Alors, par où commencer. Un grand ''je suis désolée'' ne vaudrait pas grand chose, mais je vais le dire quand même. Je. Suis. Désolée. Ma résolution de publier aux trois semaines n'aura pas tenu longtemps. J'ai eu beaucoup de mal à démarrer ce chapitre mais ce n'est pas une excuse valable. La preuve est que lorsque j'ai terminé de faire ma paresseuse, j'ai écrit les lignes qui suivent en moins d'un journée...Aussi, Skully, je te demande encore plus pardon qu'aux autres! Trois fois je t'ai promis mon chapitre 18 et trois fois j'ai brisé cette promesse. Mais c'est terminé, aujourd'hui tu pourras le lire pendant que j'irai culpabiliser.

Ensuite, merci à toi Manille86. Je ne sais pas si tu penses avoir fait un truc extraordinaire, mais le simple fait d'avoir commenté cette fic m'a rappelé que d'autres personnes aussi pouvaient attendre la suite (bien qu'elles ne laissent jamais aucun commentaire). Alors, merci énormément d'avoir commenté. Toi et Skully m'avez donné l'énergie nécessaire pour écrire.

Petit message général: On a tous vu que je suis nulle avec les échéances. Mais il y a une chose qui est absolument, complètement et catégoriquement certaine: j'ai rêvé de la fin de ma fic il y a environ un mois. Je sais où elle va, et comme elle y ira. Et peu importe le temps que ça prendra, je vous jure que vous vivrai cette fin avec moi ^^ Enfin, si vous aimez toujours ce que j'écrit d'ici-là. Allez, j'arrête de parler et je vous laisse tranquilles... x)


-Melian...

Non, c'était catégorique. Elle ne se retournerait pas, ni n'ouvrirait les yeux. Melian entendit Varian soupirer de nouveau. Lentement, il s'approcha. Chaque pas résonnait douloureusement aux oreilles de la voleuse. Concrets, et absolument terrifiants. Elle finit par sentir son souffle sur sa nuque. Melian se mordit la lèvre. Il n'avait décidément aucun respect pour la distance minimale qui devait séparer deux inconnus. Il chuchota encore une fois son nom. Un chuchotement, presque comme une supplique. Melian sentit les larmes remonter. Elle serra davantage les paupières.

Varian leva les yeux au ciel. Il n'avait pas eu a gérer souvent ce genre de situation délicate. Prudemment, presque craintivement, il posa ses mains sur les épaules de l'adolescente. Elle lui paraissait si frêle, voire fragile, en cet instant. Prête à s'effondrer. Il la retourna doucement.

-Melian, regarde-moi.

Elle se borna à secouer la tête, gardant les yeux baissés. Une larme roula malgré elle, traîtresse, suivie d'une deuxième. Finalement, elle ne pu retenir plus longtemps les sanglots qui lui oppressaient la poitrine. Varian referma ses bras sur elle, la serrant contre son torse. Il fut surpris de ne rencontrer aucune résistance de la part de Melian. Le roi appuya sa joue sur le sommet de sa tête. Patient, il la laissa pleurer. Et elle pleura. Longuement. Elle pleura pour évacuer la pression des derniers jours, des dernières semaines. Elle pleura pour de nombreuses raisons, bien qu'elle aurait eu du mal à en nommer une seule. Et en silence, Varian attendit.

Le flot de ses larmes finit par se tarir. Sa respiration saccadée s'apaisa. Melian prit une longue inspiration afin de se calmer totalement. Varian relâcha son emprise, guettant la colère dans les yeux opalescents de la voleuse. Il n'y vit qu'une grande lassitude.

-Qu'est-ce que vous me voulez? demanda Melian d'un ton égal.

Elle était revenue au vouvoiement, distante dans ses paroles afin de contrebalancer leur proximité physique.

-J'aimerais que tu me donnes une chance de m'expliquer.

-Expliquer quoi? Que vous nous avez abandonnées, que vous n'aviez aucune intention de rechercher Aerin? Ou de retrouver votre...

