Voilà, mon 19e chapitre. Je sais que ma dernière publication commence à dater. Mais à ma défense, j'ai été victime d'une sinistre machination. J'ai nommé: la rentrée...Toutefois c'est pas une excuse valable selon moi et j'ai donc décidé ce soir d'arrêter de faire ma paresseuse et de compléter ce chapitre. De 19h30 à maintenant, c'est à dire 3h35, je suis restée devant le pc à écrire (à traîner mes doigts plutôt, à la fin) pour pouvoir enfin le sortir. Je vous préviens, je suis fatiguée (nooon, vraiment?) et, bien que je l'ai relu, il se peut que quelques fautes insidieuses et machiavéliques se soit glissées dans le texte, je m'en excuse d'avance. Allez, sur ce, j'arrête de parler, je vais dormir, et je vous souhaite à tous une bonne lecture!
Theran ouvrit lentement les yeux avant de soupirer et de les refermer. Dormir sur le sol n'était pas des plus reposant. Ses muscles étaient endoloris, particulièrement ceux de ses bras et du bas de son dos. Il s'assit en grommelant puis regarda autour de lui en baillant. Melian était toujours endormie mais son sommeil semblait agité. Elle se retournait dans son lit et marmonnait des paroles incompréhensibles. Soucieux, Theran se leva, alluma sa lampe et s'approcha du lit.
-Melian? l'appela-t-il doucement.
Ça recommençait. Elle ne savait pas où elle était ni quelles étaient les silhouettes sombres qui l'entouraient. Melian recula devant la masse qui s'agglutinait en face d'elle. Son dos heurta un mur invisible. La voleuse se sentit prise au piège. Les ombres vaporeuses l'encerclaient en ne lui laissant aucune échappatoire. Un bras diaphane se tendit dans sa direction. Elle l'esquiva en faisant un bond sur sa gauche et sursauta lorsqu'un main se posa sur son bras. La chose chuchota son nom.
-Non! hurla-t-elle en se redressant brusquement.
Theran sursauta et bloqua le poing de Melian juste avant de le recevoir en plein visage. La voleuse allait tenter de se dégager lorsqu'elle se rendit compte de la situation.
-Theran? bredouilla-t-elle.
-Qui veux-tu que ce soit? lui demanda-t-il en relâchant son emprise. Bon sang, tu es dangereuse à réveiller, toi.
-Je...euh...désolée pour ça.
-Y'a pas de mal. Heureusement que j'ai de bons réflexes.
Songeuse, Melian ne répondit pas.
-C'est encore un de ces cauchemars? demanda Theran en s'asseyant à côté d'elle.
-Pourquoi «encore»?
-Ce n'est pas la première fois, non?
Melian se passa une main sur le visage.
-Non, finit-elle par avouer. Et ce n'est probablement pas le dernier non plus.
-Allez, un peu d'optimisme voyons! Tu oublies une chose importante.
-Vraiment? fit Melian, sceptique. Et qu'ais-je donc oublié?
-Que je suis là, et que je ne te laisserai pas tranquille de la journée! Tu vas voir, je vais te changer les idées en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
-On verra.
Melian sourit faiblement. «C'est déjà ça» pensa Theran.
-On va manger? s'enquit-il en sautant sur ses pieds.
Melian se leva à son tour.
-D'accord, fit-elle sans grand enthousiasme. Je vais d'abord aller me changer, si tu n'y vois pas d'inconvénients.
-En ce qui me concerne, tu peux rester habillée comme ça si tu veux, répondit Theran avec un sourire en coin. Ça ne me dérange pas du tout.
Melian lui donna une claque sur l'épaule en passant devant lui.
-Je préfère quand même allez me changer, insista-t-elle en secouant la tête.
-J'attendrai dans le couloir.
-D'accord, je fais vite, dit Melian en ouvrant la porte.
