encore une fois, merci à tous et toutes pour me lire, me suivre régulièrement ... du coup j'essaie de publier régulièrement aussi. Je vous laisse un nouveau chapitre en espérant qu'il vous plaise tout autant que les autres.
bonne lecture !
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Renaissance
Chapitre 13 : le jeune moine du passé ... l'Espada du passé ... le Shinigami du présent.
Un nouveau jour se levait sur la Terre et Orihime s'étira comme un chat. Elle était à des années lumières de tout ce qui s'était dénoué, noué, dit ou révélé durant la nuit passée. Elle savait seulement qu'elle avait passé une nuit reposante et pour elle c'était un vrai bonheur. Elle alla aussitôt se faire un de ses réputés petit-déjeuners aussi consistant que très particulier et s'étonna à peine de trouver Urahara sur son canapé, Yoruichi-chat pelotonnée contre lui.
- Ils sont trop mignons ! S'émerveilla-t-elle.
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Au Sereitei, l'ambiance était radicalement différente. Byakuya, les mains posées à plat sur son bureau, faisait face à Ulquiorra. Seul ce même bureau en bois sombre massif les séparait. « Oui, c'était moi. ». L'annonce pourtant énoncée avec un calme olympien, avait résonné comme un coup de tonnerre à ses oreilles. Et heureusement pour l'Espada, à ses seules oreilles.
- Es-tu bien conscient de tes paroles ?
- ...
Ulquiorra lui coula un regard affirmatif et ne se donna pas la peine de répondre. Byakuya se redressa.
- Es-tu bien conscient que l'une des anciennes âmes qui constituent ton être serait un pur meurtrier, incapable de discernement et auteur de meurtres sur des personnes innocentes, des femmes et des enfants ?
Ulquiorra hocha la tête.
- Tu ne devrais même pas être un Hollow. Tu devrais être mort et déjà aux Enfers. Comment peux-tu prétendre dans ce cas au rang de Shinigami ?
L'Espada se tourna bien face à lui et ne le lâcha pas du regard tout en lui lançant ;
- Je ne l'ai pas choisi, vous me l'avez imposé.
Il reprit un air plus désinvolte pour poursuivre sur un ton teinté d'une ironie mordante.
- Il est vrai que chaque Shinigami présent dans le Sereitei est tout-à-fait exemplaire en tout point. Il est vrai que rien que l'une de votre division est un modèle de vertu, son Capitaine devant tuer le précédent afin de gagner son poste. Il est vrai que l'une de vos divisions, la seconde, est peuplée de ninjas destinées à tuer et espionner. Il est vrai aussi que dans sa grande fierté et dans sa droiture, le plus haut et le plus ancien Capitaine du Sereitei a condamné une âme à devenir un Hollow extrêmement puissant au vu du nombre de meurtres qu'il avait commis.
Buyakuya Kuchiki, drapé dans toute la fierté de son clan en place depuis des millénaires se retrouva sans mots.
- Ainsi, tu as donc fini par tout comprendre !
La voix forte avait claqué, se répercutait d'un mur à l'autre dans le vaste bureau, faisant se tourner d'un même mouvement les deux protagonistes alors tendus comme des arcs prêts à décocher leurs flèches. Le Capitaine Genryusai Shigekuni Yamamoto venait d'arriver, imposant aussitôt le silence avec son autorité naturelle. Ses yeux grand ouverts passèrent de l'un à l'autre tandis qu'il avançait vers eux. Byakuya se redressa et lui adressa un salut respectueux. Ulquiorra ne baissa pas les yeux et pencha légèrement sa tête sur le côté.
- Tout ce que j'ai entendu ici est exact, du début à la fin. Vous êtes de fins stratèges tous les deux et de bons analystes. J'aimerai avoir plus de personnes de votre qualité au Sereitei. Kuchiki, les batailles ne se gagnent pas qu'avec des mots. Des Capitaines de la valeur de Kenpachi sont nécessaires, même si ceux-ci peuvent paraître plus cruels que des Hollows. La différence entre eux et vous, jeune Espada, est la cible ... Les Hollows ciblent les humains et les Shinigamis sauvent les humains. Ainsi tourne la roue du temps et du destin ... depuis la nuit des temps.
