L'elfe bondit en avant avec tant de vélocité que Melian faillit se faire embrocher dès son premier coup. Elle réussit toutefois à bloquer la lame avec la dague qu'elle tenait en main gauche et fit décrire à sa jumelle un arc de cercle précis, visant la gorge de l'elfe. La combattante para l'attaque d'un geste fluide, presque nonchalant. Elle contrattaqua avant même d'avoir laissé à Melian le temps de se rendre compte que sa tentative avait échoué. Les quatre dagues étaient engagées, maintenues en place par la force des deux protagonistes. Le temps sembla se figer un moment. L'elfe aux cheveux platine brisa cette illusion lorsqu'elle changea ses appuis, pivota sur ses hanches et envoya sa jambe tendue vers le visage de la jeune fille. Melian se pencha vers l'arrière. La botte de l'elfe passa au-dessus de son but. Cependant, le soulagement de la voleuse ne dura pas. La première chose qu'elle vit en se redressant fut la courbe meurtrière d'une dague au niveau de sa taille puis l'autre, venant en sens inverse, dirigée vers sa poitrine. Elle dévia promptement la première mais comprit avec horreur qu'elle ne pourrait parer l'autre à temps. Étonnée, Melian vit l'imperceptible changement de trajectoire que l'elfe imprégna à son arme. Le tranchant entama à peine la chair sur son torse. Melian comprit qu'elle avait vu juste: la combattante jouait avec elle.

La voleuse sentit la colère l'envahir. Une autre estafilade apparut, sur sa gorge cette-fois. Melian fit un premier pas en arrière, puis un autre. Alors qu'elle cédait encore du terrain, l'image de Keryn s'imposa en elle. Son mentor ne lui permettrait pas de se laisser dominer ainsi par ses émotions. Melian expira, vida son esprit de toute pensée négative. Elle para un dernier coup puis augmenta la cadence, reprenant l'avantage. L'elfe, d'abord surprise, s'adapta rapidement à ce changement de rythme. Toutefois, elle du à son tour se résigner à reculer. Repoussant toutes ses limites, Melian réussit à passer sous les défenses de son adversaire. Elle traça une ligne de feu sur sa joue.

Les deux combattantes s'éloignèrent l'une de l'autre, haletantes. Sonnée, l'elfe promena doucement ses doigts sur sa joue. Lorsqu'elle les retira, ils étaient tachés de sang. Elle referma le poing, furieuse, et releva les yeux. Ils foudroyèrent Melian, qui avala de travers. L'elfe repartit à l'assaut de la jeune fille. Melian compris que son adversaire avait jusqu'alors retenu la force de ses coups. Déjà, au premier impact, une onde de douleur traversa lui traversa les bras. Ses muscles protestaient contre le traitement qu'elle leur infligeait, son cœur battait la chamade. De nouveau, elle se trouva cantonnée à la défensive. Elle tentait tant bien que mal de dévier la pluie de coups qui s'abattait sur elle en un ballet mortel. Malheureusement pour Melian, la rage qui animait son adversaire ne lui faisait commettre aucune erreur. Ses attaques restaient extrêmement dangereuses et ses défenses, impeccables. En reculant, la jeune fille trébucha sur une racine et perdit l'équilibre. Son dos heurta le tronc rugueux d'un arbre. Sa garde s'en trouva déstabilisée, créant une large brèche dans ses défenses. L'elfe en profita et plongea en avant. Une de ses dagues au tranchant aiguisé traversa aisément l'épaule de la jeune fille et se planta profondément dans l'arbre derrière sa cible, la clouant sur place, tandis que sa sœur se plaçait tout près de sa gorge. Melian hurla de douleur. La lame dans son épaule se fit cruellement sentir lorsque l'elfe lui imprégna un mouvement de rotation. La jeune fille ne put retenir un autre cri.
La délectation apparut sur le visage de l'elfe, amenuisant un peu la colère visible dans ses yeux de glace. Un moment, elle sembla hésiter à la tuer. Finalement, elle dégagea son arme d'un geste sec et faucha les genoux de Melian, qui tomba au sol, l'épaule en sang. D'un air dédaigneux, l'elfe s'éloigna, puis disparu dans la végétation.