Elle s'interrompit brusquement. Melian se sentait honteuse d'avoir presque laissé échapper une telle absurdité.

-Ma fille? termina pour elle Varian.

-Bâtarde, rectifia Melian encore une fois en essayant de se redonner contenance.

-Arrête avec ce mot. Tu ne comprends pas, et c'est pourquoi j'aimerais que tu me laisses parler. Ne t'enfuis pas cette fois.

-M'enfuir avec Mathias de l'autre côté de cette porte? Vous plaisantez?

Elle contourna le roi et alla s'asseoir sur son bureau. Melian croisa les bras sur sa poitrine et braqua ses yeux clairs dans le regard du roi, beaucoup plus sombre. Varian se passa une main sur la nuque, cherchant par où commencer.

-Écoute, il est vrai que sur le coup, je n'ai pas su comment réagir. Je te comprends de me détester, tu as toutes les raisons de le faire. Mais n'en tire pas de conclusions hâtives. J'ai profondément aimé ta mère et souhaiterais pouvoir t'interdire de penser le contraire. Je n'ai pas été présent par la suite, c'est vrai, mais j'aimerais changer les choses. Si je le pouvais, nous repartirions à zéro.

Melian ne répondit rien.

-Je sais bien que c'est difficile -ne va pas imaginer que ce soit plus simple pour moi- parcontre je veux que tu saches ceci: tu t'entêtes à dire que tu n'es pas ma fille, que tu ne comptes pas à mes yeux, alors que rien n'est plus faux. Je me doute qu'il nous faudra du temps et que tu ne te sens pas chez toi dans cette citadelle, mais sache qu'il y aura toujours une place pour toi ici, Melian, peu importe ce qui arrivera.

Melian sauta sur ses pieds.

-En avons-nous fini?

Varian soupira une fois de plus mais n'insista pas. Cela n'aurait fait qu'envenimer la situation. Il s'écarta et tendit le bras en direction de la porte, résigné. Melian retint un soupir de soulagement. Elle avait l'impression d'étouffer dans cette pièce. Alors que la voleuse s'avançait vers la porte, celle-ci s'ouvrit et Mathias entra dans la pièce. Il fit à Melian un signe de tête. Elle ne tenait pas à s'attarder et s'empressa de quitter le bureau. Elle regarda toutefois Mathias d'un air soupçonneux en passant près de lui. Avait-il épié leur conversation? À peine eut-elle posé les pieds à l'extérieur de la pièce que Mathias referma la porte. Ses yeux s'habituèrent rapidement à la noirceur ambiante et elle put distinguer Theran. Il était assis dans un fauteuil, les jambes allongées et les pieds négligement posés sur une table basse devant lui. Il avait appuyé sa tête sur le dessus de son siège et semblait contempler le plafond. Theran se redressa toutefois d'un bond en entendant Melian se rapprocher. Il esquissa un geste pour se lever mais Melian fut plus rapide et vint s'asseoir sur la table basse en face de lui.

-Est-ce que tout va bien? s'enquit-il.

-Je n'en suis pas certaine, avoua Melian.

Elle appuya ses coudes sur ses genoux et se prit la tête à deux mains.

-Je ne sais plus ce que je dois faire.

Theran resta silencieux un petit moment, ne sachant pas trop quels mots dire.

-Tu le sais depuis longtemps? demanda-t-il en faisant allusion à Varian.

-Ce matin seulement.

-Oh...Et c'est pour ça que tu...?

-Que j'ai pété un cable oui. Pour ça et d'autres raisons. C'en était trop, en trop peu de temps.

Theran hocha la tête, compréhensif. Il allait ajouter quelque chose lorsque Mathias ressortit du bureau et referma la porte derrière lui.

-Allons-y, ordonna-t-il. Nous n'avons plus rien à faire ici. L'aube est proche.

