Si Poudlard m'était conté

La Chambre des Secrets

Lorsque l'âge devient un joug insupportable ou qu'un estre humain est soumis à de terribles et permanentes douleurs que nulle plante médicinale au monde ne peut plus soulager, c'est parfois un acte de merci que de mettre fin à leurs douleurs. Néanmoins, les moyens que les hommes ont jusques alors inventés afin de tuer leurs semblables ne sont pas moins terribles et douloureux que ce que doivent subir les gens âgés ou empoisonnés.

C'est la raison pour laquelle j'ai cherché des méthodes magiques permettant de mettre fin à ces souffrances d'une doulce manière. Après nombre d'années, je parvins à créer une créature capable d'offrir cette belle mort, et qui continuera de l'offrir bien après mon propre trépas. Cette créature ressemblant grandement à un serpent géant, je l'ai nommée basilic, ce qui signifie roi, car il est de par sa taille et sa dangerosité le roi véritable des serpents.

Afin de pouvoir créer un basilic, il faut ramasser un œuf de poule le jour même de la ponte et le laisser couver par un crapaud pendant vingt et trois jours. L'œuf couvé devra être alors conservé dans un endroit humide et frais, où le basilic éclora après trois semaines supplémentaires. Il considèrera comme son maistre le premier estre qu'il verra après son éclosion et cet estre humain sera seul à pouvoir supporter son terrible regard. Lorsque le maistre trespassera, que ce fût de manière naturelle ou qu'il fût tué, cette immunité sera transmise au premier humain qui croisera le regard du serpent.

Le basilic ne doit sous aucun prétexte quitter le lieu de sa naissance, de crainte qu'il ne tuât une personne qui aurait dû, sinon, vivre encore de nombreuses années. Si on le veut maintenir en vie, il faut en outre s'assurer que jamais il ne se trouve à proximiter d'un coq, car le chant de l'animal lui est aussitôt fatal.

Ses crocs empoisonnés protègent le basilic de tout ennemi qui pourrait échapper à ses yeux, cependant, nulle autre protection que la cécité naturelle ou artificielle ne peut réellement protéger contre le roi des serpents. En effet, une personne qui croiserait son regard sans estre directement tuée par lui serait transformée en statue de pierre sans pouvoir jamais retrouver vie humaine. Quant au sort qui attend ceux qu'il mordrait, je n'ose me l'imaginer, car le poison suintant de ses crocs est si puissant que le malheureux devrait sans aucun doute trespasser dans de plus atroces douleurs que s'il avait fait du plus puissant et plus terrible des maistres de potions son ennemi.

Salazar leva le regard du manuscrit qu'il avait peu avant volé à la bibliothèque. Rowena avait hésité de longs mois avant de faire venir à l'école les écrits d'Herpo le Grand, car elle craignait que quelqu'un tentât de s'en emparer afin, à l'aide des instructions qui y étaient écrites, d'accomplir d'horribles choses. Cependant, Godric avait objecté – comme Salazar l'avait prédit – que nul élève ne serait capable de désactiver ses sortilèges de protection et que les maîtres qui enseignaient ici étaient tous dignes de confiance.

En outre, avait ajouté Helga, le manuscript serait certainement mieux gardé ici, entre les murs de pierre du château, que dans la collection privée du sorcier qui l'avait acquis et dont le manoir avait depuis été cambriolé à plusieurs reprises. Finalement, Salazar était parvenu à la convaincre définitivement lorsqu'il lui avait fait miroiter tout ce qu'elle pourrait apprendre de ces écrits. Que ce Herpo ait commis des actes infâmes était indéniable, mais était-ce pour autant une raison de mépriser les grandes découvertes qu'il avait faites ?

Le noble déchu réfléchit. L'œuf et le crapaud ne devraient pas poser de problèmes : des poules étaient élevées dans le proche village et il avait besoin de nombreux crapauds pour ses potions. Que l'un d'entre eux disparaisse quelques semaines n'attirerait pas l'attention. Le problème était plutôt le lieu où faire couver le crapaud et où faire vivre le basilic par la suite. Une cachette humide et fraîche. Les cachots étaient en théorie le lieu idéal, mais tout le monde y avait accès. Non, il devait trouver autre chose. Il lui fallait trouver un lieu proche des cachots qui, toutefois, ne serait accessible que par lui. Peut-être l'une des pièces des cachots protégée par un mot de passe ? Non, on pouvait deviner un mot de passe.

Mais il devait pourtant y avoir une solution ! Peut-être une pièce secrète ? Une pièce qu'il bâtirait lui-même ? Il lui faudrait des mois, voire des années, pour y parvenir, mais il avait le temps. Néanmoins, la question restait posée : comment pouvait-il s'assurer que seuls lui ou ses descendants pourraient pénétrer dans ce lieu ?

Son regard parcourut la pièce avant de s'arrêter sur la gravure d'un cobra. Soudain, la réponse était évidente. Il se rappela cet incident qui avait eu lieu il y a des années, quand Godric et lui n'avaient pas vingt ans. Il avait entendu une voix se plaindre qu'il avait bien failli la piétiner. Il ne connaissait alors pas encore son don et avait demandé pardon à Godric. Cependant, alors que son ami lui demandait de quoi il s'excusait, la voix lui expliqua que lui seul était à même de la comprendre. Il avait regardé en direction du sol et avait alors aperçu une vipère à ses pieds. Sans plus prêter attention à Godric, Salazar s'était agenouillé et lui avait demandé dans un murmure si c'était bien elle qui venait de parler.

