19.

Depuis la terrasse, Ayvanère avait vu l'hélicoptère approcher de l'île et se poser à quelques distances de la villa où elle logeait avec ses fils, sous surveillance également afin d'éviter que la présidente de Skendromme Industry ne tente à présent de s'en prendre à elle, à eux, physiquement.

Elle descendit les escaliers, reconnaissant de loin la chevelure d'or roux de Skyrone. Elle se jeta dans les bras de son ex-beau-frère.

- Presque six mois que ce cauchemar a commencé ! Je t'en supplie dis-moi que tu es venu m'apprendre que cela va se terminer, de façon positive ! ?

- Oui, c'est le jour, et je voulais effectivement t'en avertir.

- Que puis-je faire ?

- Retourne à l'appartement, avec tes gamins.

- Mais, je ne peux pas…

- Si tout se passe bien, personne ne t'en délogera, plus jamais.

- Ne le prends pas mal, Sky, mais je ne veux plus me leurrer d'espoirs. Je ne me réjouirai que face aux faits.

- Voilà pourquoi je te prie de rentrer chez toi.

Ayvanère prit les mains de Skyrone entre les siennes.

- Merci de ne m'avoir pas laissée tomber, aucun de vous.

- Comme si nous avions pu avoir seulement été effleurés par cette idée ! protesta-t-il. Car rien de tout ce qui a été fait principalement n'était le chef d'Aldéran. Mais le temps presse, je ne peux m'attarder. Un hélico suit à quelques minutes, il va venir te prendre avec les gamins.

Et en dépit de ce qu'elle avait dit, Ayvanère sentit l'espoir renaître en elle.


A quelques minutes de partir pour le siège social de Skendromme Industry, sa présidente était allée près de la terrasse surplombant la piscine en forme de cœur sur laquelle Aldéran lisait un roman.

Il la regarda tranquillement venir à elle, ne trahissant aucune émotion.

- Je t'attendrai patiemment, se contenta-t-il de dire d'une voix sage.

- Cela ne sera pas long, assura Tervysse. Ce soir, j'aurai une grande victoire à fêter, aussi sois prêt comme jamais car j'exigerai tout de toi. Pas de migraine pour te dérober, mon bon cœur ne t'autorisera pas à te retirer sans m'avoir satisfaite, encore et encore.

- Je te le promets, Tervysse.

Tervysse se pencha sur lui et l'embrassa à en perdre le souffle.

- A ce soir, mon mignon.

Sur le seuil de la pièce, elle se retourna, apercevant au-delà des portes-fenêtres grandes ouvertes Aldéran qui s'était replongé dans sa lecture.

« Cette soirée sera la plus extraordinaire de toutes. Ensuite, nous aurons tout le reste de la vie pour nous, loin d'ici. ».

En haut des escaliers, elle arrêta Jorhel.

- J'y vais. Garde un œil sur Aldéran.

- Il vient juste de commencer son bouquin. Il ne le lâchera pas avant d'avoir fini. Mais je vais lui tenir un peu compagnie.

Quelques minutes plus tard, la limousine de Tervysse quittait le château fort tandis que son cadet s'approchait du jouet roux.

- Intéressant ce roman ? s'enquit-il.

- Une histoire d'amours impossibles. J'avoue un faible pour ce genre de thème, j'ignore pourquoi !

- Quelle importance, si ça te fait passer le temps, rétorqua Jorhel après la quinte de toux qui l'avait secoué.

Il tendit l'oreille, percevant un bruit de moteur, pas particulièrement fort, mais un vent fort agitant tout l'espace autour de la terrasse.

- Mais, qu'est-ce que…

A la stupéfaction du cadet des Nol, un jet aux couleurs vives abaissa alors son bouclier d'invisibilité, l'aileron de son aile gauche touchant la rambarde de la terrasse.

Mais si Jorhel s'était reculé, Aldéran avait bondi en avant, marchant sur l'aile pour se glisser dans le second cockpit dont la verrière se rabattit.

Le spacewolf repartit aussitôt, effectua un tonneau et fonça vers le ciel, en direction de Ragel.

Jorhel s'était alors précipité vers le téléphone le plus proche, afin de prévenir son aînée, car ce qu'il avait vu dans le regard d'Aldéran lui avait parfaitement fait comprendre que ce dernier avait pratiquement retrouvé toute sa personnalité et ses moyens.

- Mais pourquoi je n'ai pas de réseau ? jeta-t-il à l'adresse d'un valet.

- Je ne sais pas, Monsieur. Tout ce qui est électronique, sur l'entièreté du domaine, s'est désactivé quand ce jet a emporté Aldéran. Nous ne pouvons ni communiquer ni recevoir d'appel.

- En ce cas, sortez ma voiture et…

- Tout ce qui est électronique, Monsieur. Et votre voiture en est bourrée !

