Renaissance

chapitre 5 : Pourquoi ?

Orihime était revenue au magasin de Kisuke, bien silencieux depuis leur départ pour la confrontation avec Ulquiorra. Elle attendrait ici patiemment car elle ne voulait plus voir de sang, de blessés, plus avant un moment en tous les cas. Les combats contre Aizen l'avaient marqué au fer blanc sur bien des points. Ses certitudes passées avaient été ébranlées, son avenir semblait incertain et son coeur était un champ de bataille permanent empli de contradictions.

Elle entendit enfin des bruits de pas et vit la petite troupe revenir en piteux état ; elle avait du travail. Rukia avait une épaule déboitée, Renji une longue estafilade ensanglantée sur tout le torse,Kisuke, son chapeau en lambeaux, Yoruitchi un oeil au beurre noir et Ulquiorra, une coulée de sang aux commissures des lèvres et l'avant-bras entaillé.

- Mission réussie ! Triompha Kisuke en agitant deux petits tubes avec le sang d'Ulquiorra. Un jeu d'enfant !

- parle pour toi ! Grogna Renji. C'est sûr que tu t'es pas foulé aujourd'hui !

- Pff ! Quelle ingratitude ! Moi qui vous ai offert un peu de sport !

Orihime sourit devant leurs pitreries et commença à les soigner. D'abord Rukia, puis Renji qui continuait à marmonner, puis Yoruitchi qui insistait pour ne pas être soignée, préférant manger. L'exercice lui avait ouvert l'appétit. Enfin, elle se tourna vers Ulquiorra qui fit un pas en arrière.

- Que veux-tu faire, Femme ?

- Soigner tes blessures, comme pour tous, se défendit-elle devant son air horrifié. Ça ne fait pas mal, crut-elle bon de préciser.

Ulquiorra n'avait nulle intention de se faire soigner comme un bébé, devant témoin qui plus est. Ridicule !

- Je me régénère, je n'ai nul besoin de tes soins.

- j'ai un doute sur ce point, précisa Kisuke. Si cela était vrai, tu te serais déjà guéri toi-même. Tes blessures sont plus que superficielles.

Ulquiorra s'essuya les lèvres du bout des doigts. Il devait reconnaître ce fait. A priori, il n'y avait pas que son appétit qui avait été bloqué. Mais pourtant, il s'était bien régénéré dans le laboratoire de ce savant fou.

- Il est temps que je me mette sur ton cas, fit Kisuke en agitant les flacons. Allez, filez tous. La nuit va bientôt tomber et je sens qu'elle va être agitée. Ça sent déjà le Hollow.

- Normal, grinça Renji en décochant un regard à l'Arrancar.

Celui-ci se détourna et sortit du magasin, ravi de retrouver un peu de solitude. Hélas, elle dura bien peu. Orihime le rejoignait déjà et le suivit. Il allait droit vers sa maison. Rukia et Renji les regardèrent puis se tournèrent vers Kisuke et Yoruitchi.

- Alors qu'en pensez-vous ? Commença Rukia.

Yoruitchi se frotta les bras et afficha une mine sombre.

- Il est digne de son rang d'Espada et encore il est bridé. Sa puissance doit être impressionnante. Je préfère me dire qu'il est avec nous à présent, même si j'ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi il l'a fait renaître et pourquoi Yamamoto a décidé de lui laisser la vie sauve. Je suis perplexe ce point.

- Oui, approuva Kisuke. La clé est peut-être dans son sang. Je crains qu'il ne se réveille trop tôt et trop fort.

- Que pourrait-il arriver à Karakura si sa puissance était aussi importante qu'au Hueco Mundo. Aizen lui avait interdit d'utiliser sa pleine puissance dans Las Noches. Cela aurait tout détruit là-bas.

