Salut à tous! ...tous ceux qui restent, probablement pas nombreux. Ça fait pile poil 4 mois aujourd'hui que je n'ai pas publié. Franchement j'ai battu un record, et pas un des meilleurs. J'ai ressenti une grosse démotivation pour le chapitre 20 (pas la fic hein! Le chapitre 20!). Il a été difficile à écrire, mais au final, je pense être satisfaite. J'avais déjà terminé depuis un bon moment le chapitre 22, où ça commence vraiment à...prendre une autre tournure. Car en fait, c'est de là que venait ma démotivation du chapitre 20: je ne pensais plus qu'à l'action qui aurait lieue éventuellement et donc, comparativement, le point où j'étais rendue me semblait ennuyeux à mourir. La bonne nouvelle, c'est que le creux de la vague est passé, et que c'est maintenant une partie extrêmement chouette à écrire qui arrive, que je planifie depuis des mois, dont de nombreux extraits sont déjà écrit (come quoi j'ai pas juste perdu du temps ces 4 derniers mois!) Et pour me faire pardonner, c'est 3 chapitres que je publie ce soir
Sur ce, bonne leketure!
Elle réussirait, elle en était certaine. Melian enchainait les coups qu'elle connaissait en tentant d'ignorer le vide qui s'ouvrait de chaque côté d'elle. N'existait plus que la poutre sous ses pieds, mince et instable. La voleuse bondit en arrière pour éviter le coup d'un adversaire inexistant. Le mouvement propagea une onde qui fit tanguer le madrier, mais cette fois Melian était prête. Prévoyant l'ondulation, elle avait modifié ses appuis afin de la laisser passer en douceur. Elle était satisfaite. Il était évident que ce ne serait pas aussi facile face à un véritable adversaire, et qu'elle serait confrontée à plusieurs types de terrains accidentés, bien différents du sol, et bien différents de cette poutre. Mais Melian sentait qu'elle progressait et ce simple fait la satisfaisait.
Melian s'était réveillée tôt ce matin, et, incapable de se rendormir, avait décidé de se lever. Elle avait discrètement quitté la chambre de Theran. Ne sachant pas trop quoi faire, l'adolescente s'était changée puis dirigée vers les gymnases, déserts à cette heure. Sans réfléchir, elle avait gravi l'échelle menant aux poutres et repris l'exercice de la veille. Cela faisait maintenant plus d'une heure qu'elle y était et la faim commençait à la tenailler. Elle acheva une dernière séries d'attaques et de parades, puis interrompit l'exercice et redescendit au sol. En levant les yeux vers l'ouverture au plafond, elle constata que le jour commençait à poindre. La voleuse décida de faire un arrêt aux bassins. L'apaisante solitude qu'ils lui procureraient lui permettrait de remettre de l'ordre dans ses idées.
Elle traversa la grande salle et rejoignit rapidement les bassins. Comme prévu, à cette heure, l'endroit était encore désert. Melian se dévêtit et entra dans l'eau chaude. Ce n'était pas bien profond -elle avait pied- mais suffisamment pour lui permettre de rejoindre à la nage son recoin préféré, dans un renfoncement de la paroi qui semblait créer un espace plus intime, plus reclu. Elle se cala contre la pierre chaude avec contentement puis ferma les yeux en soupirant. L'adolescente analysa sa situation. Elle avait les idées plus claires que la veille et essaya de prendre le plus de recul possible. Tout n'allait pas parfaitement, mais les choses étaient moins désespérées qu'il n'y paraissait. Varian effleura ses pensées mais elle le repoussa rapidement, orientant plutôt sa réflexion sur l'immédiat, c'est à dire sa situation au SI:7. On lui avait accordé une seconde chance et elle sentit une détermination nouvelle monter en elle. Melian avait cru perdre pied ces derniers temps, bousculée de tout côté par des évènements sur lesquels elle n'avait aucune emprise. Mais en ce qui concernait son statut dans l'organisation de Mathias, c'était différent. Cette fois-ci, Melian pouvait reprendre en main cette situation. On lui avait accordé une seconde chance, elle leur prouverait sa valeur.