Sonnée, Melian s'étonna d'être encore en vie. Elle pressa une main sur sa blessure. Que l'elfe ait décidé d'abandonner lui semblait être un miracle. Elle se releva en prenant appui sur le tronc, mais réalisa immédiatement que quelque chose n'allait pas. Sa douleur, plutôt que de diminuer, s'était étendue. Son cœur s'emballait et son souffle était court. Melian fut alors prise d'un vertige. La terre valsa sous ses pieds. Elle se retrouva au sol une fois de plus. Cette fois-ci, ses muscles paralysés, tétanisés par la douleur refusèrent de lui obéir. Jamais Melian n'aurait cru qu'il était possible d'éprouver autant de souffrances et rester malgré cela en vie. Tout son corps lui brûlait, comme si son sang n'était plus que feu liquide dans ses veines, comme si un milliard d'aiguilles pénétraient sans relâche sa chair.

L'elfe avait empoisonné ses armes. Plutôt que d'achever rapidement ses adversaires et abréger leurs souffrances, elle préférait les laisser mourir lentement, après de longues heures d'agonie.

Melian eut tout juste la force de tourner la tête lorsqu'elle entendit des pas sur sa gauche.

-Ne t'en fais pas, ce n'est que moi, la rassura l'elfe aux cheveux blonds.

Elle était franchement moins terrifiante que sa congénère. Melian ne trouva pas la force de s'étonner qu'une elfe de sang parle sa langue.

-Ne bouge pas, lui ordonna-t-elle.

Melian ne prit pas la peine de lui faire remarquer que même si elle l'avait voulu, elle en aurait été incapable. Une douce lueur ambrée apparut dans les mains salvatrices de l'elfe. La jeune fille ferma les yeux et soupira de soulagement en sentant leur chaleur bienfaisante se propager dans son corps. Après quelques instants, la lumière s'estompa.

-Je suis désolée, je ne peux pas faire mieux. Je t'ai débarrassée du poison, mais ton épaule est salement amochée, je ne peux pas complètement refermer la plaie, dit-elle avec un regret évident.

-Pourquoi? demanda faiblement Melian.

L'elfe devina que la jeune fille ne faisait pas allusion à ses dernières paroles.

-Tu n'es pas mon ennemie. Tu ne m'as rien fait et je n'ai rien à te reprocher. C'est plutôt le contraire. T'aider, c'est la moindre des choses après ce que tu as fait subir à Mérissa, dit-elle en ricanant. Elle le méritait amplement.

-Comment te remercier?

-Oh, ne t'en fais pas. Chaque vois que je la regarderai je repenserai à ce que tu as réussi à accomplir. Ça vaut tous les remerciements du monde. Je dois te dire que je suis impressionnée. Vous étiez ahurissantes, j'avais du mal à suivre vos armes des yeux.

Le hurlement d'un worgen non loin les mis toutes deux en alerte.

-Je dois partir, dit-elle précipitamment.

Elle se redressa et était entrain de s'éloigner lorsque Melian lui posa une dernière question.
-Puis-je au moins connaître ton nom?

-Thunia, répondit-elle avant de disparaître.

Melian se retrouva seule, en sueur, les membres tremblants. Si on lui avait dit un jour qu'elle devrait la vie à une elfe de sang, elle ne l'aurait pas cru.

Elenna blêmit en voyant le duo pénétrer dans le campement.

-Maedhros! appela la druidesse.

L'interpelé se retourna au ton alarmé de son amie. Il suivit son regard. Ses yeux tombèrent sur Melian. Anxieux, il alla à leur devant. L'inquiétude le submergea en voyant la chemise déchirée et tachée de sang frais malgré un bandage sommaire noué autour de son épaule.

-Que s'est-il passé? demanda-t-il en dirigeant un regard accusateur vers Laura.

-Tout va bien, ce n'est rien, voulut tempérer Melian.

Le chasseur contint à grand peine sa colère.

-Allons rejoindre Valion, et vite, repliqua-t-il.

Melian remercia Laura puis se retourna vers le chasseur.

-Allons-y, dit-elle.

-Je vais le prévenir, annonça Elenna avant de se diriger vers le centre du campement au pas de course.

-Lui avez-vous déjà parlé? se renseigna la jeune fille en commençant à avancer.

-Non, nous t'attendions.

