Bonjour à tous ! Voici, juste avant de partir en vacances, un nouveau chapitre de Si Poudlard m'était conté. Comment le Choixpeau Magique fut-il créé ? Vous le savez sûrement déjà. Mais comment la discussion qui a présidé à la naissance du Choixpeau fut-elle amenée ? Vous le saurez en lisant cette courte histoire. Bonne lecture ! Comme vous pouvez vous en douter, c'est cette fois-ci le point de vue de Godric.

Disclaimer : Les personnages des quatre Fondateurs appartiennent à la talentueuse J.K. Rowling et à la Warner Bros.

Spoiler : Tout ce que vous avez lu sur les Fondateurs.

Note : Pour ceux qui suivent mes autres histoires (Les Dix Pouvoirs, Le Temps des Fondateurs et Secret de Familles, oui, même pour les deux dernières !), je vous retrouve dans un mois avec (« enfin ! », me direz-vous) un nouveau chapitre de chacune de ces trois histoires. J'espère que les rares lecteurs qui doivent me rester du Temps des Fondateurs et de Secret de Familles ne m'en voudront pas trop de les avoir fait attendre si longtemps… :s)

Si Poudlard m'était conté :

Un chapeau ? Non, un Choixpeau :

Godric Gryffondor fronça les sourcils d'incompréhension lorsque le hibou se posa devant lui. Non pas parce qu'il ne connaissait pas ce hibou grand-duc. Il n'était pas non plus surpris de recevoir du courrier, après tout, nombre de familles sorcière écrivaient régulièrement à ses compagnons ou à lui, choisissant souvent le destinataire selon leurs affinités avec les domaines de prédilection des quatre sorciers. Ce n'était pas non plus cette écriture, qui lui paraissait vaguement familière. Certains parents écrivaient si souvent aux fondateurs de la petite école écossaise que les quatre amis étaient capables de reconnaître leur écriture sans grande difficultés, même s'ils ne retrouvaient pas forcément leur nom avant d'ouvrir le pli qui leur était destiné.

Non, ce qui intriguait Godric, c'était la façon dont son nom était formulé. Une formulation qu'il n'avait plus entendue ou lue depuis près de vingt ans : Godric Ier, comte de Gryffondor. Il avait été déshérité par son père dix-sept ans auparavant, le jour où il avait rencontré Salazar, aujourd'hui son meilleur ami. Depuis leur rencontre, Salazar n'avait pas beaucoup changé d'opinion sur les Moldus, mais il évitait de trop les dénigrer, se sachant seul parmi les quatre à ne pas les considérer comme égaux aux sorciers.

Après un long moment de réflexion, Godric fourra la lettre dans la poche de sa robe de sorcier et se dirigea vers les appartements qu'il partageait avec Helga Poufsouffle, une sorcière rencontrée quinze ans auparavant dans une taverne et qui avait accepté de participer au rêve de Godric et Salazar, entraînant à sa suite Rowena Serdaigle, la fille d'un riche marchand londonien. Après quelques années passées ensemble, Rowena avait fini par accepter l'inclination de Salazar pour elle et par lui accorder sa main.

Paradoxalement, alors qu'Helga était bien plus prompte et spontanée par nature, elle avait plus longuement réfléchi que Rowena lorsque Godric, qui avait fini par l'apprécier plus qu'une amie, lui avait révélé ses sentiments pour elle. Mais ils avaient fini par se marier et la jeune femme attendait un héritier pour la fin de l'année.

Arrivé dans ses appartements et assis dans son fauteuil préféré, il hésita encore quelques minutes, puis il sortit la missive de sa poche, la décacheta et déroula le parchemin :

Cher Godric,

Je sais que cette lettre de ma part doit vous surprendre, mais je crois de mon devoir de vous l'écrire. Aujourd'hui, votre père a rendu l'âme après une longue maladie qui l'avait fortement affaibli. Le Seigneur Gryffondor a fait montre d'une force bien plus grande que nos voisins et moi-même ne l'aurions cru, car nous nous attendions tous à le voir passer il y a déjà plus de quinze ans, mais il a fini par enterrer nombre de nos voisins avant de mourir lui-même.

