Gna gna gna! À partir de maintenant je me suis vraiment amusée, et j'ai déjà préparé plein de choses pour la suite...J'espère que vous apprécierez. Sur ce, après ces 12 heures d'écriture (pas intensives hein, j'ai procrastiné devant mon pc quelques fois), je vous souhaite Bonne lecture! Et bonne nuit!


Melian sentit d'abord la dureté de la surface sous elle. Vint ensuite un terrible mal de tête. Par réflexe, elle voulut porter la main à ses tempes avant de se rendre compte qu'elle ne pouvait pas accomplir le moindre mouvement. Ses yeux refusèrent de s'ouvrir; ses paupières étaient beaucoup trop lourdes. Melian recouru donc à son ouïe pour se renseigner. Les sons indistincts se clarifièrent rapidement et elle put comprendre ce qui se disait autour d'elle.

-...afin de s'assurer qu'ils n'ont plus aucune armes sur eux. Ils ne doivent pas s'échapper.

Cette voix...Melian l'avait déjà entendue, mais elle n'arrivait pas à l'identifier. Elle maudit la torpeur qui maintenait son esprit prisonnier.

-Toi, poursuivit l'individu. Va chercher la seconde, qu'elle constate par-elle même que nous avons mené à bien la tâche qui nous avait été confiée.

Melian sentit une vague glacée déferler en elle. Cette voix qui ne lui était pas inconnue l'avait accompagnée pendant les derniers jours. Runzak. C'était la voix de Runzak. Mais alors, que cela signifiait-il? L'embuscade lui revint en mémoire.

Elle avait été atteindre par une fléchette alors que Runzak montait la garde et avait rapidement sombré. Pourtant, c'était bel et bien lui qu'elle venait d'entendre. Il avait mentionné une certaine tâche menée à bien. Selon toute vraisemblance, il s'agissait de leur capture. L'embuscade avait été prévue d'avance et Runzak faisait partie du plan. À quoi rimait cette trahison? Pourquoi elle-même et Theran? S'agissait-il d'une demande de rançon? Pour Theran, cela semblait logique. Il était après tout le fils de Mathias Shaw, dirigeant du SI:7. Mais elle? Melian n'avait appris que récement qu'elle était la fille de Varian. Personne, hormis Theran, Mathias et elle étaient au courant...Mais si cette manoeuvre avait réellement pour but de faire pression sur Hurlevent? Elle se rassura en se disant que Mathias ne pouvait pas être impliqué. La présence de Theran le prouvait. Elle ne pouvait pas le sentir près d'elle, mais il y avait fort à parier qu'il était dans le même état, paralysé, incapable d'esquisser le moindre mouvement. Mais si tout cela allait plus loin qu'une simple rançon? Leurs agresseurs semblaient bien organisés. Il y avait une seconde, alors il devait y avoir un chef à la tête de la bande.

Melian interrompit sa réflexion en sentant que quelqu'un s'afférait à la désarmer. Ses lames jumelles lui furent retirées, de même que la dague dans sa botte. Elle eut envie de vomir en sentant les mains inconnues se poser sur sa taille, glisser le long de son torse et s'attarder un peu trop longtemps sur sa poitrine pour qu'il s'agisse d'une simple fouille corporelle. Elles se retirèrent rapidement losqu'une porte s'ouvrit en grinçant à quelques mètres de là. Melian chassa la sensation des mains baladeuses sur son corps pour se concentrer sur ce qui allait suivre, soucieuse de ne pas manquer le moindre détail, la moindre information susceptible de l'aider.


Runzak se redressa de toute sa hauteur, même si cela ne fit pas une grande différence. La seconde passa devant lui sans se donner la peine de le regarder, l'ignorant superbement. Le gobelin garda une expression neutre. Cette elfe prétentieuse était au-dessus de lui, qu'il le veuille ou non. Il jeta toutefois un coup d'oeil plein d'avertissements aux deux orcs et à l'humain sous ses ordres afin de les dissuader de faire preuve d'un tel manque de respect.

Le bras droit du maître observa longuement les deux adolescents enchaînés aux tables devant elle.

-Tu as bien fait, Runzak, déclara-t-elle.

Si Melian avait pu frissonner, elle l'aurait fait. La voix était glaciale, tranchante et acérée comme le fil d'une lame.

