terre, mettait la main devant sa bouche en murmurant une série de « désolée, désolée ». Il leva un sourcil devant son intrusion et la laissa se replier sans dire un mot. Bizarre, bruyante, émotive, intrusive ... infernale en un mot ; pour lui en tous les cas. Son contraire aussi ! Belle cohabitation en perspective.

Orihime referma la porte et resta derrière un moment, les joues en feu, le coeur affolé, la gorge serrée ; « idiote ! » se morigéna-t-elle. « tu es chez toi mais plus toute seule ! Tu ne peux pas débarquer comme ça dans la chambre d'un garçon ... non, d'un homme ... non, d'un arrancar ». Elle secoua la tête, mais trop tard, l'image était déjà gravée dans sa mémoire. Ulquiorra, sa silhouette se découpant devant la fenêtre, dans la lumière de la lune, à moitié nu ! Ce dernier détail lui fit secouer la tête et la fit rougir de plus belle. La cohabitation s'annonçait plus compliquée que prévu !

Elle finit par lâcher la poignée et entra dans sa chambre. Elle eut un moment d'hésitation, faillit fermer la porte à clé. Mais franchement, ce n'était pas une ridicule serrure qui tiendrait Ulquiorra à distance si il voulait entrer dans sa chambre. Et pourquoi entrerait-il dans sa chambre ? Oh là là ! Ses pensées prenaient une tournure vraiment bizarre là ! Elle décida d'aborder le sujet dès le lendemain avec lui. Aucun n'irait dans la chambre de l'autre, ce serait la règle ! Sur cette sage décision, elle se changea à toute allure et rejoignit son lit douillet pour passer une nuit qu'elle espérait réparatrice. Hélas ! Son cerveau lui dicta une autre version et elle oscilla entre différents rêves étranges, plus ou moins beaux, plus ou moins cauchemardesques, mais toujours peuplés d'un certain regard émeraude et d'un non moins certain Arrancar à moitié nu !

- Tu plaisantes ! Dis-moi que c'est une mauvaise blague de Shinigamis ou je ne sais quoi ?

Rukia, après s'être fait invitée par la famille Kurosaki et être montée dans la chambre d'Ishigo, puis avoir évité l'envahissant et le bondissant Kon, perdait progressivement l'un de ses sens ; l'ouïe.

- Calme-toi Ichigo !

Elle venait juste de lui raconter toute l'histoire qui l'avait ramenée dans le monde des humains et même si elle se doutait qu'il allait mal réagir, elle n'imaginait pas qu'il allait se mettre entre dans cet état là.

- Me calmer ! Tu viens juste de me dire que l'un des vôtres, ce cinglé a ressuscité un Espada ! Ulquiorra ! L'un des plus dangereux ! Et que vous n'avez rien trouvé de mieux de le faire dormir sous le même toit que son ancienne prisonnière ! C'est Orihimime ! Rukia ! C'est Orihime !

Le ton qu'il mit dans ses derniers mots la dérangea bizarrement.

- tu t'inquiètes pour elle ?

- évidemment ! Tu vivrais sous le même toit qu'un Espada , tu dormirais tranquille, toi ? Et tu as une bien plus grande puissance spirituelle qu'Orihime ?

- Orihime est bien plus forte que tu ne le crois ! Se vexa Rukia sans trop savoir pourquoi elle prenait la mouche.

Ishigo la regarda l'air mauvais puis ses traits devinrent soudain très sérieux, presque tristes.

- On sait tous que je vais bientôt perdre mes dons de shinigami. Je ne pourrai plus voir les esprits, ni bons, ni mauvais. Comment pourrais-je la protéger de quelque chose que je ne sentirai plus, que je ne verrai plus ...

- Ishigo ...

- Promets-moi Rukia ...

- Quoi ?

- Promets-moi que si cela arrive, que lorsque cela arrivera, tu la protégeras ... vous la protégerez ...

Rukia fut frappée par son air triste. Elle faillit le réconforter mais n'aurai pas su trouver les mots. Partagée entre une jalousie carrément mal placée vis-à-vis d'Orihime et son devoir moral, enfin ce qu'elle prenait comme tel, elle hocha la tête.

