Ce fut la caresse du soleil sur son visage qui l'éveilla. Melian ouvrit les yeux. Pendant un bref instant, elle se demanda ce qu'elle pouvait bien faire dehors. Elle constata alors qu'elle s'était endormie contre Maedhros et que celui-ci avait passé un bras autour de ses épaules. Son étonnement passé, elle se reprit très vite.

-Bonjour, murmura-t-il. Bien dormi?

Encore ce sourire moqueur…

-Lâche-moi tout de suite! s'exclama-t-elle. Pour qui tu te prends? Je te connais à peine et tu te permets de m'approcher autant?

-Je te signale que c'est toi qui t'es endormie contre moi. Je me serais bien éloigné, mais pas moyen de te faire lâcher prise. Si tu avais vu comment tu t'accrochais, dit-il sans se départir de son air moqueur.

-Tu mens! s'exclama Melian. Je ne ferais jamais ça.

Il haussa les épaules avec indifférence. Tous deux étaient désormais debout et se faisaient face… à une distance que Maedhros jugeait sécuritaire.

-Écoute moi bien, siffla Melian entre ses dents. Je n'ai aucune idée de ce qui s'est passé hier. Je ne sais même pas qui tu es, ce que tu fais ici, ni même pourquoi tu m'espionnais. Je n'ai aucune raison de te faire confiance, conclut-elle.

Tout au long de la tirade de Melian, le sourire de Maedhros s'était peu à peu effacé. Il avait maintenant un air sérieux que la jeune fille ne lui connaissait pas.

-Soit, soupira-t-il. J'imagine que je te dois des réponses. Je suis né à Teldrassil et j'ai grandi là-bas. Mes parents sont tous deux prêtres et ils pensaient que viendrait aussi mon tour. Je dois te dire qu'ils étaient assez déçus lorsque je rentrais à la maison le soir, tout ébouriffé, mes vêtements salis ou déchirer parce que j'étais encore sorti de Darnassus pour aller explorer la forêt et grimper aux arbres… ou encore parce que je ramenais parfois de petites bestioles à la maison, comme des lièvres, des écureuils ou des grenouilles.

Maedhros secoua la tête en souriant à l'évocation de se souvenir.

-Mes parents voyaient bien que je ne serais jamais prêtre. Ils se sont mis à espérer, vu mon attrait pour la nature, qu'il y avait peut-être un druide en moi. Après tout, selon eux, c'était tout aussi honorable qu'être un prêtre. Je ne l'ai pas nié. Cependant, même s'il était vrai que je ressentais l'appel de la nature, ce n'était pas l'équilibre caractéristique des druides qui m'attirait. Non, j'étais plutôt fasciné par sa beauté sauvage, ses lois impitoyables, par la sourde pulsation du cœur de la forêt. J'avais huit ans la journée où ma voie s'est clairement imposée à moi.

Melian l'écoutait attentivement. Elle fixait Maedhros, attendant la suite.

-J'étais assis à califourchon sur une branche massive d'un arbre probablement plusieurs fois centenaire. Après avoir passé autant d'années dans la forêt, mes sens s'étaient aiguisés. J'étais par contre perdu dans mes pensées à ce moment-là, je ne l'ai pas entendu arriver. C'est seulement quand il fut près de moi que je perçus l'infime tremblement de la branche au-dessus de moi. J'ai à peine eu le temps de m'accroupir sur la ramure et de lever les yeux. Il s'est laissé tomber. Nous avons tous deux basculé. Notre chute n'a heureusement pas été longue. J'étais un peu sonné. Lui bien sûr, n'avait pas eu de mal à retomber sur ses pattes. J'ai essayé de reprendre mes esprits mais il s'est jeté sur moi et m'a plaqué au sol. Je crois que tu comprends la sensation que j'ai éprouvée, dit-il d'un ton malicieux.

La jeune fille se contenta de rouler des yeux. Évidemment qu'elle se souvenait du poids qui l'avait écrasé, de la pression sur sa poitrine.