-Que fait-on d'eux maintenant? demanda le gobelin.

-Rien, pour le moment. Faites particulièrement attention au garçon. C'est sur lui que repose notre prochain plan d'action. Il a bien plus de valeur en un seul morceau.

-Et la fille? demanda l'humain d'une voix intéressée.

L'elfe lui lança un regard noir, agacée par cette intrusion dans la conversation qui ne concernait pas les simples subordonnés.

-Personne ne la touche ou ne lève la main sur elle. Le maître serait furieux, dit-elle en insistant sur ces derniers mots. Elle est la fille Varian Wrynn, et le maître a d'autres projets pour elle.

Runzak ne put plus longtemps retenir l'envie qui le démangeait. Un sourire torve étira ses lèvres. Juste avant que l'elfe ne quitte la pièce, il lâcha sa phrase.

-Es-tu certaine de vouloir qu'aucun mal ne lui soit fait seulement parce que c'est la fille du roi?

Elle se tourna vers lui, l'air ennuyée.

-Qu'insinues-tu, Runzak? lui demanta-t-elle impatiement.

-Je me le demandais, c'est tout, répondit-il en haussant les épaules. Peut-être éprouves-tu de tendres sentiments envers elle, Aerin?

L'elfe réagit au quart de tour. Elle se retourna brusquement et faucha les genoux de Runzak. Le gobelin se retrouva sur le dos, la botte d'Aerin exerçant une pression sur son torse. Celle-ci le regarda de haut avec dédain.

-Que les choses soient bien claires, Runzak. C'est à la demande du maître que je me suis rapprochée du roi et encore selon sa volonté que j'ai conçu cette enfant. Je te préviens, gobelin, le menaça-t-elle en transférant plus de poids sur sa botte. N'essaie plus jamais de penser pour moi, ne décide jamais de mes émotions à ma place. Je sais ce que je ressens, c'est-à-dire rien du tout. Tu ne réussiras jamais à convaincre qui que ce soit de ma soit-disant tendresse pour cette gamine. Surtout pas le maître, ajouta-t-elle.

Comme Runzak ouvrait de grands yeux étonnés, Aerin éclata d'un rire sombre. Elle appuya davantage sur sa victime, jusqu'à ce qu'il commence à suffoquer. Il eut cependant l'intelligence de ne pas essayer de se débattre.

-Allons, ne soit pas si surpris. Croyais-tu vraiment réussir à me dissimuler ton intérêt? Tu brigues ma position dans l'organisation, c'est évident comme le nez au milieu de la figure. Il serait fort agréable pour toi que le maître vienne à douter de mon allégeance...Mais laisse-moi te dire ceci: Je suis le bras droit du maître parce que je suis la meilleure. Le maître recevra le Coeur de l'Apocalypse et c'est moi qui la lui remettrai. Gare à toi si tu prends mon dos pour cible. Ce pourrait très bien être la dernière action de ta pathétique vie. Me suis-je bien fait comprendre?

Aerin se redressa et retira son pied, sans attendre de réponse. Runzak s'assit en toussant. L'elfe lui adressa un regard superbement hautain avant de quitter la pièce. Le gobelin se releva en jetant un regard noir à ses hommes, qui avaient suivi l'altercation avec un intérêt manifeste.

-Allons, bougez-vous! Portez les aux cellules! s'impatienta-t-il.

Melian ne se rendit même pas compte que l'on défesait ses liens. Elle avait l'impression que son coeur avait cessé de battre. Elle suffoquait. L'air restait bloqué dans ses poumons et la tête lui tournait. Aerin. Sa mère s'était trouvée dans la même pièce qu'elle. À quelques mètres seulement. Loin de la réconforter, cette rencontre lui avait fait l'effet d'un coup de poignard dans le ventre. Une douleur aigüe lui déchirait les entrailles et prenait toute la place.