J'ai le regret de vous dire que durant ces dix-sept années qui ont suivi votre départ, votre nom est resté un sujet de colère pour lui et que jamais il n'a accepté qu'on le prononce en sa présence. Vous connaissiez le tempérament emporté qui était le sien et je dois avouer que ce tempérament ne l'a quitté qu'en même temps que son âme.

Cependant, connaissant votre père mieux que quiconque, je crois qu'il souffrait de cette décision qu'il avait prise et de cette douleur qu'il a dû vous causer. Pis encore, il souffrait également de l'affront qu'il m'avait fait en me faisant perdre Salazar, puisque j'ai perdu mon fils en même temps que vous votre père. Je me demande aujourd'hui encore si ma décision d'appuyer son choix était la bonne.

Votre père sera enterré demain dans votre cimetière familial et je souhaiterais que vous soyez présent, même si je sais que vous devez nourrir du ressentiment envers cet homme qui vous a privé de votre titre et des terres qui auraient dû vous revenir en ce jour.

Si vous le refusez, je vous prie au moins de me faire parvenir des nouvelles de Salazar, que j'ai toujours chéri et que mon cœur n'a pas oublié. Si vous acceptez de venir, je vous demande d'en parler à mon fils, afin que je puisse le revoir avant de passer moi-même dans l'autre-vie.

Je vous envoie cette lettre par mon meilleur hibou dans l'espoir qu'elle vous parviendra assez tôt pour que vous puissiez venir si vous le souhaitez.

Fait en mon château de Garden's Manor, en ce second jour du huitième mois de l'an de grâce mil et deux,

Emrys Serpentard.

« Que se passe-t-il, Godric ? », demanda Helga en entrant quelques minutes plus tard et en voyant son époux plongé dans d'intenses réflexions.

« Je dois voir Salazar », répondit brusquement ce dernier.

Godric sortit et se dirigea vers les appartements de ses amis. Après avoir frappé, il entra et lança un regard sombre au jeune homme aux cheveux corbeau.

« Je dois te parler, Salazar », dit-il.

« Je t'écoute », répondit calmement son ami.

« Père est mort aujourd'hui. Ton père désire que je sois là pour son enterrement, et toi aussi, afin de te revoir avant de mourir. »

« Que vas-tu faire ? »

« Je l'ignore. Et toi ? »

« Si tu y vas, je t'accompagnerai. Dans le cas contraire, j'écrirai à mon père pour lui transmettre mes respects. »

Godric s'assit en face de son ami. Il mit sa tête entre ses mains.

« J'avais beau savoir qu'il était âgé, je ne m'attendais pas à ce qu'il meure. Et moins encore à ce que ton père me l'annonce. J'ignore s'il a raison, quand il dit que mon père regrettait son choix de me déshériter. Je sais qu'il n'avait qu'une parole, et qu'il n'aurait jamais renié ces mots qu'il a prononcés à mon encontre. D'une certaine façon, par ses mots, il a déclaré qu'il n'était plus mon père. »

« C'est exact. »

« Mais c'était malgré tout un homme bon. Et ton père, à ce que tu m'as raconté, ne m'aurait jamais écrit cela s'il n'y croyait pas lui-même. Et s'il était aussi simple pour lui de lire dans les cœurs que ce que tu prétends, alors il a peut-être raison. »

« Que vas-tu faire ? », redemanda une nouvelle fois Salazar après un long moment de silence.

« Je vais prendre ma cape et mon balai », décida soudain Godric.

« Je te suis », acquiesça Salazar.

Après la mise en terre d'Aldebaric, les deux amis présentèrent leurs hommages au nouveau comte, qui avait été choisi par le père de Godric, et se rendirent chez Emrys, à qui ils apprirent la naissance de sa petite-fille, la fille de Salazar et Rowena. Puis, après avoir remercié le vieil homme pour son hospitalité, ils repartirent pour Poudlard, qui était désormais pour eux leur véritable foyer, bien plus que le château de Garden's Manor ou celui de White Manor, la demeure familiale de Gryffondor.

Arrivé là-bas, ils furent accueillis par leurs épouses et tous quatre s'installèrent dans les appartements de Salazar et Rowena.

« Qu'arrivera-t-il à l'école ? », demanda soudain Godric au cœur de la discussion.

« Que veux-tu dire ? », s'étonna son amie.