Elle sortit dans le couloir et se dirigea rapidement vers sa chambre. Theran croisa les bras sur son torse et appuya son épaule contre le mur froid. Il la regarda s'éloigner, une lueur d'admiration dans les yeux. Cette fille avait une immense force en elle, même si elle s'entêtait à croire le contraire. Elle ne se rendait pas compte...Theran rentra dans sa chambre pour se changer.
Melian referma la porte et s'appuya dessus, découragée. Il était clair et net que sa journée avec Theran ne serait pas de tout repos. Personne auparavant ne s'était jamais soucié aussi sincèrement de ce qu'elle pouvait ressentir. Dans un sens, elle appréciait qu'il fasse attention à elle. Mais d'un autre côté sa sollicitude la rendait malade. Pourtant Theran ne s'était pas montrer intrusif. Seulement, elle s'était habituée à être ignorée des autres. Se retrouver ainsi le centre d'attention de quelqu'un la rendait mal à l'aise. Elle secoua la tête et essaya de ne plus y penser. Elle n'allait pas encore tout gâcher. Melian retira sa chemise de nuit. Elle passa un pantalon noir moulant et des bottes à semelles souples qui lui montaient jusqu'aux genoux. Elle enfila finalement une simple tunique courte. Melian passa une main dans ses cheveux ébouriffés. De ce côté-là, elle ne pouvait pas faire grand-chose.
Melian sortit de la chambre et vit Theran qui venait à sa rencontre. Il avait enfilé une ample chemise blanche qui contrastait avec le noir de son pantalon. Il avait remonté les manches jusqu'à ses coudes -chose qui semblait lui être habituelle- mais il l'avait laissée déboutonnée. Les pans de sa chemise battaient de chaque côté de lui au rythme de ses pas. Melian en profita pour l'observer plus en détail. Peut-être n'était-il pas un membre officiel du SI:7, mais il devait probablement s'entraîner parce que... Elle secoua la tête. Alors là, ça n'allait pas du tout. Elle se força plutôt à lever les yeux vers son visage.
-On y va? lui demanda-t-il en souriant.
-Oui. Et vas-tu enfin me dire ce que tu as prévu aujourd'hui?
-Tu penses encore à ça? dit Theran avec un sourire en coin.
Il se mit à marcher. Melian s'empressa de le suivre.
-Et tu sais bien que je ne vais pas te lâcher tant que je ne le saurai pas? le prévint-elle.
-Ça risque d'être intéressant alors, parce que je n'ai pas l'intention de te le dire avant que nous ayons terminé de manger!
Melian détourna la tête et croisa les bras, boudeuse. Le sourire de Theran s'élargit.
-Tu n'aimes pas les surprises?
-Devine, répondit sarcastiquement Melian.
-Alors là c'est dommage, parce que...
-Parce que...? le pressa la voleuse.
-Non rien, laisse tomber.
Melian se retourna brusquement. Elle se mit devant lui, se campa sur ses pieds et le pointa d'un index accusateur, le forçant à s'arrêter.
-Je t'interdis de faire une chose pareille, Theran Shaw, l'avertit Melian. J'ai horreur des gens qui ne finissent pas leurs phrases. Soit tu as un truc à dire, soit tu te tais.
Theran éclata de rire. Il prit la main de Melian et l'écarta. Il contourna la voleuse et continua à avancer.
-Ça n'a aucun rapport avec ce que j'ai prévu aujourd'hui. Ce n'est rien. Vraiment.
Melian, elle, était restée sur place. Elle étouffa un juron avant de le rattraper d'un pas rageur.
-Je finirai bien par le savoir de toute façon, marmonna-t-elle.
Theran ne répondit rien. Mais Melian vit qu'il se mordait la lèvre pour ne pas recommencer à rire. Ils n'échangèrent plus une seule parole jusqu'à ce qu'ils arrivent dans la grande salle. Les adolescents s'arrêtèrent, surpris. Les longues tables qui avaient été dressées pour le repas du midi étaient déjà desservies.
-Il est plus tard que ce que je croyais, commenta Theran.
