Renaissance

Chapitre 9 : Retour au Sereitei

Urahara s'était porté au-devant des quatre Shinigamis pour leur expliquer la situation. Il craignait surtout la réaction du Capitaine Hitsugaya qui avait toute latitude de la part du Conseil pour décider de rapatrier Ulquiorra au Sereitei pour le juger. Il n'avait pas encore eu tous les détails d'Orihime mais les grosses lignes lui avaient suffi. Il se retourna vers Ichigo, Orihime, Yoruichi et Ulquiorra toujours près de l'autel. Etait-ce parce que Ulquiorra avait évolué au stade d'Espada par le biais du Hogyoku que lui-même avait créé qu'il se sentait aussi concerné par son cas ? Où était-ce une envie satisfaire une curiosité de chercheur comme Mayuri ?

L'Espada aux yeux froids le fixait comme s'il avait pu lire dans son esprit. Il était intelligent, d'une intelligence rare et instinctive. Même s'il prétendait lui-même ne pas ressentir de sentiments il parvenait très bien à discerner ceux des personnes l'entourant. Cela devait être pour cette raison qu'Aizen en avait fait son bras droit, plutôt que de charger l'un des trois du trio de tête de l'être. Il rompit leur échange silencieux et rejoignit Hitisugaya qui menait les autres, l'arme au poing. Une discussion vive s'en suivit, qu'Ichigo suivit du coin de l'oeil. Hitsugaya semblait sur le point d'exploser et les regards qu'ils leur lançaient étaient sans équivoque ; il voulait la peau de l'Espada.

- je crois que ton temps est compté, dit-il simplement à Ulquiorra.

- il n'en n'a jamais été autrement, Kurosaki.

Ulquiorra prit la main d'Orihime toujours sur sa joue et l'écarta doucement, la posant sur le coeur de la jeune femme sans dire un mot. Puis il se tourna vers Ichigo, perplexe.

- je ne te demanderai que deux choses, Kurosaki.

- ...

- La première est de protéger cette femme du démon Hollow qui l'a marquée ...

- Marquée ? S'exclamèrent Ichigo et Yoruichi de concert.

- Oui, il m'a mordue, précisa Orihime en effleurant son cou. Il a dit qu'il pourrait savoir où je serai ainsi.

Elle frissonna rien qu'en y repensant. Les yeux d'Ichigo flambèrent.

- la seconde, continua Ulquiorra comme si personne n'était intervenu, est de trouver quelque chose ici qui pourrait me rattacher à ce démon et à cet endroit.

- pourquoi moi ?

- je sais que tu la protégeras envers et contre tout ... et ta meilleure option pour la protéger est de retrouver ce Hollow avant qu'il ne lui tombe dessus ... tu le retrouveras en trouvant ce qui le lie à mon passé.

Logique irréfutable.

- et toi ? Tu vas te tourner les pouces durant ce temps ?

- non, mais je pense que je vais avoir les mains liées pendant quelques temps.

Hitsugaya arrivait à leur hauteur, une lueur mauvaise dans les yeux. Rangiku le suivait de près, sans doute pour intervenir en cas de besoin. Renji et Rukia écoutaient encore Urahara.

- Capitaine, calmez-vous, répéta Rangiku pour la troisième fois depuis qu'ils remontaient l'allée.

- je savais que c'était une idée stupide. Faire confiance à un Espada pour devenir un Shinigami ! C'est tout simplement incompatible !

Hitsugaya s'arrêta devant Ulquiorra, toujours debout, les mains dans ses poches à présent. Ce dernier lui lança un regard de biais puis d'un geste souple et rapide détacha lui-même les deux sabres qu'il portait à sa ceinture. Ceux-ci tombèrent sur le sol dans un bruit métallique qui résonna dans toute l'Eglise.

