L'ombre se cala confortablement dans l'espace noir ménagé par le balcon qui la surplombait. De cette hauteur, elle avait une vue d'ensemble sur le boisé au nord du château. Observant, mais pas observée. Le hululement d'un hibou se fit entendre dans la nuit. L'ombre sourit. Complètement immobile, elle n'utilisa que ses yeux pour balayer les alentours. La voie était libre.


Theran tendit l'oreille, nerveux. Melian était complètement folle de vouloir pénétrer dans le château, mais il n'allait pas la laisser se débrouiller seule. Il avait insisté pour l'accompagner à l'intérieur et elle avait finalement cédé. Ils avaient toutefois convenu de monter chacun leur tour, afin que l'un d'eux puisse surveiller les alentours. Le voleur se détendit imperceptiblement en entendant la réponse. Il s'avança en terrain découvert -il faisait confiance aux sens de sa complice- et se dépêcha d'atteindre le pied du château. Il s'y adossa, prudent. Toujours aucun mouvement. Theran se retourna et commença son ascension. Il avait observé Melian tandis qu'elle gravissait prestement le mur, afin de repérer et garder en mémoire les meilleures prises. Contrairement à la majorité des autres constructions de la ville, la citadelle avait une surface beaucoup plus lisse. Les gros interstices et les prises assurées étaient plutôt rare. Toutefois, Theran était un habile voleur et l'escalade ne lui causa pas plus de problème qu'à Melian. Il eut tôt fait de la rejoindre. Il vint se placer tout près d'elle, soucieux de se dissimuler complètement dans l'ombre. Les pieds sur une mince corniche, les mains plaquées contre le mur, ils élaborèrent la suite de leur plan en chuchotant.

-Une fois à l'intérieur, lui demanda-t-il, par où devons-nous aller?

-Je n'en sais franchement rien, Theran. Espérons que nous trouverons facilement.

Theran se passa une main sur le visage, découragé. Son geste semblait incongru à cette hauteur, où le moindre faux mouvement risquait de leur faire perdre leur équilibre précaire. Mais il ne sembla pas s'en rendre compte...

-Donc, si je comprends bien, nous allons progresser à l'aveugle?

-C'est ce qu'il semblerait oui. Mais je ne crois pas que tu aies peur du noir, ajouta-t-elle avec une note malicieuse dans la voix.

-Non, seulement de ce qui pourrait arriver si l'on devait faire une mauvaise rencontre.

-Et bien, nous ne le saurons pas tant que nous ne serons pas à l'intérieur, pas vrai? Allons-y, nous avons perdu suffisamment de temps.

Melian leva les yeux. Le bord du balcon se situait à un peu plus d'un mètre du mur. Elle ferma les yeux et prit une grande inspiration. L'adolescente sauta en arrière. Elle tendit les bras et se rattrapa de justesse aux ornementations qui décoraient le pied du balcon. Malgré sa position délicate, elle sourit en entendant Theran qui grommelait sous elle. Melian se hissa à la force de ses bras jusqu'à pouvoir prendre appui sur ses pieds. La voleuse franchit finalement la balustrade et se plaqua aussitôt au sol. Theran la rejoignit en quelques secondes.

Le balcon sur lequel ils étaient présentement était situé loin au-dessus des murailles et donnait un accès direct aux derniers étages du château. C'était là, en toute logique, que se situeraient les appartements royaux. Melian se déplaça pour laisser la place à Theran. Celui-ci s'approcha de la serrure en arborant un air concentré. Il sortit un crochet de sa petite bourse et le glissa doucement à l'intérieur de la serrure. Theran haussa les sourcils, étonné. Il retira le crochet et poussa doucement sur la porte. Celle-ci s'entrouvrit sans protester.

-Soit tu es vraiment doué, chuchota Melian, soit je ne comprends rien au crochetage.

Theran sourit.

-Je me débrouille, répondit-il tout bas. Mais cette fois je n'ai rien eu à faire. La porte était déjà déverrouillée... ajouta-t-il en fronçant les sourcils.