- Sa puissance doit naturellement être supérieure au Hueco Mundo que sur Terre, argumenta Kisuke, comme au Sereitei pour les Shinigamis. Mais il est préférable de garder un oeil sur lui. Hitsugaya et Rangiku ne sont pas intervenus pour le moment, ils ont du sentir que nous maitrisions la situation.

- je crois surtout qu'il s'est retenu, grogna Yoruitchi que cette idée irritait. Cet Espada est très dangereux, mieux vaut pour nous tous ne pas l'oublier.

Tous acquiescèrent en silence.

Orihime ouvrit la porte de chez elle et Ulquiorra la suivit. Il se dirigea vers sa salle d'eau et observa son image. Quelques traces de sang, faciles à ôter mais qui resteraient pour lui comme une incapacité à se régénérer. Pourquoi ? La blessure au bras était plus importante et saignait toujours. Il laissa l'eau couler dessus et regarda le liquide transparent se mêler à son sang. Le parfum léger de la jeune femme lui chatouilla les narines. Il s'était déjà habitué à son odeur mais pas encore à la voir surgir à tout instant auprès de lui. Elle tenait des serviettes et des bandages.

- si je ne peux te soigner par mon pouvoir, laisse-moi t'aider pour te bander le bras. Ce n'est pas facile de le faire seul ...

- Femme, tu es obstinée.

Elle ne releva pas mais prit cela pour une acceptation. Effectivement, il ne la repoussa pas. Elle coupa l'eau, essuya son bras en le tamponnant doucement puis le désinfecta avant de le bander soigneusement. Il fut surpris de trouver agréable la sensation que lui procurait ses doigts tièdes sur sa peau dure et froide. La sensation était légère, comme une pression fluette. Curieux ... jamais il n'aurait pensé ressentir quelque chose juste avec un contact si léger. Ressentir ? Ce terme humain pouvait-il s'appliquer à lui qui n'avait jamais préféré ressentir quoique ce fut.

Orihime tâcha de se concentrer, elle devait maîtriser ses tremblements naissants. Elle ne savait pas pourquoi elle réagissait ainsi. Elle avait déjà soigner tant de personnes, tellement plus blessées qu'Ulquoirra à ce moment. Elle sentait son coeur se serrer et cogner comme un fou dans sa cage thoracique. « Pourvu qu'il ne remarque rien ! » espérait-elle en son fort intérieur. Hélas ! Ulquiorra avait une clairvoyance affûtée. Sa voix neutre, contrastant d'autant plus avec l'état de grande tension d'Orihime, ne manqua pas de s'élever brisant ce silence devenu trop lourd.

- Est-ce ton coeur que j'entends battre aussi fort, Femme ?

- o-oui ... bégaya-t-elle en finissant le bandage.

- Pourquoi ?

- Pourquoi ? Répéta-t-elle bêtement.

- pourquoi bat-il ainsi ?

Elle rougit jusqu'au oreilles sous le regard intense et inquisiteur d'Ulquiorra. Pourquoi ? Oui, pourquoi d'ailleurs ? Pourquoi devenait-elle aussi nerveuse lorsqu'elle était aussi proche de lui ?

- je ne sais pas, répondit-elle avec honnêteté.

- n'est-ce pas signe d'un malaise ou d'une faiblesse médicale ?

- heu ...

C'était sûr qu'un Arrancar dépourvu de coeur et de tout sentiment humain, trouver une raison médicale était d'une logique imparable.

- je ne suis pas cardiaque, sourit-elle. C'est émotionnel je suppose ... Je n'aime pas voir de blessures.

- étrange pour quelqu'un qui passe son temps à soigner des plaies et à les rejeter.

- Unohana-sama m'a dit que c'est aussi pour cette raison que mon pouvoir réussit à guérir ...

- je vois.

