7.
Même la placide Eryna n'avait pu s'empêcher de sursauter.
- Aldéran et cette Tervysse ? C'est ridicule. Aldéran a bon goût !
- La question n'est pas vraiment là, intervint Toshiro. Qu'est-ce qu'il fait avec elle, depuis tout ce temps, et dans les meilleurs termes du monde, c'est peu de le dire ! D'accord qu'il ignorait comme nous tous que c'était elle les 21%, mais là c'est officiel depuis trop longtemps… Et puis surtout, il a Ayvi et les gamins ! grinça-t-il en résumant les sentiments de tous sur cette dernière phrase.
Tous les regards se tournèrent alors vers une Ayvanère décomposée dans l'un des fauteuils de la bibliothèque.
- Est-ce que tu aurais pu remarquer, ces derniers temps, quelque chose qui… ?
Ayvanère secoua vigoureusement et négativement la tête, ses mèches colorées de frais plus vives que jamais.
- Aldie et étions, sommes, parfaitement heureux ! martela-t-elle. Depuis Albior, c'est plus merveilleux que jamais.
- C'est bien ce qu'il nous avait semblé constater, glissa doucement son beau-père. Et la profileuse en toi, qu'est-ce qu'elle te souffle de ce que tu as vu ?
- Qu'Eryna a raison. Cette monstruosité féminine n'est absolument pas le genre d'Aldéran ! Et même si… Même dans l'éventualité où… Bref, oui, il ne serait jamais restée avec elle avec qu'elle vous ait dépouillés de SI et jamais au grand jamais il ne nous aurait laissés toutes ces semaines sans nouvelles !
Le regard vert émeraude d'Ayvanère flamboya alors que ses poings étaient serrés.
- Depuis notre mariage, bien que je ne lui ai jamais ouvertement posé la question, je sais qu'Aldie m'a été fidèle. L'épisode Quendal Davriskol ne compte pas ! Aussi, il me faudra d'excellentes raisons pour que je croie à ce que j'ai vu…
Elle ne put cependant empêcher sa voix de flancher.
- … Et pourtant, je ne peux nier cette scène. Il est descendu de l'arrière de cette limousine, elle lui a sauté dessus, lui aussi et ils se sont outrageusement pelotés avant qu'il ne la jette sur la banquette arrière avec une expression que je connais bien sur son visage. Il faut absolument que l'on éclaircisse cela ! Si il avait choisi une inconnue encore, mais cette femme qui a volé SI à la famille !
- Pour SI, nous en faisons notre deuil, jeta Hoby, peut-être un peu trop vite et un peu trop bravement – mais uniquement parce qu'il s'en jugeait responsable par que la vie de son aîné compte moins !
- Notre fils est vivant, Albator, et en bonne santé ! ne put alors s'empêcher de gémir de bonheur Karémyne. Est-ce que ce n'est quand même pas ce qui importe le plus ? Quoique, au fond, je ne sais quoi penser… Qu'il ait fait ça à Ayvi et aux petits…
- « en bonne santé » ? ironisa le pirate à la chevelure de neige. Il faut en tenir une sacrée couche que pour se farcir cette amorale Tervysse Nol !
- Et il semblait tellement accro, laissa échapper encore Ayvanère. Là, mon instinct ne me trompe pas : il l'a déjà tringlée, pas mal de fois, il l'a encore fait aujourd'hui et il recommencera si on ne le sort pas de là !
- Que peut-on faire ? interrompit Skyrone qui trouvait que l'on tournait dangereusement en rond. Un mois que nous attendons un fait pour pouvoir agir, réagir. Maintenant, nous savons Aldie en bon état physique et en plus où il se trouve ! Papa ?
Assez surpris que l'attention générale se reporte alors sur lui, lui-même s'estimant à juste titre le moins qualifié pour avancer des hypothèses, des directives quant à ce genre de situation où il ne fallait pas tirer à tout va ou menacer, Albator mit quelques instants à répondre.
- Aldéran est avec cette femme de son plein gré, on ne peut ni aller frapper à la porte et lui demander de revenir, et encore moins le kidnapper pour le ramener !
- Mais, il faut faire quelque chose ! se récria Karémyne. Cette femme lui fait le plus grand mal, elle le pervertit.