Tous se turent et le rythme régulier du bambou se remplissant et se vidant se fit à nouveau entendre.
- Vous avez dit que tout était exact depuis le début, remarqua Byakuya. Est-il vrai que vous avez décidé de ne pas sauver son âme ?
- la décision appartenait au Shinigami chargé des lieux. Je n'ai fait que l'approuver.
- Vous saviez qui il était depuis le début ?
Le ton était presque accusateur. Byakuya ne supportait pas l'idée de se faire manipuler, même si lui-même excellait à ce jeu. Ulquiorra ne relevait pas. Pourtant, c'était bien lui qui se trouvait au coeur de l'histoire.
- jeune Kuchiki, tu as bien l'arrogance de ton âge, sourit pourtant Yamamoto. Non, au tout début, je l'ignorai. Je l'ai compris plus tard, quand Kurotsuchi l'a fait revenir. J'ai senti son reiatsu et par delà celui-ci, cette âme errante, toujours à la recherche d'un manque. De sa rédemption.
- ...
Ulquiorra fixa le vieux Capitaine de son regard émeraude.
- ma rédemption ? Croyez-vous vraiment que je me sois hissé au statut de Vasto Lordes en passant mon temps à regarder en arrière ? Je suis un Arrancar, composé de plusieurs âmes, de plusieurs Hollows. Ce jeune moine avec lequel je n'ai rien en commun, n'est qu'une infime partie de moi, de mon tout ...
Yamamoto sourit mais ce fut Byakuya qui répondit.
- Pourtant c'est bien ce jeune moine qui prend le pas sur les autres. C'est bien à cette âme que s'adresse ce Hollow invisible.
Ulquiorra se tut. La conversation prenait un tour déplaisant.
- Sais-tu qui est ce Hollow qui peut se rendre invisible à nos sens ? Demanda Yamamoto.
- Non.
- Kuchiki ?
- Non. Je n'ai aucune autre piste.
- Alors, je le dispense de rester dans la Tour.
- Comment ?
- Comment ?
Les deux hommes avaient relevé de concert.
- Pourquoi ? Demanda Ulquiorra. Que nous cachez-vous encore ?
- Comment allez-vous justifier son absence dans la Tour ? Il ne peut pas être un prisonnier en liberté dans le Sereitei ! Je ne le tolèrerai pas alors qu'il était sous la garde du clan Kuchiki !
- Le monde et le Sereitei ne tourne pas autour des Kuchiki ! Assena d'une voix forte Yamamoto sans la moindre pitié, faisant pour la première fois baisser les yeux de Byakuya et serrer son poing. Mais effectivement, il le peut rester au Sereitei. C'est pour cela qu'il retournera chez les humains, à Karakura, chez l'humaine Inoue.
Les deux se dévisagèrent avant lui jeter un regard torve.
- Aucun prisonnier n'a jamais déjoué la surveillance d'un Kuchiki !
- Ah, tu es encore plus fier que ton vieil entêté de grand-père l'était !
- ...
- j'émettrai un formulaire de décision dans le sens de sa libération sous surveillance. Tu dépêcheras ton vice-capitaine dans ce but et tu lui rendras ses deux armes. Le reste est inchangé. Il n'a aucun droit d'utiliser sa forme libérée et à présent son Zanpakuto nécessitera l'aval de deux Capitaines au minimum pour son utilisation. J'ai dit ! Qu'il en soit ainsi !
- Amen ! Marmonna Ulquiorra, bien conscient de n'être qu'un pion dans un vaste échiquier au milieu duquel il n'avait jamais eu l'impression d'avoir un seul choix conscient à faire.
Que ce soit en tant que Hollow avant l'arrivée d'Aizen, avec Aizen à Las Noches, en tant que Shinigami ici au Sereitei. Et visiblement bien avant. Ce qu'il avait lu avait remis en mémoire quelques un des moments que sa partie humaine consciente avait vécu sur Terre. Il voulait se souvenir de plus car il pensait qu'avec cette nouvelle donne il pourrait peut-être un jour ...
- Shinigami Ulquiorra Schiffer !
