Lorsqu'il s'éveilla, Maedhros sentit une explosion de douleur dans son crâne. Vint ensuite une sensation de brûlure à l'épaule, qui contrastait avec la fraicheur et l'humidité ambiantes. Il se releva en portant une main à sa tête endolorie. L'elfe regarda autour de lui. Il ne distingua que trois murs de pierres grises, et faisant office de quatrième, une série de barres métalliques et froides. La pénombre l'empêchait de bien distinguer ce qui se trouvait au-delà. Il s'approcha des barreaux.
-Il y quelqu'un? demanda-t-il.
Seul l'écho de sa propre voix lui répondit. Non… une respiration dans le noir, toute proche. Un grondement.
-Sindar! s'exclama Maedhros.
La réponse du fauve ne se fit pas attendre. Ils étaient apparemment les deux seuls êtres vivants dans cette partie de la prison. Maedhros frissonna, mais il ne paniqua pas. Sa situation aurait pu être pire. En agissant ainsi, il avait donné à Melian la possibilité de s'échapper. Cette pensée le submergea de soulagement, jusqu'à ce qu'il se souvienne de la femme vêtue de cuir.
-Non! cria-t-il en agrippant les barreaux.
Il essaya rageusement de les secouer mais bien évidemment, ils restèrent en place, inébranlables. Maedhros alla s'asseoir sur sa couche et se prit la tête de ses deux mains. Melian n'avait pas pu s'enfuir, c'était certain. Bien sûr, il ignorait ce qu'il en était réellement. Il ne pouvait pas savoir que Melian, en ce moment, était en meilleure posture que lui-même…
Melian ouvrit les yeux. Elle s'étira longuement en veillant toutefois à ménager son abdomen encore fragile. La chambre dans laquelle elle se trouvait était toujours aussi sombre, si bien qu'elle eut du mal à déterminer combien de temps s'était écoulé depuis son premier réveil. La jeune fille se redressa puis posa ses pieds sur le sol dallé. Sa froideur la surprit quelque peu. Où pouvait-elle bien se trouver? Les paroles échangées plus tôt avec Doc lui revinrent peu à peu en mémoire, comme des mots que l'on tracerait un à un sur une page vierge. Il avait mentionné le SI:7. Était-elle supposée en connaître la signification? C'est cet instant que Doc choisi pour faire son apparition. Melian s'en étonna.
«Cela fait deux fois qu'il entre dans cette pièce juste après mon réveil. Est-une coïncidence ou m'entend-t-il réellement?» se demanda-t-elle.
-Ah, je vois que tu es réveillée. C'est parfait, claironna-t-il avec un enthousiasme et une énergie qui lui semblaient coutumiers.
Tout en parlant, il alluma les chandeliers de la petite pièce, comme la dernière fois. Il déposa ensuite quelques vêtements qu'il transportait sur la table de chevet.
-Voilà pour te changer, dit-il. On va s'occuper de ton armure. Elle sera bientôt prête, mais en attendant…
Doc compléta sa phrase par un geste de la main en direction des habits qu'il s'était procurés. Melian se leva du lit où elle était restée assise en tendant une main vers le petit tas de vêtements. Elle caressa l'étoffe du bout des doigts. Elle était douce au toucher, beaucoup plus que les habits qu'elle avait pu porter auparavant. Melian baissa les yeux. Elle portait encore son pantalon et sa chemise qui, à l'instar de son armure, avait souffert du coup qui les avait déchirées.