Melian et Theran échangèrent un regard. Les gardes étaient toujours en poste devant la double-porte, inconscients de l'activité qu'il y avait eu cette nuit dans les apparatements royaux. Mathis prit toutefois les devants. Il traversa le salon, mais plutôt que de se diriger vers le vestibule, il tourna à gauche et ouvrit la troisième porte de la pièce. Les adolescents n'eurent d'autre choix que de lui emboîter le pas. Cette autre pièce était en fait une bibliothèque. De grandes étagères occupaient une bonne partie de la place. Melian crut distinguer encore d'autres portes mais elle n'eut pas le loisir de s'attarder à détailler l'endroit. Mathias se plaça devant une gande baie vitrée et leur fit face.

-Normalement j'évite de passer par ici car c'est un trajet plus périlleux, plus susceptible d'être découvert. Mais comme le temps presse et que la garde se sera pas relevée avant l'aube, nous n'avons aucun choix. Faites attention où vous mettez les pieds.

Mathias se retourna et ouvrit la porte fenêtrée. Ils sortirent tous les trois sur le balcon. Mathias leur fit signe de s'immobiliser tandis qu'il inspectait la passerelle sur la muraille en contre-bas.

-Descendons.

Sur ce, il enjamba la balustrade et commença la descente.

-Vas-y, dit Theran. J'irai après toi.

Melian passa la balustrade à son tour. Elle baissa les yeux. Mathias était déjà plusieurs mètres plus bas. La voleuse se mit prudemment en mouvement. Mathias n'avait pas menti. Elle glissa à plusieurs reprises. Melian se sentit soulagée lorsqu'elle finit par atteindre le sol en un seul morceau. Elle étira ses doigts endoloris par la descente.

Le plus difficile était maintenant derrière eux et quitter l'enceinte sous le couvert des arbres ne leur posa aucun problème. Le trio se dirigea directement vers la vieille ville, descendant dans ses entrailles de pierres froides. Lorsqu'ils furent dans les tunnels, Melian et Theran échangèrent un regard dans le dos de Mathias, se demandant s'il serait plus sage —ou plus suicidaire— de lui fausser compagnie dès maintenant. Comme s'il avait deviné leur intention, Mathias jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.

-Dans mon bureau, maintenant, les avisa-t-il.

Le chef du SI:7 poursuivit son chemin, ne prenant pas la peine de vérifier que les jeunes gens le suivait bien. Ils savaient qu'une autre désobéissance ne ferait qu'accroître leurs problèmes. Melian sentit un frisson lui parcourir l'échine et elle se doutait bien que la température fraîche du couloir n'y était pour rien. Elle inspira un bon coup, résignée.

«Allez, une dernière fois pour aujourd'hui. Tu peux le faire» s'encouragea-t-elle.

Oui, elle encaisserait une dernière fois, puis elle irait dormir. Se laisser sombrer, ne plus réfléchir et avec un peu de chance, tout oublier. Melian jeta un coup d'œil a Theran. Il lui adressa un sourire rassurant qui la rasséréna un peu. Après tout, Mathias n'était pas un monstre. Theran était son...fils et il avait bel et bien survécu à ses dix-sept années.

Lorsqu'ils atteignirent le bureau de Mathias, celui-ci ouvrit la porte et s'écarta pour les laisser passer. Les jeunes entrèrent dans la pièce à contrecœur, sachant pertinemment qu'ils n'avaient pas d'autre choix. Melian et Theran sentirent le poids du regard de Mathias dans leur dos tandis qu'il refermait la porte derrière eux. Lentement, il les contourna pour aller se placer derrière son bureau. Il posa les mains sur le meuble en prenant une profonde inspiration.

Melian regarda Theran avec angoisse, se demandant quand l'orage éclaterait. L'adolescent semblait tendu lui aussi. Mathias se redressa de toute sa hauteur et mit ses mains derrière son dos. Il fixa Theran jusqu'à ce que ce dernier ne puisse plus soutenir son regard et baisse la tête. Mathias porta alors son attention sur Melian. Elle déglutit difficilement face à ces yeux d'un calme glacial qui laissaient présager bien pire que leur tranquille assurance. La voleuse flancha elle aussi et tenta de s'absorber dans la contemplation du sol sous ses pieds. Le silence sembla s'éterniser. Melian sursauta presque lorsque Mathias prit la parole.

