S'enfuir. Encore. Sa vie entière ne lui semblait plus qu'être une fuite interminable. Les larmes brouillaient sa vue. Roulaient sur ses joues sans qu'elle puisse les retenir. Melian ne s'arrêta pas une fois parvenue à la sortie. Elle ne s'arrêta pas lorsqu'elle passa près de ses amis, étonnés. Ne s'arrêta pas lorsqu'elle entendit la voix de Maedhros s'éteindre dans son dos. Elle n'aurait su dire où elle voulait aller. Avancer, rien d'autre n'importait. Parce que si elle s'arrêtait, elle doutait de trouver la force pour repartir. Elle s'accrocha à la première corniche qui passa à sa portée et se hissa sur les toits de la vieille ville.
En repensant à ce qui venait de se passer, Melian ressenti un vertige. Elle s'adossa contre la façade de pierre et se laissa lentement glisser, jusqu'à se retrouver assise à même les tuiles rougeâtres de la toiture. Elle ramena ses genoux contre sa poitrine et les enserra de ses bras. La jeune voleuse leva la tête et pris une grande inspiration. Le jour était encore jeune. Le soleil poursuivait son ascension, indifférent aux tourments qui accablaient l'adolescente. Elle resta prostrée ainsi un moment, les yeux fermés. C'est un souffle chaud dans son cou qui la fit se redresser. Sitôt qu'elle eut tourné la tête, son regard croisa celui, ambré, de Sindar. Un regard serein, emplit de cette assurance tranquille que seuls possèdent les fauves. Paresseusement, il s'allongea à ses côtés, respectant son besoin de silence.
«Je dois devenir folle, songea-t-elle. Comme s'il pouvait faire autrement que de demeurer silencieux. Il ne va tout de même pas commencer à me faire la conversation».
Et pourtant, elle était certaine que le félin comprenait. Abandonnant sa retenue, elle enfouit son visage dans la douce fourrure du fauve pour étouffer ses sanglots. Sindar se laissa faire. Si l'étreinte de Melian le dérangea, il ne laissa rien paraître, restant immobile de longues minutes. Seule sa lourde queue battait parfois le sol. Melian se dégagea finalement.
-J'en ai assez, Sindar. Si tu savais comme j'en ai assez.
Au son de sa voix, il redressa la tête.
-Je dois être en train de craquer. M'enfuir comme ça, et te parler de la sorte. Comme si tu pouvais...
Elle lui jeta un regard de biais et s'interrompit.
-Tout ça c'est terminé.
Melian se releva, Sindar fit de même, non sans s'étirer lentement.
-C'est terminé, répéta-t-elle tout bas.
Le grand félin prit les devants. L'adolescente le suivit, animée d'une détermination nouvelle. Arrivés près des canaux, Sindar sauta tout bonnement au sol. Il atterrit souplement sur ses pattes, amortissant parfaitement le choc. Melian, elle désescalada la façade sur les premiers mètres avant de se laisser tomber à son tour. En se relevant, elle vit venir Maedhros du coin de l'œil. Elle se composa un air assuré et se tourna vers lui.
-Te voilà, lança-t-il en guise d'introduction.
-Il semblerait, répondit Melian. Désolée de ne pas vous avoir attendus tout à l'heure. J'avais besoin de réfléchir.
-Ce n'est rien. Veux-tu m'en parler?
-De quoi parles-tu? le questionna-t-elle tout en marchant à ses côtés.
-Allons, ne fait pas comme si tu ignorais ce à quoi je fais allusion!
-Ça ne te regarde pas, répliqua sèchement Melian.
Maedhros pila net, surpris par son ton. Il se repris toutefois rapidement et la rattrapa.
-Ce doit être quelque chose d'important, pour que tu réagisses de cette façon.
-Réagir comment? N'ai-je pas le droit de garder certaines choses pour moi? Ou alors te crois-tu si important qu'il te semble impossible que je puisse te dissimuler quoique ce soit?