-Je ne me suis pas laissé faire. Je n'ai pas besoin de te préciser qui avait le dessus. Néanmoins, je continuais à le repousser. À essayer, plutôt et pas de façon très concluante. On s'est battu pendant un moment. J'ai finalement réussi à l'éloigner de moi. J'ai eu le temps de brandir mon poignard. Il marchait en cercle autour de moi, rapetissant de plus en plus l'espace qui nous séparait. Mais je n'avais plus peur. J'étais fasciné par ses mouvements d'une souplesse inouïe, par les muscles puissants de ses épaules qui roulaient sous son épaisse fourrure grise mouchetée de blanc à certains endroits. Ce qui m'a le plus frappé par contre, c'était ses yeux. Hypnotiques. Pénétrants. Je voyais dans ce regard la même flamme farouche qui brûlait au fond de moi. Je m'étais toujours senti proche des créatures de cette forêt, mais là c'était complètement différent, beaucoup plus fort. Je n'arrivais pas à accepter qu'un seul d'entre nous survive à la rencontre. J'ai baissé ma lame et j'ai arrêté de bouger. Il a cessé de grogner. C'était très étrange. Malgré le fait que nous ne pouvions pas communiquer, j'ai eu l'impression de voir dans ses yeux l'accord tacite que nous avons passé. Il a fait volte-face et a disparu en quelques secondes. Évidemment je me suis bien gardé d'en parler à mes parents. Eux qui espéraient me voir suivre la voie du druidisme. Il semblait que j'étais destiné à être un simple…

Maedhros n'eut pas le temps de compléter sa phrase. Sindar avait bondit de derrière le rocher. Il atterrit sur le torse de l'elfe et tombèrent à la renverse. Maedhros éclata de rire tandis qu'ils roulaient dans la poussière. Il fit mine d'enserrer le cou de Sindar alors que celui-ci esquissait le geste de le mordre. La bagarre dura quelques minutes. Enfin, ils se séparèrent en haletant.

-Eh bien, merci Sindar pour cette magnifique reconstitution, dit-il en secouant la tête.

Comme il restait silencieux, Melian le questionna.

-Et donc, tu n'en as pas parlé à tes parents? lui demanda-t-elle en espérant relancer son récit.

-Non, dit-il en la regardant. Mais ça ne m'a pas empêché pour autant de retourner sur les lieux du combat par après. J'espérais le revoir, et je n'ai pas été déçu. Au début nous nous regardions de façon méfiante, en gardant toujours une bonne distance entre nous. Les jours, les semaines, les mois et puis les années ont passé. À quinze ans je savais me servir d'un arc d'une façon plus que convenable. Mon lien avec Sindar s'était resserré. J'avais désormais l'impression qu'il était une partie de moi, tout comme je faisais partie de lui. Bien sûr, il ne peut pas me parler comme tu le fais, mais il suffit que je plonge mon regard dans le sien pour saisir ses messages avec autant de facilité que j'en aurais à comprendre un être doué de parole.

Melian comprenais bien ce qu'il expliquait. Bien que son lien avec Onyx n'ait probablement pas été aussi fort, elle avait le sentiment de comprendre ce qu'il lui disait.

-Mes parents ont fini par découvrir où je disparaissais chaque jour. Je ne te surprendrai surement pas en te disant qu'ils ont été déçus, et choqués. Ils auraient tout fait pour que je change, car apparemment être un chasseur ne convenait pas. Ce n'était pas digne de ma noblesse, ajouta-t-il en roulant des yeux. Un soir j'ai pris mes affaires, et je suis parti avec Sindar, qui avait accepté de me suivre. Je suis arrivé à Hurlevent en ouvrant de grands yeux. C'était bien différent de Teldrassil. Et j'ai découvert que ça me plaisais bien. J'ai décidé de me mettre à l'exploration, libre comme le vent et sans attaches. Ou presque. Je reviens souvent ici, à Comté-du-lac. Je ne pourrais pas dire pourquoi précisément.

Melian garda le silence quelques secondes, puis elle se leva, sous le regard inquisiteur de Maedhros.

-Où vas-tu? lui demanda-t-il

-Je vais voir Keryn, dit-elle sans se retourner ni s'arrêter. Je dois savoir si je suis vraiment une demi-elfe, comme tu sembles le croire.