Lorsqu'elle arriva au Foyer, elle vit que de nombreuses personnes étaient déjà attablées. Melian rejoignit le petit groupe que formait Doc, Sloan et Theran. Il y avait également une autre femme que la voleuse ne connaissait pas. L'inconnue était plutôt petite, toute en délicatesse et en finesse. Elle paraissait presque frêle et ne semblait pas être le genre de personne à élever facilement la voix. Ses cheveux châtain descendaient en boucles jusqu'au milieu de son dos.
En voyant arriver Melian, Theran se décala et lui fit une place. Elle s'assit à sa droite, entre lui et Doc. Son regard se porta sur la femme en face d'elle. Celle-ci lui sourit.
-Je suis heureuse de te rencontrer, Melian. On m'a beaucoup parler de toi.
Melian fronça les sourcils, se demandant si c'était une bonne chose... Theran la tira de l'embarras.
-Melian, je te présente Liandra, ma mère.
L'adolescente se tourna vers la femme en forçant un sourire. Elle espérait que c'était Theran, et non Mathias qui lui avait parlé d'elle...Melian se détendit toutefois rapidement. Liandra était une femme simple qui inspirait immédiatement la sympathie. Lorsqu'elle souriait, ses yeux noisette s'illuminaient d'une lueur véritablement chaleureuse. Le repas se déroula dans une ambiance de camaraderie.
-Alors, où étais-tu passée ce matin? lui demanda Theran alors qu'ils quittaient le Foyer.
Elle haussa les épaules.
-J'avais envie de m'entraîner.
-Évidemment, répondit Theran avec un sourire en coin.
-D'ailleurs qu'as-tu prévu pour la suite?
-Rien pour aujourd'hui. Pas dans les gymnases du moins.
Il s'arrêta brusquement dans le couloir, un sourire étirant ses lèvres.
-Quoi? fit Melian en se retournant. Tu en as déjà assez?
-Ça te dit de sortir un peu? Voir autre chose que la pierre grise de ces tunnels?
Melian haussa les sourcils et croisa les bras sur sa poitrine.
-Je ne sais pas si tu t'en souviens -apparement non- mais Mathias a dit que...
-Il a dit que je devais l'aviser si je quittais le quartier général pendant la journée, pas que je devais demander sa permission, nuance importante, lui rappela-t-il d'une voix espiègle.
-Et tu es certain que...
-Allez, y'a aucun risque!
Il la prit par le bras et l'entraîna à sa suite. Ils se dirigèrent vers le bureau de Mathias. Theran frappa à la porte, sans obtenir de réponse.
-Attends-moi ici. Surveille la porte, je vais entrer et laisser une note sur son bureau. J'en ai pour une minute.
Il lui fit un clin d'oeil avant de s'éclipser à l'intérieur de la pièce. Melian tendit l'oreille mais aucun bruit ne se fit entendre aux alentours. La plupart des membres étaient encore au Foyer. Le couloir était désert. Elle commençait à s'impatienter lorsque Theran la rejoignit.
-Nous pouvons y aller, affirma-t-il.
Ils avaient atteint l'intersection lorsque Theran se plaqua contre le mur et ramena Melian derrière lui.
-Qu'y a-t-il? chuchota-t-elle.
Il lui fit signe de garder le silence en posant un doigt sur sa bouche. Des pas résonnaient dans le couloir, tout près du tournant.
-Tu pourras laissa le rapport à mon bureau, je le verrai avant la fin de la journée.
-Et merde, chuchota Theran. Viens!
Ils firent demi-tour et s'éloignèrent le plus rapidement possible. Ils dépassèrent le bureau puis se mirent à courir pour atteindre le prochain couloir transversal. Melian et Theran tournèrent le coin puis se regardèrent en silence, retenant leur souffle. Ils entendirent Mathias ralentir et les deux jeunes espéraient ne pas avoir été remarqués. Ils soupirèrent de soulagement en l'entendant pénétrer dans son bureau et refermer derrière lui.
-On a eu chaud, chuchota Theran en se laissant aller contre le mur. Il aurait vraiment été dommage qu'on ne puisse pas sortir, je...
Il s'interrompit en entendant la porte grincer. La voix de Mathias résonna dans le passage.
-Theran...
-La note! chuchota celui-ci.
-On fait quoi maintenant? lui demanda Melian.
-On cours!