Maedhros se renfrogna. Melian le vit du coin de l'œil et sentit les remords l'envahir. Ce n'était pas de sa faute après tout. Ils continuèrent en silence et s'arrêtèrent dans une petite rue déserte, afin de trouver un minimum de tranquillité dans cette ville grouillante de monde. Elenna les rejoignit quelques minutes plus tard.
-J'avais quelque chose à faire, se contenta-t-elle d'expliquer.
Elle nota la mine fermée de Melian et celle plutôt découragée de Maedhros.
-Alors là, commença-t-elle, j'ai du manquer quelque chose d'important. Que te voulais le roi? C'était inhabituel comme requête.
Comme la voleuse demeurait silencieuse, elle continua, en faisant fi de Maedhros, qui secouait imperceptiblement sa tête.
-Avait-il des informations pour toi?
Melian eut un rire dédaigneux qui déstabilisa Elenna.
-Il y a quelques semaines j'aurais trouvé ça complètement ridicule comme idée, mais désormais, au rythme où vont les choses, ça n'aurait rien et d'étonnant.
-Que veux-tu dire? s'enquit prudemment le chasseur.
La voleuse se leva d'un bond et leur fit face.
-Êtes-vous aveugles à ce point? s'écria-t-elle. Ne voyez-vous pas comment tout s'est enchaîné rapidement, et beaucoup, beaucoup trop facilement?
Elle marchait de long en large, se contenant difficilement.
-D'abord c'est Keryn qui débarque, puis c'est la letttre de ma mère. Immédiatement après, c'est Valion qui entre en jeu. Pour le retour, ils auraient pu nous laisser nous débrouiller seuls, mais non, comme par hasard, ils nous font atterrir ici, où je tombe directement sur le roi d'Hurlevent.
Elle avait craché ces deux derniers mots.
-Ne voyez-vous donc pas que je n'ai aucun contrôle là-dessus? C'est comme si quelqu'un s'amusait à tirer les ficelles. Que tout avait été prévu d'avance. J'en ai assez.
Visiblement la voleuse avait du mal à trouver les justes mots pour exprimer ce qu'elle ressentait.
-J'EN AI ASSEZ! cria-t-elle en s'arrêtant.
Elle croisa les regards stupéfaits des deux elfes. Ils la croyaient folle. Peu lui importait, là n'était pas le problème. Elle se remit à faire les cents pas, tentant de maîtriser sa colère.
-Qu'a-t-il dit? demanda doucement Elenna.
Melian s'arrêta brusquement et foudroya la druidesse de ses yeux opalescents. Jamais Elenna ne lui avait connu une telle expression. Son regard était glacial et malgré leur couleur, ses prunelles semblaient s'être assombries. À travers elles, Elenna pu mesurer l'ampleur de la rage qui habitait la voleuse, ampleur à laquelle les mots n'avaient su rendre justice. Une énergie primitive, violente tourbillonnait en elle. Sauvage. Dangereuse, presque. La druidesse ressenti un frisson lui parcourir l'échine. L'impression fut fugace. Melian ferma les paupières et pris une grande inspiration.
-Des choses, mumura-t-elle.
-Mais encore? s'enquit Maedhros. Ne nous révèle pas tout, si c'est ce que tu souhaites. Mais as-tu appris quelque chose qui pourrait nous aider?
-Ça m'étonnerait. J'en ai déjà appris suffisamment. Je laisse tomber, faites ce que vous voulez. Moi, j'arrête.
Elenna et Maedhros échangèrent un regard stupéfait. Melian commença à s'éloigner, mais le chasseur lui empoigna le bras et l'obligea à lui faire face.
-Que veux-tu dire? Tu abandonnes? Ça ne te ressemble pas.