Remarquant la grande faiblesse et la lassitude de la voleuse, qui peinait à garder les yeux ouverts, Maehdros choisit de la porter, faisant fit de ses protestations.

-Lâche-moi! ordonna-t-elle.

Son épaule l'élançait atrocement, mais elle était décidé à ne pas le laisser paraître.

L'elfe ne répondit pas. Après quelques minutes, ils arrivèrent devant une grande tente au centre du camp. Maedhros posa la jeune fille peu avant qu'ils ne l'atteignent. Elle remarqua la mâchoire serrée du jeune chasseur.

-Tu es fâché? demanda-t-elle d'une petite voix.

Il baissa les yeux vers elle.

-Si je suis fâché? répéta-t-il lentement. Non, je ne le suis pas, je suis furieux! On ne peut pas te laisser seule un instant sans qu'il ne se produise quoi que ce soit!

Melian releva la tête, décidée à ne pas se laisser faire.

-Ce n'est pas ma faute! répliqua-t-elle.

-Ce n'est pas contre toi, Melian, répondit-il en serrant les poings. C'est moi, je m'en veux. Ce n'était pas une bonne idée, je n'aurais jamais du accepter que tu partes. Tu aurais pu te faire tuer!

-Mais je suis en vie, dit-elle doucement. Ce n'est pas la peine que tu te mettes dans un état pareil.

Il ferma les yeux et expira longuement.

-Tu as raison. Je suis désolé, dit-il en se reprenant. Entrons, Elenna et Valion doivent nous attendre.

Il souleva la lourde tenture faisant office de porte et entra après la jeune fille. Quelle ne fut pas leur surprise en entrant de trouver non seulement le druide, penché sur une grande carte, mais également un humain musclé aux cheveux roux: le Seigneur Darius Crowley.

-Je suis désolé, nous sommes occupés en ce moment, jeunes gens, dit Valion sans même levé les yeux de la représentation de la forêt des Pins-Argentés devant lui. Peut-être pourriez-vous revenir plus tard?

-Mais que signifie…commença Crowley en levant la tête. Il s'arrêta en apercevant la détresse de la plus jeune.

Bien que leur présence dans sa base militaire paraissait des plus inusité et qu'il était agacé que personne n'ait pris le temps de l'en prévenir, il ne pouvait les laisser dans cet état.

-Valion, intervint-il, je crois qu'il vaudrait mieux vous en occupez immédiatement.

L'elfe aux longs cheveux blancs posa son regard sur les nouveaux venus. Il s'alerta en voyant le sang qui imbibait le pansement de Melian. Il s'empressa de la faire asseoir. Il défit le bandage de ses mains expertes tandis que Crowley, Elenna et Maedhros se pressaient autour d'eux, attendant la suite. La jeune fille grimaça quand il enleva la bande de tissu, qui avait collé à sa peau.

-Bon sang! s'exclama Elenna en ouvrant de grands yeux et en plaquant une main sur sa bouche.

La plaie, béante, n'était pas belle à voir. Une partie de l'os était à vif et l'hémorragie n'était pas complètement arrêtée.

-Transpercée, annonça Valion en voyant le dos de la jeune fille.

Sans plus perdre de temps, il ferma les yeux pour mieux se concentrer. Une lumière, verte cette fois, éclaira ses mains, qu'il posa sur l'épaule de Melian. Celle-ci retint un cri de douleur à leur contact. Une goutte de sueur perla à sa tempe. Très vite cependant, sa souffrance refoula tandis que les muscles se ressoudaient, que les chairs se rapprochaient. Lorsqu'il eut terminé, Melian soupira de soulagement et put enfin se détendre.

-Qu'est-il arrivé? demanda doucement Maedhros, comme s'il redoutait la réponse.

Melian leur raconta son combat contre Mérissa, sans omettre aucun détail, sauf la présence de Thunia. Crowley se gratta le menton, pensif.
-D'après ce que je viens d'entendre, tu as eu à faire à l'une de leur meilleures combattantes. Je ne compte plus le nombre de soldats que j'ai perdu sous ses lames. Lames empoisonnées d'ailleurs, ajouta-t-il en rivant ses yeux dans ceux de Melian. Comment-as-tu fais pour survivre?

-J'ai eu de la chance, j'imagine, répondit-elle, sans apporter plus de précisions.