- Tu es en état d'arrestation Ulquiorra Schiffer, clama Hitsugaya. Je t'ordonne de me suivre au Sereitei sans faire de complications. Tu y seras emprisonné et jugé pour tes crimes ; d'abord utiliser ta résurrection sans en avoir eu l'autorisation et plus grave, t'en être pris à une humaine.

- Mais ... commença Orihime.

Ichigo et Ulquiorra levèrent la main en même temps pour la faire taire et se dévisagèrent.

- je te suis, capitaine. Déclara simplement Ulquiorra en s'éloignant du petit groupe.

- un instant, Schiffer ! Je n'ai aucune confiance en toi ... Rangiku, ramasse ses armes ... et toi ...

Un vent glacial s'éleva entre les murs et une gangue de glace emprisonna Ulquiorra du torse au bassin, lui ôtant toute possibilité de mouvement de ses bras. Son visage ne trahit aucune émotion particulière à ce moment. Orihime fut plus choquée.

- Ce n'est pas nécessaire, Hitsugaya-sama. Je vous assure ! Ce n'est pas lui qui m'a fait cela ...

- Ceci n'est plus de votre ressort ... nous déciderons de son sort au Conseil et pour le moment, c'est un simple prisonnier et il doit être traité en tant que tel.

- Mouais, c'est ça ! Et il n'y a rien de personnel là-dedans n'est ce pas Hitsugaya ! Jeta Ichigo en passant à côté du capitaine qui se renfrogna d'avantage.

- Tu t'expliqueras sur tes mots quand je reviendrais, Kurosaki ! Surveille ta langue d'ici là. Nous partons !

Renji, Rukia et Rangiku lui emboitèrent le pas, les quatre entourant un Ulquiorra tout à fait indifférent à son sort. Une porte menant à la Soul Society s'ouvrit juste devant l'Eglise. Ils s'y engouffrèrent sans un regard en arrière et disparurent dans la nuit fraîche. Urahara ramassa les deux livres tombés sur les marches et les épousseta.

- ce capitaine est complètement obtus ! Il a décidé de la culpabilité d'Ulquiorra et n'en démordra pas. C'est ainsi qu'il rapportera les évènements. J'ai bien essayé de lui faire entendre raison mais en vain.

- Connaissant les autres membres du conseil, son sort est déjà scellé. Avança Yoruichi.

- Comment ça ?

Orihime ouvrit de grands yeux étonnés.

- ils n'étaient pas là. Ils ne peuvent savoir ce qui s'est passé.

- Rukia, Renji, Hitsugaya et Rangiku ont senti comme nous son reiatsu se développer. Ils l'ont vu sous sa forme libérée, ils ont vu les dégâts dans l'Eglise et surtout ce qu'il est censé t'avoir fait, Orihime. Expliqua Yoruichi qui elle-même n'était pas persuadé que la jeune femme ne mentait pas pour protéger l'Espada.

- Mais ce n'était pas lui ! Cria Orihime avec un accent désespéré.

- Rappelle toi du sort de Rukia, marmonna Ichigo. Et elle fait partie des leurs. Yoruichi a raison, il n'a aucune chance.

- Non ! Je ne l'accepte pas ! Pourquoi l'avoir fait revivre pour le tuer juste après ?

- A leurs yeux ils lui ont laissé une chance. Et toujours selon eux, il n'aura pas su la saisir. Fin de l'histoire.

Urahara baissa les yeux sur les livres et Yoruichi put y voir un regret fugace y passer. Pensait-il à son propre sort ?

- A moins de leur apporter une preuve de l'existence de l'autre Hollow, preuve autre que la simple impression de Rangiku et que la morsure d'Orihime.

- Pourquoi ne me croient-ils pas sur parole alors même qu'ils m'ont appelée pour le convaincre ? Çà n'a pas de sens !

Yoruichi et Ichigo observèrent la jeune femme. Elle semblait au bord des larmes et avaient les poings serrés.

- Ils te connaissent Orihime, expliqua Ichigo. Ils pensent sans doute que tu peux aller jusqu'à mentir pour le protéger, pour le sauver ...