-Ce n'est pas un abandon, c'est de l'indifférence. Je n'en n'ai plus rien à faire, c'est tout. J'ai passé toute ma vie sans elle, et ça peut bien continuer ainsi. Lâche-moi maintenant.
-C'est pas terrible comme justification.
-Je n'ai pas à justifier quoique ce soit devant toi! cria-t-elle. Ni mes actes ni mes paroles, est-ce clair?
Déstabilisé par ce changement brusque d'attitude, Maedhros lui lâcha le bras. Melian se passa une main sur son visage.
-Je suis désolée...
Après quelques minutes d'un silence relativement inconfortable, la faim se faisant sentir, ils décidèrent de terminer leurs vivres.
-Qu'avez-vous l'intention de faire? s'enquit Melian en se sustentant
-Je vais retourner à Darnassus. C'est la traversée que j'ai rélgée tout à l'heure, avoua Elenna, mal à l'aise. Problème de famille.
Elle leva les yeux au ciel.
-Viendras-tu avec moi Maedhros? Ça fait un bon moment que tu n'es pas passé par la capitale.
-Peut-être bien, répondit-il en regardant Melian.
Celle-ci détourna la tête. Le chasseur remarqua, malgré ses efforts, qu'elle était toujours tendue. Il ne voulait pas ajouter de l'huile sur le feu en donnant une réponse qui ne serait pas bien reçue. Il ouvrait la bouche pour continuer, mais Melian le devança.
-Tu devrais y aller, suggéra-t-elle en évitant soigneusement de croiser son regard violet.
-C'est une bien belle façon de te débarrasser de nous, osa-t-il, espérant détendre l'atmosphère.
-Je suis désolée... J'ai besoin de temps.
-Nous ne t'en voulons pas, Melian, soit sans crainte, intervint Elenna.
Ils terminèrent leur repas, puis ce fut l'heure de se séparer. Après avoir fait ses adieux à Elenna, c'est Maedhros qui vint la voir.
-Fait vite, lui demanda-t-elle. Je n'aime pas ces moments.
-Très bien, je me lance alors.
Il la prit dans ses bras et la serra contre lui.
-Fait attention à toi. Et n'oublie pas de nous donner des nouvelles régulièrement, sinon je viendrai les chercher de force.
Melian ne répondit pas. Maedhros fut étonné de voir qu'elle ne tentait pas de se dégager. Il desserra son étreinte et la tint par les épaules.
-Nous nous reverrons bientôt, lui affirma-t-il.
-Ça vois-tu, je l'espère. Mais j'ai des choses à régler avant. Ne m'attendez pas...
Après avoir échangé quelques dernières paroles, Melian les regarda s'éloigner en direction du port d'Hurlevent. Oui, elles les retrouveraient. Mais pas tout de suite. Même si elle s'obstinait à le nier, cette séparation n'était pas facile. Ses yeux devinrent humides. Sa colère se raviva. Melian fit volte-face et se dirigea plus profondément dans la vieille ville.
Lorsqu'elle entra dans le bâtiment, elle sentit le poids de quelques regards sur sa nuque, qui la suivirent jusqu'à ce qu'elle ait atteint les escaliers qui menaient droit vers les fondations. Ses yeux s'accoutumèrent rapidement à la noirceur ambiante. Elle longea l'un des murs, l'effleurant de la main en comptant mentalement. Finalement la voleuse trouva ce qu'elle cherchait. Elle inséra ses doigts dans l'interstice et fit pivoter le pan du mur qui dissimulait l'accès aux souterrains. L'épais battant bougea à peine, juste assez pour lui permettre de se faufiler à l'intérieur. Elle descendit une autre volée de marches avant d'atteindre ce qui semblait être un cul-de-sac. Melian s'accroupit et souleva une lourde trappe, qu'elle referma au-dessus d'elle. Elle atterrit finalement dans un des nombreux couloirs du quartier général du SI:7. Lorsque Melian avait eut vent de cette entrée, elle avait été étonnée par sa simplicité et son emplacement facile à découvrir. Doc lui avait expliqué qu'il serait absurde de se donner plus de mal, pour le simple fait que si un étranger trouvait, par le plus grand des hasard, l'entrée dissimulée et pénétrait dans les souterrains, il aurait bien du mal à trouver son chemin. Ça, et le fait qu'il fallait être fou pour oser descendre dans les dédalles sans y être convié. Il serait impossible de passer inaperçu et les conséquences de tels actes ne seraient en aucun point agréables.
