6.

Son chauffeur lui ouvrant la porte de sa limousine, Tervysse en descendit et se dirigea vers les ascenseurs.

Pour elle, un mois après son « coup d'état », tout était devenu clair, tranquille et sous parfait contrôle. Aussi, pour redonner un peu de piment à ce qui menaçait de devenir une routine, elle avait convié son actionnaire majoritaire, après elle, à une réunion pour l'étude d'un nouveau projet.

La mine fermée, obligé de patienter dans la salle attenante à celle de réunion, Hoby avait dû attendre l'arrivée de Tervysse.

- Madame Nol.

- M Skendromme. Oh, Karémyne, ça me fait plaisir de te revoir. Ca faisait…

- Un mois.

- Tu as reçu mon message ? sourit la présidente de Skendromme Industry. Je voulais aller te voir en personne, mais je n'ai pas eu le temps. Tu ne m'en veux pas, j'espère ?

- Ce sont les affaires. Tu l'as emporté, aujourd'hui.

- Veuillez encore m'accorder quelques minutes, ensuite nous commencerons la réunion.

Tervysse rentrée dans son bureau, Karémyne et Hoby échangèrent un regard.

- Maman !

- Oui, Hoby ?

- Comment peux-tu lui répondre aussi posément, la regarder dans les yeux, lui sourire ? ! s'emporta-t-il.

- C'est la guerre, siffla alors Karémyne sur un ton qui glaça le sang de son fils. Rien ne m'ôtera de la tête et du cœur qu'elle sait exactement ce qui est arrivé à Aldéran et qu'elle en est responsable. Je ne peux cependant l'attaquer de face. Aussi, je me mets à son niveau. Elle croit dur comme fer qu'au nom de l'amitié passée je peux passer l'éponge, elle se trompe ! On ne prend pas un petit à sa mère sans s'exposer à de terribles représailles, elle le saurait si elle était mère ! Elle la joue fourbe et mondaine, je peux le faire tout aussi bien qu'elle et j'ai beaucoup plus d'expérience qu'elle en ce domaine !

- Tu es terrible, maman.

- J'aurais dû l'être avant. Sinon tout ce gâchis ne serait peut-être pas arrivé… soupira-t-elle, le feu retombant et l'angoisse l'emportant.

- Tu m'attends ici que la réunion soit terminée ?

- Je dois d'abord aller chercher Ayvanère qui a mis les trois gamins dans le bus pour une excursion. Ensuite, oui nous reviendrons ici pour te prendre et rentrer chez nous.

De fait, quand il ressortit de la salle de réunion, Hoby trouva sa mère et Ayvanère en pleine discussion.

- Holala, toi, ça n'a pas l'air d'aller bien fort, remarqua sa mère.

- Le projet pharaonique de Mme Nol est aberrant à plus d'un point, mais je ne peux m'y opposer. En fait, je crois qu'elle veut délibérément couler Skendromme Industry !

- Cela ne me surprendrait pas non plus, avoua Karémyne entre ses dents.

- Ce serait insensé, chuchota pour sa part Ayvanère.

Juste derrière Hoby, Tervysse ne dissimulait même pas sa jubilation.

- En effet, je ne suis peut-être pas la maîtresse absolue des lieux mais je ne doute pas que le Conseil d'Administration me suivre. Il m'a toujours mangé dans la main. D'ailleurs, le mois dernier, pas un seul n'a protesté quand j'ai annoncé détenir 26% des parts de SI.

- 21%, se récrièrent d'une seule voix Hoby et Karémyne.

Tervysse secoua négativement la tête.

- Je vous assure que ma langue n'a absolument pas fourché. Je possède bien 26%.

De son sac à main brodé de perle, elle tira un tout petit objet qu'ils connaissaient tous.

- Les Actions Fantômes.

- Et elles sont très officiellement à mon nom, poursuivit Tervysse, ravie de son petit effet.

- C'est un vol ! gronda Hoby.

- C'est un cadeau ! sourit Tervysse, carnassière.

- Non, jamais Aldéran ne vous l'aurait remise, ni de gré ni de force. Il vous aurait fallu le tuer pour cela ! hurla Hoby. D'ailleurs est-ce peut-être ce que vous avez fait !

- Je ne vous permets ce genre d'insinuation, rétorqua alors froidement Tervysse. Vous doutez de mon assertion ? Comme vous voulez, ce que vous pensez m'indiffère. A demain, M. Skendromme.

Passant devant une Ayvanère qui ne savait trop comment réagir la présidente de Skendromme Industry se dirigea vers son ascenseur privé dont les portes se refermèrent derrière elle.


Ayvanère se ressaisit enfin.

- Est-ce que tu crois qu'elle…

- Et toi, qu'en penses-tu ?

- Tout me porte à la désigner comme celle qui aura tout fait pour empêcher que la plaquette te parvienne à temps, fit-elle d'une voix sourde. Elle est intelligente, retorse et dispose de moyens illimités pour que tout se passe comme elle l'a décidé ! Elle peut te défier ouvertement, Hoby, tu n'auras pas le début d'une preuve contre elle.

- Mais il faut pourtant qu'on retrouve Aldéran ! On ne peut pas continuer à vivre au quotidien comme si de rien n'était ? ! C'est insoutenable ! Maman tu as beau ne rien dire, ça te mine à petit feu… Si seulement on avait quelque chose à se mettre sous la dent !

Hoby eut un regard distrait pour les écrans des caméras de surveillance. Sur deux d'entre eux on voyait la limousine de Tervysse qui revenait la chercher.

- Je ne sais pas ce que je donnerais pour faire sauter son carrosse, rugit-il.

- Sauf que cela ne servirait strictement à rien.

- Ca me calmerait les nerfs…

Ayvanère, Karémyne et Hoby manquèrent soudain s'étrangler, un rouquin qui leur était bien familier descendu de la limousine et si Tervysse s'était collée à lui dans un premier temps, il l'avait ensuite saisie par la taille pour la plaquer contre le véhicule et lui dévorer la bouche.

- S'il ose la prendre là tout de suite, je les lui arrache et je les lui fais bouffer ! glapit Ayvanère.