-Mais bien sûr que tu en es une, lui répondit-il en lui emboitant le pas, Sindar à ses côtés.

-Désolée, répliqua-t-elle. Mais excepté mes yeux un peu différents, j'ai l'air complètement humaine. Je t'ai uniquement donné le nom de ma mère. Et malgré ce que tu affirmes, l'Aerin à laquelle tu penses n'est pas la seule à pouvoir être ma mère. J'ai de sérieux doutes. Keryn me l'aurait dit si ma mère avait été une elfe, elles étaient très proches. Tu as sauté un peu rapidement aux conclusions, si tu veux mon avis.

Maedhros se contenta de hausser les épaules. Ils se dirigèrent vers l'auberge. Melian fit une rapide inspection des lieux, mais dû se rendre l'évidence; Keryn était déjà partie. Par contre, Melian n'entendais pas abandonner aussi facilement. Elle ressorti du bâtiment. Maedhros s'était juché sur la pile de tonneaux tout près de l'entrée. Elle passa près de lui sans s'arrêter.

-Melian?

Elle ne répondit pas.

-Où vas-tu? la questionna-t-il.

-À Darnassus se contenta-t-elle de dire en continuant son chemin.

Maedhros, que l'étonnement avait figé, se hâta de la rattraper. Il y parvint alors que Melian atteignait le pont. Arriver derrière elle, il lui saisit le bras, l'obligeant ainsi à s'arrêter et à lui faire face.

-Je ne te demanderai pas pourquoi, ce serait inutile. Par contre tu devrais faire attention, ce n'est pas prudent.

Melian dégagea sèchement son bras et recula d'un pas.

-Pourquoi dis-tu ça? demanda-t-elle d'une voix basse.

Pendant un moment, Maedhros se demanda s'il était prudent de répondre franchement. Elle était bien différente de la jeune fille à l'air fragile qu'il avait rencontré la soirée passée. Melian avait revêtu son armure de cuir noir et jeté sur ses épaules une longue cape tout aussi sombre, dont le capuchon ne laissait voir que le bas de son visage. Il sentait sa détermination, même s'il ne pouvait pas voir son expression. Il n'en avait pas besoin, tout son être dégageait force et volonté.

-Si je ne m'abuse, tu es recherchée par la garde d'Hurlevent, dit-il après avoir pris une grande inspiration.

Il la vit tressaillir, mais Melian se reprit rapidement.

-C'est bien vrai, murmura la jeune fille.

-Je me moque de ce qui a bien pu se passer, dit-il en la fixant de ses yeux violets. Je suis désolé, je vois bien que ça t'évoque de mauvais souvenirs. Seulement je veux m'assurer que nous n'aurons pas de problèmes. Je ne voudrais pas qu'il t'arrive malheur.

-Nous?

-Oui. Attends-moi ici, j'en ai pour quelques minutes seulement.

-Je ne t'ai pas demandé de m'accompagner! Je n'ai ni envie ni besoin de ton aide, s'exclama-t-elle.

-Et alors? J'ai décidé de venir, je ne t'ai pas demandé ton avis, dit-il en retournant vers l'auberge.

-Ça, je l'avais remarqué, grommela-t-elle.

-Tu m'attends, n'est-ce pas? s'assura Maedhros, qui l'avait entendue, avant de s'engouffrer dans le bâtiment.

Melian soupira. Elle ne pouvait pas s'expliquer pourquoi, mais elle n'avait aucune envie que Maedhros l'accompagne. Elle haussa finalement les épaules, bien décidée à chasser ces pensées.


Maedhros sortit de l'auberge quelques minutes seulement après y être entré. Il avait enfilé son amure ajustée en cuir. Non pas noire, couleur qui aurait trop tranché avec les tons de la sylve, mais plutôt d'un vert foncé. Une longue cape de la même couleur reposait sur ses épaules et tombait jusqu'à ses chevilles. Un fin coutelas pendait à sa taille tandis que son carquois et son arc étaient accrochés dans son dos. Un sac en bandoulière complétait l'ensemble.

Il soupira en secouant la tête. Évidemment, qu'elle ne l'avait pas attendu! Cette fille n'en faisait décidément qu'à sa tête.