Le regard soupçonneux de Crowley la mit mal à l'aise. Heureusement, Elenna détourna l'attention du seigneur lorsqu'elle s'adressa à Valion.

-Pouvons-nous vous parlez, Thero'Shan Valion? Cela ne prendra qu'un instant.

-Je vais aller consulter les rapports de mes éclaireurs, annonça Crowley en sortant.

Valion inclina la tête à son passage pour le saluer. Il se tourna en suite vers ses visiteurs.

-Ne vous y trompez pas, je suis heureux vous rencontrer commença-t-il. Cependant je n'ai que peu de temps à vous consacrer. Aussi vous demanderai-je d'être concis dans vos propos.

-Vous souvenez-vous d'Aerin? demanda directement Elenna.

-Bien sûr. C'était une bonne amie. Elle m'était très chère.

-Savez vous ce qu'il est advenu d'elle?

Une lueur attristée passa dans les yeux lumineux de l'elfe.

-Non. J'ai beaucoup cherché, et je n'ai malheureusement rien trouvé, sinon ce pendentif, qu'elle avait toujours au cou, dit-il en sortant le bijou de sa tunique. Aerin disait que c'était lui qui lui avait offert. Elle semblait très amoureuse.

Avides, les jeunes gens se penchèrent en avant pour l'observer. En forme de larme, la breloque était finement ciselée. Un délicat motif végétal était gravé dans l'argent du médaillon. En son centre, un aigle aux ailes déployées.

-Tiens, prends-le, dit Valion en le tendant à Melian. Elle aurait voulu que tu l'ais, j'en suis certain.

Melian ouvrit la bouche, mais il ne lui laissa pas le temps de parler.

-Je ne saurais m'y tromper, tu ressembles tellement à ta mère, chuchota-t-il.

Il déposa doucement le bijou au creux de sa main. Melian replia doucement les doigts.

-Ne pouvez-vous rien nous dire de plus? demanda-t-elle.

-Non. Et je suis navré que vous ayez parcouru tout ce chemin en croyant que oui. Malheureusement, je ne peux rien faire de plus pour vous, sinon m'assurer que vous repartiez ce matin pour Hurlevent. C'est ce qu'il y a de mieux à faire, croyez-moi. Vous n'êtes pas en sûreté ici, et telle n'est pas votre place, ajouta-t-il en voyant la protestation emplir leurs regards. Suivez-moi leur dit-il en se relevant.

À contrecœur, ils lui emboitèrent le pas. Ils entrèrent à sa suite dans la tente du Seigneur Crowley. Celui-ci était entrain de s'entretenir avec un homme, le premier qu'ils voyaient depuis leur arrivée dans la région.

-Il est chargé d'apporter les rapports détaillés de la situation au roi d'Hurlevent, les éclaira Valion. Pour des questions d'efficacité, il se déplace en utilisant un portail qui le conduit directement là-bas. Vous repartirez avec lui lorsqu'il aura fini.

-Mais…voulut protester Elenna.

-Il n'y a rien à ajouter, reprit le vieux druide. Il ne reste plus qu'à attendre.

-Ce ne sera pas nécessaire, intervint Crowley, qui avait tout entendu. Nous avons terminé. Ils partiront à l'instant.

L'homme dirigea un regard sévère vers les adolescents.

-C'est bien pour le Seigneur Crowley que j'accepte. Cependant, sachez que je suis attendu. De l'autre côté du portail, nous nous retrouverons immédiatement en présence d'hommes importants, dont le roi Varian Wrynn en personne, les prévint-il. Je vous conseille de tenir votre langue en sa présence.

Melian et Maedhros s'agitèrent, nerveux. Ils n'avaient pas spécialement envie de se retrouver devant les hauts dignitaires après l'émoi qu'ils avaient provoqué à leur dernier passage.

-Attendez, qu'en est-il d'Onyx? s'enquit Melian en croisant les bras sur sa poitrine.

-Vous ne pouvez le prendre avec vous pour le moment, intervint Crowley. Il sera ramené dans les écuries de la cité en un temps plus propice.

Melian voulu protester mais un coup de coude dans les côtes de la part d'Elenna l'en dissuada.