Melian haussa les épaules avec indifférence.
-Je n'avais pas faim de toute façon. En ce qui me concerne, on peut très bien attendre à ce soir.
-C'est toi qui vois, répondit Theran. Mais es-tu certaine que ce n'est tout simplement pas pour découvrir plus rapidement ce que j'ai prévu? Est-ce que tu peux vraiment attendre jusqu'à...
Le regard incendiaire de Melian l'empêcha de finir sa phrase. Il secoua la tête en riant doucement.
-D'accord, j'ai compris. Suis-moi.
Ils firent demi-tour et repartirent dans le labyrinthe de pierre. Theran les conduisit devant les gymnases. Melian le suivit, de plus en plus intriguée. Ils entrèrent dans la vaste salle. La voleuse se figea. Elle savait bien que les membres s'y entraînaient, mais c'était la première fois qu'elle entrait dans les gymnases alors qu'il y avait autant de personnes. Elle suivit des yeux les mouvements précis, létaux, de ces maîtres de l'ombre. Melian perçu alors clairement le fossé qui les séparait. Elle était douée et elle le savait, mais en voyant ces combattants aguerris, elle se rendit compte alors qu'elle n'était malgré tout qu'une apprentie. Une novice qui avait encore énormément de chemin à parcourir.
-Tu es prête? lui demanda Theran.
-Prête à quoi? questionna Melian en se retournant vers lui.
-À t'entraîner, bien sûr. On est coincés ici pour un bout de temps j'ai l'impression, alors autant mettre à profit le temps que nous avons.
-Toi? s'étonna Melian. Tu vas m'entraîner. Toi.
-Ben...oui. Pourquoi est-ce que je te sens aussi sceptique?
-Peut-être parce que tu es à peine plus âgé que moi et que tu n'es certainement pas un expert en la matière, rétorqua Melian.
Theran la regarda sans rien dire. Il se dirigea vers le plus près râtelier, duquel il retira deux lames jumelles. Il les lança à l'adolescente avant d'empoigner deux autres dagues. Melian haussa un sourcil en comprenant où il voulait en venir. Il voulait se battre? Elle se ferait un plaisir d'accepter.
Theran se dirigea vers un coin tranquille de la salle. Melian l'y suivit en gardant une certaine distance entre eux. Le voleur se retourna finalement. Il la fixa en silence, une tranquille assurance dans ses yeux verts. Melian adopta une pose de combat, imitée par Theran. Elle allait enfin voir de quoi il était capable. Elle l'observa en détail, si figé dans sa concentration qu'il semblait avoir arrêté de respirer. Ils restèrent ainsi un moment, chacun jaugeant l'autre avec prudence, aucun d'eux n'osant poser le premier geste. L'air semblait se charger d'électricité autour d'eux, puis l'énergie accumulée explosa soudainement. Melian amorça le combat d'un premier coup. À l'instar de la foudre par une nuit orageuse. Précis et fulgurant. Tout comme la parade de Theran. Parfaitement calculée et exécutée. Melian désengagea sa dague et décrit un arc-de-cercle avec celle de sa main droite. Parée, encore une fois. Elle ne se laissa pas déconcentrer. Ils venaient de commencer, c'était tout juste un échauffement. Melian fit mine de plonger en avant, ses deux dagues croisées devant elle, mais au dernier moment, elle dévia ses armes, pivota sur ses hanches et envoya son pied au visage de son adversaire. Un coup parfaitement ajusté. Un coup qui ne rencontra que de l'air. Theran s'était esquivé, insaisissable. Melian recula de deux pas tout en maintenant ses défenses. Elle devait reconnaître que Theran était doué lui aussi. Elle l'attaqua sans relâche, variant la force et la direction de ses coups. Elle le força à rester à la défensive. Du moins c'est ce qu'elle crut. Au moment où elle assénait un autre coup, il le para de l'une de ses dagues et riposta de l'autre. L'action était si inattendue que Melian la bloqua de justesse. Elle dut reculer devant la pluie de coup qui se déchaînait sur elle. Theran était d'une rapidité surprenante. Chacun de ses mouvements était calculé au millimètre près et accompli de façon à ne pas dépenser inutilement la moindre parcelle d'énergie. Il se mouvait comme un félin, tout en souplesse et en efficacité. Melian fut désarçonnée par ce brusque changement. En moins d'une minute, il lui faucha les genoux et elle se retrouva sur le dos, les dagues de Theran croisées sur sa gorge. Ils s'immobilisèrent.
