Renaissance

Chapitre 4 : Une discussion animée.

Au petit matin, ils se retrouvèrent devant le magasin de Kisuke Unahana ; Rukia déjà concentrée, Ichigo affichant une franche mauvaise humeur, Orihime souriante et les yeux perdus dans le ciel ponctué de nuages et Ulquiorra les mains dans les poches avec un air indifférent, se demandant une fois encore ce qu'il faisait dans ce monde des humains. Curieux quatuor qui se transforma en véritable groupe une fois la porte franchie. Lorsque tous furent installés autour de la petite table avec un thé, il regardèrent tous dans une même direction ; vers l'Arrancar aux yeux verts installé dans un coin auprès d'Orihime. Même Yoruichi était là sous sa forme originelle. Elle l'observait entre ses cils, l'air dubitatif, ne sachant trop quoi penser de cette situation. inédite. Kisuke en revanche semblait s'amuser comme un petit fou derrière son éventail, la moitié du visage mangé par son chapeau à rayures.

- Kurotsuchi a du exulter ! Tu es sans doute son expérience la plus réussie !

- Ravi de le savoir.

- tu veux du thé ? Lui proposa une nouvelle fois Kisuke. Un gâteau ? Un bonbon ?

- Mais enfin ! Grogna Ichigo. Ça fait déjà trois fois que tu lui proposes tout ça et qu'il refuse ! Tu veux en venir où ?

- c'est simple ! I ce dingue de Kurotsuchi l'a fait revenir ... et il a du modifier quelques petites choses sur lui. Normalement, il aurait déjà du se nourrir par exemple.

- c'est bien connu ! Les Espadas bouffent des bonbons ! Grogna une nouvelle fois le rouquin juste avant de se faire aplatir par Rukia.

- tu nous fatigues, Kurusaki ! Ferme-la et écoute le monsieur !

- les Arrancars se nourrissent des âmes et des Hollows plus faibles, répéta Ulquiorra pour la énième fois.

- effectivement, à l'origine. Mais d'après le temps depuis lequel tu es revenu, tu devrais mourir de faim et nous voir comme des steaks potentiels. C'est étrange, il a du trouver un moyen de bloquer ta faim en même temps que qu'il a bloqué ton reiatsu. Intéressant.

- super ! Est ce que je suis le seul à me réjouir de cette situation ? Cracha Ichigo. On devrait être heureux qu'il soit bridé, non ?

Le mot « bridé » fit sérieusement tiquer Ulquiorra même s'il resta parfaitement stoïque.

- Je doute que ce soit définitif ... et le réveil risque d'être brutal et imprévisible. Ça pourrait être demain ou dans une semaine ou un mois ou plus. Sans savoir comment Kurotsuchi t'a manipulé, c'est compliqué d'anticiper.

- Il ne peut pas rester chez Orihime dans ces cas là. C'est trop dangereux pour elle !

Rukia hocha simplement la tête mais Orihime secoua la tête de dénégation.

- les capitaines m'ont chargé de l'héberger. Je ne peux pas me dédire. Nous sommes sous surveillance constante d'Hitsugaya et de Rangiku. Et vous êtes aussi là, tous ...

- Je ne veux pas te contredire, jeune fille mais le temps que l'un de nous arrive, tu seras déjà morte trois fois, fit Kisuke avec un air très sérieux.

- Ulquiorra ne me ferait pas de mal !

Tous, y compris l'intéressé tournèrent la tête vers elle d'un même geste. Elle avait crié plus que parlé et serré ses poings sur ses genoux repliés. Ichigo se pencha vers elle lui parlant plus durement qu'il ne l'aurait voulu.

- Orihime ! Il voulait te tuer ! Est ce que tu te souviens ?

- Ichigo ... c'était la guerre.

- Orihime ...

- Femme ! Le coupa Ulquiorra en la regardant droit dans les yeux. Je t'aurai tué parce que Aizen m'en avait donné l'ordre, temps de guerre ou non. Ta vie n'avait aucune importance à mes yeux.

Un ange passa. Orihime mit la main devant sa bouche et Ichigo vit qu'elle retenait ses larmes. Il lança un regard meurtrier à l'Espada qui ne releva pas.. Il allait le tuer ! Orihime redressa son dos et adressa un sourire à son ami.

- tout va bien, Kurosaki-kun. Ulquiorra n'a fait que dire la stricte vérité.

- Il doit partir, répéta Ichigo, perplexe quant à la position de son amie. Il a qu'à venir ici et Renji ira chez toi ! Tu hébergeras un Shinigami en apprentissage, tout le monde sera content !