Elle prit les mains d'Ichigo entre les siennes et le fixa droit dans les yeux avant de l'entraîner dans l'édifice.

- je te dis la vérité Ichigo ! Ce n'est pas lui qui m'a attaqué ... C'est l'autre, celui qui est arrivé du toit là-haut, la tête en bas comme une araignée au bout de son fil. Il était rapide. Ils se sont battus ... regarde, les murs abimés là, là et là ... Et là sur les pierres ... c'est là qu'Ulquiorra est tombé juste avant que ...

- Calme-toi, Orihime.

Ichigo la prit dans ses bras. Il la sentait trembler comme une feuille contre lui ... d'anxiété, de colère, de fatigue. Sans doute un ensemble de sentiments qui se mêlaient et ressortaient dans ce moment de tension extrême. La voir ainsi le mettait hors de lui, lui faisait mal. Pourquoi s'en faisait-elle autant pour cet Arrancar qui l'avait déjà enlevé par deux fois, qui l'aurait tué sans le moindre regret au Hueco Mundo ?

- Ichigo, il faut l'aider. S'il te plaît ...

Yoruichi glissa un regard vers Urahara toujours les yeux fixés sur ses ouvrages, étrangement calme. Ichigo soupira.

- je te protégerai, je l'ai juré. Si pour ce faire, comme il me l'a gentiment suggéré, je dois t'aider à trouver ce Hollow et son passé, je le ferai.

Le ton ironique du « gentiment » n'échappa à personne mais aucun ne releva.

Au Sereitei

Ulquiorra fixait le ciel nocturne au travers de la fenêtre de sa cellule. Il avait été isolé dans une tour perdue dans les hauteurs, sur les ordres de Yamamoto après la réunion houleuse du Conseil lors de son arrivée.

Hitsugaya l'avait directement conduit là-bas et l'ensemble des Capitaines se trouvaient déjà dans la salle lorsqu'ils y entrèrent. Tout au long du chemin, le prisonnier avait été la cible de quolibets plus ou moins agressifs, énoncés de manière plus ou moins directe et plus ou moins fort. La rumeur du retour de l'Arrancar qui avait si tôt trahi sa parole s'était répandue comme une traînée de poudre. Tous les Shinigamis s'étaient massés le long de la route menant au Conseil.

Ulquiorra s'en moquait totalement. Son inquiétude était restée sur Terre, là où il ne pouvait se rendre pour le moment pour tenir sa promesse. Il devrait faire preuve de patience. Curieusement, la Shinigami Rukia semblait plus touchée que lui par la foule qui les entourait. Elle avait la tête baissée, perdue dans ses souvenirs sans doute. D'après ce que Aizen lui avait confié, ce dernier avait tout fait pour manipuler les Capitaines et ordonner son exécution. Il imaginait que son arrivée après son arrestation avait été similaire. Et pour le jeune soldat, cela avait du être éprouvant. Il avisa aussi Renji qui se tenait juste derrière elle, comme une ombre secourable. Comme toujours. Fidèle à lui-même.

Il avait pénétré seul avec Hitsugaya dans le Conseil. Les autres Capitaines l'avaient considéré avec suspicion, seule la femme Unohana lui avait sourit. Cela devait être un trait propre aux guérisseuses. Il planta ses yeux dans ceux de Yamamoto qui frappa le sol avec sa canne, réclamant le silence.

- Explique-toi Shinigami ! On m'a rapporté que durant ce court séjour sur Terre, tu n'aurais pas réussi à te contenir ...Non seulement, tu aurais fait appel à ta forme libérée mais de plus tu aurais attaqué délibérément une humaine alliée du Sereitei !

Ulquiorra sentit la gangue de glace tomber. A présent cerné par une dizaine de Capitaines, Hitsugaya était certain qu'il serait inoffensif. Ce dernier déposa les deux sabres au sol devant Yamamoto.