-Quoi? Mais...
-Allez viens!
Il l'entraîna à sa suite, la guidant dans les dédalles jusqu'à la sortie. Une fois parvenus à la surface, ils se regardèrent en silence quelques secondes avant d'éclater de rire.
-Je dois t'avouer, commença Melian, que je n'avais pas tellement envie de sortir. Mais maintenant, je ne suis absolument pas pressée de redescendre là-dedans!
-T'inquiètes pas, on aura pas d'ennuis.
-C'est ce qui est vrai ou ce que tu espères?
Theran haussa les épaules.
-Un...mélange des deux?
Melian secoua la tête en souriant. Elle s'en ferait plus tard. Pour le moment, elle avait l'intention de profiter de la journée. Elle prit une grande inspiration, revigorée par la fraîcheur de l'air du matin.
-Et donc, qu'as-tu en tête maintenant?
-Euh...Pas grand-chose. J'improvise en fait. Mais on sort de la ville, ça fera changement.
Ils marchèrent côte à côte jusqu'aux grandes portes de la ville. Ils quittèrent toutefois rapidement la route pavée et s'enfoncèrent dans la forêt. Theran leur fit emprunter un chemin tortueux qui montait en pente douce, longeant la chaîne montagneuse qui descendait au sud, vers la Marche de l'Ouest.
Melian, qui avait remarqué que le sentier était de moins en moins délimité au gré de leur montée, demanda des précisions à Theran.
-On va où comme ça?
-Je veux te montrer un endroit, on y est presque.
Ils s'élevèrent encore pendant plusieurs minutes avant d'atteindre le bout du sentier, sur un plateau rocheux qui surplombait la forêt d'Elwyn. Melian s'approcha du bord et laissa son regard balayer l'étendue verte devant elle.
-Ouais, la vue est pas mal, admit-elle.
-Si tu as fini de reprendre ton souffle, on pourrait peut-être continuer, lança Theran.
Melian se retourna brusquement vers lui. Il était assis sur une petite saillie, quelques mètres plus haut qu'elle.
-Je ne reprennais pas mon souffle, Theran, répliqua-t-elle en se hissant près de lui.
-Ne t'en fais pas, je ne le dirai à personne.
Il rit en voyant le regard que lui lança l'adolescente.
-Tu vois, là tout de suite j'aurais bien envie de te laisser en plan alors que je continuerais à monter, mais je n'ai aucune idée de l'endroit où nous allons.
-Très bien, répondit Theran en se levant. Je prends les devants. Mais n'hésite pas à me le dire si tu veux que je ralentisse, il n'y a aucune honte à avoir.
-Commence donc à monter si tu veux que je te fasse ce plaisir, le pressa Melian.
Theran soupira.
-Aucune patience!
Il commença toutefois à s'élever, suivi de près par Melian. L'escalade ne leur posa aucun problème. Les prises solides étaient nombreuses et facilement accessibles. Ils étaient presqu'au sommet lorsqu'ils s'arrêtèrent sur une mince corniche.
-Pourquoi on s'arrête? T'es fatigué?
Theran pencha la tête sur le côté en souriant.
-Tu ne l'as pas bien pris, hein?
Sans lui laisser le temps de répondre, il se déplaça de quelques pas le long de la corniche jusqu'à une faille dans la falaise. Il se coula dans le mince espace. Melian s'empressa de le suivre. Elle qui n'avait jamais ressenti d'inconfort à se trouver sous terre se sentit soudain oppressée en sentant la masse rocheuse contre son dos, la paroi d'en face à peine à un centimètre du bout de son nez. Elle se glissa ainsi de profil pendant un moment qui sembla s'éterniser avant d'émerger dans une caverne circulaire de taille moyenne, environ dix mètres d'un bout à l'autre et un peu moins du sol à sa voute.