Le regard de Theran était serein. Melian, elle, le foudroyait de ses yeux chargés de colère. Elle se sentait humiliée qu'il ait réussit à la déjouer aussi facilement. Theran prit la parole.
-Je ne suis pas un expert, c'est vrai. Nous avons presque le même âge, c'est vrai aussi. Mais moi, j'ai eu la chance de grandir dans cet univers, contrairement à toi. Je ne connais pas tout et je ne me crois pas exceptionnel, mais j'ai confiance en mes capacités. J'aimerais les partager avec toi, j'aimerais partager cette chance avec toi.
Il se releva, empoigna ses deux dagues d'une seule main et tendit l'autre à Melian. Elle ravala sa rage et l'accepta. Theran la remit sur pieds aussi facilement que si elle n'avait rien pesé.
-Enfin, c'est toi qui voit, ajouta-t-il doucement.
Melian sentit son mécontentement s'envoler d'un coup. C'était injustifié, Theran n'était pas responsable de la situation. Enfin, pas complètement. Elle croisa de nouveau son regard et n'y remarqua aucun air de supériorité. Il avait raison en ce qui concernait la fierté mal placée. Elle devrait plutôt être contente de l'occasion qui se présentait à elle et accepter l'aide de Theran.
-C'est d'accord, si tu crois pouvoir me donner un coup de main, soupira-t-elle.
Theran eut un sourire en coin, sachant pertinemment l'effort que Melian avait du faire pour prononcer ces mots.
-Alors nous commencerons dès maintenant, si tu le veux bien.
-Oui, maître, répondit la voleuse.
-Maître? s'étonna Theran. Oui... c'es bien ça.
-N'y prends pas goût hein, c'était la première et dernière fois!
-C'est ce qu'on verra...
Ils firent un échauffement rapide, comme ceux que Melian avait l'habitude de faire avec Keryn, autrefois...C'était surtout des exercices de souplesse, destinés à étirer et réchauffer les muscles avant l'effort.
-On commence par quoi? demanda Melian en faisant craquer ses doigts.
Theran adopta un air pensif.
-J'ai une idée. Ça va être un bon exercice. Puisque tu es déjà très douée avec les armes, on va corser un peu les choses.
Il se dirigea vers une autre section de la grande salle, celle où était fixé tout un bazar de cordes, de pôles, de madriers d'échelles et de filets.
-Tu n'as pas le vertige, j'imagine? s'assura Theran.
-J'ai vraiment besoin de répondre?
-Alors viens, nous montons.
Il joignit le geste à la parole et commença à gravir une échelle en bois fixée au mur. Melian le suivit sans hésiter. L'échelle devait bien faire une trentaine de mètres de hauteur. Ils s'arrêtèrent à un premier palier, au tier de la montée. Melian se hissa sur la plate-forme aux côtés de Theran. Elle donnait accès à un réseaux de poutres en bois, à peine plus large que leurs pieds. Theran s'avança sur l'une d'elles et Melian le suivit en regardant en-bas. De longs filets noirs étaient tendus à environ deux mètres du sol. La voleuse comprit où Theran voulait en venir lorsqu'il parlait de corser les choses.
-C'est un entraînement efficace, déclara Theran. Puisqu'ici nous avons très peu d'espace pour manœuvrer, nous apprenons à utiliser à notre avantage chaque parcelle de terrain. Les combats au sols te paraîtront plus aisés par la suite, et si jamais tu devais avoir un sol plus accidenté sous tes pieds, tu ne te sentirais pas diminuée, crois-moi.