- Enfoiré ! Cria Renji en donnant un grand coup sur le crâne du rouquin. Je vais t'en foutre moi du Shinigami en apprentissage ! C'est qui le Shinigami remplaçant ici ?

- Non ! Affirma Orihime. Il reste chez moi. Il ne me fera pas de mal, j'en suis sûre. Aizen n'est plus là, il ne pourra plus lui donner l'ordre de me tuer ou de me faire du mal. Il se retiendra. En plus, il a promis de ne plus se nourrir d'âmes.

Ulquiorra se leva sans un mot et se tourna vers la fenêtre avant de s'adresser à Kisuke.

- combien de temps pensez-vous que je serai dans cet état ?

- comme je vous l'ai dit, je l'ignore. Il faudrait que j'ai accès aux dossiers de la section de recherches. Les vôtres doivent être sous bonne garde et il ne me laissera pas y jeter un oeil. Je vais tenter de trouver par moi-même mais je ne peux garantir le résultat.

- bien.

Orihime observa son dos. Impossible de savoir ce qu'il pouvait penser à ce moment. Elle-même était un peu perdue. Malgré toute sa dénégation elle savait qu'il pouvait être dangereux et pourtant elle avait confiance en lui. C'était totalement contradictoire,

Ichigo se leva et empoigna Ulquiorra par l'épaule pour le retourner vers lui.

- tu lèves la main sur elle, tu la regardes bizarrement, tu l'approches de trop près et je te descends ! Et je n'aurai pas besoin de mon hollow intérieur, ma colère me suffira.

Ulquiorra ne répondit rien, se contentant de le fixer avec son regard si particulier.

- j'me casse ! Lança ichigo en se dirigeant vers la porte.

Il arrivait sur le seuil lorsqu'il entendit la voix de l'Arrancar s'élever.

- Curieuse réaction que la vôtre. Vous vous protégez mutuellement, vous courrez les pires dangers pour vous sauver les uns les autres et pourtant quand on vous laisse la possibilité de vous exprimer vous ne le faites pas. Toi et elle, ou elle fit-il en désignant Rukia, vous avez eu maintes fois l'occasion de confier ce que vous appelez vos sentiments mutuels et pourtant vous en êtes toujours au même point. Est-ce que ça changerait si je te disais que tu as été la personne qu'elle avait choisie pour te dire au revoir ?

Ichigo s'immobilisa et regarda Orihime et Rukia tout à tour. Elles avaient piqué du nez vers leurs tasses de thé. Curieusement, Renji faisait de même et tous les autres restèrent parfaitement silencieux.

- Je le savais et pour le reste ce ne sont pas tes affaires ! Lança Ichigo. N'oublie jamais ce que je t'ai dit.

Il claqua la porte derrière lui et Ulquiorra le regarda partir. Les humains étaient décidément très étranges. Il venait de leur avait donné la possibilité d'éclaircir certaines choses et pourtant cet idiot ne l'avait pas saisie. Plutôt que de vivre dans la vérité, ils semblaient préférer les non-dits qui ne menaient à rien sinon se compliquer inutilement l'existence. Comment des êtres aussi perturbés avaient pu dévaster la si puissante armée d'Aizen. Quand il y repensait, plus que des combats en ordre rangé, cela avait été des petits chaos baignés de sang, de larmes et de tragédies.

- Eh bien ! Eh bien ! Fit Kisuke en se saisissant d'un bloc et d'un crayon. Voilà une journée qui promet. Si tu veux que je t'aide, il va également falloir m'aider et me dire absolument tout ce dont tu te souviens à partir de ton réveil dans le laboratoire. J'y verrai peut-être plus clair après. Et il me faudrait aussi de ton sang pour l'analyser. Mais si tu as toujours ton hierro ce sera dur de te piquer avec une aiguille. Il faudra être plus radical. Un petit combat peut-être Yoruichi ? On va descendre.

- Sinon, je me porte volontaire marmonna Renji entre ses dents.

Rukia fixait la porte par laquelle Ichigo venait de partir.

- Si quelqu'un doit aller le voir, ce ne sera pas toi lui jeta discrètement Kisuke en passant devant elle. Si il se réveille, Renji, Yoruitchi, toi et moi ne seront pas de trop pour l'arrêter.

Rukia hocha la tête et vit Orihime se diriger vers Ulquiorra.

- je te laisse avec eux et reviendrais te chercher tout à l'heure. Je préfère ne pas voir de combat. Excuse-moi.

- tu n'as pas à t'excuser ni à m'expliquer où tu vas, femme. Tu n'es plus à Las Noches, tu es libre.

Le ton monocorde d'Ulquiorra et son indifférence lui pincèrent le coeur. Mais elle lui sourit pourtant.