- Le scellé est intact, remarqua Yamamoto. Comment as-tu pu atteindre ta forme libérée sans ton Zanpakuto ?

Un lourd silence s'abattit sur la salle, à peine perturbé par les respirations des uns et des autres. Ulquiorra, les traits parfaitement neutres, remit ses mains dans ses poches sans prononcer un seul mot. Il se contentait de fixer Yamamoto sans ciller. Celui-ci ne se départit pas de son calme. Il avait réussi à faire courber de plus fortes têtes que cet Arrancar et reprit avec calme.

- Puisque tu ne souhaites pas t'exprimer ici et maintenant, devant tes supérieurs, tu auras droit à un procès équitable comme tous les Shinigamis du Sereitei. La sanction sera alors à la hauteur du crime qui sera retenu contre toi. Parle maintenant Shinigami Ulquiorra Schiffer !

Pas un muscle ne bougea sur le visage toujours neutre d'Ulquiorra. Hitsugaya et Soi Fon grimacèrent devant tant d'entêtement. Unohana secoua discrètement la tête ; la confrontation directe avec Yamamoto ne donnerait rien.

- Bien, bien, bien ! Fit ce dernier. Je te laisse encore jusqu'à demain Shinigami Schiffer. Tu me donneras alors ta réponse. Si tu restes toujours silencieux, nous organiserons un procès. L'issue de celui-ci est incertaine. Tous les Capitaines ici-présents auront un droit de vote égalitaire. Fais ton choix, Shinigami !

Ulquiorra jeta un oeil discret aux Capitaines qui l'entouraient.

- Inutile de perdre un temps précieux pour tous, déclara Ulquiorra d'une voix claire. L'un ou l'autre de vos Capitaines ne sauront pas s'exprimer, les autres ordonneront ma mort. Autant en finir de suite.

- Bien dit ! Rugit Kenpachi. J'aime bien ce petit, au moins il est réaliste ! Ne perdons pas de temps ... je le tue et on en parle plus !

- Capitaine Kenpachi !

L'intervention de Yamamoto remit Kenpachi dans les rangs.

- j'ai dit. Il nous donnera sa réponse demain. La nuit porte conseil, jeune Shinigami. Ne te précipite pas ainsi vers la mort ... Elle t'a déjà repoussée plusieurs fois. Réfléchis bien à ce fait. Et j'attends ta réponse demain.

- Si vous le souhaitez, Capitaine.

- En attendant, tu seras enfermé dans la tour la plus haute, sous bonne garde. Capitaine Hitsugaya, je veux un rapport détaillé ce soir-même par écrit. Capitaine Kuchiki, vous serez chargé de la surveillance du prisonnier jusqu'à demain puis jusqu'au procès si ce jeune entêté reste sur ces positions.

Les deux hochèrent la tête, aussi peu enchantés l'un que l'autre. Byakuya employa le Rikujokoro afin d'immobiliser les bras d'Espada et le devança pour sortir de la salle du Conseil. Quatre gardes les suivirent jusqu'à la tour où Ulquiorra serait prisonnier. Ils montèrent jusqu'au sommet de la tour où Byakuya rompit le sort. Ils de dévisagèrent un instant, affichant l'un et l'autre un masque parfaitement lisse et neutre. Byakuya se dirigea vers la sortie en silence. Il s'arrêta sur le seuil.

- Tu as commis un acte stupide qui m'étonne de la part d'une personne de ton rang ! Lança-t-il en le fixant. Même si tu n'es qu'un simple Shinigami aujourd'hui, une telle attitude est indigne de toi.

Ulquiorra ne répondit toujours rien et Byakuya sortit, laissant les gardes refermer la porte. Il donna ses instructions à ceux-ci, leur annonçant qu'il reviendrait dans deux heures. Il souhaitait passer chez lui pour en savoir plus. Rukia et Renji devaient l'attendre comme à chaque fois après une mission sur Terre. Ils l'attendaient effectivement, dans un silence inhabituel. Visiblement l'Arrancar aux yeux verts avaient déteint sur ses subalternes. Il se dirigea vers le jardin, suivi par les deux autres. Au loin, ils pouvaient voir la haute tour.

