L'air était lourd dans le Quartier de Nains. Toutes les rues –ou presque– étaient enfumées et partout on entendait le martèlement régulier d'un marteau venant frapper une enclume, le hurlement d'une lame chauffée à blanc plongée dans l'eau glacée ou encore les sifflements et les grondements de la machinerie lourde. Devant l'entrée du Tram des Profondeurs se trouvaient deux jeunes elfes. À leurs pieds, une paire de sacoches en cuir à l'air bien rempli.

-Je me demande ce qu'elle avait en tête. Tu crois qu'elle va revenir bientôt? demanda Elenna.

-Je n'en sais rien, répondit Maedhros. Avec Melian, on n'est jamais sûr de rien, sauf d'une chose.

-Laquelle?

-Qu'on est jamais sûr de rien…répliqua Maedhros, un sourire aux lèvres.

La druidesse leva les yeux au ciel devant cette constatation plus qu'inutile. Néanmoins, elle ne put empêcher un sourire de naître sur son visage.

-Nous verrons bien, dit-elle en haussant les épaules.

Melian avait le souffle court. Elle avait couru d'Hurlevent jusqu'à ici, le Camp de bûcherons du Val d'Est. Au fond d'elle-même, la voleuse savait bien que ce n'était pas que l'effort physique qui la mettait dans cet état. Perchée dans un arbre, elle observait la vie du camp. Il lui était étrange de penser qu'elle avait vécu ici toute sa vie durant et que maintenant, ses pas l'en l'éloignaient incontestablement et ce, de façon irrémédiable. Enfin, presque. Melian était aux aguets depuis son poste d'observation. La maison de sa petite enfance se trouvait dans son champ de vision. Toutefois, la jeune fille avait pris garde à ne pas trop s'en approcher. Elle n'avait aucune idée de ce qui était advenu de sa mère adoptive après son départ, mais elle ne tenait pas à tomber face à face avec elle.

Melian se mit debout sur la branche massive qui la soutenait. Elle avança prudemment. Plus elle s'éloignait du tronc, plus la ramure était fine. Lorsqu'elle commença à ployer sous son poids, Melian se prit un élan puis sauta dans l'arbre voisin. Leurs épais feuillages la dissimulaient aux yeux d'éventuels observateurs. La voleuse recommença le même manège à quelques reprises. Elle sauta finalement sur le toit usé de l'écurie. Discrètement, elle s'approcha du bord. Il y avait un interstice entre les larges rebords de la toiture et les dernières poutres qui soutenaient les murs. Melian s'y faufila prestement.

Ses yeux s'habituèrent rapidement à la pénombre. Elle se figea. Au milieu de l'allée se tenait Katie Hunter. Elle était accroupie près d'un cheval qu'elle venait tout juste de seller, vérifiant ses sabots…Melian pria pour qu'elle ne lève pas les yeux à cet instant: la lumière qui filtrait dans son dos projetait son ombre au sol, quelques pas derrière la femme. Par précaution, elle se hissa silencieusement sur une des hautes poutres du toit et se dissimula dans l'ombre. La voleuse prit le temps pour observer la femme qui l'avait élevée. Katie Hunter semblait fatiguée. Elle avait les traits tirés et ses yeux avaient perdu de leur éclat. La femme passa finalement la bride à sa monture et la conduisit hors de l'écurie.

Melian tendit l'oreille. Même lorsqu'elle n'entendit plus les pas de l'animal, elle attendit quelques instants afin d'être certaine que personne ne viendrait la surprendre. Melian regarda sous elle. Le sol était à plusieurs mètres de distances. Hors de question de sauter alors que les murs regorgeaient de prises faciles et accessibles. Elle descendit en quelques secondes. Ses pieds ne firent aucun bruit lorsqu'ils touchèrent le sol. La jeune fille avança rapidement vers les stalles. Comme à toutes les fois, il était là. Tête droite, oreilles attentives et naseaux frémissants. Elle s'approcha et lui caressa le front. L'étalon baissa la tête et l'appuya contre elle. Melian sourit face à cette démonstration d'affection. Elle recula afin d'aller chercher le matériel nécessaire. Onyx renâcla en guise de protestation. La voleuse se dirigea vers la sellerie, en arrière. Elle revint avec une bride, un tapis et une selle légère, munie de lanières afin de pouvoir y fixer les provisions dont ils auraient besoin. Melian ouvrit la porte de la stalle et, avec des gestes sûrs et habitués, posa le tapis sur le dos d'Onyx, suivit de la selle. Elle noua rapidement la sangle et lui passa la bride. Restait maintenant le plus difficile : sortir de l'écurie sans attirer l'attention. Melian réfléchit quelques secondes puis prit une décision. Il y avait une porte au fond de la sellerie qui conduisait à l'extérieur de l'écurie, du coté qui faisait face à la forêt. La jeune fille espérait que le battant ne soit pas trop étroit. Elle décida de tenter sa chance.