-Avez-vous la moindre idée du risque que vous avez pris? Les conséquences de ce que vous avez fait auraient pu être très graves, dit-il.

-Nous n'avions pas l'intention de causer des problèmes, nous ne pensions pas à mal et...

-Non, vous ne pensiez pas, l'interrompit Mathias en pesant chacun de ses mots. Si vous aviez un tant soit peu réfléchi, vous auriez compris que votre idée était complètement insensée.

-Mon idée, rectifia Melian.

Mathias se retourna brusquement vers elle. Ses épaules semblaient tendues et sa mâchoire était crispée. Mais Melian ne pouvait pas supporter que Theran se retrouve coincé dans cette situation par sa faute. Elle continua, en ignorant Theran qui la suppliait du regard pour qu'elle se taise. Quand Mathias Shaw, combattant émérite et chef du SI:7 parlait, vous vous taisiez, point barre.

-Vous ne voulez peut-être pas le croire, mais je suis réellement la seule et unique responsable.

-Responsable... répéta Mathias en contournant son bureau.

Il vint se placer juste en face de Theran, le dominant de sa stature.

-Connais-tu le sens de ce mot, Theran?

-Je le connais, père, murmura-t-il.

-Tu ne l'as pas démontré ce soir. Je suis profondément déçu.

Le voleur baissa de nouveau la tête, incapable de résister à la froide colère qui animait les yeux de Mathias. Ce dernier vint ensuite en face de Melian. Soudainement, elle se sentit vraiment minuscule.

-Quant à toi, commença-t-il durement.

«Ça augure mal» pensa la voleuse.

-Que cette idée impulsive, que ce coup de tête vienne de toi, je veux bien le croire. Tu ne réfléchis pas aux conséquences. Que tu sois la fille de notre roi ne te rend pas intouchable et ne change rien aux règles qui s'appliquent dans l'organisation, qui s'appliquent à toi.

Melian eut l'impression de recevoir un coup de poignard dans le ventre.

-Ça me semblait justifié, osa-t-elle marmonner.

-Justifié? Non, c'était égocentrique.

Melian eut envie de se recroqueviller d'avantage, mais elle résista.

-En entrant en tant que recrue dans l'organisation, tu as reconnu en faire partie. Ce qui implique d'accorder un minimum d'importance aux autres membres. Tu as fait perdre son temps à Keryn et par conséquent tu m'as fait perdre aussi le mien. Cette fugue de près d'un mois a clairement démontré que tu n'accordes aucune attention aux règles qui maintiennent notre unité. Le SI:7 n'a pas besoin d'individualistes dans ses rangs.

À ces mots Theran releva vivement la tête. Il ouvrit la bouche pour protester. Mathias l'empêcha de parler d'un geste sec, aussi efficace que s'il l'avait baîllonné.

«On y est, pensa Melian. Il va me renvoyer»

Elle sentit une vague de panique déferler. Où irait-t-elle si elle ne pouvait plus rester?

-C'est pourquoi je prends la décision de suspendre ton entraînement pour une durée indéterminée, j'en parlerai à Keryn. Tu dois prendre le temps de réfléchir à ce que tu veux vraiment. Tu ne peux t'impliquer partiellement. Soit tu es l'une des nôtres, soit tu ne l'es pas. Il n'y a pas d'entre-deux.

Melian ferma les yeux pour se contenir. Elle hésitait entre être soulagée de toujours avoir un endroit où vivre ou être désespérée de ne plus pouvoir progresser. Il ne l'avait pas chassée, mais c'était tout juste.

-En ce qui te concerne, continua Mathias à l'intention de Theran, tu es jusqu'à nouvel ordre confiné au quartier général après le coucher du soleil et tu devras m'en aviser chaque fois que tu le quitteras pendant la journée.

-C'est peut-être...un peu fort, avança prudemment Melian. Après tout il était libre de...

-La liberté n'induit pas l'égoïsme! tonna Mathias. Il est temps que tu le comprennes. Que vous le compreniez tous les deux.

-Bien, père...

Mathias se passa une main sur le visage.