Les adolescents échangèrent un regard inquiet. Quelqu'un était-il déjà passé par-là, plus tôt dans la nuit?

-Tu es toujours sûre de toi? lui demanda-t-il.

-Ce serait bête de reculer maintenant. Même si ça, c'est étrange.

Elle fit un geste en direction de la porte.

-Alors dépêchons-nous, je ne veux pas rester ici plus longtemps qu'il ne le faut.

Melian hocha la tête, peu rassurée elle aussi en vérité. Elle se glissa à l'intérieur, suivie tout aussi silencieusement par Theran, qui referma doucement le battant derrière eux. Theran s'avança à ses côtés. Son épaule effleura la sienne au passage. La présence du voleur lui redonna confiance. Elle n'était pas seule et cette-fois, celui qui l'accompagnait savait se montrer aussi discret, silencieux et efficace qu'elle dans les ombres. Melian secoua la tête, il fallait qu'elle reste concentrée.

Le couloir dans lequel ils progressaient était complètement noir. Il s'avéra aussi très court. Rapidement, Melian et Theran arrivèrent à une intersection. Le chemin par lequel ils étaient entrés se poursuivait de l'autre coté d'une allée, qui le coupait perpendiculairement. Des colonnes se dressaient à chacun des quatre coin du croisement. Les deux voleurs échangèrent un regard. Ils n'avaient pas besoin de parler, le choix était évident. L'allée qui scindait leur couloir en deux était plus large et mieux éclairé, quoique sombre par endroits. Sur la gauche, elle descendait en pente douce alors qu'à droite, elle semblait s'élever légèrement. Melian fit un geste de la main pour indiquer la droite et Theran hocha la tête en signe d'assentiment. Melian allait se mettre en mouvement lorsqu'une lueur dansa sur les murs froids de la direction qu'ils allaient emprunter. Aussitôt, ils se plaquèrent contre le mur, dissimulés par la colonne qui ménageait une zone obscure en déviant la lumière. Un garde arrivait en tenant une lanterne. Il passa son chemin sans rien remarquer. Lorsque la lueur de la lampe eut disparu, Melian jeta un coup d'œil prudent pour s'assurer que la voie était libre. Le couloir était vide, exception faite des torches qui le jalonnaient à intervalle régulier. Elle constata avec satisfaction que les socles étaient assez espacés les uns des autres pour laisser entre eux de longues zones plus ou moins sombres.

Elle se déplaça rapidement, atteignit le mur en face et sentit le soulagement l'envahir lorsqu'elle se retrouva à nouveau dans la noirceur. Theran se glissa de l'autre côté du couloir. Ils se mirent en mouvement, lentement, longeant chacun leur côté de l'allée. Une porte venait parfois rompre la monotonie des murs gris, mais ils ne se donnèrent pas la peine de vérifier ce qui ce trouvait derrière. Les battants étaient trop modestes pour conduire aux appartements royaux. Ils continuèrent à avancer, de plus en plus découragés au fil des minutes qui s'écoulaient. Ils allaient traverser une autre intersection lorsque la porte que Melian venait de franchir s'ouvrit en grinçant. La voleuse eut l'impression que son cœur s'arrêtait. Elle s'appuya contre le mur avec la ferme intention de se fondre dans la pierre. Theran s'était figé aussi, en face. Melian eut du mal à le distinguer et elle espéra être aussi bien dissimulée.

Au moment où elle s'était arrêté, le vieil érudit leva la tête, confus. Il avait cru percevoir quelque chose, très brièvement, mais peut-être son vieil esprit lui jouait-il des tours. Il tenait une petite bougie, qu'il leva à ses yeux pour essayer d'y voir plus clair. Melian se détendit imperceptiblement. Elle se rappela une leçon de Keryn.

«Le feu dans la nuit est un puissant allié, mais aussi un ennemi sournois. Le cercle de lumière d'un feu de camp éclairera toute personne cherchant à s'approcher mais, si tu es trop près de ce feu, sa lumière emplira ton regard et tout ce qui est en dehors de la zone illuminée te semblera plus noir qu'une nuit sans lune. Comme si le monde cessait d'exister autour du camp. Tu seras alors vulnérable à ceux qui pourront te voir sans mal mais que toi, tu ne verras pas.»