Elle se dirigea encore une fois vers la sellerie, mais cette fois-ci, elle menait l'animal derrière elle. Melian ouvrit la porte de la sellerie. Elle avisa le cadre, puis le poitrail musclé de l'étalon. Il passerait de justesse. Elle passa devant lui avant de le mener à l'intérieur. Onyx redressa la tête, intrigué par son comportement inhabituel. Melian avança et atteignit la deuxième porte. Elle s'ouvrit en faisant un vacarme incroyable. La voleuse serra les dents. L'étalon, tout content de sortir, poussa un hennissement retentissant.

-Onyx, tais-toi! siffla-t-elle en couvrant ses naseaux avec sa main.

Rapidement, ils s'éloignèrent du bâtiment. Une fois dans la forêt, Melian se mit en selle. Onyx piaffait d'impatience sous elle, la jeune fille avait beaucoup de mal à le retenir. Elle réfléchissait à son itinéraire. Melian n'avait aucune idée de la direction empruntée par sa mère. Dans le doute, elle choisit de ne pas suivre le chemin en direction d'Hurlevent. Ils couperaient par la forêt. Ironiquement, c'était probablement l'option la plus sûre. Elle serra les jambes. Onyx se mit en mouvement. Lorsqu'ils se furent éloignés, Melian le laissa enfin accélérer.

Parvenue devant Hurlevent, Melian ralenti la course de l'animal. Elle le mena adroitement au travers de la ville, jusqu'au Quartier des Nains, le point de rencontre qui avait été fixé. Les sabots ferrés d'Onyx claquaient sur le sol pavé. Melian se dirigea vers l'entrée du Tram des Profondeurs. Juste devant, elle y aperçut Elenna et Maedhros. Elle sourit devant l'étonnement qui était apparent sur le visage de celui-ci.

-On peut savoir où tu as trouvé pareil animal? demanda-t-il, vaguement inquiet.

-Pourquoi? répliqua Melian, avec un sourire en coin. Tu ne me fais pas confiance?

En disant cela, elle avait mis pied à terre. Melian du retenir fermement Onyx, qui fit un écart lorsque Sindar s'approcha afin de le sentir. Méfiant, l'étalon baissa la tête pour renifler l'étrange créature. Comme le fauve ne semblait pas agressif, l'animal s'en désintéressa rapidement.

-Oui bien sûr. C'est juste que j'aimerais que l'on commence notre voyage sans avoir les gardes derrière nous.

-Ne t'inquiètes pas, la rassura Melian. De ce côté nous allons être tranquilles. Nous serons loin avant qu'ils ne se rendent compte de quoique ce soit.

-Eh bien nous devrions nous mettre en route, intervint Elenna en prenant les sacoches et en s'approchant d'Onyx.

Rapidement, les jeunes gens fixèrent les sacoches à la selle. Ils rassemblèrent ensuite leurs derniers effets puis se mirent en route. Elenna ouvrit la marche, Sindar à ses côtés. Maedhros se plaça à côté de Melian. Celle-ci ne prit même pas la peine de tenir les rênes d'Onyx: elle savait que l'étalon suivrait le groupe. Ils s'engagèrent dans le tunnel métallique qui s'enfonçait sous la ville. Ils marchèrent quelques minutes avant de déboucher sur les quais. Ils ouvrèrent grands les yeux une fois rendus sur la station. Ils restèrent là un moment à la regarder avant que le silence soit rompu par Elenna.

-Je m'attendais à plus impressionnant, dit-elle.