Ulquiorra sortit de ses pensées et se retrouva face aux deux Capitaines qui le dévisageaient fixement et calmement. Byakuya lui tendait ses deux armes ... le Zanpakuto blanc des Espada, celui de Murciélago et le Zanpakuto noir des Schinigamis. Il les saisit et les deux hommes se dévisagèrent intensément avant que Byakuya ne lâche les armes tout en hochant la tête.
- Ne l'oublie pas ! Tu seras toujours sous surveillance constante. Sous ma surveillance constante.
- Navré de te décevoir, je crains que tu ne seras pas le seul à garder un oeil sur moi.
- Effectivement. Ajouta Yamamoto. Tu dois te rendre à la douzième avant de retourner à Karakura. Kurotsuchi te débarrassera de ta soif de sang et d'âme humains.
- Bien.
Ulquiorra salua les deux Capitaines d'un signe sec de la tête et se retourna une dernière fois avant de fermer la porte de la demeure ancestrale des Kuchiki.
- je te l'avais dit, Capitaine Kuchiki. Méfie-toi du cavalier. Ses mouvements peuvent surprendre, même un roi de ta stature.
La porte se referma sur lui et il put entendre le rire tonitruant de Yamamoto résonner derrière.
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- Yo !
Ulquiorra se tourna en sortant de la partie recherches de la douzième division ; autant dire qu'il venait de quitter une maison de fous. Ce qu'il avait vu lui avait glacé les sangs ! Et pourtant il n'était pas homme à s'émouvoir de peu de choses, loin de là.
Renji Abarai, Vice-Capitaine de la cinquième division le saluait d'un geste un peu trop poli pour être honnête.
- Abarai.
- Le Capitaine Kuchiki t'a précisé mon rôle ?
- tu es mon garde-chiourme.
La réponse était pour le moins rapide et Ulquiorra lui tourna le dos, se dirigeant vers l'un des lieux de passage entre les mondes. Renji grogna un petit moment et lui emboita le pas.
- Que faisais-tu à la douzième ?
- Qui sait ?
- tu n'es pas très loquace !
- quelle perspicacité ...
Le ton devenait clairement ironique.
- Oh Ulquiorra !
L'Espada se retourna vers son suiveur, un air de mortel ennui sur le visage. Renji grogna un peu puis se décida à parler tout en envoyant son papillon noir vers le monde des humains. Celui d'Ulquiorra le suivit de près.
- Qu'est-ce que tu as fait pour entrer et sortir de cette Tour aussi vite ? Et pour avoir embobiné le Capitaine ?
- je doute que Kuchiki puisse se faire embobiner par qui que ce soit.
Ulquiorra avait éludé la première question mais contre-attaqua.
- Pourquoi la femme Shinigami et toi voulez-vous toujours aller dans le monde des humains ?
Renji s'attendait à tout sauf à cela. Il regarda de l'autre côté tout en courant alors qu'ils franchissaient l'entre-deux monde. Ulquiorra lui jeta un regard en coin.
- Je comprends la femme Shinigami qui y va pour Kurosaki mais toi ?
Renji crispa sa mâchoire.
- Ferme-la, Hollow ! Comment un être sans coeur ni conscience pourrait-il comprendre quoi que ce soit à ces choses là ?
Ulquiorra s'arrêta net dans leur course, obligeant Renji à faire de même. Il se retourna et dévisagea l'Espada l'air mauvais. Pourtant, une fois encore, Ulquiorra n'affichait aucun sentiment sur son visage de marbre.
- Quoi ? Grogna Renji.
- Explique-moi.
Ce n'était ni une demande ni un ordre. Encore une chose inexplicable sortant de la bouche de cet étrange Espada ... non de cet étrange Shinigami puisqu'il faisait désormais parti des leurs. Renji croisa les bras, l'air énervé. Il savait par expérience pour l'avoir vécu avec son Capitaine, que de ne rien dire ne ferait pas bouger son vis-à-vis. Leur ressemblance venait de le frapper comme une grande claque au visage.
- T'expliquer quoi ?
- Pourquoi tiens-tu encore à elle alors qu'elle s'est tournée vers Kurosaki et que tu le sais pertinemment ?