Melian sortit de ses pensées lorsqu'elle arriva au premier croisement. Sans hésiter, elle se dirigea à gauche, descendit un autre escalier, et tourna à droite pour se retrouver face à face avec Doc. Celui-ci avait l'air plutôt surpris.
-Melian! J'avais bien entendu quelqu'un, mais je ne croyais pas tomber sur toi. Où étais-tu donc passée? Keryn n'a pas tellement apprécié ta...
-Désolée Doc, plus tard, l'interrompit-elle sans s'arrêter.
Elle se mit à courir, le laissant planté là. Melian se dirigea directement vers sa chambre, en évitant le regard des membres qu'elle croisa. Arrivée dans la petite pièce, elle claqua la porte et s'assit sur son lit. La voleuse se prit la tête à deux mains. Sur le coin de sa commode, elle aperçu la lettre de sa mère. Elle s'en empara et le relut en entier. Sa mère. Quelques mots sur un bout de papier, rien de plus. Sans réfléchir à ce qu'elle faisait, elle déchira furieusement le message et lança les débris. Ils retombèrent mollement au sol. Melian se leva d'un bon. Ses mains tremblaient d'émotions contenues. Elle serra les poings, elle les serra jusqu'à ce que ses ongles s'enfoncent dans ses paumes. Mais la douleur ne l'apaisa pas, au contraire. Elle n'avait besoin que d'une chose. Tout de suite. Melian se rendit rapidement au gymnase. Elle fut soulagée de constater à son arrivée que la grande pièce était vide. Le seul bruit audible était le crépitement des flammes des braseros. Elle comptait bien remédier à ça.
Melian se plaça au centre de la pièce et dégaina ses lames. Sans plus attendre, elle entama un ballet mortel. Les deux jumelles se croisaient, s'effleuraient avec grâce et précision. Elles tranchaient le vide, leur sifflement dans l'air résonnant comme le gémissement pitoyable d'un quelconque adversaire. Melian se mouvait avec une grâce létale. Elle laissa libre cours aux émotions primitives qui l'habitaient. Mais tout ça n'était pas satisfaisant. Trop immatériel. Il lui fallait quelque chose de plus tangible, et vite. Elle s'attaqua alors aux mannequins disposés en demi-cercle, les démolissant systématiquement, les poignardant avec toute sa force, comme pour en finir avec ses tourments. Mais des deux, ce fut le lot de manequins qui capitula le premier.
...ma femme en danger pour une sale gamine...
Elle revit le visage de Randal, son cri muet lorsqu'elle lui enfonça son arme dans la poitrine. Melian poussa un gémissement en se prenant la tête. Elle ne pouvait pas arrêter, pas maintenant. Ne pas réfléchir. Elle prit sur les râteliers toutes les armes de jet qu'elle put trouver. Son premier lancer se planta dans le madrier en bois avec un bruit sourd.
Plus que qu'il ne parait possible d'aimer une femme. Plus que je ne m'en serais cru capable...
-Tais-toi! rugit Melian, le désespoir perçant dans sa voix.
Son second lancer résonna dans la pièce comme une promesse de mort pour ces voix qui résonnaient douloureusement dans sa tête.
Ne pas réfléchir.
Melian, hors d'elle, se déchaîna comme jamais auparavant. Elle enchaîna lancer sur lancer, toujours plus rapidement. Incontrôlable. Presqu'animale.
Pour une sale gamine...