Il se retourna vers Melian.
-Tes dagues, lui demanda-t-il.
La voleuse les lui remit. Il les plaça dans ses bottes et empoigna solidement ses propres armes.
-On va commencer par un exercice d'esquive, expliqua-t-il. Concentre-toi d'abord sur ton propre corps, afin d'en obtenir la parfaite maîtrise, quelques soient les circonstances.
Ça promettait d'être intéressant. Melian recula sa jambe gauche et plaça son pied de biais pour plus de stabilité. Elle plia légèrement les genoux, prête à éviter les premiers coups. Theran s'approcha lentement. Il porta un premier coup au niveau de la taille, que Melian esquiva en faisant un pas en arrière. Ça, c'était la partie facile. Mais quand Theran amena sa deuxième dague en un arc de cercle devant lui, Melian s'accroupie pour l'éviter. Theran avait prévu son geste et balaya la poutre de sa jambe. La voleuse voulut sauter pour l'éviter mais une lame s'amenait au-dessus d'elle. Elle choisit alors de faire un bon sur le côté. Elle allongea les bras et réussit à agripper le madrier voisin, à un peu plus de deux mètres. Elle se rétablit en faisant un mouvement de bascule au moment où Theran atterrissait à son tour sur la poutre de bois. Melian eut tout juste le temps de se remettre sur ses pieds avant qu'il ne se remette à l'attaquer, plus rapidement cette fois. Elle réussit à esquiver les coups de plus en plus nombreux pendant quelques instants encore, sautant de poutres en poutres pour gagner quelques précieuses secondes de répit. Elle les accueillait chaque fois avec soulagement car elle en avait bien besoin. Theran était manifestement rompu à cet exercice. Il ne semblait pas conscient de la hauteur qui les séparait du sol. Il était parfaitement à l'aise, contrairement à Melian, qui se sentait coincée dans ses manœuvres. Un moment de distraction, qu'elle ne pouvait pas se permettre, l'empêcha d'esquiver correctement la dague de Theran. Elle perdit l'équilibre mais ne réussit pas à se rétablir. Melian se sentit basculer dans le vide. Au moment où elle allait tomber, Theran se baissa vivement et lui agrippa le poignet.
-Tu sais, fit Theran, il nous arrive à tous de tomber au moins une fois. C'est en tombant que l'on peut se relever et apprendre.
Il commença à remonter son bras pour permettre à Melian de se raccrocher à la poutre, puis un sourire malicieux étira ses lèvres et fit étinceler son regard.
-C'est pourquoi je ne vais pas t'éviter cette importante leçon.
Au moment où il terminait sa phrase, il ouvrit la main et relâcha le poignet de Melian. Celle-ci avait prévu le coup en voyant le sourire de Theran et décida de se venger. Alors qu'il lâchait son poignet, elle remonta vivement son autre main et saisit le bras de Theran. Le voleur, étonné par son geste, n'eut pas le temps de réagir et de rétablir son équilibre. Ils basculèrent tous deux dans le vide et furent reçus dans les filets, près de dix mètres plus bas. Ils roulèrent avant de s'immobiliser, Theran se retrouva au-dessus de Melian.
-Alors là, je dis bonjour la rapidité, je n'ai pas envisagé une seule seconde que tu puisses penser à quelque chose d'aussi machiavélique, dit-il en riant.
-Mais voilà, je l'ai fait. Voudrais-tu...t'enlever, s'il te plait?
-Oui, excuse-moi.
Il se redressa et Melian s'empressa de s'asseoir, mal à l'aise. Theran fit mine de ne rien remarquer.
-C'était vraiment bien pour une première fois, tu as un très bon équilibre.
-Merci, répondit simplement Melian.