- Ca, c'est sûr, murmura Ayvanère que toute combativité semblait avoir désertée, alors qu'elle ne pensait qu'à ses trois fils qui réclamaient leur père et à qui elle ne pourrait jamais dire qu'il batifolait dans le lit d'une femme de dix ans son aînée, sans se soucier un instant d'eux au demeurant et là était le pire. Cette femme respire le mal. Comment est morte sa mère ?
- Guélyre ? sursauta Karémyne, tirée de profondes réflexions où elle n'avait vu aucun moyen de retirer son fils des pinces d'une véritable mante-religieuse ! Elle a été assassinée, dans un box d'écurie, le crâne fracassé. Le cheval qu'elle dressait était un peu plus loin, il s'était détaché. Par la suite, Tervysse a racheté avec sa part d'héritage la banque de son énième beau-père et c'est là que pour elle tout a commencé. Une histoire bien banale. Et pour Aldéran ? Albator ! ?
- Je retourne à bord de l'Arcadia.
- De quoi ? ! s'étranglèrent-ils tous.
- Toshy va me mettre cette Citadelle sous surveillance, autant que possible. A mon retour, je vous aviserai des dispositions que nous avons pu prendre.
Le regard du pirate étincela.
- Qu'il le veuille ou non, on va récupérer Aldéran et le ramener ici ! décréta-t-il.
Que sa femme, sa belle-fille et ses enfants présents croient ou non à son affirmation, cela avait juste été ce qu'ils attendaient et, bien que tout indique que c'était voué à l'échec, ils avaient tous repris confiance !
Ses fils bordés, endormis, Ayvanère s'était à nouveau retrouvée terriblement seule dans le duplex.
Elle avait longuement fait tourner autour de son doigt sa chevalière de fiançailles, avait retiré son alliance que décorait un minuscule trèfle à quatre feuilles, leurs deux prénoms gravés à l'intérieur.
- Aldie, toi et… cette créature ! Elle est magnifique, je le reconnais, peu de femmes de cet âge ont ce physique d'athlète. Mais toi, ce que tu aimes en moi, ce sont les formes de mes maternités, mon mont-de-vénus multicolore. Et moi je suis dingue de ton piercing à la langue, et de tout le reste !
Ayvanère se sentit ravagée par une colère sans nom, jamais une telle émotion ne l'avait secouée et pourtant l'amour de sa vie lui en avait fait voir de toutes les couleurs depuis leur première rencontre et cela n'avait rien à voir avec ses propres mèches !
- J'y ai assisté, soit, j'ai décortiqué l'enregistrement de chacun de tes gestes et expressions, chacun des siens. Mais je décide de ne pas y croire. Je joue notre famille sur mon instinct ! Hoby fut la victime de Tervysse Nol, et toi aussi. Albator et Toshiro permettront, j'espère d'apporter quelques éclaircissements. Mais d'ici à ce que nous nous retrouvions, je n'abandonnerai jamais.
Et elle remit l'alliance à son doigt.
Tervysse retomba en travers du lit, haletante, vibrante.
- Un jour, tu me feras mourir, Aldie !
- Tu demandes, je donne.
En dépit de l'extase de la fin de l'interminable étreinte, Tervysse réagit.
- Ca ne te plaît pas ?
- Bien sûr, le contraire serait un mensonge. Mais ma vie ne peut se résumer à t'attendre ici, à sortir aujourd'hui pour la première fois, et à ce que nous nous accouplions quand tu le désires.
- Tu as de ces mots !
- Tu m'héberges, tu me nourris et blanchis. Mais, je ne pense pas t'aimer. J'aime nos relations, mais est-ce que ça suffit pour une vie ? Et, pourquoi cette sortie d'aujourd'hui, justement ?
- Elle était nécessaire, indispensable. Tu comprendras peut-être un jour. Pour tes attentes, je t'ouvrirai le monde, le moment venu, mais là tu es encore trop fragile. Je te « libérerai », je te le promets. D'ici là, sois patient et fais-moi confiance.
- Je n'ai que toi comme repère. Je ne peux que te faire confiance.
- Crois-moi, elle est bien placée.
Aldéran sentit Tervysse se lover contre lui et ce contact lui tira un sourire, lui rappelant ses meilleurs souvenirs, récents. Et il l'enlaça tendrement pour finir la nuit à ses côtés.
Pour sa part, Tervysse grimaça.
« Je crois que je devins accro à toi, infernal rouquin Skendromme ! Tous les Skendromme sont des dangers publics et toi le premier… Oui, je devins accro… ».