L'adolescente sentit des bras la soulever doucement. Elle entendit sur sa gauche le même bruit de chaînes et en déduisit que Theran était emporté lui aussi. Elle se laissa aller et ne reprit conscience que lorsqu'on la déposa sur un matelas de fortune. Ne pouvant toujours pas bouger, elle ne pouvait distraire son esprit de la scène qui venait de se dérouler. Les paroles d'Aerin lui firent l'effet d'une douche froide. Elle aurait tellement voulu avoir pu ouvrir les yeux pour les poser sur cette femme qui lui avait donné la vie. Varian, Mathias, Keryn, Sloan, Doc et, à bien y penser, pratiquement tout le SI:7... C'était impossible, Aerin ne pouvait pas avoir berné tant de gens aussi facilement. Et puis il y avait la lettre. Cette lettre qu'Aerin lui avait laissée et que Melian avait déchiré en mille morceaux. Sa mère jouait double-jeu oui, mais pas en tant qu'ennemie. Elle avait du revenir au SI:7, Mathias lui avait parlé de leur disparition à elle et Theran et elle s'était mise en tête de les retrouver. Aerin feignait l'indifférence afin de leur éviter des ennuis à tous. Oui. Ce ne pouvait être que ça...Melian eut un coup au coeur en se demandant qui elle essayait de tromper. Son raisonnement n'expliquait pas pourquoi Aerin serait revenue juste au bon moment, comment elle aurait fait pour les retrouver aussi facilement ou pourquoi ses ravisseurs semblaient la connaître aussi bien... Melian ne savait pas combien de temps s'était écoulé depuis leur capture, mais elle ne croyait pas qu'un long moment ait passé. Sans qu'elle ne puisse se l'expliquer, elle avait le pressentiment que Mathias n'était même pas encore conscient de ce qui leur était arrivé.


Runzak s'avança et s'agenouilla brièvement devant son maître avant de se relever. Celui-ci l'avait fait quérir et le gobelin s'était empressé de répondre à la convocation. Le maître n'était pas patient. Mieux valait ne pas le faire attendre si l'on ne voulait pas s'attirer ses foudres. Runzak attendit en silence qu'il prenne la parole. Le maître se leva de son trône.

-Aerin m'a dit que tu avais accompli ta mission, commença-t-il. Et bien, il faut le dire.

-Quelle est la prochaine étape maintenant, maître?

L'homme sortit de l'ombre et s'avança dans la lumière. Il croisa ses mains derrière son dos et jeta un regard sévère à Runzak.

-Toi, tu retournes là-bas...

-Mais...hésita le gobelin, n'avions nous pas convenu de ma disparition?

-Tu n'as pas intérêt à m'interrompre lorsque je te parle! tonna le maître. Tu dois retourner auprès de Mathias. Il me faut quelqu'un sur le terrain pour observer sa réaction et diriger sa réflexion dans le sens qui nous convient le plus.

Runzak soupira. Il aurait préféré rester auprès du maître pour défendre ses intérêts, mais s'opposer à lui ne lui apporterait rien.

-Que voulez-vous que je fasse?

-Empêche Mathias de lancer une attaque ou de tenter une quelconque réponse armée contre nous. Incite-le à se...Non, finalement, dévoile-lui notre position, ainsi il ne doutera pas de ton allégeance. Il doit venir à nous pour que notre otage fasse effet. Je veux voir son expression si je saigne son fils sous ses yeux en cas de refus...

Runzak se garda bien de lui faire remarquer qu'il ne pourrait pas empêcher Mathias de faire quoique ce soit qu'il ait envie de faire. Le maître se fichait bien de savoir comme le gobelin allait s'y prendre, ce n'était pas son problème. Il voulait des résultats.

-Tu partiras demain. Dès que tu auras la confirmation de ses intentions, tu reviens me voir. Immédiatement. Maintenant retire-toi, je n'ai plus rien à te dire.

-Revenir? Ne vaudrait-il pas mieux que j'envoie un corbeau et que je reste là-bas pour...

-Nous avons fini!

Le gobelin serra les mâchoires, s'inclina de nouveau et recula de quelques pas avant de lui tourner le dos.


Maedhros fut étonné de voir à quelle vitesse se déplaçait le gnome malgré ses petites jambes. Il devait presque courir pour ne pas se laisser distancer. Il s'était présenté dans le bâtiment du SI:7, cherchant un moyen efficace d'atteindre le centre de cette organisation mystérieuse. Il avait croisé un gnome remontant du sous-sol. Celui-ci l'avait arrêté, un air sévère sur le visage. Maedhros, n'avait pas l'intention de perdre son temps, il mentionna le nom de Melian et narra les grandes lignes. Doc n'avait pas perdu de temps. Il ne conaissait pas ce jeune, mais quelque chose en lui dissipait ses doutes. Quelque chose de grave s'était produit. Il n'avait pas posé de question, son instinct lui dictant de le conduire auprès de Mathias le plus rapidement possible.