L'homme prit la missive du Seigneur Crowley puis ferma les yeux, mains levées, une expression concentrée sur son visage. Le portail apparut, lumineux.

-Allons-y, les pressa-t-il.

Avec appréhension, Elenna, Melian et Maedhros lui emboîtèrent le pas. Ils éprouvèrent une sensation de froid en traversant le portail qui ne dura heureusement pas longtemps. À peine l'eurent-ils franchi que le quatuor se retrouva dans une grande salle au dalles de pierre blanche.

Une douzaine d'hommes et de femmes, dont les rois Varian Wrynn et Genn Grisetête se tenaient en son centre, autour d'une grande table où se trouvaient quantités de cartes, de rapports, de lettres et de livres.

-Ah, vous êtes de retour, dit Genn. Quelles nouvelles de Crowley? demanda-t-il en relevant la tête.

La surprise fut visible sur son visage.

-Qui sont ces gens qui vous accompagnent? s'enquit-il, curieux.

À ces mots, tous les regards se tournèrent vers eux.

-Ces jeunes ont été trouvés dans la forêt par une des patrouilles d'éclaireurs. Ils étaient à la recherche de Valion, pour une histoire quelconque. Il a été décidé par le Seigneur Crowley que, pour éviter tout retardement au campement et pour leur propre sécurité ils devaient retourner sur-le-champ à Hurlevent.

En disant cela, il s'était avancé et avait remis la missive du seigneur Darius à ce sujet au roi Varian. Celui-ci parcouru rapidement les menues explications qu'il contenait.

-Bien, dit Genn. Cela fait une chose de réglée. Cependant, si leur présence ne peut rien apporter de plus à cette guerre, je crois qu'ils peuvent disposer maintenant.

Un soldat s'avança vers les jeunes.

-Escortez les deux elfes, j'ai a parlé avec la troisième, intervint Varian.

-Bien, mon roi, salua le soldat.

Melian, incertaine, chercha le regard de Maedhros. Celui-ci eut un sourire rassurant. Mais elle vit qu'il était tout aussi surpris qu'elle-même.

-Suis moi, ordonna le roi tandis que ses amis s'éloignaient. J'en ai pour un instant, ajouta-t-il à l'intention des autres, toujours autour de la table.

Hésitante, Melian s'avança. Ils sortirent par les portes du fond et tournèrent à droite. Au bout du couloir se trouvait un autre battant. Le roi l'ouvrit et s'engage à l'intérieur de la pièce qui se révéla être un bureau. La pièce était de dimensions modestes et sobrement meublée. Elle jouissait toutefois d'une lumière naturelle abondante, qui s'infiltrait par les grandes baies vitrées qui couvraient tout un mur.

Sur un signe de Varian, elle referma la porte derrière elle. Ensuite, elle demeura sur place, incertaine de l'attitude à adopter. Le roi se plaça derrière le bureau et y posa les mains.

-Comment t'appelles-tu? s'enquit-il.

-Melian, Seigneur, répondit-elle.

-Ne serais-tu pas la nouvelle recrue de Mathias? Celle qui semble si prometteuse, mais qui est aussi entrain de le rendre complètement fou?

Melian se dandina sur ses pieds, mal à l'aise. S'agissait-il d'un compliment ou d'un reproche? Peut-être un mélange des deux. Une étincelle malicieuse dans les yeux du roi la rassura.

-C'est bien la première fois que je vois mon vieil ami perdre ainsi le contrôle de lui-même.

Cette fois encore, elle demeura silencieuse, se demandant à quoi rimait cette conversation.

-Tu ne sembles pourtant pas si terrible…Quel âge as-tu? continua-t-il après un instant.

-Seize ans dans quelques jours, Seigneur, répondit-elle de plus en plus perplexe.

-Oui, très prometteuse, répéta-t-il.

La jeune fille s'inclina devant le compliment. De ce fait, le pendentif qu'elle avait attaché à son cou glissa du col ouvert de sa chemise. Le roi y posa son regard.

-Un bijou magnifique, remarqua-t-il. Comment a-t-il pu atterrir en ta possession?

-Si vous croyez que je l'ai volé, c'est faux! s'écria-t-elle.

Le roi la regarda, l'air surpris. Melian se rendit aussitôt compte à qui elle venait de s'adresser sur ce ton.