-Allez, viens Sindar, on peut la rattraper facilement.

Il se mit immédiatement en route, le grand fauve à ses côtés.

Melian s'était arrêté. Le chemin à la jonction des Carmines et de la forêt d'Elwynn était surveillé par deux gardes. Après un moment de réflexion, elle décida de tenter le coup. Selon elle, l'information concernant l'incident s'était plutôt dirigée vers l'Est, en direction d'Hurlevent. Il était peu probable que la nouvelle soit arrivée jusqu'ici.
Elle passa donc entre les deux gardes, de la façon la plus naturelle qui soit. Personne ne tenta de l'arrêter et, si elle s'en était doutée, elle ne put retenir un petit soupir de soulagement. Elle continua à avancer de son pas mesuré jusqu'à être en dehors de leur champ de vision. Seulement alors elle quitta le chemin et bifurqua vers la forêt, au pas de course. Melian supposa qu'il serait plus aisé de passer par le sud de la région. Les gardes y étaient moins nombreux. Cependant, elle n'était pas la seule à profiter de la quasi absence des gardes. En voulant contourner la Tour de la Crête, elle tomba nez à nez avec une bande de bandits. Elle se dissimula promptement derrière le tronc rugueux d'un arbre en jurant. Elle aurait pu se débarrasser aisément de deux ou trois brigands de leur espèce. Cependant ils n'étaient pas deux ou trois, mais un peu moins qu'une dizaine. Et depuis elle ne pouvait pas songer à utiliser son poignard sans repenser à…l'incident.

Elle aurait dû l'entendre, mais elle était plongée dans ses pensées, aussi ne le remarqua-t-elle que lorsque le qu'il eut bondit sur elle. Melian fut rapidement immobilisée et conduite devant le chef de la petite bande.

-Eh, Jack, regarde ce que j'ai trouvé, dit celui qui l'avait attrapé.

L'interpellé s'approcha, une lueur intéressée dans le regard. C'était un homme dans la quarantaine, aux cheveux gras et emmêlés. Il portait des vêtements usés et ne semblait avoir pour arme qu'une hache rouillée. Il s'approcha d'elle en la jaugeant du regard. Il se baissa pour être à la hauteur de la jeune fille, agenouillée devant lui et mains liées.

-Eh bien, petite, tu t'es perdue?

Melian ne prit pas la peine de répondre. Elle réfléchit quelques instants avant de se décider. S'ils tentaient de la retenir de force, elle n'hésiterait plus à sortir la lame qui dormait toujours dans sa botte.

-Tu as perdu ta langue? Demanda-t-il en se redressant. Ce serait bien dommage, lança-t-il d'un rire gras à l'attroupement qui les observaient.

Son commentaire déclencha une salve de rire et de sifflements parmi les bandits. Chez Melian, il n'eut pour effet que d'augmenter son dégout face à cet homme.

-Détache-moi.

Jack arrêta aussitôt de rire.

-Écoute, petite. Je crois qu'il y a quelque chose que tu n'as…

-Détache-moi immédiatement, le coupa-t-elle d'une voix basse, en insistant sur chaque syllabes.

Le chef de la petite bande la regarda plus attentivement. La gamine n'était pas ordinaire. Elle ne le suppliait pas, elle ne pleurait pas. Son ordre lancé ainsi d'un ton lourd de sens le rendait plus impressionnant que s'il avait été crié.

-Si tu me libère, je m'en vais calmement, je vous laisse tous tranquilles. Mais si tu refuses, je me libère quand même, et vous allez regretter d'être tombés sur moi, acheva-t-elle en braquant son regard opalescent sur lui.

La stupeur se peignit sur le visage de Jack. Autour d'eux, les bandits, étonnés eux aussi, étaient maintenant complètement silencieux et regardaient leur chef, attendant sa réaction. Leur supérieur se reprit rapidement. Toute trace de surprise avait maintenant quitté son visage.

-Tu crois sérieusement avoir des chances? Toi, du haut de ta douzaine d'années, tu oses nous faire des menaces? s'exclama-t-il en décrochant la hache de sa ceinture.

Melian, qui n'attendait que cela, en rajouta encore.