Malgré l'espace relativement restreint, la beauté de l'endroit ne laissait aucun doute. Le tunnel par lequel ils étaient arrivés s'arrêtait à environ un mètre du sol de la caverne. Un gros rocher faisait office de marche. Vers la gauche, près du fond de la grotte, une cascade d'eau cristalline se déversait dans un bassin qui s'était naturellement formé. Avec le temps un ruisseau avait vu le jour et traversait la caverne en son centre, pour disparaître sous la paroi à l'opposé du déversement. L'eau poursuivait probablement son chemin en se jetant de la falaise pour rejoindre la rivière qui courait en Elwyn. Le sol était tapissé d'herbe, créant une petite oasis de verdure au milieu de la rocaille. Une lumière feutrée pénétrait l'endroit par la voute, d'où une pierre s'était détachée. Elle gisait au sol, sous l'ouverture. Quelques fleurs violacées poussaient à sa surface, profitant de l'eau, des sédiments accumulés avec le temps et de la source lumineuse toute proche, ajoutant une touche de couleur.
-Ma mère et moi venions souvent ici lorsque j'étais petit, annonça Theran.
Il retira ses bottes puis avança de quelques pas en s'étirant et en inspirant profondément.
-Je crois qu'elle a trouvé cet endroit avec mon père, il y a un bon moment de cela.
Il se retourna vers Melian, qui était toujours sur le rocher à l'entrée.
-J'avais envie de te le montrer. C'est un peu comme...mon sanctuaire ici. C'est tranquille, ça me permet de me remettre les idées en place, tu vois?
-Oui, je comprends tout à fait. Après tout, ça doit te demander beaucoup de travail pour mettre en ordre les idées tordues qui trottent dans ta tête, répliqua Melian en descendant du tunnel.
-Idées tordues? releva Theran en haussant un sourcil. Si mes idées sont tordues, on peut savoir comment tu qualifies celle de s'introduire dans un château en pleine nuit?
Le sourire de Melian s'effaça et Theran se mordit les lèvres en réalisant son manque de tact.
-Écoute, je...
-Non, c'est rien, le rassura-t-elle. Il faut croire que j'ai moi aussi des idées insensées, parfois.
-Parfois?
Theran avait relevé le mot avec un air dubitatif.
-Oui, parfois, répéta Melian en retirant elle aussi ses bottes.
-Mais bon, souvent ou non, il est vrai que ce n'est pas de ta faute.
L'adolescente se releva lentement, méfiante.
-Qu'entends-tu par là?
-Et bien...Il est reconnu que, disons...l'entêtement est une quali...un trait de caractère bien présent chez les Wrynn.
Melian lui lança un regard lourd d'avertissement.
-Attention, Theran, ne pousse pas trop loin.
Ceui-ci fit un pas en arrière avant de s'incliner, une main posée sur son coeur.
-Toutes mes excuses, votre Altesse. Je ne voulais point vous offenser.
-Theran!
Il se redressa en riant.
-D'accord, d'accord, j'arrête. C'est juste que j'ai rarement l'occasion d'être en présence de personnes ayant du sang royal dans les veines, alors je trouve ces situations stressantes, vois-tu?
-Arrête tout de suite, sinon tu vas le regretter.
Elle avait voulu paraître sérieuse, mais elle avait malgré tout senti une ombre de sourire étirer ses lèvres. Melian s'étonna de voir avec quel légerté ils pouvaient en parler et sentit sa tension s'évanouir.
Theran haussa les épaules.
-Je n'ai pas peur.
Melian leva les yeux au ciel en s'approchant. Elle s'arrêta à un pas de Theran.
-Et bien tu devrais, qui sait ce que je suis capable de faire...
Elle passa à l'action, fauchant les jambes de Theran avant qu'il n'ait pu réagir. Il se reprit toutefois rapidement et, plutôt que de tenter de se relever, il déstabilisa Melian en visant l'arrière de ses genoux. Elle eut tôt fait de se retrouver à terre elle aussi. Ils roulèrent dans la poussière, chacun essayant de prendre le dessus sur l'autre. Theran réussit finalement à immobiliser son adversaire en se servant de son poids, serrant fermement ses poignets contre le sol.
-Tu es douée, je dois le reconaître, affirma Theran en prenant un air supérieur, mais il y a une chose à laquelle on ne changera rien: je suis plus lourd que toi et malgré toute ta bonne volonté, tu ne saurais pas te libérer.
Melian ne pu empêcher un sourire de naître sur ses lèvres.
-Plus lourd oui, mais aussi plus bête!