Le duo manqua de percuter Sloan au moment où ils tournèrent à une intersection. Celle-ci posa un regard étonné sur le chasseur et son fauve, qu'elle reconnu immédiatement.

-Qu'est-ce que...? commença-t-elle.

-Pas le temps, coupa Doc sans s'arrêter. Va chercher Keryn et Liandra. Dans le bureau de Mathias, maintenant.

Sloan haussa un sourcil avec circonspection mais ne répliqua pas. Elle repartit dans la direction opposée.

Doc et Maedhros, Sindar sur les talons, arrivèrent quelques instants plus tard devant le bureau du chef du SI:7. Liandra, Keryn et Sloan arrivèrent au moment où le gnome frappait à la porte, qu'il ouvrit sans attendre de réponse.

Mathias leva brusquement la tête et un air ahuri se peignit sur son visage lorqu'il vit débouler tout ce beau monde dans son bureau. Il se reprit toutefois très rapidement et retrouva l'expression autoritaire que tous lui connaissaient.

-Que signifie cette intrusion? demanda-t-il en se redressant.

Liandra vint se placer au côté de Mathias, en face du groupe, curieuse elle aussi de comprendre les raisons d'un tel empressement.

-Allez, fiston, fit Doc en poussant Maedhros au centre de la petite pièce, juste devant le bureau massif. Dit ce que tu as à dire.

Maedhros leva les yeux vers le chef du SI:7, cherchant les mots qui conviendraient à pareille situation. Il se présenta et se contenta des faits. Le chasseur raconta comment il avait trouvé leur campement, le rapt des deux adolescents et l'implication évidente du gobelin, celui qui se prénommait Runzak, selon Doc. L'annonce jeta un froid sur la petite troupe.

Mathias avait d'abord blêmit, puis il avait serré les poings en entendant le nom du gobelin. Il avait pris une grande inspiration pour conserver le sang-froid qui faisait de lui un chef si exceptionnel.

-Combien étaient-ils? demanda-t-il en braquant son regard sévère sur Maedhros.

Celui-ci n'en menait pas large. Il devait lutter pour garder son assurance en sentant ces cinq regards peser sur lui.

-Quatre, incluant Runzak. Un homme et deux orcs.

-Sais-tu où ils ont pu les emmener?

Maedhros avala difficilement sa salive avant de répondre.

-Non, je ne sais pas, je ne les ai pas suivis, ils étaient à cheval. Je n'aurais pas réussi à tenir le rythme de nuit.

Il s'empressa de continuer en voyant la lueur qui venait d'embraser les yeux émeraude de Mathias.

-Mais j'ai une amie fiable qui est sur leurs traces. Elle n'aura aucune difficulté à les pister. Quant à moi, je suis revenu le plus rapidement possible pour vous en informer.

Liandra posa une main sur le bras de son époux. Celui-ci sembla se calmer à son contact.

-As-tu remarqué quelque détail que ce soit qui pourrait nous permettre de les identifier? Dans leur façon de parler? D'agir? s'enquit-elle d'une voix douce.

-Rien d'évident. Ils n'ont pas échangé beaucoup de paroles. Mais il est certain que ce sont des gens bien organisés. Je ne crois pas que Runzak soit l'auteur de l'enlèvement, seulement l'exécuteur. Il semblait toutefois détenir un autorité sur les autres membres du groupe

-Pas de foulards oranges? insista Keryn.

Maedhros répondit par la négative.

-Le syndicat n'est donc pas responsable, avança Sloan.

-C'est vrai que cette bande s'arrange toujours pour se faire connaître, maugréa Doc.

-Mais selon moi, continua-t-elle sans tenir compte de l'interruption, les vrais coupabes se désigneront bientôt. S'ils avaient voulu tuer Melian et Theran, ils l'auraient fait et c'est tout. Ils doivent avoir une idée derrière la tête. Une demande de rançon, peut-être.

-Ce qui expliquerait tout à fait pourquoi ils s'en s'ont prit à Theran, appuya Doc en hochant la tête. Pas de cible qui possèdent une plus grande valeur.