« L'enterrement de mon père m'a fait réfléchir. Nous ne sommes pas éternels, même si nous vivons sensiblement plus longtemps que les Moldus. Qu'arrivera-t-il à l'école quand nous serons morts ? »

« Je pense que Septimus Astrus est à même de diriger l'école à notre place. Et lui-même trouvera bien quelqu'un pour le remplacer lorsque le temps sera venu. »

« Ce n'est pas là ce que j'entends. », répliqua Godric avec un geste agacé. « Maître Astrus pourra diriger l'école, certes. Mais qui saura dire où les enfants doivent aller ? »

« Les différents maîtres savent ce que nous privilégions chez les élèves », répondit son épouse en fronçant les sourcils.

« Eux, oui, mais eux aussi mourront un jour. Il faudrait que nous puissions nous assurer que dans un siècle, dans deux siècles, les choix qui seront faits seront conformes à ce que nous désirons. »

« Mais y a-t-il un moyen ? », demanda Salazar. « A moins de devenir des fantômes, pouvons-nous y parvenir ? »

Les quatre amis se regardèrent sans mot dire, incapable de trouver la moindre idée qui pourrait leur permettre de continuer leur œuvre selon leurs désirs lorsqu'ils seraient morts. Au bout de longues minutes, de rage, Godric jeta son chapeau à terre. Puis, lentement, il se pencha pour le ramasser, l'air pensif.

« Que se passe-t-il ? », demanda Rowena.

« Tu nous a raconté avoir créé des sortilèges, n'est-ce pas ? Des sortilèges qui donnent une âme aux personnages des tableaux ? »

« Oui, c'est exact », murmura-t-elle d'un ton rêveur, comme la même idée lui venait.

« Penses-tu que cela pourrait fonctionner avec ce chapeau ? »

« Tu veux lui donner une âme ? », s'étonna Salazar.

« Pas une âme. Notre âme. Mettre en lui nos désirs les plus chers pour cette école, qu'il sache ce que nous voulons, quelles qualités nous recherchons pour nos élèves. Qu'il sache lire dans leurs cœurs et puisse choisir en fonction de ce qu'il y lit. »

« Mais il ne faut pas qu'il soit seul juge », répondit Helga. « Il doit pouvoir se laisser fléchir par les désirs des enfants. Après tout, il n'est pas toujours évident de savoir si un enfant est un érudit dans l'âme s'il ne sait pas encore lire. Peut-être est-il plus proche de ce que j'attends de lui mais deviendra plus proche de Rowena une fois qu'il connaîtra les lettres. »

« Il faut qu'il reste équitable avec chaque élève, tu as raison », acquiesça Godric. « Rowena, crois-tu que tu pourrais le faire ? »

« Il me faudra du temps, mais je crois que ce serait possible. »

« Nous comptons tous sur toi », conclut son époux.

Près d'un mois plus tard, le premier jour de septembre, lorsque les familles des nouveaux étudiants furent arrivées à Poudlard et avant le festin de bienvenue, Godric se leva et demanda le silence.

« Au nom de tous mes amis, je me réjouis de vous accueillir pour une nouvelle année à Poudlard ou pour une toute première année, pour ceux qui ne connaissaient pas encore notre école. Je souhaiterais demander aux nouveaux élèves de bien vouloir s'avancer afin d'être répartis dans les demeures qui seront les leurs lors de leurs années d'apprentissage auprès de nous. »

Tandis que les enfants obéissaient à Godric en se demandant comment ils allaient être répartis, et que leurs aînés, qui avaient déjà passé au moins une année dans l'école s'interrogeaient, curieux de savoir pourquoi eux n'avaient été répartis qu'après six mois et alors que les nouveaux élèves allaient apparemment être répartis immédiatement, Rowena se leva à son tour et se rendit dans une petite salle située derrière la table où étaient assis les différents maîtres. Lorsqu'elle ressortit, elle tenait dans une main une chaise et dans l'autre le chapeau que Godric lui avait confié un mois plus tôt.

« Mes chers enfants », continua alors Godric, je vais vous demander de vous asseoir sur cette chaise et d'attendre la décision qui vous emmènera vers votre demeure. »

« C'est un simple chapeau qui va décider où nos enfants vont aller ? », murmurèrent les parents installés à leur propre table.

« Un chapeau ? », répliqua Godric qui les avait entendus. « Non, Messires et mes Dames. Ce n'est pas un chapeau ordinaire. C'est un Choixpeau. »