Elle s'élança vers la poutre et en retira frénétiquement toutes les lames. Comme hagarde, elle ne se rendit même pas compte des coupures qui apparaissaient une à une sur la paume de ses mains. Melian recommença. Dépourvue de toute pensée rationnelle. Elle ne s'appartenait plus.
Êtes-vous mon...
En furie, elle s'en prit de nouveau au madrier, qui accusa une troisième salve
Batârde, rien de plus qu'une sale batârde...
Avec un cri de rage, elle cibla les mannequins, où venait immanquablement se loger ses armes. En s'approchant, plutôt que de récupérer les armes de jet, elle dégaina ses deux dagues et les taillada de nouveau. Ils étaient déjà dans un état lamentable, mais elle devait s'en contenter, faute de véritable adversaires. Ses pensées se dirigèrent vers Maedhros, et la douleur que lui avait causé son départ. Sa colère augmenta encore d'un cran -ce qu'elle n'aurait pas cru possible. Elle s'interdit d'y songer d'avantage. Mais malgré ses efforts, elle repensa aux larmes qu'elles avait dû retenir. C'était terminé. Elle ne laisserait personne avoir une telle emprise sur elle.
-Personne! hurla-t-elle.
Elle continua. Tant qu'il lui resterait des forces, elle continuerait. La lanière de cuir qui nouait sa chevelure sur sa nuque se détacha. Ses cheveux tombèrent comme un voile noir sur ses yeux. Melian secoua la tête avec colère. Sans réfléchir, elle plaça sa dague tout près de sa gorge, juste sous sa mâchoire. Elle empoigna ses longues mèches noires et les trancha, une par une, jusqu'à ce qu'aucun cheveu ne lui dépasse plus les épaules. À ce moment, son énergie l'abandonna. Elle échappa ses armes, qui heurtèrent le sol avec un fracas métallique. Melian tomba à genoux, en sueur, le souffle court. Trop d'émotions différentes, et pourtant violentes, se confondaient en elle. Elle tremblait de la tête aux pieds, des sanglots lui étreignaient la poitrine.
-Alors, c'est donc toi qui faisait tout ce vacarme?
Surprise, Melian récupéra ses dagues et se releva, prête au combat.
-Doucement! fit l'inconnu en levant les deux mains à hauteur d'épaules. Je ne vais pas te faire de mal.
Il avisa les restes quasi-méconnaissables, hérissés de couteaux de lancers, des mannequins et la lueur bestiale dans le regard humide de Melian.
-Et je crois bien que même si j'essayais, j'en souffrirais plus que toi, dit-il avec l'ébauche d'un sourire amical.
La voleuse, hébétée, sembla refaire surface. Il s'approcha prudemment.
-Maintenant tu vas lâcher ça. Voilà, c'est bien, dit-il doucement en prenant précautionneusement les dagues qu'elle dirigeait toujours vers lui.
Il les posa lentement au sol, puis prit les mains de Melian dans les siennes en les retournant délicatement. Il émit un sifflement.
-Tu t'es bien débrouillée, dit-il en voyant les lésions qui zébraient l'intérieur de ses mains. Au moins, elles semblent superficielles.
Elle ne chercha pas à les retirer.
-C'est la première fois que je te vois ici. Comment t'appelles-tu?
Toujours aucune réaction.
-Moi, c'est Theran, se présenta-t-il.
Melian leva les yeux et sembla le voir pour la première fois. Theran était plus grand qu'elle, d'une bonne tête au moins, mais pas tellement plus vieux. Dix-sept ans peut-être. Ses cheveux auburn étaient mi-longs et auraient pu lui donner un air taquin si ce n'était de son visage. Ses yeux verts en amande lui conféraient une certaine maturité. Ça... et sa carrure. Il portait un simple pantalon et une chemise ample au col ouvert. Il avait remonté ses manches jusqu'aux coudes, laissant voir des avant-bras musclés. L'espace d'un instant, elle tenta d'imaginer à quoi il pouvait bien ressembler sans sa chemise. Elle réalisa soudain ce à quoi elle pensait et se demanda, confuse, pourquoi diable ses avant-bras l'intéressaient autant.