Keryn avait une fois de plus raison. Le vieil homme hésita un instant puis s'éloigna en chantonnant. Melian se demanda ce qu'il pouvait bien faire debout à cette heure de la nuit. Elle faillit sursauter lorsque Theran la rejoignit prudemment.

-Est-ce que ça va? osa-t-il chuchoter.

-Bien sûr que oui, répliqua-t-elle un peu trop vivement.

Melian baissa d'avantage la voix.

-Continuons, nous devrions bientôt trouver ce que nous chercons. Cet étage ne se poursuit pas indéfiniment.

Elle reprit les devants, sans laisser le temps à Theran de répondre. Ils eurent l'impression de tourner en rond encore un bon moment avant qu'ils ne remarquent un signe encourageant, du point de vue de Melian, mais plutôt inquiétant selon Theran: ils croisaient désormais plus fréquemment des gardes patrouillant dans les couloirs. Melian se risqua à traverser après le passage de l'un deux et se plaça près de Theran.

-Nous y sommes presque, c'est sûr.

-Nous devons être encore plus prudents maintenant.

Melian hocha la tête. Un autre garde passa. La lueur de sa lanterne caressa les pointes de leurs bottes. Les deux voleurs retinrent leur souffle. Melian croisa le regard de Theran. Il lui adressa un sourire qui se voulait rassurant, mais elle remarqua qu'il était tendu lui aussi. Cela n'aida en rien sa propre nervosité. Ils se remirent en mouvement. Quelques minutes plus tard, ils virent que leur couloir s'arrêtait devant. Ils pouvaient choisir la gauche ou la droite. Toutefois, ils se gardèrent bien de s'aventurer dans l'une ou l'autre des deux directions; des bruits de voix leur parvenaient. Melian et Theran étaient bien conscients qu'ils ne pouvaient pas rester là indéfiniment. Le temps jouait contre eux et plus il s'écoulait, plus ils risquaient d'être découverts. Osant à peine respirer Theran jeta un bref coup d'œil au-delà de la colonne avant de reculer précipitamment. À gauche se trouvait probablement le bureau du capitaine de la garde royale d'Hurlevent. Quatre soldats se trouvaient devant et échangeaient quelques paroles amicales. À droite, la double porte qu'ils espéraient trouver, encadrée de deux flambeaux. Une lanterne brûlait,posée au sol à quelques mètres de la porte. Theran avait rapidement analysé la situation. Ce devait être un changement de garde. Et si c'était vraiment le cas, c'était là leur seule chance. Une fois en place, les soldats en poste ne bougeraient plus. Les deux voleurs n'avait plus le temps d'attendre, la moitié de la nuit était passée.

Theran fit signe à Melian de le suivre. Ils s'engagèrent donc à droite en longeant le mur de près, le plus possible. Ils évitèrent le rayon de la lanterne et se glissèrent à nouveau dans l'ombre. Melian et Theran regardèrent par-dessus leur épaule. Les nouveaux gardes en poste commencèrent à reculer, l'un d'eux lança une plaisanterie. Ils pouvaient se retourner d'une seconde à l'autre, malheureusement pour les voleurs. Près de la porte, ils ne disposaient d'aucun endroit où se dissimuler à cause des deux torches. Si la porte devait être verrouillée... Derrière Theran, Melian croisa les doigts. Le voleur s'approcha rapidement. Il saisit le loquet. Celui-ci n'opposa aucune résistance. Déverrouillée elle aussi...

Ils s'engouffrèrent à toute vitesse à l'intérieur de la pièce et refermèrent silencieusement la porte. Les gardes ne se rendirent compte de rien.

À l'intérieur, Melian et Theran échangèrent un regard complice. Ils avaient eu chaud. Melian sentait son cœur battre à tout rompre et elle ne douta pas un instant que c'était la même chose pour Theran.

-Alors? demanda-t-il tout bas. Vas-tu enfin accepter de me dire ce qu'on fabrique ici?