C'est ce jour-là qu'il avait appris qu'il était Fourchelangue, un don extrêmement rare qui n'apparaissait que chez les sorciers et était le plus souvent hérité. Son père ne lui en avait jamais parlé, mais il se pouvait qu'il n'en eût lui-même jamais rien su. Helena ne semblait pas avoir hérité de son don, mais peut-être n'avait-elle tout simplement pas encore eu l'occasion de le montrer.

Certes, il n'avait plus jamais reparlé à des serpents, car cette manifestation de sa capacité avait mis son ami mal à l'aise et qu'il n'en avait de toute manière pas revu depuis, mais la vipère avait précisé que cette langue lui était aussi naturelle que sa langue maternelle, il n'y avait donc aucune raison pour qu'il ne la maîtrisât plus. Il pourrait ainsi protéger son basilic de toute personne qui ne parlerait pas le fourchelangue et nul ne pourrait pénétrer dans son repaire s'il n'était de son sang.

Cependant, ce repaire devrait posséder au moins deux sorties, car Rowena, Godric et Helga remarqueraient certainement s'il disparaissait régulièrement dans la même partie du château. La Forêt serait un bon emplacement pour y cacher le second passage secret. Il était connu pour passer des heures dans la Forêt Interdite et ce, au moins une fois par semaine. Et personne ne s'étonnerait qu'il y restât plus longtemps que d'habitude, car tous connaissaient son amour pour les sombres sous-bois.

Sa décision prise, le sorcier se leva et quitta le bureau une fois qu'il eut, à contrecœur, brûlé le morceau de parchemin. Il était certes sûr que personne ne le soupçonnerait d'avoir fomenté, voire accompli le vol, mais il était plus prudent d'éliminer toutes les traces pouvant faire remonter quelqu'un jusqu'à lui. Pour ce qui était de Rowena, ce ne serait nullement une perte pour elle, puisqu'elle avait déjà recopié tout ce qu'elle estimait intéressant et digne de conservation dans les écrits d'Herpo.

OoOoO

Un an plus tard, Salazar se tenait debout, au centre de l'immense chambre qu'il avait bâtie pour accueillir son basilic. Tout ici était à l'honneur de la créature et de ses semblables, les serpents. Ces derniers décoraient les murs, serpentaient le long des colonnes et même la barbe de l'immense statue en son honneur se terminait par des serpents.

L'homme sourit. Son œuvre serait bientôt achevée. Il était parvenu à détourner tout soupçon et, ainsi qu'il l'avait espéré, l'enquête avait conduit à une impasse. Bien évidemment, pour endormir la méfiance de ses cofondateurs, il avait attendu plusieurs années avant de mettre son plan à exécution et n'avait pas volé le manuscrit dès que Rowena avait enrichi sa Bibliothèque des précieux écrits du grand mage. Les quatre amis et quelques uns des maîtres avaient recherché pendant des semaines le parchemin, mais pour des raisons évidentes, ils n'avaient rien trouvé. Finalement, après de longues discussions, Rowena avait accepté de garder la Bibliothèque ouverte, à la condition néanmoins que quelqu'un la surveillât. Ses amis et son époux avaient donné leur accord et désormais, Ysabel Weighton était assise à la table des maîtres aux côtés des autres érudits. Cette ancienne disciple de son épouse n'avait pas longuement hésité lorsque Rowena lui avait proposé le poste : elle avait simplement demandé le temps de mettre ses affaires en ordre, arrivant trois jours plus tard sur son balai dans l'école qu'elle n'avait quittée que quelques mois auparavant. Depuis, tous les élèves souhaitaient qu'elle fût arrivée plus tôt, car elle était aussi bonne gardienne que conseillère et semblait connaître chaque livre de la Bibliothèque comme la poche de sa robe.

Le sorcier eut un nouveau sourire. Quelle ironie... Que la Bibliothèque de Poudlard fût désormais dotée d'une gardienne était une véritable bénédiction pour tous. Les maîtres pouvaient tout aussi bien se fier à elle pour trouver un livre que les élèves, ce qui n'avait pas été le cas avec Rowena. Certes, elle aussi connaissait la Bibliothèque par cœur et était prête à aider, mais bien souvent, elle était occupée à enseigner à ses élèves ou à préparer son prochain cours et pouvait ainsi difficilement aider ses collègues. Et pourtant, nul autre que lui ne saurait jamais que cette véritable bénédiction pour l'école était due à lui et à lui seul.

Et dans quelques années, lorsque son basilic aurait assez grandi, il pourrait offrir à l'école une seconde bénédiction.

Il ignorait encore qu'il n'en aurait pas le temps.


Note de l'auteur : Si vous souhaitez en savoir plus sur Ysabel Weighton, également dénommée Ysabel la Sage, de qui je parlais déjà dans le dernier chapitre, je vous suggère de lire la série de fictions sur la Bibliothèque de Poudlard écrite par Aqualys, qui traite en partie d'elle et de quelques uns de ses hauts faits. La discussion au cours de laquelle Rowena fut convaincue par son époux et ses amis de rouvrir la Bibliothèque est à découvrir au chapitre 100 des Drabbles de la Bibliothèque.

Un grand merci à Verliebtindich, ma correctrice pour les traductions allemandes qui m'a inspiré ce chapitre et le suivant et à qui je dédie, pour son anniversaire, cet OS, mais bien évidemment aussi à Aqualys ainsi qu'à deux auteurs anglophones dont je vous recommande chaudement les fics respectives si vous parlez anglais: Vekin87 et E4mj (actuellement traduite par Alexelios).