-Enfile-les, lui demanda Doc. Tu ne vas pas rester au lit toute la journée, tout de même! Marcher un peu te feras le plus grand bien, crois-moi. Je t'attends dans le couloir, termina-t-il en tournant les talons. Doc ferma doucement la porte avec un dernier clin d'œil à l'intention de la jeune fille. Une fois seule, Melian prit quelques instants pour réfléchir. La jeune fille finit par se dire qu'elle ne devait probablement courir de risques, sinon elle s'en serait déjà aperçu. De toute façon, avait-elle vraiment le choix? Melian commença à déboutonne son chemisier, puis fit glisser le tissu rêche de ses épaules. Curieuse, elle jeta un coup d'œil au bandage qui ceignait son abdomen. Il était très propre, à peine taché de rouge. Si Melian ne le connaissait pas beaucoup, elle devait concéder que Doc savait ce qu'il faisait. Son pantalon alla bientôt rejoindre la chemise étalée sur le lit. Elle tendit la main vers les vêtements posés sur la petite table de chevet. La jeune fille enfila précautionneusement la tunique courte, le pantalon moulant et les bottes en cuir souple. Leur confort était étonnant. Melian constata avec bonheur que ses mouvements éveillaient à peine la douleur de son flanc. Quand à celle dans son ventre, elle avait complètement disparu. Elle fit quelques pas prudents en direction de la porte. Soulagée par la force qu'elle sentait dans ses membres, Melian avança de façon plus confiante. Elle souleva le loquet puis poussa le battant en bois, qui pivota su lui-même sans émettre le moindre son. Un long couloir s'offrit à sa vue, à gauche comme à droite. Il était parsemé d'une multitude de portes toutes semblables les unes aux autres.
Doc était nonchalamment appuyé contre le mur de pierre en face de la porte. Melian constata avec stupéfaction que son interlocuteur lui dépassait à peine les hanches. Bien sûr, elle avait remarqué la petite taille du gnome dès leur première rencontre, mais puisqu'elle était restée au lit, la différence n'était pas aussi flagrante. Doc nota son étonnement. Une lueur amusée alluma ses yeux.
-Ne te fies pas à ma taille, j'en ai envoyé plusieurs au tapis, biens plus costauds que toi.
Melian sentit la chaleur lui monter aux joues. Elle n'avait pas voulu se montrer indiscrète en détaillant ainsi son hôte. Heureusement, Doc ne sembla pas s'en offenser, bien au contraire. Devant son embarras, le gnome ne put s'empêcher de sourire.
-Je suppose que tu dois être affamée, commença le petit être. Viens, allons nous restaurer. J'en profiterai pour répondre à tes questions qui, je n'en doute pas, sont très nombreuses.
Melian acquiesça. Lorsqu'ils se mirent en mouvement, la jeune fille, qui remarqua la tension qui habitait jusque-là ses muscles, se détendit légèrement. Elle se permit même un léger sourire, en songeant que les choses allaient peut-être s'améliorer. Doc, qui l'avait vue du coin de l'œil, hocha la tête avec approbation.
Si la jeune fille n'était toujours pas fixée sur l'endroit où elle se trouvait, elle se rendit compte que le lieu en question était beaucoup plus grand qu'elle ne l'aurait imaginé. Il y avait de nombreux couloirs et beaucoup de dédalles qui n'en finissait plus de se croiser. Ils passèrent devant une grande salle, remplit d'armes de toute sortes, de mannequins et de cibles de tir. Ayant remarqué son intérêt, Doc lui expliqua qu'il s'agissait du gymnase, où les membres du SI:7 pouvaient s'entrainer afin de garder leurs compétences au maximum de leurs capacités.
-Une salle d'entraînement? questionna Melian. Entrainement pourquoi?
-Pour le travail qui est le nôtre, répondit-il laconiquement.
Melian leva les yeux au ciel face à cette réponse sibylline.
-Ici se trouvent les bassins, déclara le gnome alors qu'ils passaient devant deux portes, finement ouvragées, plus grandes que les autres. Il y a deux installations : une pour les hommes, et une pour les femmes, bien sûr, expliqua-t-il sans pour autant interrompre son chemin.
Melian et lui finirent par déboucher dans une vaste salle. L'espace était occupé par plusieurs grandes tables. Parmi elles, seules deux étaient couvertes de victuailles. Des fruits et des légumes, mais aussi du pain et différents fromages. À la vue de toute cette nourriture, Melian sentit son ventre gronder. Le gnome et la jeune fille allèrent s'asseoir, l'un face à l'autre. Tout en remplissant son assiette, Melian rassembla ses idées. Devant elle, Doc mangeait calmement, attendant patiemment ses questions. La jeune fille prit une grande inspiration et se lança.