Liandra et Mathias échangèrent un regard indéchiffrable. Ce dernier prit la parole.

-Je suis d'accord avec Sloan, commença-t-il en posant ses mains sur son bureau. Nous ne devrions pas tarder à recevoir un signe de la part de leurs ravisseurs. Il est fâchant de l'admettre, mais, n'ayant aucune indication sur le lieu d'où ils opèrent, nous n'avons d'autre choix que d'attendre et d'espérer. Ils sont en position de force. Pour le moment.

Il crispa la mâchoire et son regard se durcit.

-Mais si les jeunes ont été maltraités, je fais le serment qu'il n'y aura pas de répit ni dans ce monde ni dans l'autre pour leurs ravisseurs. Nous les frapperons. Plus violement qu'ils n'auraient pu l'imaginer. Ils tomberont le visage dans la poussière, glacés d'effroi. Nos lames seront le chant du sang, une promesse de mort pour les chiens qui auront osé lever la main sur eux.

Maedhros sentait tellement de force dans ces paroles, dans l'approbation silencieuse qui se dégageait des combattants présents, qu'il ne pu s'empêcher de frissonner.

Les ravisseurs venaient de commettre une énorme erreur.

Une erreur dont ils ne se doutaient pas.

Une erreur dont ils ne pourraient seulement qu'entrevoir l'énormité.

Mathias reprit la parole.

-Toi, fit-il à l'intention de Maedhros. Je veux que tu reviennes nous prévenir quand ton amie seras revenue. Immédiatement. Compris? Je laisserai quelqu'un de confiance près de l'entrée.

Maedhros hocha la tête. Cet ordre ne souffrait pas de contradiction. Mathias se tourna ensuite vers ses lieutenants.

-Il va sans dire soit que j'attends de vous que vous n'ébruitiez pas l'affaire, pas pour l'instant du moins. Je me fais bien comprendre? Nous ne savons si d'autres traîtres rôdent parmis les membres du quartier général. Il ne faut pas les mettre sur leurs gardes.

Ils répondirent dans un ensemble parfait par un signe de tête.

-Doc, je voudrais que tu reconduises Maedhros jusqu'à la sortie. Tu reviendras ensuite ici. Nous devons nous préparer au mieux de nos connaissances pour affronter ce qui se présentera.

-Bien.

Doc tourna les talons et sortit dans le couloir. Maedhros hésita un instant avant de le suivre. Il aurait voulu rester, mais il savait qu'il ne pourrait rien apporter de plus au SI:7. Il s'empressa de suivre Doc, qui avait pris un peu d'avance. Ils empruntèrent plusieurs tunnels et dans le dernier, juste avant d'atteindre l'escalier montant à la trape, le gnome s'immobilisa. Si brusquement que Maedhros, pourtant fier de ses réflexes, failli le percuter.

Doc n'y prêta pas attention. Il venait d'entendre un grincement. Comme celui que faisait leur entrée dérobée. Quelqu'un allait descendre dans les dédalles sous peu et le gnome sentit qu'il vallait mieux éviter de dévoiler leur présence ou, tout au moins, celle de Maedhros. Il s'empressa de conduire l'elfe et son fauve dans un couloir transversal pile au moment où la trappe se refermait. Ils attendirent en silence, puis constatèrent que les pas se dirigeaient vers eux. Doc fit signe à Maedhros d'attendre puis partit à la rencontre de l'individu.

Heureusement pour eux tous, Doc était un voleur expérimenté, bien que volubile et faisant preuve d'un entrain peu coutumier chez ses pairs, qui savait faire preuve de finesse. Cette expérience lui fut bénifique lorsqu'il tomba nez à nez avec Runzak. Dans son esprit défilèrent la surprise, la déception, la colère et surtout, une furieuse envie de dégainer ses dagues. Sur son visage, seule parut la surprise. Les autres restèrent dans son esprit.

-Runzak?

Il ne lui fut pas difficile de paraître étonné. Après tout il l'était réellement. Même si ce n'était probablement pas pour la raison que Runzak croyait.

-Doc! s'exclama-t-il, sans se douter le moins du monde des efforts que le gnome faisait.