-Euuh, ça, je n'en ai franchement aucune idée.
Melian réalisa honteusement qu'elle s'était exprimée à voix haute. Elle retira vivement ses mains, qu'il tenait toujours.
-Tu dois me prendre pour une vraie folle, dit-elle en se penchant pour récupérer ses dagues.
-Non, pas spécialement.
Melian se redressa et lui décocha un regard noir. Cependant, elle changea rapidement d'expression en réalisant qu'il était sérieux. Maedhros, lui, ne se serait pas privé de la mettre encore plus mal à l'aise en se moquant. Mais pas Theran. Il la regardait d'un air tranquille.
-Je me nomme Melian, se présenta-t-elle à son tour.
-J'aurais dû m'en douter. Il n'y a presqu'aucun jeune parmis les membres.
-Ce qui me fait penser, dit-elle. Je croyais que Mathias évitait le plus possible les recrues aussi jeunes.
En parlant, elle se dirigea au fond de la salle, où reposait une bassine emplie d'eau et des étoffes de lin.
-C'est vrai, confirma Theran, qui la suivit. Mais théoriquement, je ne suis pas un membre du SI:7
Tandis qu'elle l'écoutait, Melian nettoya ses coupures et tenta tant bien que mal de nouer un bout d'étoffe autour de sa main.
-Attends, laisse-moi faire, dit-il.
Theran enroula délicatement la bande de tissu autour de sa main.
-Que veux-tu dire? demanda Melian alors qu'il s'occupait de la seconde.
-Mes parents sont, eux, tous deux membres du SI:7. Et comme ils logent ici, c'est aussi chez moi, en quelque sorte.
-Merci, dit Melian lorsqu'il eut terminé.
-Ce n'est rien. Vraiment. Même si ça ne semble pas sérieux, tu devrais aller voir Doc. Lui pourra sans doute être plus efficace.
La voleuse repensa à sa brève rencontre avec le gnome en se mordant les lèvres.
-Oui, tu as sûrement raison. Je devais aller lui parler, de toute façon.
À ce moment, Melian prit conscience du désordre qui régnait dans la salle.
-Je crois que je ferais bien de remettre un peu d'ordre dans tout ça, en premier lieu.
-Je vais t'aider.
-Tu n'as rien de mieux à faire? s'enquit-elle.
Il haussa les épaules avec indifférence. Ils se mirent à la tâche.
-Seigneur, je crois bien que je vais finir par me déboîter l'épaule, gémit-il en tirant sur les dernières lames, prisonnières de la poutre de bois. Si je n'ai aucune idée de la façon dont tu t'y es prise pour les planter aussi profondément, je comprends toutefois mieux l'état de tes mains.
Lorsque toutes les armes furent rangées à leur place, ils se tournèrent vers les mannequins, tous en piteux état.
-Je crains que ça ne dépasse nos compétences, cette fois, soupira Theran d'un air navré.
Ils sortirent de la grande salle.
-Je dois y aller, lui annonça-t-il.
-J'ai a faire aussi, répondit Melian en levant les mains. Je ne te retiens pas.
-On se verra plus tard, alors.
Il s'éloigna en sifflotant. Melian partait dans la direction opposée lorsque il la rappela.
-Qu'y-a-t-il? lui demanda-t-elle en se retournant.
-J'aimerais bien m'entraîner avec toi éventuellement. Ça risque d'être...intéressant, dit Theran avec un sourire en coin
Melian fit volte-face et s'éloigna d'un pas rageur, ignorant le rire étouffé qui lui parvenait.
«C'était trop beau pour être vrai. Finalement, ils sont tous les mêmes...»