-Pour commencer, depuis combien de temps suis-je ici? demanda-t-elle.
-Sloan t'as ramenée il y a deux jours. Tu es restée inconsciente pendant le reste de la journée et le jour suivant aussi. Tu t'es réveillée au beau milieu de la nuit, c'est à ce moment qu'on a eu notre petit entretien. Par la suite tu t'es rendormie, pour ouvrir les yeux ce matin.
Melian resta un moment pensive.
-Vous avez mentionné le SI:7, qu'est-ce que c'est exactement?
-Allons! Tutoies-moi, tu me donnes l'impression d'être un vieillard.
-D'accord, répondit rapidement Melian, mais dis-moi qu'est-ce que le SI:7
Le gnome sourit devant l'impatience de la jeune fille. Il prit son temps pour mâcher, puis avaler le morceau de pain qu'il venait de prendre, histoire de la faire languir un peu plus. Au moment où elle allait perdre patience, il se lança.
-Je vais essayer de faire simple. Le SI:7 est la Stormwind Intelligence, ou l'Intelligence d'Hurlevent, si tu préfères. Ce n'est pas tout le monde qui connait ce nom, et plus rares encore sont ceux qui le connaissent, mais qui savent réellement ce qu'est notre organisation.
Melian s'était penchée vers l'avant, avide d'entendre la suite.
-Et qu'est exactement votre organisation?
-Nous sommes un groupe de voleurs, affiliés à la lignée royale d'Hurlevent. On est employés lors d'opérations spéciales, de missions d'espionnage et, parfois même, d'assassinat. Souvent, lorsque nous sommes envoyés en mission, c'est pour récupérer des informations capitales pour l'Alliance. Mathias Shaw, dont je t'ai parlé plus tôt, est le dirigeant de notre ordre, ajouta-t-il, avec un respect visible.
-Et, vous souhaitez me recruter, moi? s'étonna Melian.
-Sloan le désire, rectifia-t-il. Il faudra qu'elle en parle à Mathias d'abord. Mais je ne m'inquiète pas trop. C'est une femme réfléchie. Si elle croit que tu as des chances, c'est vrai.
Melian était désemparée. Elle, qui n'avait tué qu'une fois –par accident qui plus est– se trouvait au cœur d'une organisation secrète qui commettait parfois des meurtres, soutenus par l'Alliance! Si elle excluait cet aspect qu'elle jugeait désagréable, la jeune fille ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine excitation en s'imaginant infiltrant en toute discrétion un camp ennemi. Melian préféra dans l'immédiat continuer ses questions plutôt que de se torturer l'esprit.
-D'ailleurs elle ne devrait pas tarder, continua Doc.
En effet, quelques personnes s'installaient peu à peu aux deux tables. Melian fut étonnée, car elle n'avait pas entendu le moindre bruit. Ces gens étaient-ils toujours aussi silencieux, sans le moindre effort apparent? La jeune fille ne put s'empêcher de penser que, si dans une salle au beau milieu de leur quartier général, ils étaient aussi discrets sans même y penser, ils devaient sembler complètement immatériels lors d'une mission nécessitant un silence absolu. Tandis qu'elle les observait en douce, elle remarqua que plusieurs d'entre eux dirigeaient vers la jeune fille et le gnome des regards curieux, mais sans être insistants. Une question fusa des lèvres de la jeune fille, sans même qu'elle y ait pensé.
-Pourquoi y a-t-il autant de tables si seules deux sont occupées?
-C'est que nous ne sommes qu'une infime partie présente presqu'à temps plein au quartier général. Les autres tables servent lors des grands rassemblements. Ceux que tu verras ici font partie de l'élite du SI:7, ce qui explique le petit nombre.
-Et combien êtes-vous au total?
-Environ deux milles, répondit Doc.
-Deux milles! s'exclama Melian.