Apparament, le gobelin aussi se maîtrisait parfaitement. Doc aurait cru à l'inquiétude qu'il pouvait lire sur son visage s'il n'avait pas appris la vérité grâce à Maedhros. Il jura intérieurement à cette pensée et joua le jeu.

-Que fais-tu ici? demanda-t-il. N'étais-tu pas en route pour Ravenholdt avec Melian et Theran? Où sont-ils d'ailleurs?

-Je dois aller voir Mathias! Il s'est passé quelque chose de terrible, mon ami.

Doc sauta sur l'occasion.

-Laisse-moi t'accompagner, il vient de convoquer une réunion dans son bureau. Il veut les derniers rapports de missions.

-Très bien, mais hâtons-nous. Je crains que notre temps ne soit compté.

«Le tiens, c'est certain» pensa Doc.

Il conserva son air alarmé et emboîta le pas au gobelin. Il se retourna plusieurs mètres plus loin et fit un discret signe de la main à Maedhros, qui avait prudement jeté un regard dans leur direction. L'elfe ne pouvait plus rien faire pour l'instant et traîner dans les souterrains ne ferait que nuire au SI:7. Il devait sortir au plus vite.


Runzak n'avait rien dit de plus, se contentant d'avancer d'un pas vif tout en conservant son air alarmé. Doc le suivait, veillant à ne pas se laisser distancer. Ils arrivaient près de la porte du bureau de Mathias lorsque le gnome fut pris d'une quinte de toux. Runzak le regarda avec étonnement alors que Doc s'exusait en se râclant bruyament la gorge. Le gobelin se détourna, cogna à la porte et l'ouvrit sans attendre, confiant que l'urgence de la situation lui en donnait le droit.

-Merci Keryn. Sloan, j'aimerais avoir ton rapport concernant le ravitaillement de l'unité...

Mathias s'interrompit et posa son regard sur le gobelin.

-Runzak? s'étonna-t-il. Que fais-tu ici? N'étais-tu pas déjà en route?

Le gobelin s'avança. Il ne vit pas dans son dos le clin d'oeil discret que Keryn adressa à Doc. Le gnome, par sa rapidité d'esprit, venait d'éviter que Runzak comprenne qu'ils étaient au courant de son implication, un problème qui aurait été bien ennuyeux.

-Je crains d'avoir de mauvaises nouvelles pour vous, chef.

-Parle, alors, le pressa Mathias. Ne perd pas de temps.

-Une embuscade! s'exclama Runzak.

Le mot eut l'effet escompté. Tous jouèrent leur rôle à la perfection. L'incrédulité se posa sur les traits de leurs visages. Le gobelin n'y vit que du feu, il continua.

-Les deux petits ont été enlevés, je n'ai rien pu faire, gémit-il.

-Raconte, ordonna Mathias.

Il s'était raidi. Il y avait tant de force et d'autorité dans ce seul mot que Runzak se sentit presque écrasé. Il fit un pas en arrière avant de se ressaisir.

-Nous avions monté le camp pour la nuit. C'était mon tour de garde. J'avais vérifié les alentours du camp lorsque j'ai entendu du grabuge. Je me suis dépêché pour retourner auprès des jeunes, mais j'arrivais trop tard. Un orc chargait Melian sur son épaule alors qu'un humain assommait Theran. J'ai voulu intervenir mais j'ai été assailli sournoisement. Je suis revenu à moi au matin...

-Étonnant qu'ils t'aient laissé en vie, intervint Liandra

-J'étais surpris moi aussi, admit Runzak sans se laisser démonter. Mais j'ai immédiatement mis à profit cette chance. Je les ai pistés jusqu'à leur repaire, une grotte dans les Paluns.

À ses mots, Mathias se redressa, réellement alerte. Il ne s'agissait plus ici de faire semblant, les prochaines informations pourraient être capitales.

-Qui sont-ils selon toi? En aurais-tu une idée?

-Malheureusement non. Mais j'ai vu qu'ils ménageaient les deux jeunes. L'option la plus probable pour l'instant me semble être une demande de rançon.

Mathias aquiesça.

-C'est aussi mon avis.

«C'est ici que ça se complique» pensa Runzak.

Il était en effet dans une position délicate. Il pouvait suggérer une tentative d'infiltration pour sauver Melian et Theran, mais n'étant pas en mesure de commander Mathias et ne faisant pas partie de ses lieutenants, il ne pourrait pas influencer la décision. Runzak tenta tout de même sa chance.