-Sortez, maintenant, leur dit-il en se détournant. J'en ai fini avec vous.

Ils ne se le firent pas dire deux fois. Theran ouvrit la porte et s'effaça pour laisser Melian sortir en premier, ce qu'elle s'empressa de faire.

-Et bien, chuchota Theran en refermant le battant derrière eux, ç'aurait pu être pire.

Melian avait la gorge nouée, elle du avaler à plusieurs reprises avant de pouvoir répondre.

-Peut-être, mais c'est à cause de moi que tu t'es retrouvé dans cette situation. Je suis vraiment, vraiment désolée. J'aurais pu être seule dans ce bureau, tu le sais.

-Et je ne me le serais jamais pardonné. Tu ne m'y a pas obligé, je t'ai suivie par choix ce soir. Je ne regrette rien, ajouta doucement Theran.

Melian secoua la tête.

-Il doit avoir raison. Je suis probablement égoïste, mais... je suis vraiment contente de ne pas avoir été seule avec lui là-dedans, avoua-t-elle en pointant la porte.

Theran sourit en coin.

-Il a l'air pire qu'il ne l'est réellement, dit-il en se mettant à marcher.

Melian le suivit, incapable de comprendre comment Theran pouvait avoir l'air aussi détendu après pareille conversation.

Aucun d'entre eux ne remarquèrent la silhouette qui s'éloignait discrètement dans leur dos.


Ils s'arrêtèrent devant la chambre de la voleuse.

-J'aimerais bien m'y enfermer pour le reste de mes jours, soupira Melian.

Elle appuya son front contre la porte.

-Je comprends que tu sois, épuisée, mais à ce point-là?

-J'ai tout gâché. Je ne pourrais pas supporter de croiser Keryn et de voir la déception dans ses yeux.

Theran se passa une main dans le cou.

-Et bien, commença-t-il. Je me doute que ces derniers temps n'ont vraiment pas étés faciles. Mais vois le bon côté des choses. La loi des probabilités est avec toi. Il est temps de contrebalancer ces moments difficiles. Je te parie que les prochaines seront très calmes, en dépit de ce que tu peux croire.

-Si seulement c'était aussi simple, marmonna Melian.

Néanmoins elle ne put s'empêcher de sourire.

-C'est d'accord, tu gagnes. Je ne m'y enfermerai que les prochaines heures.

-Ça me va, acquiesça Theran. En fait, tu as vraiment l'air fatigué. Prend toute la journée s'il le faut. Je peux attendre.

Melian croisa ses bras et pencha la tête.

-Attendre quoi?

-Nous sommes tous les deux coincés ici. Tu ne crois tout de même pas que j'allais nous laisser nous morfondre toute la journée? demanda-t-il avec un sourire en coin.

-Tu as donc déjà prévu quelque chose? dit-elle d'un ton sceptique. Sans m'en parler. Comment peux-tu être certain que je vais accepter.

Theran secoua la tête en souriant.

-Tu accepteras.

-Tu as l'air bien sûr de toi. Dis moi?

-Plus tard, nous avons tous les deux besoin de nous reposer d'abord.

-Et si je te dis que je n'étais plus fatiguée maintenant? argumenta-t-elle.

-Je saurais que tu mentirais. Va dormir, ordonna-t-il gentiment en voyant qu'elle ouvrait de nouveau la bouche. Nous nous verrons plus tard.

Theran lui fit un signe de la main puis s'éloigna en sifflotant.