Renji hoqueta sous l'effet de la surprise et faillit l'étrangler. Ses bras retombèrent le long de son corps et il sera les poings.
- En quoi ça te regarde Espada ?
- Je veux savoir.
- Pourquoi ?
Ulquiorra haussa les épaules comme si la conversation qu'il avait lui-même engagé l'ennuyait au plus haut point.
- Je ne comprends pas vos motivations ... ni pour vous battre, ni pour vivre, ni pour mourir ...
Renji le dévisagea avec surprise. Il ne ressentait ni agressivité ni curiosité mal placée chez l'Espada, mais juste le besoin impérieux de savoir. Il se toucha le front de l'index, eut un drôle de rictus et s'assit en tailleur sur le sol devant Ulquiorra.
- La femme Shinigami comme tu l'appelles a un nom ... Rukia Kuchiki. C'est une amie depuis longtemps, depuis toujours en fait et c'est la soeur de mon Capitaine. J'éprouve un grand respect pour lui et pour elle. J'ai juré de la protéger lorsque nous nous sommes rencontrés et je veillerai à respecter cette promesse. Quant à Ichigo Kurosaki, c'est mon ami. Je l'aiderai et l'épaulerai quel que soit son combat ou son choix. C'est ainsi.
Ulquiorra sembla réfléchir un instant avant de poursuivre, remettant ses mains dans ses poches.
- Ta motivation ... ta seule motivation est ton amitié pour ces deux personnes ?
- Oui ... en quoi ça te dérange ?
Il resta silencieux avant de lui adresser un de ses regard émeraude, à la fois intense et dérangeant, tout en assenant une vérité.
- Tu te mens à toi-même, même si ce n'est qu'en partie. Tes sentiments sont partagés sur ces deux amis ... Il suffirait d'un rien pour que votre amitié se transforme en haine, si deux d'entre vous se rapprochaient suffisamment en laissant l'un d'entre vous sur le carreau ... si c'était toi, que se passerait-il ?
- ...
Renji était sonné. Ulquiorra avait une manière particulière d'asséner les vérités douloureuses, sans les maquiller, sans les camoufler dans un joli monologue avec de jolis sentiments. Ichigo lui en avait parlé à la fin des combats, lorsqu'ils avaient tous retrouvé une vie plus normale. Orihime le lui avait confirmé. L'Espada était sans doute un grand manipulateur mais aussi un être incomplet, avide de savoir et de comprendre. Renji se redressa et lui tourna le dos.
- vivre au milieu des humains t'apprendra peut-être certaines choses, Espada ! Mais n'essaie plus jamais de disséquer mon âme et mon coeur !
ton coeur ... une nouvelle fois, tout tourne autour de ce coeur dont vous parlez tant, tous ...
Renji se retourna vers lui et lui décocha un sourire ironique et apitoyé.
- J'espère qu'un jour tu le pourras le comprendre ... sincèrement. Mais pour cela, il faudrait déjà que tu trouves un être humain pour te l'apprendre.
- Le coeur s'apprend ?
Renji avait clairement l'impression de s'enfoncer. Soit son vis-à-vis le poussait dans ses retranchements, soit vraiment il n'appréhendait vraiment pas les sentiments. Et plus il réfléchissait à ce que Ichigo lui avait dit, plus il penchait pour la deuxième alternative. Qu'était une vie sans coeur ni sentiment ? Sans personne pour partager ses pensées, ses peurs et ses envies ? Qu'était une vie de néant absolue ?
- Je suppose que oui. Je suppose que même toi tu pourrais l'apprendre mais il te faudra trouver une personne qui te comprenne et qui puisse t'expliquer ces choses là. Je crois qu'il lui faudra beaucoup de patience et de ténacité.
- ...
- En tout cas, ça ne sera pas moi. Tu me tapes déjà sur les nerfs !
Ulquiorra lui retourna un regard similaire au sien. Même sans émettre un son il savait se faire comprendre. Encore heureux que son capitaine le renvoyait à Karakura. Renji Abarai n'aurait pas supporté longtemps deux êtres aussi impassibles dans la même pièce que lui. Ils étaient trop opposés par nature.