-Pourquoi attendre? Tentons de les prendre de court. Il n'y a dans cette pièce que des gens extrêmement doués dans ce qu'il font. Une infiltration ne saurait pas au-dessus de nos moyens.

-C'est vrai, fit Mathias en hochant la tête. C'est une option envisageable.

Runzak sentit son souffle s'emballer. C'était parfait, le plan se déroulait comme prévu. Le reste des mots de Mathias lui fit l'effet d'une douche froide.

-Toutefois, je ne me risquerai pas à faire le premier geste. Un seul faux pas et c'en est fait de Melian...et de mon fils, acheva-t-il en regardant Runzak dans les yeux.

-Mais chef, commença ce dernier. En faisant ainsi vous prenez le risque de les laisser s'organiser et...

Le dirigeant du SI:7 leva brusquement la main pour l'empêcher de continuer.

-Ils sont déjà organisés pour avoir osé un tel geste.

-Mais...

-Assez! tonna Mathias. Je ne les mettrai pas en danger en lançant une mission empressée et irréfléchie. C'est trop risqué. Nous allons attendre un signe de leurs ravisseurs. Ma décision est sans appel, est-ce clair?

Dans un bel ensemble, toutes les personnes présentes hochèrent la tête.

-Bien, déclara Runzak, signe qu'il rendait les armes.

Il inclina brièvement la tête avant de sortir du bureau sur un signe de Mathias. Lorsqu'il fut parti, Doc se déplaça et s'adossa à la porte. Il entendait les pas de Runzak, qui s'éloignait. Il fit un signe de tête à Mathias pour lui signaler que la voie était libre. Il resta toutefois près de la porte, juste au cas où...

-Si tu nous partageais maintenant le fond de ta véritable pensée? demanda Keryn.

-Préparons-nous à partir. Il faut être prêts le plus tôt possible.

-Tu crois que nous devrions tenter l'infiltration?

Mathias se tourna vers Liandra, qui venait de parler.

-Oui, pour plusieurs raisons. Premièrement, cela me semble être la chose la plus censée à faire, sinon nous risquons de nous embourber dans des négociactions qui, en aucun cas, ne tourneraient en notre faveur. C'est probablement ce que son maître a anticipé comme réaction. D'où la prudente insistance de Runzak. Notre meilleure chance dans ce cas est de tenter de déjouer leur anticipation. Nous allons faire ce qu'ils attendent de nous, mais sans qu'ils ne l'aient vu venir.

-C'est pourquoi tu as afirmé à Runzak que nous ne bougerions pas, compléta Sloan. En lui faisant croire que nous n'avions aucunement l'intention de réagir, que nous nous contenterions d'attendre, tu nous as ménagé une fenêtre de temps non négligeable et, qui plus est, donné l'avantage de la surprise.

-Exact, confirma Mathias. Peut-être son chef était-il préparé à notre venue, mais ce ne sera plus le cas maintenant.

Doc intervint à son tour.

-Peut-on vraiment faire confiance à Runzak en ce qui concerne le lieu de leur repaire? Car si nous devons y aller, nous devons être certains qu'il s'agit du bon endroit et pas d'un piège.

-Je n'ai presqu'aucun doute.

-Pourquoi ça? s'enquit Keryn

-Simple intuition, répondit Mathias. Supposons que l'organisateur de tout ça prévoyait une réaction immédiate, ce qui est probablement le cas. Ç'aurait été dans le but de nous attirer à lui, et comment s'assurer que nous le retrouvions si nous étions lancés sur une fausse piste? Ce qui soulève un problème, car ce plan démontre sa confiance envers sa force de frappe et la compétence de ses troupes.

Mathias fit quelques pas dans la pièce, les mains derrière le dos.