Melian était bien de son avis. Les bancs en métal étaient rouillés et le sol était couvert çà et là de vieux déchets. Elle crut même voir quelques rats filer rapidement dans l'ombre, dérangés par leur arrivée. Une impression confirmée lorsque Sindar bondit dans la noirceur. Le saut fut suivi d'un horrible couinement et d'un craquement peu ragoûtant. Le fauve retourna près des jeunes gens qui s'étaient assis en se léchant les babines.

-Attends de voir Forgefer, répondit Maedhros. C'est incroyable ce qu'ils ont réussi à faire.

-Tu y es déjà allé? questionna Melian.

-Quelques foi oui.

Au moment où il finissait sa phrase, un grondement lointain se fit entendre. À mesure que les secondes passait, le bruit s'amplifiait. Melian sentit même le sol vibrer légèrement. Onyx, qui n'avait jamais connu rien de tel, piaffa nerveusement, les oreilles pointées dans la direction du bruit. Par précaution, la voleuse s'approcha de lui et posa sa main sur son épaule, prête à le retenir s'il décidait de faire demi-tour. Melian porta son regard dans la même direction. Après quelques instants, une forme émergea du tunnel.

C'était un train composé de trois nacelles suspendues, toutes faites de métal. Aucunes barrières sur les côtés, ni d'opérateur visible. «Est-ce gratuit?» se demanda la voleuse. Le convoi s'arrêta finalement en crachant des jets de vapeur. Aussitôt, Maedhros monta à bord.

-Quoi? fit Melian, étonnée. Tu montes comme ça, c'est tout?

Maedhros se retourna.

-Comment veux-tu que je procède sinon? En faisant la roue? Ou alors je peux me dégoter un tutu de ballerine et faire quelques pas de danse…réfléchit-il en se frottant le menton.

-Maedhros, cesse de la taquiner, veux-tu? intervint Elenna en le rejoignant.

-Pourquoi? Suis-je le seul à adorer mon humour? dit-il, l'air désolé.

-J'ai bien l'impression que oui, marmonna Melian en montant à son tour.

Elle tenait Onyx par les rênes. En effet, il aurait fallu être aveugle pour ne pas remarquer les réticences de l'animal. Sindar quant à lui s'était paresseusement allongé à l'avant de leur wagon. Malgré la présence de l'étalon, ils ne manquaient pas d'espace et purent se mettre à l'aise.

-Je ne t'en veux pas, répondit Maedhros le plus sérieusement du monde. Il parait qu'avoir le sens de l'humour requiert une intelligence supérieure à la moyenne.

Malgré sa colère, Melian ne rajouta rien. Elle fixa plutôt son regard derrière lui. Elle ressentit soudain le besoin de lui prendre la tête à deux mains et de la lui coller contre le mur, qui défilait à grande vitesse. Melian tenta d'imaginer à quoi ressemblerait son visage si parfait après un tel traitement.

-Pourquoi me regardes-tu ainsi? demanda-t-il en souriant. Tu es subjuguée par ma magnifique personne?

-Quoi? répondit distraitement Melian, que sa voix avait tirée de ses réflexions.

-Je crois, intervint Elenna, qu'elle réfléchissait plutôt à ce qu'il se passerait si jamais elle te plaquait le visage contre le mur.

Maedhros parti d'un grand éclat de rire.

-Comment as-tu deviné? demanda Melian. Lis-tu aussi dans mes pensées? ironisa-t-elle.

-Non, répondit Elenna en souriant.

Elle tourna son regard vers Maedhros avant de finir sa phrase :

-Je me suis simplement posé la même question.

L'elfe soupira.

-Que de jalousie à l'égard de ma magnificence, répondit Maedhros.

-Devant ta magnificence? répliqua Melian. C'est vrai finalement, tu as un bon sens de l'humour, admit-elle.

Maedhros ouvrit de grands yeux, tandis qu'Elenna éclatait de rire.

-Ne te sens pas vexé voyons. Selon ta théorie, elle vient de dire que tu es d'une intelligence supérieure, dit-elle avant de s'esclaffer de plus belle.

-Ha. Ha. Vraiment très drôle les filles, dit-il en roulant des yeux.