Elle n'aurait pas imaginé un instant que les membres puissent être aussi nombreux. Devant son air ahuri, Doc éclata de rire, ce qui lui attira, à nouveau, quelques coups d'œil venant des occupants à proximité. C'est à cet instant de Sloan apparu au bout de la salle. Son regard cuivré balaya rapidement la pièce et se posa finalement sur la jeune fille. Melian se sentit immédiatement intimidée, mais mit un point d'honneur à le dissimuler. Sloan se dirigea rapidement vers eux. À son approche, Doc la salua d'un signe de tête, auquel elle répondit de la même façon. La femme prit place au côté de Doc. Tandis qu'elle s'installait, Melian en profita pour la détailler. Sloan était de taille moyenne. Son haut à manches courtes laissait voir la musculature fine et nerveuse de ses bras. Ses cheveux étaient coupés très court; ils n'atteignaient pas même ses oreilles. Et sur la nuque, ils étaient tout bonnement rasés. C'était toutefois leur couleur qui était étonnante. D'un roux flamboyant, ils devaient passer difficilement inaperçus. Ses yeux, quant à eux, étaient d'un brun-cuivré tout aussi unique.
-Tu es enfin réveillée, lança-t-elle en guise d'introduction.
-Il semblerait, répliqua Melian en plantant ses yeux dans les siens, décidée à ne pas s'en laisser imposer.
Doc, qui avait arrêté de manger, promena son regard vaguement inquiet d'une à l'autre, l'air de se demander comment la rencontre allait se terminer. Cependant, Sloan sembla apprécier l'aplomb de sa jeune interlocutrice.
-Désolée pour le coup, enchaina-t-elle. Je devais faire vite et on ne peut pas dire que tu m'as réellement aidée…
Melian lui remarqua un très léger sourire aux lèvres. S'agissait-il d'un compliment? Un clin d'œil discret confirma son impression. Rasséréné, Doc crut bon d'apporter des précisions.
-Lorsque Sloan dit qu'elle devait faire vite, c'est parce qu'en fait, elle ne devait pas te ramener ici, mais plutôt te confier à la garde d'Hurlevent. Ça explique pourquoi ils sont tant en colère. Ils devaient te ramener toi, mais à la place, tout ce qu'ils ont pu attraper, c'est un jeune elfe, à ce qu'il paraît.
En entendant ses mots, Melian, surprise, avala de travers puis s'étouffa. Elle toussa un peu, les larmes aux yeux avant de se ressaisir sous le regard interrogateur de Doc, et celui, plus compréhensif, de Sloan.
-Ils l'ont emmené!
Sloan hocha doucement la tête, tandis que Doc, de plus en plus perdu, demandait des explications. Melian répondit.
-C'est un ami, je tiens beaucoup à lui. Si j'ai pu parvenir jusqu'à la cité, c'est grâce à lui. Que va-t-il lui arriver? demanda-t-elle en cherchant la réponse quand le regard de Sloan.
La voleuse choisit soigneusement les mots qu'elle allait employer.
-Il ne risque probablement pas grand-chose, pour le moment. Après tout, le seul crime dont il peut être accusé, c'est de t'avoir aidée à t'enfuir. Quoique dans ce cas-ci, c'est peut-être plus grave, ajouta-t-elle après un moment de réflexion. Tu es en effet recherchée pour meurtre, ce qui n'est pas rien.
-Il est donc en danger par ma faute? questionna Melian, tout en craignant la réponse.
Le silence de ses deux interlocuteurs était plus qu'éloquent. Melian croisa ses bras sur la table et, en soupirant, vint y poser sa tête. Les deux adultes qui lui faisaient face échangèrent un regard de connivence.
-Qu'importe ce qu'il en est, nous devons aller voir Mathias après le repas, peut-être consentirait-il a…commença Doc.
Il fut interrompu par Melian, qui s'était vivement redressée, une flamme brillant dans son regard opalescent.
-Tu veux dire qu'il accepterait de faire en sorte que Maedhros soit libéré?
Doc leva les mains pour calmer les ardeurs de la jeune fille.
-Je n'ai jamais prétendu cela, se défendit-il, mais une chose est certaine, nous ne perdons rien à demander.