Jorhel ragea, impuissant.

- Mais comment ce rouquin a-t-il pu réussir ce tour de force ? !

Suivant sa mère, Hoby ne se sentit guère rassuré dans les fourrés du domaine.

Mais il oublia tout cela quand en dépit de l'obscurité, il aperçut son aîné près de la fontaine aux sirènes.

- Aldéran ! soufflèrent-ils tous les deux.

Et ce dernier serra contre lui sa mère et son cadet, son cœur s'emplissant de bonheurs qui n'étaient plus oubliés. Mais Aldéran se défit rapidement de leur étreinte.

- Nous avons peu de temps. Je vous ai fait venir parce que Tervysse se rend demain au siège social de SI…

- Je sais, sourit Karémyne. Et je lui réserve une sacrée surprise.

- Et si j'y ajoutais mon grain de sel ?

- Comment cela ?

- J'attends la confirmation sur la ligne sécurisée que Toshiro a pu m'installer sur l'ordinateur bridé que m'a fourni Tervysse. Mais, d'une façon ou d'une autre, il faut que je sois à SI pour ton annonce, maman. Et toi, Hoby, ramène tes cartons, il se pourrait bien que tu puisses retrouver tes fonctions !

- Non, c'est impossible, soupira Hoby en secouant négativement la tête. Mais mettez-lui la pâtée, à cette Nol, ce sera mon plus grand plaisir !

- Je pense que ça pourra se faire, assura Aldéran, une main affectueuse sur l'épaule de son cadet. Je lui réserve pour ma part une surprise à laquelle elle ne s'attend pas plus qu'à la vôtre – bien que je n'aie aucune idée de votre plan, et je ne veux pas le savoir pour ne pas le trahir ou me trahir !

- Et ton plan ? fit Hoby.

- Tervysse a monté cette histoire de fous sur ses désirs charnels et elle s'est laissée emporter par eux et après toutes les horreurs envers Ayvi, ce seront ces mêmes désirs qui lui ont fait commettre l'ultime erreur de trop. Vous verrez, demain.

- Mais, moi, je ne peux pas te faire sortir d'ici, avoua Karémyne.

Aldéran se tourna alors vers les fourrés.

- Je sais que tu ne les aurais pas laissés venir seuls. Tu peux venir, papa !

- Albator, mais je t'avais dit de…

Sortant de l'ombre, le pirate à la chevelure de neige s'était effectivement avancé.

- Il aura fallu le temps, Aldéran, mais tu auras au final retrouvé plus de moyens que ne l'estimait Skyrone !

- Skyrone raisonne de façon théorique, il ne sait rien de la réalité, se moqua gentiment Aldéran. Mais heureusement qu'il croit en sa théorie sinon je serais toujours à l'état de légume ! Quoique, certains soirs, j'aurais préféré ne ressentir que le désir bestial et non ces émotions opposées qui me coupaient presque mes moyens. Enfin, passons… Tu as tout entendu, n'est-ce pas ?

- Oui. Et je viendrai personnellement te chercher une fois cette Tervysse Nol partie.

- Mais il ne faudra pas négliger son frère. Dès que tu m'auras emmené, il la préviendra !

- Ce que Toshiro a prévu de contrer, sourit Albator en glissant un petit sachet dans la paume de son fils roux.

- Tu parcoures ce château à ta guise. Profites-en, d'ici demain pour déposer chacun de ces « confettis », le plus possible, dans ce parc et à l'intérieur.

- Et ça fera quoi ?

- Toshiro se repèrera sur les « confettis » et il enverra depuis l'orbite une onde qui annihilera toute électronique dans ce périmètre. Jorhel Nol ne pourra donc alerter sa sœur. Ainsi, ta mère et tes frères pourront entrer en scène et faire leur grand numéro. Cela a pris du temps, désolé que tu aies dû patienter ici…

- Ce n'est rien, mais tu…

- J e viendrai personnellement te chercher, répéta Albator.

- Papa, est-ce que tu pourras nous… ? questionna Aldéran via le micro de son casque.

- Je t'amènerai au siège de SI avant que cette Nol n'y soit, aussi vous serez là l'attendre de pied ferme et enfin lui rende la monnaie de sa pièce !

- Ayvi, les enfants… ?

- Ils sont à votre duplex. Tu les rejoindras juste après.

- Je ne sais pas si je vais y arriver, c'est trop dur ! Je me sens vraiment mal, ce n'était pas qu'un prétexte pour ne pas que Tervysse me saute dessus…

- Il faut que tu assures. Le traitement de Sky t'a rendu malade au possible, t'a bien affaibli, mais tu dois tenir bon. Tu mérites plus que quiconque de savourer ta revanche, mon petit ! Pour ta propre famille et pour nous tous.

- Oui, papa.