- Que va-t-il lui arriver ? L'interrogea Rukia sans détour.

- Tu t'inquiètes pour lui ?

- Non ... oui ... enfin, je ne sais pas. Mais Ichigo et Orihime nous poseront la question et ...

Elle se tut devant le regard froid de Byakuya.

- Pourquoi Kurosaki s'inquiéterait de la vie ou de la mort de son ancien ennemi ?

Rukia baissa la tête. Renji vola aussitôt à son secours.

- Lui ne s'en inquiète pas, c'est Orihime Inoue qui a pris la mission que vous lui avez confié un peu trop à coeur.

- La femme qui rejette pour soigner ? C'est bien Schiffer qui l'avait emmené contre son gré à Las Noches, pourtant.

Rukia hocha la tête.

- Elle souhaite découvrir la vérité sur son passé en tant qu'humain.

- Que s'est-il passé ? Le rapport de Hitsugaya n'est pas encore fait, mais vous aurez sans doute un rapport à faire également. Je souhaite d'abord vous entendre de vive voix.

Il se tenait très droit devant eux, dans toute sa dignité et sa noblesse. Rukia, bien que sa demi-soeur, restait toujours impressionnée par son charisme.

- Depuis son arrivée sur Terre il s'était exactement conformé aux ordres de Yamamoto-Sama et du Conseil. Il n'a attaqué aucune âme et a bien effectué les enterrements. Il a tué de nombreux Hollows et ne s'en était pris à aucun de nous. Tout a changé cette nuit. Kisuke Urahara nous a expliqué que lorsqu'il a vu cet édifice chrétien, il s'est métamorphosé sans l'aide du Zanpakuto toujours scellé. Malgré le poison, il s'est envolé avec Orihime et après ils se sont retrouvés seuls.

Elle se revit avec Renji non loin de chez Kisuke en pleine discussion lorsqu'ils avaient ressenti avec une force impressionnante le reiatsu de Ulquiorra se développer d'un coup. Ils avaient ressenti sa pression spirituelle tourmentée, pleine de rage et d'une envie de tuer. Ils avaient ressenti son immense faim et le dilemme qui avait suivi.

- Enfin, a priori ils n'étaient pas seuls d'après Orihime. Compléta Renji. Un Hollow les aurait attaqué dans l'Eglise mais nous n'avons pas ressenti sa présence. Rangiku est la seule qui l'aurait senti plus tôt.

- Votre opinion ?

Renji et Rukia se dévisagèrent sans comprendre. Leur Capitaine leur demandait leur propre opinion ? C'était surprenant. Renji se racla la gorge.

- Capitaine, je crois Orihime. Même si elle me semble un peu déboussolée, elle ne mentirait pas à Kurosaki.

- Kisuke Urahara ne le croit pas coupable. Nous lui avons parlé car Yoruichi et lui sont arrivés avant nous. Il a senti une présence sans pouvoir la définir précisément. Pour lui tout est lié au passé de Ulquiorra. Passé dont il ne se souvient pas. Kurosaki a promis d'aider Orihime à trouver ce qui est arrivé et Urahara va également les épauler.

Elle marqua une pause et releva la tête, plantant son regard droit dans les yeux de son demi-frère.

- Je souhaite être renvoyée sur Terre afin de les aider également.

- Moi aussi Capitaine.

Le regard de Byakuya passa de l'un à l'autre.

- Pour le moment, vous n'irez nulle part. Je veux votre rapport écrit ce soir. Je le lirai avant de le transmettre au Conseil. Soyez précis.

Il leur tourna le dos, s'apprêtant à entrer dans sa demeure. Il voulait encore prier devant l'autel de sa défunte épouse avant de faire son devoir.