Sloan s'apprêtait à parler, mais l'espoir qui avait ravivé le regard de Melian la fit changer d'idée. Puisqu'ils avaient tous trois terminé leur repas, ils décidèrent d'aller voir leur dirigeant sans plus attendre. Le trio quitta la salle de plus en plus bondée et empruntèrent un couloir que Melian n'avait pas encore foulé. Elle eut un dernier regard pour la grande salle et s'étonna d'y trouver non seulement des humains et des gnomes, mais aussi des nains et même des gobelins. La jeune fille aperçut aussi quelques elfes. Son cœur se serra en songeant à Maedhros et Sindar, qui étaient maintenant emprisonnés. À cause d'elle…
Melian tourna les talons et rattrapa Sloan et Doc, qui l'avait quelque peu devancée.
Ils empruntèrent encore plusieurs dédalles, tous éclairés de chandeliers, parfois par de simples torches.
«On doit se trouver sous terre» en déduit Melian.
Cela expliquait bien l'absence de la lumière du jour et la fraicheur ambiante. Ils s'arrêtèrent finalement devant une porte double, décorée de fines gravures. Sloan frappa un coup discret. Presqu'aussitôt, une voix leur répondit d'entrer. Avant de s'exécuter, la femme lança à Melian un regard lourd d'avertissements. La jeune fille n'eut pas de mal à en comprendre le sens. Ils ouvrirent les battants, qui donnaient sur une vaste pièce. Sur deux des murs se trouvaient de grandes étagères, croulant sous le poids de livres, de lettres, de parchemins ou encore de cartes. Au centre, un grand bureau en bois sombre, encombré de divers objets. L'homme, qui devait sans doute être Mathias, se trouvait au fond de la pièce. Il se retourna pour leur faire face. Son regard tomba sur Melian. Aussitôt, celle-ci se sentit minuscule, insignifiante face à cet homme. Il était assez grand, et sous ses vêtements sombres brodés d'argent se distinguait une puissante musculature. Mathias avait des cheveux brun-roux coupés court, et des yeux verts, du même vert que les émeraudes. Ce regard était pénétrant. Plus, c'en était presque hypnotique. Malgré ses traits durs, l'homme dégageait un immense charisme, tellement qu'on aurait presque pu palper l'aura qui l'entourait. Tout cela, couplé à ses aptitudes physiques et son habileté au combat, fit comprendre à Melian pourquoi elle percevait tant de respect dans les voix de Sloan et de Doc lorsqu'ils mentionnaient son nom. Elle-même ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine admiration pour cet homme, qu'elle ne connaissait que de nom, et encore!
-C'est elle? demanda-t-il.
-Oui, Mathias, répondit Sloan en avançant d'un pas. J'ai été dépêchée pour aider à sa capture. Je croyais que ce serait facile -et ce l'était- mais j'ai néanmoins été surprise par son esprit et sa combativité. Tu connais mes capacités, et tu sais que je n'exagère pas. Comme je te l'ai déjà demandé, j'aimerais qu'elle soit testée afin d'intégrer l'ordre, termina-t-elle simplement.
Mathias hocha la tête. Même si elle le trouvait impressionnant –et qu'elle le savait à la tête d'une bande de voleurs– Melian sentit qu'il y avait en lui un homme juste et droit. Il s'agenouilla pour être à sa hauteur.
-Quel âge as-tu? s'enquit-il.
-Quinze ans, s'empressa-t-elle de répondre.
-Es-tu pleinement consciente du rôle que les membres du SI:7 sont parfois appelés à jouer, et en acceptes-tu la charge?
Melian décida que Mathias lui plaisait bien. Malgré son âge, il lui parlait comme il parlerait à un adulte, sans la prendre de haut.
-Oui, je le suis, acquiesça-t-elle en relevant fièrement la tête.
Mathias resta pensif un moment, puis se releva en s'adressant à Sloan.
-Elle est très jeune. Cependant je ne doute pas de ton jugement, chère Sloan. Tu as maintes fois prouvé ta valeur, et j'accepte de la soumettre à un test afin de déterminer ses capacités. Je te la confie entre-temps, dit-il en retournant derrière son bureau.
Voyant que l'entretien était sur le point de s'achever, Doc, qui jusque-là était resté silencieux, intervint.