-Je dois déposer quelque chose, chuchota Melian.

Elle porta la main à son cou.

-Quoi? Ce bijoux? On a fait tout ça ce soir pour un pendentif? questionna-t-il, incrédule.

-C'est important! répliqua Melian. Je ne veux pas le garder, je ne peux pas.

-Et tu ne pouvais pas juste t'en débarrasser? Pourquoi ici?

-C'est compliqué. Je dois le faire, c'est tout.

Theran soupira mais ne protesta plus.

-Finissons-en.

La pièce dans laquelle ils étaient semblait être un petit vestibule, sobrement meublé. Enfin, sobrement selon des normes royales. Ils ne s'attardèrent pas à détailler l'endroit, somme toute plutôt banal, et se déplacèrent vers la seule porte qu'il comportait, exception faite de celle qu'ils venaient de franchir. Melian colla son oreille contre le bois du battant. Aucun son.

-Vas-y, murmura Theran. Je vais monter la garde ici.

-D'accord. Je fais vite.

Melian ouvrit la porte avec précaution puis la referma presqu'entièrement. La voleuse pourrait plus facilement entendre Theran en cas de problème si la porte n'était pas complètement fermée. La seconde pièce était sombre. Aucune lumière n'éclairait l'endroit. Mais cette fois-ci, la salle, qui semblait être un petit salon richement décoré, donnait accès à trois autres pièces. Melian tendit l'oreille: elle ne percevait aucun bruit. La voleuse se dirigea à pas de loup vers la porte à sa gauche. Elle souleva précautionneusement le loquet et s'avança d'un pas dans la pièce. C'était la chambre du roi. Dans le noir le plus total, elle crut distinguer un lit à baldaquin qui occupait une bonne partie de l'espace. Les murs étaient couverts de tapisseries, probablement richement brodées. Melian s'aperçut aussitôt que quelque chose clochait. Le silence était trop complet. N'aurait-elle pas du entendre la respiration du roi? Melian sentit un frisson lui parcourir le corps. Et si quelqu'un s'était réellement introduit dans le château peu avant eux, afin de mettre un terme aux jours du dirigeant de l'alliance? La voleuse s'approcha du lit avec crainte pour confirmer ses soupçons. D'une main, elle écarta les rideaux, retenant sa respiration. Rien. Le roi n'y était pas. Elle regagna le salon, perplexe. Melian se dirigea vers la seconde porte sans voir la silhouette à peine perceptible qui s'approchait dans son dos. La voleuse allait saisir la poignée lorsqu'elle se sentit agrippée par derrière. Un bras musclé entoura sa taille alors qu'une main venait se plaquer sur sa bouche. Elle essaya de se dégager mais la poigne qui la retenait était aussi solide que le fer. Son agresseur recula vers la porte que Melian voulait franchir. Il l'ouvrit sans relâcher sa prise sur Melian et les entraina tous les deux à l'intérieur. Du même mouvement, il dégaina un poignard qu'il plaça sur sa gorge. Lentement, ils avancèrent au centre du bureau, qui était bien éclairé...


Theran se mordit nerveusement la lèvre. Il n'en était pas certain, mais il lui semblait qu'il se passait quelque chose d'étrange. Il prit le risque d'appeler Melian à voix basse. Aucune réponse ne lui parvint. Il se décida à avancer, inquiet.


-Melian?!

La voleuse sentit aussitôt l'emprise qui la retenait se relâcher. Elle se dégagea et se retourna pour faire face à son agresseur.

Mathias.

-Mais qu'est-ce que...?

Là, c'était une autre voix. Une voix dans son dos. Une voix que Melian aurait par-dessus tout voulu éviter d'entendre. Cette fois-ci elle préférait ne pas se retourner. Mathias ne lui laissa pas le choix. Elle dut lui faire face. Melian regarda ses bottes, incapable de lever les yeux. Elle croisa plutôt le regard de Mathias. Le calme apparent de ses yeux verts la fit frissonner.

-Qu'est-ce que tu fais ici? demanda-t-il, sa voix emplie d'une fureur à peine contenue.

-Je...