-Ce n'est pas une menace, c'est une promesse, différence, dit-elle avec un sourire outrageusement provocant.

Pour Jack, c'en fut trop. Il leva sa hache, puis la balança en un arc de cercle puissant. Melian, qui avait prévu son geste, se déplaça au dernier moment, d'un geste si vif qu'il en sembla presque flou. Le coup qui aurait dû la tuer ne fit qu'effleurer la peau de ses poignets et…trancha net le lien qui les lui nouait. Sans attendre la réaction des brigands, elle se releva et bondit en arrière, son corps arqué décrivit une courbe harmonieuse, son pied heurta avec force le nez de Jack, qui fit entendre un craquement sinistre. Les bandits, remis de leur étonnement, se ruèrent vers Melian.

La jeune fille n'eut pas le temps de sortir le poignard de sa botte. La dizaine de combattant qui l'encerclait ne lui laissait aucun répit, et peu d'espace pour se mouvoir. Heureusement, l'attaque était plutôt désordonnée, ce qui lui permettait de les tenir en échec sans trop de mal. La jeune fille esquivait, virevoltait, avec tant de rapidité et de grâce qu'elle semblait être aussi insaisissable que la brise elle-même. Brise qui se transformait en véritable ouragan tandis qu'elle assénait des coups puissants et précis. Chaque fois qu'une main ou qu'une jambe fusait, on entendait craquement sec ou cris de douleur. Bien que Melian se débrouillait sans trop de mal, elle savait qu'elle ne pourrait tenir le rythme assez longtemps pour tous les terrasser. Elle répugnait pourtant à abandonner le combat, ils le considéreraient comme un acte de lâcheté. Melian n'avait pourtant pas le choix. Elle tenta de repérer une brèche dans la masse qui l'entourait. Cet instant d'inattention faillit lui couter la vie. Elle se décala avec un temps de retard. Le coup qui aurait l'aurait transpercée ne lui fut pas fatal. La jeune fille sera les dents en sentant la lame déchirer la chair sur son flanc gauche. Melian commença à s'inquiéter. Même si le coup ne l'avait pas tuée immédiatement, la blessure semblait profonde et les battements rapides de son cœur n'arrangeaient pas les choses. Elle désespérait de trouver l'ouverture qu'il lui fallait au moment où un vent de panique souffla dans les rangs de ses agresseurs.

Déconcentrée, Melian trébucha et ne fut pas assez rapide pour se relever. Un des brigands leva sa lame au-dessus d'elle. Il n'eut toutefois pas le temps d'abaissa ses bras. Il se figea, et contempla stupidement quelques secondes la flèche qui s'était fichée dans son abdomen avant de s'effondrer. Ce premier projectile fut suivit de plusieurs, dont un presque aussi rapide mais beaucoup plus massif. Il y eut un grondement féroce, puis un hurlement de douleur. Melian, qui s'était relevée, assistait maintenant au combat sans y prêter d'attention. Elle ne se sentait pas concernée. La jeune fille sentit soudainement des bras qui entouraient sa taille. Dans un dernier moment de lucidité, elle essaya de se débattre mais elle arrêta aussitôt en reconnaissant la voix qui lui demandait de se calmer. Elle se sentit soulevée de terre. La clameur du combat s'atténuait, comme s'ils s'en éloignaient. En fait, même la voix de Maedhros lui sembla plus lointaine.

-Sindar va les retenir. Ça va? demanda-t-il avec inquiétude.

Melian ouvrit péniblement les yeux.

-Non, cette sale limace de Jack a mis du sang sur ma botte quand je l'ai frappé, dit-elle le plus sérieusement du monde. Lâche-moi maintenant. Je peux marcher.

Maedhros la regarda comme si elle était folle.

-Melian, te rends-tu compte que t'es entrain de te vider de ton sang là?

-…Tu crois?

Elle n'entendit que le soupir de Maedhros, et peut-être le mot «inconsciente», mais elle n'en n'était pas sûre. Le reste de sa phrase n'eut pas le temps d'atteindre son esprit. Elle sombra, tandis que Maedhros continuait à avancer en la tenant dans ses bras de façon protectrice.