- Allez Espada, on y va !
- Non.
- Comment ça ... non ?
- non, je ne suis plus seulement un Espada ... Je suis aussi un Shinigami. Le Shinigami Ulquiorra Schiffer ...
Le-dit Shinigami dépassa Renji et s'élança plus avant dans le tunnel de l'entre-deux monde. Il courait vers la lumière, bien conscient que sa vie avait pris un tournant qu'il n'avait pas forcément choisi ni accepté. Mais en aucun cas il ne permettrait que cette situation perdurerait. Il ne subirait plus cet état de fait sans rien faire ... non, il allait reprendre les rennes de sa propre existence et agir de son propre chef. Cela était une promesse qu'il se fit à cet instant à lui-même.
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Ichigo et Rukia sentirent les deux reiatsus arriver en même temps.
- Renji, murmura Rukia.
- Ulquiorra, marmonna Ichigo.
- Qu'est ce qu'ils font ici ? Ensemble ?
- Aucune idée.
- Yo ! Fit Renji en atterrissant sur le lit d'Ichigo. Ulquiorra se positionna souplement à côté de celui-ci, sans que ses mains ne quittent ses poches. Rukia nota silencieusement la présence des deux Zanpakutos à sa ceinture.
- Pourquoi faut-il toujours que tout le monde sautent sur mon lit ! Hurla Ichigo.
- La ferme ! Si tu crois que ça me fait plaisir d'être ici !
- Qu'est ce que tu fous là d'abord ? Et lui ?
- Calmez-vous ! Cria Rukia en séparant les deux hommes sous le regard perplexe d'Ulquiorra. Il se demandait encore une fois comment ces deux décérébrés avaient pu abattre autant d'Espadas, d'Arrancars, de Hollows ... y compris lui-même. Quelle blague ! Il choisit de mettre une fin à cette dispute aussi stérile que puérile.
- je ne suis plus prisonnier ... enfin plus tout-à-fait. Je veux découvrir qui est ce Hollow et je pense pouvoir être le seul à le faire.
- Tss ... fit Ichigo en le regardant de travers.
- je commencerai par la colline en face de l'Eglise.
- Pourquoi par là ?
- Je n'ai pas à m'expliquer.
- ah, au fait ... il résidera chez Orihime Inoue.
- Quoi ? S'étrangla Ichigo. Encore ? La dernière fois qu'il a résidé chez elle, sa maison a été à moitié détruite. Je refuse.
- C'est un ordre du Commandant chef Yamamoto. Tu ne peux t'y opposer.
Ichigo serra le poing et Rukia sentit l'aiguillon de la jalousie piquer son coeur. Ulquiorra les dévisagea l'un après l'autre et Renji repensa à ce qu'il lui avait dit avant leur arrivée. De l'amour à la haine ... est ce que ce serait possible ? Il regarda Ichigo et Rukia puis baissa les épaules avant de reprendre son rôle habituel.
- Bah ! De quoi tu as peur Ichigo ? Je ne serai jamais loin de lui, ordre du Capitaine Kuchiki.
Ichigo ne le railla pas mais sembla soulagé au contraire.
- Allons-y, on t'accompagne Ulquiorra.
- Si vous voulez ...
- Pff, tu devrais te réchauffer un peu, marmonna Ichigo. Comment pourras-tu vivre avec Orihime en restant cet espèce de glaçon. Enfin, c'est pas mon problème.
Le regard d'Ulquiorra s'agrandit sous l'effet de surprise et les trois autres eurent un sourire de connivence. L'ex-Espada restait toujours parfaitement neutre ... sauf lorsqu'il était question de la jeune rousse.
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Ils arrivèrent sur la colline des Larmes, située juste en face de l'Eglise. Le vent balayait les herbes hautes. Il n'y avait rien d'autres que ces herbes et quelques arbres plantés au sommet. Le regard d'Ulquiorra balaya les environs et se posa sur l'Eglise. Un souvenir revint à sa mémoire, un souvenir de ce jeune moine qui était l'une des âmes qui le composaient. Derrière la petite fille, les flammes ... derrière les flammes, l'Eglise.