Elle jeta prudemment un coup d'œil à Varian. Le roi restait impassible. Cette image la rassura. C'est ainsi que tous voyaient -et qu'elle voulait voir- le roi d'Hurlevent. Un homme fort, maître de lui et dirigeant l'alliance d'une poigne de fer, pas l'être fragile qu'il avait laisser paraître ce matin. Elle sentit la nausée l'envahir en repensant à ce qu'elle avait appris. Le sol semblait tanguer sous ses pieds. Theran avait raison, c'était une folie de revenir ici. Elle n'aurait pas dû...

-Je devais...

Sa gorge se serra. Mathias la toisait durement en silence, n'ayant aucunement l'intention de l'aider à trouver ses mots. Varian la tira de l'embarras.

-Mathias, avertit-il.

Le chef du SI:7 se retourna. Son regard perçant repéra sans mal la silhouette qui s'approchait dans l'ombre.

-Il n'y a pas de danger. Je le connais, ce garnement...

Il poussa un soupir exaspéré. Il semblait encore plus en colère.

-...C'est le mien.

-Quoi? s'exclama Melian.

Theran pénétra dans la lumière. Melian ignorait pourquoi elle ne l'avait pas compris avant... La ressemblance était frappante. Le regard vert hypnotique, la chevelure aux reflets roux, la carrure et surtout, le charisme qui se dégageait d'eux étaient les mêmes, à quelques différences près.

L'adolescent s'inclina devant Varian, visiblement mal à l'aise.

-Majesté, salua-t-il.

-Theran.

Le roi inclina imperceptiblement la tête.

-Que fait-tu ici au beau milieu de la nuit? demanda Theran à Mathias en se redressant.

-Cela ne te concerne en rien! Ce que j'aimerais savoir, c'est ce que vous fabriquez tous les deux à rôder dans le palais à la nuit tombée.

-C'est ma faute, annonça Melian. Theran ne voulait pas que nous le fassions. J'ai insisté, et il n'a pas voulu me laisser seule face aux problèmes. J'assume l'entière responsabilité.

-Cela vient d'une bonne intention, mais j'ai appris à mon fils -Melian tressaillit à ce mot- à assumer ses actes et ses paroles, en toute circonstances, peu importe les conséquences. Mais je ne peux m'empêcher de remarquer qu'aucun d'entre vous n'a encore répondu à ma question, que je vais vous poser une dernière fois. Que faites-vous ici? termina-t-il en insistant sur chaque syllabes et en les fixant tour à tour.

Melian aurait bien voulu se recroqueviller assez pour se soustraire à ce regard furieux. Elle se retourna plutôt vers Varian.

-Tiens, dit-elle en retirant la chaînette de son cou. Je n'en veux pas, je ne suis pas Aerin. Garde-le.

Elle s'approcha et déposa le bijoux dans la paume ouverte du seigneur en prenant soin d'éviter tout contact physique avec lui. Varian ferma les yeux et serra le poing.

-Mais alors, commença Mathias...

-Ma fille, oui, dit doucement Varian en relevant la tête.

Cette fois, ce fut au tour de Theran d'ouvrir grands les yeux. Mathias se contenta d'hausser les sourcils.

-Il dit fille, mais batârde serait un mot plus approprié, corrigea-t-elle en tentant de se donner l'air indifférent.

-Melian..., soupira Varian.

Elle détourna la tête. Elle ne voulait pas qu'ils la voient pleurer. Le roi se pinça l'arrête du nez.

-Mathias, demanda-t-il. Vous pourriez...

-Oui, bien sûr. Viens, Theran.

Melian releva la tête. Les larmes avaient commencé à rouler sur ses joues, mais elle ne tenta plus de les cacher. Elle implora Theran du regard.

«Ne me laisse pas seule...» pensa-t-elle de toutes ses forces.

Theran hésita, regarda Melian, puis Mathias, qui l'attendait près de la porte, et encore Melian. Il suivit finalement son père, l'air infiniment désolé. La porte se referma sur eux avec un bruit définitif, lourd de sens. La voleuse ferma les yeux, terrifiée comme jamais auparavant...