Melian ouvrit la porte et entra dans sa petite chambre. Lorsque la voleuse referma après elle, toute la fatigue accumulée des derniers jours lui tomba dessus. Le peu de repos qu'elle avait prit plus tôt dans la journée n'était pas suffisant. Melian se déshabilla avec des gestes lents puis s'étendit de tout son long. Malgré son épuisement, elle n'arrivait pas à dormir. Elle se tourna sur le ventre, puis se replaça sur le dos avant de faire une tentative sur le côté. Ses yeux grands ouverts firent rapidement le tour de la petite pièce, glissant sur la table de chevet puis sur le coffre avant de revenir se poser au plafond. Ce n'était pas sa chambre. C'était celle d'Aerin. Une grande voleuse. Une de plus pour qui Melian n'aurait été qu'une déception. Elle s'assit sur son lit. Pour la troisième fois dans les dernières heures, elle avait l'impression d'étouffer. Les murs de la chambre semblaient se rapprocher comme pour la narguer d'avantage. Melian sut qu'elle n'arriverait pas à dormir ici. Elle se leva et enfila une chemise trop grande pour elle par-dessus ses sous-vêtements. Melian arracha la couverture de sur son lit et, la prenant avec elle, sortit de sa chambre. Bon, maintenant elle ne savait plus où aller. Au moins, elle savait qu'elle devait se diriger à gauche. Pour le reste, eh ben...


Theran étira ses bras endoloris. Il avait enlevé sa tunique et n'était vêtu que d'un simple pantalon de toile noire. Il n'arriverait pas à dormir. Il réfléchissait trop. Il se dirigea vers la porte de sa chambre avec l'intention d'aller se chercher une orange dans les cuisines. À peine sorti, il s'immobilisa, les sourcils relevés d'étonnement. Melian sembla le voir et vint directement à sa rencontre.

Il la regarda de la tête aux pieds, son étonnement toujours croissant. Elle s'était planté devant lui, revêtue d'une simple chemise qui lui tombait jusqu'aux genoux. Ses cheveux courts étaient ébouriffés, ses yeux étaient humides et elle tenait un coin de sa couverture dans ses poings crispés, collée contre sa poitrine comme si c'était la chose la plus importante à ses yeux.

-Melian?

-Je suis désolée! Je sais qu'on ne se connait pas beaucoup, c'est vraiment ridicule de ma part...

-Euh... Melian?

-...mais j'étouffais là-bas...

-Melian!

-...et j'avais pas envie de rester seule, les murs se refermaient et...

-Eh ho! Tu m'écoutes, oui?

-Pardon, dit-elle d'une toute petite voix. Ce doit être la fatigue, je sais plus ce que je raconte et je...je...Bonne nuit Theran.

Elle allait faire demi-tour lorsque Theran s'écarta.

-Tu crois vraiment que je vais te laisse repartir comme ça? Tu peux rester cette nuit, bien sûr!

Melian laisse échapper un soupir de soulagement.

-Entre, lui dit Theran.

-Merci, je vais dormir sur le sol, ne t'inquiète pas. Et j'ai pris ma couverture aussi, comme çà tu pourra garder la tienne. Il fait frais la nuit.

Il la regarda passer devant lui avec un air incrédule.

-J'allais me chercher une orange aux cuisines, tu aimerais que je t'en rapporte une?

-Oui s'il te plaît, je n'arriverai pas à dormir de toute manière.

-D'accord, installe-toi. J'en ai pour quelques minutes seulement.

Melian hocha distraitement la tête. Theran ressortit dans le couloir en refermant derrière lui. Quand il revint, il frappa doucement à la porte afin d'être certain de pouvoir entrer. La dernière chose qu'il voulait était de créer une situation qui se révèlerait embarassante et inconfortable pour eux deux. Comme il n'obtenait pas de réponse, il ouvrit lentement la porte, jeta un coup d'oeil prudent dans la chambre et... ne pu empêcher un sourire attendri de naître sur son visage.

Melian s'était endormie, une expression paisible sur le visage. Elle s'était couchée dans son lit. Et avait gardé les deux couvertures pour elle, qui plus est. Theran referma la porte, amusé par la situation. Il posa une des deux oranges sur sa table de chevet puis il s'assit, adossé contre un mur pour manger la sienne. Quand il eut fini, Theran se leva et alla chercher sa tunique sur son coffre. Il éteignit la petite lampe posée sur la table de chevet et se coucha à même le sol. Il roula sa tunique en boule et la mit sous sa tête. Il jeta un dernier coup d'oeil à Melian, qui était elle, confortablement installée. Il rit doucement. La nuit, ou plutôt la matinée promettait d'être longue.