Ils se relevèrent et sautèrent au sol. Theran leva les yeux vers l'ouverture dans le plafond. Celle-ci ne laissait plus filtrer qu'un mince rai de lumière orangée.
-Il se fait tard, annonça. Nous continuerons demain.
Ils convinrent de se retrouver un peu plus tard au Foyer et de manger ensemble. Ils sortirent des gymnases et Melian se dirigea vers les bassins. Il n'y avait presque personne dans la grande salle embrumée. Melian se choisit un coin éloigné pour être seule. Elle se dévêtit et entra dans l'eau chaude et bienfaisante. Elle ferma les yeux et appuya sa tête sur le bord du bassin. Melian laisse son esprit dériver. Elle revit le visage de Theran au-dessus du sien et ses bras de chaque côté de son corps. Si près...Trop près. Elle ressentit à nouveau le même malaise. Melian aurait aimé pouvoir se prélasser plus longtemps dans l'eau, mais son ventre lui rappela qu'elle n'avait rien avaler depuis un bon moment déjà. Elle se lava rapidement, se sécha puis s'habilla.
Melian parcouru les couloirs jusqu'à atteindre le Foyer. Les longues tables avaient été dressées pour le repas du soir et de nombreuses personnes y étaient déjà installées. L'adolescente balaya la salle du regard et trouva Theran, attablé près de Doc, Sloan et...Keryn. Melian eut l'impression de recevoir un coup dans le ventre. Elle eut presqu'envie de faire demi-tour et de quitter la salle, mais son regard croisa celui de son maître. Ou plutôt de son ancien maître. Melian avala de travers, mais se résolut à aller s'asseoir avec les autres. Elle s'installa entre Doc et Theran, en face de Keryn et Sloan. À son grand soulagement, ils ne s'interrompirent pas quand elle s'attabla et continuèrent leur conversation alors qu'elle remplissait son assiette. Doc lui fit un clin d'oeil encourageant avant de reporter son attention sur Sloan. Melian gardait les yeux baissés sur sa nourriture pour éviter le regard de Keryn. Theran avait remarqué la tension qui habitait l'adolescente, aussi, il mit un point d'honneur à converser avec elle tout au long du repas, afin de lui fournir une échappatoire. Melian lui adressa un sourire reconnaissant lorsque Keryn et Sloan quittèrent ensemble la salle. Elle aurait du se douter toutefois que Keryn ne lui adresserait pas ouvertement ses reproches. Au moins, elle attendrait qu'elles soient seules. Ensuite viendraient les reproches. Encore.
Melian et Theran restèrent un petit moment à discuter avec Doc. Le gnome, déjà d'un naturel amical, se montrait particulièrement jovial et volubile suite à sa quatrième coupe de vin. Les adolescents eurent leur lot de phrases décousues avant de quitter à leur tour le Foyer. Theran lui annonça qu'il devait aller voir Mathias et qu'il reviendrait dans un moment. Ils se séparèrent à un croisement, Theran prenant la direction du bureau de Mathias et elle continuant vers l'aile consacrée aux chambres. Elle entra dans la sienne et resta plantée au beau milieu, ne sachant absolument pas quoi faire.
-Alors, on est finalement rentrée?
Melian prit une grand inspiration avant de se retourner. Il fallait qu'elle se calme. Surtout devant Keryn, qui lui avait appris que l'une des choses les plus importantes pour réussir à maîtriser un adversaire était d'abord de se maîtriser soi-même. Mais bon sang, elle avait fait quelque chose de mal et elle en avait subi les conséquences, point. Est-ce que tous allaient passer leur temps à le lui reprocher pour le reste de sa vie? Melian expira lentement puis se retourna.
Keryn avait refermé la porte et s'y était appuyée, les bras croisés.
-On dirait bien, répliqua Melian, acerbe.
La femme la jaugea du regard, comme elle avait l'habitude de le faire.
-Je suis déçue par ton attitude...
«Et voilà, c'est reparti» pensa Melian.