- Nii-san. Pourquoi ne pas nous avoir répondu ? Il est déjà condamné à mort ?

- Non, il a un délai de réflexion. Jusqu'à demain.

- Et après ?

Il ne répondit pas à sa soeur et se dirigea vers l'autel, s'isolant de toute présence. Les fumées de l'encens s'élevèrent autour de lui, l'enveloppant de l'odeur si familière, si apaisante. Il fixa le tableau représentant Hisana. Ses traits s'adoucirent légèrement. Il songea avec un pincement au coeur que Rukia prenait un chemin aussi douloureux que sa soeur aînée. Il avait vu son inquiétude croissante pour Kurosaki et les sentiments contradictoires qui s'affrontaient en elle. Kurosaki allait perdre tout pouvoir spirituel à plus ou moins longue échéance. Il ne pourrait plus entrer en contact avec la Soul Society. Elle souffrirait et une fois de plus, il n'aurait pas pu honorer la promesse qu'il avait fait à Hisana. Ses prières achevées, il se releva et se dirigea vers la tour pour la nuit.

Les gardes s'inclinèrent avec respect devant lui et lui indiquèrent que tout était calme. Le prisonnier n'avait pas bougé comme en attestaient les images des caméras de surveillance installées par la division technologique. Il l'observa à travers les écrans et comme si il avait senti sa présence, Ulquiorra leva la tête vers lui. Leurs regards se croisèrent par écrans interposés. Byakuya fronça les sourcils. Cet Arrancar devait être le plus intelligent et le plus rationnel des dix selon Aizen lui-même. Il ne se serait pas laissé ramené gentiment à la Soul Society sans l'avoir voulu.

- Eteignez ces outils et laissez-nous seuls ...

Les gardes surpris obtempérèrent néanmoins. Les ordres du Capitaine Kuchiki ne souffraient pas de discussion. Une fois seul, Byakuya entra dans la cellule, laissant la porte ouverte au large derrière lui. Ulquiorra jeta un coup d'oeil dans sa direction, sans se préoccuper de l'ouverture laissée.

- C'est bien ce que je pensais. Tu ne chercheras ni à t'enfuir ni à te dérober à tes juges. Et pourtant, lorsque Yamamoto t'a laissé l'occasion de t'expliquer, tu le l'as pas saisie.

Il se tut et l'observa.

- Tu n'es pas suicidaire malgré ta ridicule tentative de diversion avec Kenpachi.

- Pourquoi es-tu là ?

- je te retourne la question. Pourquoi t'es-tu laissé emprisonner ?

- je ne vois pas en quoi ça te regarde. Tu crains de faire le mauvais choix en votant ?

- tu cherches à gagner du temps pour laisser le champs libre à Kurosaki et Urohara. Toi ici, nous n'avons plus de raison de suivre aussi précisément ce qui se passe sur Terre.

- ...

- Je vois. Rukia et Renji m'ont expliqué ce qui s'est passé, pour la partie qu'ils connaissent. Que caches-tu à tous ?

- Pourquoi un Capitaine de ton rang s'intéresse-t-il à un Shinigami apprenti ?

- Laisse cette histoire d'apprenti, tout juste bonne à endormir les autres. Réponds à ma question.

Ulquiorra se détourna.

- Tu es tel qu'Aizen t'a décrit. Noble, droit et fier. Il a oublié de préciser entêté. Si tu es venu chercher ma réponse, tu ne l'auras pas avant les autres.

- Dommage.

Byakuya était déjà sur le seuil lorsque Ulquiorra reprit.

- J'aurai été honoré d'avoir pu te côtoyer dans cette guerre.

Ils échangèrent un regard, empli de respect l'un envers l'autre. Byakuya hocha la tête et sortit. « Moi de même » murmura-t-il en s'éloignant, sa longue écharpe et son haori battant derrière lui.