-En fait, Mathias, nous aurions une autre requête, annonça-t-il.
Mathias se montra surpris, mais accepta tout de même d'écouter le gnome. Celui-ci rapporta les faits à son supérieur. Lorsque Doc eut terminé, ce fut Mathias qui prit la parole.
-Je ne vois pas en quoi cela en vaut la peine, répondit-il finalement. J'ai tiré nombre d'entre vous des geôles de la ville, mais ce jeune homme n'étant pas un voleur…
Il fut interrompu par Melian, qui n'arriva pas à se contenir plus longtemps.
-En quoi cela en vaut la peine? répéta-t-elle d'une voix basse.
Doc voulut lui prendre le bras pour la faire reculer, mais la jeune fille se dégagea sèchement en avançant vers le bureau et en plantant ses yeux dans ceux du chef du SI:7. Celui-ci avait une mine étonnée.
-Ce jeune homme, comme vous dites est mon meilleur ami. Il s'est fait prendre pour que je puisse avoir une chance de m'en tirer! Et vous dites qu'il n'a pas d'importance? Siffla-t-elle.
-Sa vie n'est pas en danger dans l'immédiat. Il restera emprisonné quelques semaines avant que la situation ne change, je peux essayer d'obtenir des informations, mais…
Melian abattit violement son poing sur le meuble entre elle et Mathias.
-Ce n'est pas suffisant! explosa-t-elle.
Mathias, dont les traits s'étaient durcis, ne perdit pas de temps pour répondre.
-Crois-tu réellement être ma seule priorité? demanda-t-il en insistant sur chaque syllabe. J'ai autre chose à faire que de satisfaire les caprices d'une jeune fille comme toi.
-Un caprice? cria-t-elle. Je lui dois la vie! Et vous pensez que je vais rester les bras croisés, à attendre qu'il se passe quelque chose? J'ai bien vu l'intérêt que vous me portiez, même si vous avez tenté de ne pas le laisser paraître. Vous voyez du potentiel en moi n'est-ce pas? Eh bien, si vous me voulez, faite en sorte qu'il soit libéré, termina-t-elle en relevant fièrement le menton.
Ils étaient tous deux difficilement impressionnables, pourtant Sloan ne put s'empêcher de rentrer la tête dans les épaules. Doc, lui, se cacha les yeux avec sa main, de peur de voir la suite. L'étonnement avait cédé la place à la froideur sur le visage de Mathias. Melian sut qu'elle était allée trop loin, mais elle ne flancha pas et garda son regard rivé dans celui de l'adulte. Les traits durs, l'homme la regardait avec colère puis, au bout d'un moment qui sembla interminable, ne put plus retenir un sourire amusé. C'était la première fois qu'il se faisait interrompre autant de fois, et ce, par une gamine de quinze ans!
-Combativité, tu disais, Sloan? demanda-t-il en secouant la tête, une note espiègle dans la voix. Je crois qu'on commence seulement à y goûter.
Il redevint sérieux en posant les yeux sur Melian. Il resta pensif un moment puis se décida.
-Je vais voir ce que je peux faire, soupira-t-il finalement.
Un sourire victorieux apparut sur les lèvres de la jeune fille. Mathias sa tourna vers Sloan.
-Alors, acceptes-tu de la prendre sous ton aile?
-Je ne crois pas que cela soit possible, intervint une voix en provenance de la porte. Dans un bel ensemble, tous les quatre se retournèrent pour se trouver face à une femme vêtue de cuir noir.
-Alors demoiselle, on n'a donc aucune conscience? Il y a des façons plus simples de s'attirer des ennuis, que je sache. Il faut soit être courageux, soit complètement stupide pour agir comme tu viens de le faire. N'empêche, je n'aurais manqué ce spectacle pour rien au monde!
-Keryn! s'exclama Melian en se jetant dans ses bras, sous les regards étonnés de Doc, Mathias et Sloan.
-Je suis heureuse de te revoir, moi aussi, lui chuchota-t-elle.
La voleuse l'écarta doucement d'elle.
-Je crois que tu as bien des choses à me raconter, demoiselle