-Allons, ne t'en fais pas Maedhros. On te taquine, rien de plus, dit Melian en posant une main réconfortante sur son épaule.

Après quelques secondes, elle ajouta:

-Ton intelligence supérieure aurait dû te permettre de t'en rendre compte, ajouta-t-elle, hilare.

Maedhros se dégagea.

-C'est bon ça va! dit-il, agacé. Je te demande pardon Melian. Ça vous va, comme ça?

Elenna reprit son sérieux d'un seul coup.

-C'est vraiment incroyable, souffla-t-elle.

-Qu'est-ce qui est incroyable? lui demanda Melian, qui était un peu perdue.

-Je le connais depuis des années et jamais, je dis bien jamais, je ne l'ai entendu présenter des excuses pour quoique ce soit. J'en étais venue à croire qu'il en était incapable.

Maedhros se contenta de sourire en haussant les épaules face au regard que Melian lui lança.

-D'ailleurs, c'est un peu inquiétant. Tu te sens bien Maedhros?

-Je me porte à merveille, merci.

-Peut-être est-il possédé? suggéra Melian.

-C'est une possibilité, admit sérieusement Elenna. Ou alors c'est Melian qui doit te faire un sacré effet, continua-t-elle à l'intention du jeune elfe.

-Moi? s'étonna Melian.

-Elle? Sûrement pas! protesta-t-il en se levant.

Le train avait ralenti sa vitesse. On voyait déjà les lumières aveuglantes des quais.

-Pourquoi rougis-tu alors? s'enquit Elenna d'une voix malicieuse.

-Je ne rougis pas, rectifia Maedhros alors que le convoi s'arrêtait. C'est la lumière, dit-il en pointant un doigt vers le haut.

Les filles se levèrent et en descendant, regardèrent dans la direction indiquée par l'elfe. En effet, juste au-dessus de la passerelle se trouvait une alarme rouge. Maedhros observait leur réaction, fier de son coup. Il fronça toutefois les sourcils en apercevant brièvement une lueur de déception dans les yeux de Melian. Pour masqué son trouble, ce fut lui qui, cette fois-ci, prit les devant du petit groupe. Ils empruntèrent un tunnel en tout point semblable à celui qui se trouvait dans Hurlevent. Par contre, une fois arrivés au bout, le paysage qui s'offrait à leur vue n'aurait pas pu être plus différent.

Ici, pas de ciel bleu ni de verdure. Ils se trouvaient dans Forgefer, creusée à même ma montagne. Le sol n'était pas pavé, mais recouvert de grandes plaques métalliques. Sur les murs passaient d'énormes tuyaux. Des rouages et des engrenages cliquetaient à qui mieux mieux. Surpris, les jeunes gens s'arrêtèrent. À leur gauche comme à leur droite se trouvait un tunnel incurvé.

-Alors, monsieur le guide, fit Elenna. Prenons-nous à gauche ou à droite?

-Ça dépend. Si nous prenons à gauche, nous atteindront rapidement les grandes portes, alors qu'à droite, nous allons faire le tour de la cité. Ça vous dit une petite exploration?

-Je ne sais pas, répondit Melian. Nous ne sommes pas en voyage touristique non plus.

-C'est vrai, mais ce serait bête de ne pas profiter de l'occasion, répliqua-t-il rapidement.

Melian dirigea son regard vers Elenna. Celle-ci eut un haussement d'épaules, l'air de dire que les deux options lui convenaient. Voyant que Melian hésitait toujours, Maedhros tenta un compromis.

-Et si je vous montre un seul endroit? Croyez-moi il en vaut le détour.

-Très bien, céda Melian. On te suit.

Un sourire victorieux apparut sur le visage de l'elfe. Il leur fit signe de le suivre tandis qu'il s'engageait dans le tunnel de gauche. Après quelques instants de marche, ils débouchèrent dans un lieu nommé la Garde Militaire. La caverne était immense, ils avaient du mal à en voir l'extrémité. La voute rocheuse s'étendait bien loin au-dessus de leur tête. Elle était soutenue par des arches de pierre, aux immenses colonnes gravées de délicats motifs. De chaque côté se trouvaient des bâtiments creusés à même la paroi. Ils ne s'attardèrent pas. Maedhros les conduisit vers le centre de la cité: la Grande Forge.