En fait, il ne voyait pas le rapport et ne le verrai sans doute jamais. Elle leva les yeux vers lui avec une certaine timidité et leurs regards s'accrochèrent. Une nouvelle tension s'installa dans la pièce. Orihime n'osait plus bouger, une main tenant toujours un bout du bandage non terminé l'autre posée sur l'avant-bras d'Ulquiorra. Son coeur allait s'arrêter, elle en était sûre. Elle n'entendait plus que le son sourd de ses battements. Pourquoi ? Pourquoi ? Elle devait finir ce travail pourtant simple.

- Je dérange peut-être ? S'éleva la voix énervée d'Ichigo dans la pénombre.

Orihime faillit crier mais se retint à temps. Ulquiorra semblait aussi contrarié qu'Ichigo. En fait, il était consterné de ne pas avoir senti la présence du Shinigami plutôt, tant il avait été absorbé par l'état de cette étrange humaine. Il se rendit aussi compte qu'il faisait nuit et qu'il ne l'avait pas remarqué plus tôt. La jeune femme se hâta de finir le bandage et s'écarta enfin de l'Espada. Aussitôt elle respira plus librement.

Ichigo était arrivé quelques minutes plus tôt pour venir chercher Ulquiorra pour sa première nuit en temps que Shinigami, chasseur de Hollow et sauveur d'âmes. Rien que l'idée lui paraissait incongrue alors que dire de la scène qui s'offrait à lui quand il était arrivé. Son amie et son apprenti-ex-ennemi-toujours-Espada complètement immobiles, les yeux dans les yeux, avec une telle tension entre eux que c'en était étrange. Pour un peu, il avait cru que le temps s'était arrêté.

Orihime arriva près de lui ; elle semblait confuse, gênée, intimidée. Elle avait les joues rosies comme en hiver. Comme une femme amoureuse ... cette pensée le fit frémir. Ce ne pouvait être cela, impossible !

- Non Ichigo-kun ! Pourquoi es-tu ici ?

- c'est une bonne nuit pour un premier apprentissage de Shinigami ... je sens les Hollows arriver de partout. Ils ont du sentir ta présence, Ulquiorra !

- Sans doute. Ils ne sont pas loin.

Il rabattit la manche de son kimono. Ses sens étaient revenus aussitôt que la jeune femme s'était éloignée de lui alors que quelques instants plus tôt, il avait eu l'impression d'être dans une bulle. Une bulle chaleureuse et rassurante où il s'était senti bien ! Il hésita entre perplexité et dégoût. Qu'est ce qui lui arrivait, lui qui avait fait de l'indifférence sa marque de fabrique.

- Allons-y ! lança Ichigo, se préparant à sauter par la fenêtre lorsqu'il sentit la main d'Orihime s'accrocher à sa veste.

- Orihime ? Tu restes ici, Rangiku est dans les parages. Elle veillera sur toi ...

- Merci. Est-ce que tu pourras faire attention ... sois prudent Ichigo et ...

Ulquiorra se détourna d'eux et sauta d'un bond souple par la fenêtre. Leur proximité éveillait quelque chose de désagréable chez lui. Il n'entendit pas la fin de la phrase d'Orihime.

- fais attention à lui aussi ... il ne peut manifestement plus se régénérer.

- Ah ... on lui a coupé les ailes, empêché de se nourrir et de se régénérer. Bientôt il sera humain à ce rythme !

- Ichigo ... pourquoi ne veux-tu pas lui laisser une chance ?

- Orihime. Ouvre les yeux. Il pourrait tous nous tuer d'un geste quasiment; Il est dangereux. Nous verrons si il parviendra à gagner ma confiance.

Elle baissa la tête et il ne put s'empêcher de s'en vouloir de lui parler si durement. Son ton se radoucit.

- Je ferai attention à lui.

- Merci Ichigo-kun.

Il finit par sortir et elle les regarda s'éloigner dans les rues en courant. La partie de chasse aux Hollows allait commencer. Est-ce que Ulquiorra saurait être à la hauteur de ses espérances ? Et pourquoi cela lui tenait-il autant à coeur ?

Pourquoi ?