-Dire que j'avais placé tant d'espoirs en toi. J'avais bien remarqué que tu avais un fort caractère, mais de là à penser que tu me désobéirais, que tu désobéirais à la dernière volonté de ta mère...
-Arrêtez! cria Melian. Vous êtes-vous tous passé le mot ou quoi? Pour me faire sentir comme une fille ingrate, indigne? Vous êtes-vous tous passé le mot pour me rappeler à quel point je suis tombée bas? Vous êtes déçue? Et bien figurez-vous que vous n'êtes pas la seule, Keryn! D'autres avant vous se sont fait un plaisir de me le dire. De me le répéter encore et encore. C'est tout ce que j'entends ces derniers jours, je l'ai compris! hurla-t-elle. Je n'ai pas besoin de vous pour me dire que je ne fais que décevoir les gens autour de moi, ajouta Melian d'une voix brisée.
Elle serra les poings afin d'en maîtriser les tremblements. Quand elle reprit la parole, ce fut d'une plus assurée.
-Si c'est tout ce que vous avez à me dire, ne perdez pas votre temps et sortez d'ici.
Keryn haussa les sourcils devant l'attitude insoumise de Melian. Jamais l'adolescente n'avait osé lui parler sur ce ton. Elle comprit qu'il avait du se passer quelque chose de grave. Quelque chose qui l'avait fait grandir, mais qui l'avait fragilisée aussi. Keryn ouvrit la porte et sortit de la chambre. Juste avant de partir, elle ajouta:
-Mathias a raison. Tu dois réfléchir. Ne t'inquiète pas, je ne te répéterai pas ses paroles, précisa-t-elle pour empêcher un nouveau flot de protestations. Écoute seulement ceci: j'ai toujours confiance en toi et j'accepterai de te guider sur la voie une fois que tu t'y seras engagée. Mais c'est toi, et toi seule qui dois décider si tu veux réellement la suivre.
Sur ce, Keryn quitta définitivement la pièce. Melian alla s'asseoir sur son lit, vidée. Elle se prit la tête à deux mains. Elle était épuisée, mais de savoir que Keryn dormait juste à côté n'arrangeait pas les choses. Melian se changea, enfilant un pantalon ample et une chemise légère. Elle se coucha à plat ventre et contempla le sol, pour faire changement. Elle releva la tête quand une paires de bottes entra dans son champ de vision. Pantalon noir, chemise blanche remontée jusqu'aux coudes...Son regard embué croisa celui de Theran. Il lui tendit la main, sans un mot. Melian la prit, l'interrogeant du regard. Mais Theran se contenta de la remettre sur pied. Il prit la couverture sur le lit et la mit dans les bras de Melian tandis qu'il saisissait le matelas à deux mains. Toujours sans rien dire il sortit de la pièce et se dirigea vers sa propre chambre, dans laquelle il déposa sa charge. Melian l'avait suivi sans protester.
-Nous serons un peu à l'étroit, mais ce sera toujours plus confortable que de dormir sur le sol parce que tu viens encore me voler mon lit, dit-il en souriant.
Melian secoua la tête. Elle voulait protester, c'était ridicule. Pourtant pas un son ne sortit de sa bouche et elle se rendit compte au fond d'elle-même que la présence de Theran la rassurait. Enfin, elle était presque persuadée que n'importe quelle présence aurait pu tout aussi bien faire. Presque. Elle se laissa tomber sur le lit de Theran, les paupières lourdes. Theran éteignit sa lampe et se changea rapidement alors que Melian gardait les yeux fermés. Il s'allongea finalement sur le matelas posé à même le sol.
Ils restèrent longtemps en silence, même si chacun savait que l'autre ne dormait pas. Theran bailla longuement. Juste avant de plonger dans le sommeil, il dit:
-Tu sais Melian, tu ne m'as pas déçu moi, bien au contraire.
Dans le lit, Melian serra les paupières afin de ne laisser rouler aucune larme. Elle ne pleurerait plus. Jamais.