Lorsqu'ils y arrivèrent, Melian eut l'impression d'étouffer. La chaleur ambiante était infernale. La Grande Forge était une place circulaire, construite autour d'un bassin de lave en fusion. D'immenses chaudrons à hauteur de l'allée centrale contenaient le magma qui se déversait du plafond. Juste à côté se trouvaient plusieurs nains, frappant leurs enclumes sans tenir compte de la dangereuse proximité du feu liquide.

-Je comprends bien pourquoi on a donné le nom de Grande Forge à ce lieu, dit Elenna, les yeux levés vers une chute de lave.

-En effet, répondit Maedhros, ils n'auraient pas pu faire mieux. Mais venez, dit-il en continuant sa marche. Ce n'est pas ce que je voulais vous montrer.

Ils traversèrent la Grande Forge, puis s'arrêtèrent devant la salle du trône. Melia ouvrait la bouche pour poser une question lorsque Maedhros s'y engagea avec confiance. Mais plutôt que d'aller vers les dirigeants, comme elle l'avait craint, l'elfe tourna sur sa gauche et emprunta un tunnel qui descendait en pente douce.

-Maedhros, commença Elenna. Où est-ce que…

-Chut, l'interrompit-il. Vous allez voir.

Il avait dit cela avec un sourire mystérieux qui inquiéta légèrement Melian. Qu'avait-il en tête? Devant le dernier tournant, il s'arrêta et fit face aux deux filles.

-Fermez vos yeux, ordonna-t-il.

Elenna s'exécuta prudemment. Melian, quant à elle, se contenta de l'observer avec méfiance.

-Allez, ne me dit pas que tu n'as toujours pas confiance en moi? demanda-t-il avec un sourire charmeur.

-Quand tu me regardes comme ça, non, je ne dirais pas que la confiance est excellente, dit-elle en fermant malgré tout ses yeux.

-Maintenant, suivez le son de ma magnifique voix.

Ils avancèrent de quelques pas et débouchèrent dans une grotte sombre. Maedhros les fit s'arrêter puis alla se placer derrière elles.

-C'est bon, allez-y.

Elenna et elle restèrent bouche bée devant la splendeur des lieux. C'était une grande caverne, illuminée seulement par quelques flambeaux. Loin en bas, la lave faisait rougeoyer la partie inférieure des parois. Le chemin se continuait sur leur gauche, avant de se scinder en deux, puis en quatre, jusqu'à former une multitude de ponts allant d'un bout à l'autre de la grotte. Maedhros s'était approché de Melian sans qu'elle ne s'en rende compte.

-Lève la tête, lui murmura-t-il doucement au creux de l'oreille.

Celle-ci s'exécuta en frémissant avant de se figer.

La voute était truffée d'énormes amas de cristaux bleutés. Ils luisaient doucement, projetant une myriade de reflets contre les parois. Chaque parcelle de la pierre qui les composait semblait avoir sa propre nuance de bleu. C'était magnifique.

-C'est…commença Elenna. En fait non, il n'y a pas de mot assez fort pour décrire cet endroit.

Melian ne l'entendit pas, elle gardait son regard rivé dans celui de Maedhros, où étincelait une infinité de petits points lumineux. On aurait dit un ciel étoilé.

-Je savais que cet endroit vous plairait, dit-il en reprenant ses distances.

-Oui, c'est d'une beauté presqu'irréelle, dit Melian.

Elle avisa le sourire narquois de Maedhros.

-Je parlais évidemment de la grotte, s'empressa-t-elle de préciser en sentant ses joues s'empourprer.

Heureusement, la faible luminosité ne permit pas aux autres de s'en apercevoir.

En silence, ils remontèrent le chemin, puis Maedhros les conduisit devant les grandes portes de Forgefer. Une brise glaciale s'infiltra dans la cité. Melian resserra sa cape autour d'elle en frissonnant. Ils sortirent de la ville et s'avancèrent jusqu'au bord de la falaise. Devant eux s'étendaient les immensités glaciales de Dun Morogh.

-Alors, dit Maedhros. Toujours déterminée à accomplir ce voyage?

-Plus que jamais, dit Melian en se mettant en selle, le dos droit et le regard fixé au loin.