- je sais. Mais comme je t'héberge, tu as le droit de savoir à quel moment tu pourras rentrer. A tout à l'heure.

- Son don nous aurait été utile, non ? Fit Renji. Pour le soigner ...

- ou pour vous soigner, sourit Kisuke. Assez perdu de temps. Allons-y ! Je sens que je vais beaucoup m'amuser.

Orihime se tenait devant la maison d'Ichigo. Elle l'aperçu à la fenêtre de sa chambre et lui fit un signe. Il sembla étonné de la voir mais disparut à l'intérieur avant de sortir tranquillement par la porte d'entrée. Ils marchèrent un peu en silence avant de s'asseoir sur un banc côte à côte.

- Tu es fâché, Kurusaki-kun.

- pas contre toi ! Enfin si, un peu. Je ne te comprends pas Orihime. Je ne comprends pas pourquoi tu cherches tant à le défendre.

- te souviens-tu là-bas sous le ciel noir, au dessus de Las Noches ? Après ta transformation en Hollow.

- Non, je ne me souviens de rien quand j'étais sous cette forme ... Enfin si, une chose ... je devais te protéger ... à tout prix.

- Oui, à tout prix, c'est bien le terme. Tu te souviens de ce que tu as avais fait à Ishida et de ce qu'Ulquiorra avait fait. Il t'a empêché de le tuer ce jour-là, alors que sous l'emprise de ton hollow tu voulais sa mort.

- j'y pense tous les jours et ça me rend fou, soupira Ichigo très sérieux soudain.

Ils se turent, chacun perdu dans ses propres souvenirs.

- Il ne l'a pas fait par bon té d'âme tu sais ...

Elle hocha la tête.

- Je sais. Je sais aussi que s'il avait pu poursuivre le combat, il t'aurait coupé le bras comme tu le lui avais demandé et vous auriez fini ce combat, sans doute morts tous les deux.

- tu vois bien qu'il ...

- je sais aussi qu'il n'a jamais levé la main sur moi, ni n'a été irrespectueux envers moi durant ma captivité. Il cherchait à me faire du mal, à me faire douter mais aussi à me comprendre. Et tout à la fin, il a encore cherché à comprendre ce que nous étions et a même peut-être entrevu ce que nous pouvions être les uns pour les autres. Je sais qu'il ne me fera pas de mal ...

- Orihime. Tu ne le connais pas. Tu ne connais pas ce qu'est la faim pour un hollow. J'en suis un pour partie et crois-moi, ce n'est pas la meilleure partie de moi.

- Et pourtant, tu ne m'as jamais fait de mal mais sous ta forme hollowmorphosée.

Orihime le regardait avec un air si implorant qu'il ne savait pas quoi dire.

- tu te maîtrises parce que tu veux me protéger, parce que je suis ton amie.

- ça ne s'applique pas à lui ! Enfin ! Réveille-toi ! C'est un Arrancar qui a été élevé au rang d'Espada par Aizen. C'était son plus fidèle lieutenant ...

- C'était ! Il nous l'a dit tout à l'heure ; ma vie « n'avait » aucune importance à ses yeux, il « m'aurait tuée ». C'est le passé ... il n'a rien mis au présent dans tout çà !

- Ichigo se gratta la tête, exaspéré devant tant de naïveté.

- Je ne vais pas risquer ta vie sur une analyse grammaticale de ses propos ! Orihime tu n'es ...

- Il va devenir un Shinigami et je l'y aiderai et Kurosaki-kun, le coupa-t-elle. Et je souhaiterai que tu l'y aides aussi ...

Ichigo la fixa avec intensité. Il y avait une telle prière dans ses yeux gris et tristes qu'il avait du mal à ne pas accepter.

- je ne sais pas comment ça finira Orihime, sans doute mal. Mais je serai toujours là pour te protéger. Y compris une nouvelle fois de lui s'il le fallait. En attendant, je l'aiderai si tu y tiens tellement. Je le surveillerai en même temps.

- Merci Ichigo ! Je savais que je pouvais compter sur toi.

Elle posa la tête sur son épaule et il regardèrent le vent onduler dans les hautes herbes de la petite colline devant eux. Ichigo enserra ses épaules d'un bras protecteur. Qu'est ce qui pouvait bien attirer la douce et chaleureuse Orihime dans la personnalité froide et rationnelle à l'extrême du Cuarta. Les termes d'Ulquiorra lui revinrent en mémoire ; Orihime l'avait effectivement choisi pour son dernier adieu. Le ferait-elle encore aujourd'hui si elle avait le choix entre eux deux ? Et pourquoi les deux réponses possibles, négative ou positive, le dérangeaient autant ?