Il avança de quelques pas sous le regard des trois autres. Le village avait existé là. Et la fillette, il n'avait pu l'exécuter comme les autres. Quelque chose dans ses grands yeux gris l'avait stoppé ; une innocence, une pureté, une confiance aveugle. Aucune peur.
« as tu peur de moi ? »
Il se figea. La question venait de ressurgir dans son esprit aussi nette et précise que celle qu'il avait posé à l'humaine Orihime Inoue ... l'humaine aux grands yeux gris, purs, innocents, confiants.
« as-tu peur de moi, femme ? »
Les réponses se confondaient dans sa mémoire. Son reiatsu vibra de pulsations étranges et fortes, balayant plus vite les herbes hautes sous les yeux interrogateurs des autres.
« non, je n'ai pas peur. »
Ulquiorra haletait. Il toucha son front qui l'élançait. Il était humide et moite. Il ressentait confusément les sentiments contradictoires qui avaient agité l'âme du moine. Un moine était censé consacrer sa vie à Dieu, à la passer en prières, à pardonner à tous et toutes. Comment une âme normalement si pure avait pu chavirer à ce point ?
Il hoqueta, proche du malaise, mettant un genou à terre pour ne pas tomber. Son cerveau était en feu. Les souvenirs resurgissaient, affluaient en lui, dans un grand désordre. Il avait le souffle coupé, un goût de terre et de cendre dans la bouche. Des flashs se succédaient ...
Une arrivée en bateau ... une musique envoûtante d'un orgue résonnant dans l'Eglise ... des cours de théologie ... le vent, la pluie, le soleil sur son visage ... d'autres visages rayonnants ... ces mêmes visages emplis de terreur ... des corps déchiquetés, martyrisés cloués sur des croix inversées ... une colère sourde et profonde ... un reniement total et viscéral se traduisant en haine démesurée ... des morceaux de verres colorés s'emboitant les uns dans les autres ... une arme, un katana rouge de sang ... des têtes roulant à terre, des corps découpés ... un brasier s'élevant dans la nuit ... une épée brandie vers le ciel se stoppant net ...
« as-tu peur de moi ? »
un regard gris, pur et innocent ... confiant mais ne comprenant pas pourquoi ...
« non, je n'ai pas peur. »
Ulquiorra eut un haut le coeur et vomit de la bile et du sang. Les yeux gris le fixaient encore et encore. A sa grande horreur, il sentait qu'il allait s'évanouir. Quelle honte !
- Ulquiorra ! Ulquiorra !
Une voix bourdonna à ses oreilles. Kurosaki ? Renji ? Rukia ? Non ... une voix qu'il aurait reconnu entre mille ... l'humaine guérisseuse. Il devina sa silhouette qui s'approchait de lui, tombait à genoux à ses côtés et le visage inquiet qui lui faisait face. Sa tête lui tournait. Il entrouvrit ses paupières et croisa son regard gris humide. Sa main se tendit vers elle.
- Femme ...
Elle la saisit sans hésiter et l'approcha de son visage.
- Je suis là, Ulquiorra. Calme-toi je t'en prie. Ton reiatsu est sur le point de s'emballer comme la dernière fois.
Elle l'avait senti. Les pulsations de son reiatsu, sur le point d'exploser, sur le point de ramener une nouvelle fois Murcielago, se calmèrent à son contact doux et empreint de sollicitude à son égard.
- Femme, as-tu peur de moi ?
Elle secoua la tête et prit plus fermement sa main, mêlant ses doigts aux siens, puis posant la paume de l'Espada sur sa joue tiède et humide.
- Non ... Jamais je n'aurai peur de toi ... jamais ...
Il tomba à genoux comme une poupée cassée et ferma ses yeux épuisés ... rendant les armes face à son propre corps qu'il ne contrôlait plus lorsque ses souvenirs remontaient à sa conscience ... face au néant qui l'habitait d'ordinaire et qui s'effaçait dès qu'elle apparaissait auprès de lui ... face à ces tourments qu'il ne parvenait ni à nommer ni à comprendre. Il entendait sa voix de plus en plus lointaine ...
- Ulquiorra ! Reste avec moi ...