-Mais supposons que nous avions choisi d'attendre, reprit-il. Même en ne prenant pas les armes contre eux, un éclaireur du SI:7 envoyé en reconnaissance aurait trouvé l'endroit, ou ne l'aurait pas trouvé, si c'était une fausse indication. C'est une information trop facile à vérifier pour que leur maître prenne le risque de mentir. Je ne sais pas encore de qui il s'agit, mais cette personne ne semble pas faire les choses à moitié. Elle est déterminée et ne laissera pas les choses au hasard, à moins d'y être contraint. J'en suis presque certain. Toutefois je te demanderai de suivre Runzak, Keryn. Il devra rapidement faire parvenir l'information à son chef. En refusant de mordre à l'appât, nous avons très certainement dérangé ses plans. Dès que Runzak bouge, tu le suis, Keryn. La troupe qui sera impliquée dans cette infiltration sera une demi-journée derrière toi. N'entre pas dans le repaire ennemi, arrête-toi à une distance que tu jugeras raisonnable et sécuritaire. Profites-en aussi pour faire une reconnaissance des lieux, si cela ne mets pas en péril le déroulement de la mission. En aucun cas ils ne doivent avoir le temps de se préparer à notre venue.

-Combien serons-nous? lui demanda-t-elle. Je comprends bien que le succès de cette mission repose sur la discrétion dont nous allons faire preuve: une troupe trop nombreuse nous trahirait. Mais c'est une bande organisée que nous allons infiltrer. Une bande dont nous ignorons le nombre, mais qui doit compter quantité d'individus dans ses rangs.

-Tout à fait, répondit Mathias. C'est pourquoi je n'enverrai pas n'importe qui. Toi, Doc et Sloan irai là-bas...

-Seulement? s'étonna le gnome.

-Amber et Rell ont toute ma confiance, ils en sont aussi, continua Mathias sans tenir rigueur au gnome de son interruption. Six devraient être suffisants. Les six meilleurs.

-Ça ne fait que cinq, que je sache, déclara Sloan.

Mathias roula des épaules et pencha la tête sur le côté, faisant craquer ses cervicales pour détendre sa nuque. La détermination vibrait dans chaque fibre de son être lorsqu'il parla.

-Est-il vraiment nécessaire de préciser que je viens aussi?

-Non, répondit Sloan, une flamme brillant dans ses yeux cuivrés. Mais je voulais te l'entendre dire.

-Pourquoi pas sept? intervint Liandra en s'approchant de Mathias.

-Je préfère que tu restes ici, répondit-il tout en se préparant à l'assaut qui allait suivre.

Elle ouvrit la bouche, puis la referma. Un air combatif apparut sur son visage.

-Écoute-moi bien, Shaw, menaça-t-elle en lui enfonçant un index accusateur dans la poitrine. Je n'oublie pas que tu diriges cette organisation, mais toi n'oublie pas que je suis ta femme, et que je suis aussi douée que n'importe qui dans cette pièce! Et finalement, n'oublie pas qu'il ne s'agit pas uniquement de ton fils, Mathias, mais aussi du mien. Notre fils. Je refuse d'être laissée en arrière alors qu'il a besoin de nous!

Mathias regarda tendrement Liandra avant de répondre. Ce petit bout de femme faisait bien une bonne tête de moins que lui. Fine et délicate, elle l'avait séduit par son caractère affirmé. Il adorait quand elle prenait cet air pour le regarder. Elle levait la tête mais gardait les paupières mi-closes, de sorte qu'elle donnait l'impression de le regarder de haut, malgré leur différence de taille.

-Tu n'est pas laissée en arrière, j'ai besoin de quelqu'un de fort en qui j'ai confiance pour gérer le SI:7 en mon absence.

Liandra soupira, mais n'ajouta rien, sachant que la décision de son époux était prise. Mathias l'attira à lui, dans un geste qu'il ne se permettait normalement pas en public, et la serra dans ses bras.

-Je veux revoir mon fils, murmura-t-elle, lovée contre lui.

-Nous le ramènerons, je te le promets.

-Je ne voudrais pas faire le casse-pied, reprit de nouveau Doc, hésitant, mais comment pouvons-nous savoir que Runzak ira voir son maître en personne plutôt que de lui envoyer un message?

-Mon intuition, affirma Mathias. Nous avons changé leurs plans, Runzak devra recevoir de nouvelles directives et il serait trop risqué de lui envoyer un message alors qu'il se trouve parmis nous.

-Donc, nous basons notre opération sur des intuitions et des impressions?

-Exact.

D'autres auraient peut-être douté, ou encore auraient rit, mais dans la salle, seule la confiance irradiait. Parce que chacune des intuitions de Mathias, puisant dans une logique implacable, prenaient des accents de conviction. Chacune. Sans exception.