-Pardonnez-moi, bredouilla-t-elle en mettant un genou à terre. Je me suis emportée.

Varian lui tourna le dos, se plaçant devant l'une des fenêtres. Ainsi, elle ne put voir le sourire qu'il avait à peine à réprimer.

-Un héritage, peut-être?

-De ma mère, confirma Melian.

-Aerin, n'est-ce pas?

-Vous la connaissiez? s'étonna la voleuse.

-Bien sûr. Elle était dans les meilleurs. Elle assistait aux réunions les plus importantes avec Mathias, dont elle était très proche, et lorsqu'il ne pouvait se déplacer lui-même, c'est en Aerin qu'il plaçait toute sa confiance. Elle est venue me trouver à plusieurs reprises…et pas toujours sur les ordres de Mathias, ajouta-t-il dans un murmure.

-Que voulez-vous dire? demanda Melian en s'approchant.

-Avec le temps, elle est devenue une amie très chère, déclara-t-il, les yeux dans le vague. C'était une femme exceptionnelle, excellente dans son domaine. Elle me connaissait mieux que quiconque, ce qui était normal après toutes ses soirées que nous avons passées à discuter.

-Seulement amis? chuchota Melian, incertaine de vouloir entendre la réponse.

Le roi se retourna brusquement vers elle. La jeune fille s'en voulut immédiatement d'avoir posé la question. Varian la regarda en silence.

-Non, laissa-t-il échapper dans un souffle.

Comment un seul mot pouvait-il éveiller autant de sentiments? Melian se posa la question.

-Ce pendentif que tu porte, c'est moi qui l'ai fabriqué et qui lui ai offert.

-Vous l'aimiez? demanda Melian, pour qui cela ne pouvait être vraisemblable.

Varian inspira profondément, comme s'il lui en coûtait de l'avouer.

-Plus que tout, confirma-t-il. Plus qu'il ne parait possible d'aimer une femme. Plus que je ne m'en serais cru capable depuis…depuis la mort de mon épouse, Tiffin.

-Êtes-vous mon…commença-t-elle, incapable de se résoudre à poser la question dans son entier.

Le roi hocha doucement la tête.

Melian eut l'impression que le monde s'ouvrait sous ses pieds. Que son roi ait aimé sa mère, c'était une chose. Qu'il soit son père, c'en était une autre. Impossible, elle devait rêver. Son esprit parvenait avec peine à seulement comprendre ce qu'elle venait d'entendre, alors comment l'accepter? Elle, la fille de…non, c'était impensable, irréaliste. Et pourtant…

-Lorsque j'ai appris qu'elle attendait un enfant, je n'ai pas su comment réagir, confessa-t-il. J'avais l'impression d'avoir sali la mémoire de Tiffin, d'avoir trahi mon fils.

La jeune fille sentit la colère monter en elle, remplacer peu à peu la stupeur qui l'avait emplie.

-Tu le savais, commença Melian, trop furieuse pour se rendre compte qu'elle venait de tutoyer le dirigeant de l'alliance. Tu le savais, et tu n'a rien fait, tu l'as abandonnée, tu nous a abandonnées!

Varian voulut parler, mais elle ne lui en laissa pas l'occasion.

-Elle t'aimait! Tu devrais le savoir, non? Pourtant tu l'as laissée disparaître, tu n'as rien fait pour la retenir! cria-t-elle. Aujourd'hui, elle est probablement morte et toi, tout ce que tu as fait…tu as…tu…SALAUD!

Elle lui martela le torse de ses poings, les larmes brouillant sa vue, plus pour évacuer sa rage que pour lui causer du tort. Il referma les bras sur elle dans un geste qui se voulait apaisant.

-Je suis désolé, murmura-t-il, le regret perçant dans sa voix.

-Lâche-moi!

Elle se dégagea sèchement et couru vers la porte.

-Attends, s'il te plait, crut-elle l'entendre dire.

Cependant Melian n'avait pas l'intention de s'arrêter. Elle ouvrit le battant à la volée et s'enfuit dans le couloir et retraversa la salle de conseil, sous les yeux ébahis des personnes présentes. Elle entendit des gardes dans son dos lui ordonner d'arrêter, mais elle les ignora. Melian ne voulait plus qu'une chose, quitter cette maudite citadelle.