Avant de laisser le temps à Theran de réaliser son erreur, elle replia une jambe et lui enfonça son genou dans le bas-ventre. Melian sentit son emprise se relâcher et elle en profita pour le repousser sur le côté. Theran tomba dans le bassin en éclaboussant partout autour. Il refit surface en crachant une grande gerbe d'eau. Ses cheveux avaient pris une teinte plus foncée et étaient plaqués contre son crâne, lui cachant la vue. Melian riait aux éclats tandis que Theran sortait de l'eau en maugréant.
-Ça, grogna-t-il en passant une main dans ses cheveux pour dégager son visage, c'était vraiment un coup bas.
-Désolée, mais il y a une chose à laquelle on ne changera rien, malgré toute ma volonté d'y aller en douceur: tu es plutôt fragile là.
Il prit un air faussement affligé.
-Et ça te fait rire, hein?
-Oui! Il faut dire que...
Le reste de sa phrase fut coupé par son cri de protestation. L'ignorant complètement, Theran l'avait emprisonnée dans ses bras et les avait précipités tous les deux dans l'eau. Ils luttèrent ainsi pendant un long moment, se chamaillant comme deux véritables enfants. Ils finirent par conclure une trêve et se trainèrent sur la terre ferme, hors d'haleine. Melian et Theran restèrent allongés sur le sol, reprenant leur souffle en silence. Melian savourait l'instant, les yeux fermés. Depuis combien de temps n'avait-elle pas été aussi détendue, profitant de l'instant présent sans se soucier d'autre chose? Cela faisait bien longtemps, elle n'arrivait plus à se souvenir de la dernière fois. À côté d'elle, Theran se redressa et plongea la main dans la poche de sa tunique.
-Pendant un instant j'ai cru l'avoir perdu dans l'eau, et franchement je ne sais pas si j'aurais eu le courage de replonger.
Melian tourna la tête dans sa direction.
-Qu'est-ce que c'est?
Theran tendit la main pour lui permettre de voir ce qu'il tenait. C'était un large bracelet de cuir noir, constitué de nombreuses bandes tressées et entrelacées. Il n'y avait ni gemmes, ni bijoux qui l'ornaient. Sa simplicité rehaussait les délicats motifs formés par le cuir.
-Il te plait?
-Il est très beau, acquiesça Melian.
-Tant mieux. Parce qu'il est pour toi.
Elle leva un sourcil, étonnée.
-Écoute, j'apprécie l'intention, mais je ne suis pas très bijoux ou ornementations...
-Je le sais très bien, pourquoi crois-tu qu'il soit si simple? Tend ton bras.
Il continua, sans faire attention au soupir de Melian:
-Et puis tu as dit qu'il te plaisait, tu ne peux plus refuser.
-Je peux savoir pourquoi, au moins? s'enquit-elle en cédant.
Theran attacha le bracelet à son poignet avant de répondre.
-C'est aujourd'hui, non, le jour de tes seize ans?
-Comment tu sais ça, toi?
Il sourit en voyant l'air surpris de Melian.
-C'est mon secret.
Elle ouvrit la bouche pour protester, mais la referma, se disant que ce serait malvenu. Qu'elle l'ait voulu ou non, il venait de lui faire un présent, et le critiquer ne serait certainement pas la meilleure chose à faire. Theran sourit de plus belle, parfaitement conscient de l'envie qui la démangeait.
-Merci, finit-elle par lâcher du bout des lèvres.
Ils passèrent le reste de la journée dans le sanctuaire. Ils parlèrent, s'affrontèrent quelques fois, et lorsqu'ils prirent le chemin d'Hurlvent, Melian se sentait merveilleusement bien, légère. Ils passèrent les portes de la ville alors que le ciel commençait à s'assombrir.
-Non, sérieusement?
Ils s'engageaient sur le pont pour rejoindre la vieille ville.
-Oui, je t'assure. Je ne me suis jamais senti aussi ridicule de ma vie. Tu aurais du voir la tête de mon père.
Melian éclata de rire.
-Arrête de te moquer, lui ordonna Theran en souriant malgré lui.
Il lui envoya une bourrade sur l'épaule. Une voix s'éleva dans leur dos.
-Melian?
Elle se retourna vivement et retrouva immédiatement son sérieux en voyant de qui il s'agissait.
-Maedhros?