- Je te le promets, Ichigo.

Ils restèrent quelques secondes silencieux avant qu'Ichigo ne lance un tonitruant « Descends de mon lit ! Qu'est ce que tu fous ! T'as pas assez de place dans mon placard ? »

Ulquiorra se réveilla en pleine nuit. Étendu sur son lit, les cheveux à peine soulevés par un vent tiède qui entrait par la fenêtre ouverte, un bruit avait du le déranger. Il resta immobile, tendant l'oreille, il entendit une légère plainte venant de la chambre voisine. Elle était donc même bruyante la nuit ! Il entendit des gémissements et des pleurs étouffés. Cela devenait franchement irritant et il se doutait bien qu'il ne retrouverait pas sa quiétude avant d'avoir calmé l'humaine. Il se leva donc et ouvrit sans hésiter la porte de la chambre d'Orihime.

Elle était étendue sur ton lit ; en fait d'étendue c'était plutôt recroquevillée sur elle-même, des larmes coulant sur ses joues. Pourquoi les humains se mettaient-ils toujours dans des états pareils ? Mais il y avait quelque chose de gênant dans le fait que ce soit elle. Il en venait à s'irriter contre lui-même à présent ! Cette humaine était impossible. Pourquoi ne pas la tuer tout simplement et manger son âme ? C'était une solution simple et efficace.

Les mains dans les poches de son hakama il s'approcha du lit, se pencha au-dessus d'elle, détaillant son visage. Le simple concept des larmes lui échappait complètement, tout comme le fait de se mettre dans un état pareil en plein sommeil. Le sommeil était pour lui un non-état, un simple besoin de déconnecter le corps pour lui permettre de se régénérer plus vite. Les rêves ? Qu'est ce que c'était ? A quoi pouvait-on bien penser dans cet état de non-conscience ?

- Haaaaa !

Il sursauta au cri de la jeune femme qui le regardait les yeux écarquillés, tout en serrant son drap sur elle.

- Ulqui ... Ulqui ... Ulquiorra ! Bégaya-t-elle. Que ... que fais-tu ici ?

Il se redressa sans cesser de la fixer, la mettant définitivement mal à l'aise. Elle remonta encore son drap sur elle, crispant ses doigts à s'en faire blanchir les jointures.

- tu ... tu ne peux pas entrer ici ... pas ici ... dans cette chambre ... enfin dans ma chambre ! Criait-elle presque.

- tu geignais et tu pleurais.

Il la regardait toujours sans ciller et elle piqua un fard, se calmant instantanément.

- Je suis désolée. J'ai du te réveiller ...

- Oui.

- désolée.

- pourquoi pleurais-tu en dormant ?

- j'ai du faire un mauvais rêve. Mais je ne m'en souviens plus, ajouta-t-elle avec trop de précipitation pour qu'il la crue.

Ulquiorra la dévisagea toujours l'air impassible.

- c'est fini ? L'interrogea-t-il alors que plusieurs longues et pesantes secondes venaient de s'écouler dans un silence total.

- je crois ... oui, je pense.

- Bien.

Il tournait déjà les talons et elle se sentit soudain très seule. Elle était persuadée que son cauchemar s'était arrêté au moment où il s'était approché d'elle. Même si elle avait été très surprise lorsqu'elle avait croisé son regard perçant en ouvrant les yeux, elle s'était sentie aussitôt rassurée. Un Espada pour chasser les mauvais rêves ? On était loin du conte de fée.

- Ulquiorra ? Appela-t-elle alors qu'il était sur le seuil.

Il se retourna, son visage à demi caché dans la pénombre. Elle ne voyait plus la partie du masque d'Arrancar. Il aurait pu être un garçon ordinaire à cet instant.

- Merci !

Il hocha simplement la tête, ne comprenant pas trop pourquoi elle le remerciait. Bruyante et bizarre ! C'était décidément les adjectifs qui la qualifiait le mieux. Et dire que demain, il devait se rendre chez Kisuke Urahara, encore un cinglé de chercheur. Ses journées dans le monde réel promettaient d'être longues et pénibles.