L'elfe se tenait devant elle, Sindar fidèle au poste.
-Tu le connais? s'enquit Theran.
-Oui, c'est un ami. Je te croyais parti? continua-t-elle à l'intention de Maedhros.
-Et je me dis que c'est ce que j'aurais du faire finalement.
Le ton de sa voix n'avait rien d'engageant. Melian se tourna vers Theran.
-Je t'attends plus loin, annonça-t-il. Je ne crois pas que ça me concerne.
-Non, en effet, asséna l'elfe.
Le voleur fit mine de ne pas remarquer le ton employé par Maedhros et s'éloigna calmement. Ce fut Melian qui rompit le silence.
-Que se passe-t-il? demanda Melian. Quelque chose ne va pas?
-Quelque chose ne vas pas? répéta Maedhros en contenant difficilement sa colère. Tu es sérieuse? On revient à Hurlevent, le roi demande à te parler. Lorsque tu reviens tu nous ignore complètement, Elenna et moi. Et quand finalement du daigne enfin nous adresser la parole c'est en...
Il soupira et se passa une main sur le visage. Il avait l'air épuisé.
-Tu n'étais plus toi-même, Melian. Jamais je ne t'avais vu dans un tel état. Tu...tu me faisais peur. Je ne craignais pas pour moi, mais pour toi. Tu semblais tellement en colère, je ne te reconnaissais plus. Pensais-tu vraiment que j'allais te laisser dans cette condition? Je n'ai pas réussi à partir. Quand j'ai fait demi-tour, tu n'étais plus là. Ça fait des jours que je te cherche, essayant de trouver un signe de ta présence. Ça fait des jours que je m'inquiète comme un malade en espérant que tu n'aies rien fait de stupide et pourquoi? Pour te retrouver en pleine forme, en train de rire avec une nouvelle connaissance. Qu'est-ce que je dois penser, dit-moi? Nous sommes amis, Melian -du moins c'est ce que je croyais- je voulais être là pour toi, te faire sentir que tu n'étais pas seule, mais apparemment tu n'avais pas besoin de moi. Ça t'arrangeait bien que nous soyons là, Elenna et moi, quand tu as décidé d'aller à l'autre bout du continent, mais maintenant que nous sommes revenus et que tu n'as plus eu besoin de moi...nous, tu nous largues.
Sous le choc, Melian demeura silencieuse.
-C'est compréhensible, continua Maedhros d'un ton froid. Mais pour les prochaines fois, tu peux le dire clairement plutôt que faire une scène, ce sera plus simple pour toi et plus clair pour les autres. Ils ne s'inquiéteront pas pour rien.
Il fit demi-tour et s'éloigna d'un pas décidé.
-Attends!
Melian s'élança pour le rattraper. Elle lui prit le bras et le força à se retourner. Ils se fixèrent en silence pendant un long moment, sans bouger. Elle essaya maladroitement de réorienter la conversation.
-Où iras-tu?
-À Darnassus, répondit Maedhros d'un ton monocorde. J'y retrouve Elenna puis nous partirons plus au nord des Royaumes de l'est. Elle doit s'y rendre, pour des raisons personnelles.
Le silence revint, plus étouffant. Si lourd qu'il semblait presque palpable. Melian inspira profondément.
-Écoute, je suis désolée, Maedhros. Je ne voulais pas que les choses se passent comme ça, je te le jure. Et ce n'est pas non plus ce que je voulais que tu croies. Ces derniers jours ont été éprouvants, réellement éprouvants, ce n'est pas un mensonge. Tout m'échappait. J'ai appris des choses, des choses que j'aurais préféré ignorer. Ou pas...Je ne suis toujours par certaine. Enfin, là n'est pas le point...
-Tu sais que tu peux me parler, Melian.
Il avait chuchoté cette phrase, une pointe de tristesse perçant ses mots. Melian sentit son ventre se nouer. Pourquoi avait-elle l'impression qu'il s'agissait d'un ultimatum?
-Je...Je regrette, Maedhros, je ne peux pas. Je n'y arrive pas.
Il se dégagea.
-Au revoir, Melian.
Maedhros s'éloigna et elle ne tenta plus de le retenir; elle savait qu'il ne s'arrêterait pas.
