Bonjour chers lecteurs qui seraient encore éventuellement dans le coin. Les cours, les exams de fin d'année, ainsi que les trois semaines de rattrapage suite à une grève étudiante (ainsi que le stress accompagnant lesdits cours/exams/rattrapage) étant terminés, je me concentre à nouveau sur l'écriture de ma fic. Je vous présente donc le chapitre 23, après une (autre) longue absence. J'espère qu'il vous plaira!


Theran s'assit en serrant les dents. Son corps entier était douloureux et semblait peser une tonne. Ses mouvements, même les plus petits, exigeaient un effort qui lui semblait presque insurmontable. Il cligna plusieurs fois des yeux pour en chasser la fatigue. Il n'avait absolument aucun idée d'où il se trouvait, encore moins pourquoi il y était. Il frissonna. L'humidité ambiante le glaçait jusqu'aux os. Theran fronça les sourcils, essayant de se remémorer les derniers évènements, en vain. Il distingua peu à peu le contour de ce qui l'entourait, c'est à dire presque rien. La paillasse sur laquelle il reposait était la seule chose que contenait la geôle où il était retenu.

Trois des murs de la cellule étaient forgés, barreaux de fer aussi glacés et durs que le quatrième côté, paroi pierreuse de ce qui semblait être une grotte naturelle. Theran tourna doucement la tête. Sa nuque était raide mais il n'en tint pas compte. La cellule à sa gauche était vide, du moins c'est ce qu'il supposait car sa vue n'avait pas encore retrouvé toute son accuité. Il tourna la tête à droite, vers l'autre geôle qui jouxtait la sienne. Un bruit de respiration lui parvint. Theran se leva difficilement et s'approcha en titubant. Il se laissa choir contre les barreaux et s'affaissa. Il distingua une silhouette adossée contre le mur de la grotte, une jambe étendue et l'autre repliée devant elle, le bras appuyé sur son genou. Elle tourna la tête dans sa direction.

-Tu viens de te réveiller?

Theran fronça les sourcils.

-Melian? Où sommes-nous? Que s'est-il passé?

Elle détourna la tête et regarda droit devant elle sans répondre.

-Melian? insista-il.

Toujous aucune réponse. Theran se prit la tête à deux mains, essayant de se remémorer les évènements précédant son réveil. Il avait l'impression qu'on lui avait enfoncé des clous dans le tempes, mais il se força à réfléchir sans en tenir compte. Soudainement, comme un barrage qui cédait, les images lui revinrent clairement à l'esprit. Les Paluns. Ils avaient atteint les Paluns. Le groupe avait monté le camp pour la nuit et Theran se tenait près du feu avec Melian lorsque celle-ci avait reçut une fléchette avant de s'effondrer. Il n'avait pas eu le temps de réagir. C'était étrange, Runzak devait monter la garde et...

-Melian? dit-il en retentant sa chance. Où est Runzak? Tu sais ce qui lui est arrivé?

Elle se décida à répondre, au grand soulagement de Theran.

-Je ne l'ai pas vu, mais je l'ai entendu. Crois-moi, il ne lui est rien arrivé. Rien de mal, du moins. Je ne sais pas où il est, mais je savais qu'il était là, tout près, il n'y a pas si longtemps.

Elle se tut. Incertain des implications que cela entraînait, il essaya d'obtenir des précisions.

-Que veux-tu dire? Comment sais-tu qu'il était là si tu ne l'as pas vu? Et «là», c'est où exactement?

Melian soupira longuement avant de répondre.

-Les choses sont plus compliquées qu'il n'y paraît. Je suis revenue à moi avant qu'ils ne nous transfèrent dans ces cellules. Ne me demande pas qui sont ces «ils», je ne sais pas encore. Bref, j'ai repris connaissance, incapable de bouger ou d'ouvrir les yeux, mais tout de même éveillée. Nous étions probablement enchaînés sur des tables, dans une pièce quelconque. C'était tout de même à notre avantage: je crois qu'ils s'attendaient à ce que nous soyons toujours inconscients. Ils n'ont pas fait attention, j'ai réussi à écouter leur conversation.

-Qu'as-tu appris?

-Pas grand-chose, chuchota-t-elle pour éviter que Theran remarque que sa voix se brisait. Runzak n'est pas le chef. Mais il a autorité sur quelques personnes, d'après ce que j'ai compris. Il a demandé à l'une d'elle d'aller chercher le bras droit de leur chef pour lui montrer qu'ils avaient réussi leur tâche. Notre capture, à ce qu'il semble. On dirait par contre que Runzak le déteste profondément et voudrait avoir sa place auprès de leur chef. Il l'a provoqué et semble s'être fait sérieusement remettre à sa place. Là, le bras droit à laisser échapper une phrase qui semble importante: «Le maître recevra le Coeur de l'Apocalypse et c'est moi qui la lui remettrai».

-Le Coeur de l'Apocalypse?

-Tu sais ce que c'est?

-Non, aucune idée, mais avec un nom pareil ça n'augure rien de bon.

-De la façon dont le bras droit l'a balancé, on aurait dit que c'était le but final d'un de leur plan, hors, à son arrivée, il a dit à Runzak et aux autres de faire particulièrement attention à toi, que c'était sur toi que reposait leur prochain plan d'action. Mais franchement, plus j'y pense, moins je vois comment tu peux y être relié. Le Coeur de l'Apocalypse...Le. Pourtant, le bras droit a dit que c'était lui qui la remettrait à son maître.

Theran hocha la tête, pensif.

-Y a-t-il autre chose que tu as entendu? Quelque chose d'autre qui pourrait être utile?

-Non.

Melian n'ajouta rien mais Theran savait bien que ce n'était pas tout.

-Qu'as-tu appris? dit-le moi, Melian.

-Aerin...

-Tu as entendu son nom dans la conversation? s'étonna-t-il.

Theran avait évidement entendu parler d'Aerin par ses parents. Et comme tout le monde, il n'avait aucune idée de ce qui était advenu d'elle.

-Elle est ici, Theran, murmura Melian. Ma mère est ici.

-Mais c'est génial ça! Avec elle, il ne fait aucun doute que nous allons sortir d'ici.

Melian se contenta de secouer la tête, trop occupée à retenir ses larmes pour répondre. Se méprenant sur ses sentiments, Theran essaya de se faire rassurant:

-Ne t'en fais pas, dit-il doucement. Nous allons nous en sortir, tu verras.

-Tu ne comprends pas...hoqueta Melian. Elle n'est pas dans ces geôles.

L'adolescent senti un frisson lui parcourir l'échine, un frisson qui n'avait rien à voir avec le froid.

-Tu veux dire qu'elle...

-Elle est avec eux, Theran, le coupa Melian. Dans leur camp.

-Es-tu certaine qu'elle soit de leur côté? demanda-t-il après un moment. Elle pourrait très bien le leur faire croire...

-C'est ce dont je tente de me convaincre depuis une bonne heure. Mais pourquoi? Pourquoi agirait-t-elle ainsi? Je veux bien croire que c'est pratique d'infiltrer ses ennemis pour en apprendre davantage. Mais cela dure depuis seize ans. Seize ans, Theran! Qu'est-ce qui justifierait qu'elle...

Sa voix se brisa. Theran du admettre que Melian avait probablement raison. Aerin avait trahi, mais dans quel but? Mathias devait être prévenu de la situation. Dans leur position actuelle, c'était chose impossible. Pour le moment.

-Nous allons trouver un moyen de prévenir mon père, affirma Theran. Ou du moins, il nous faut gagner du temps: il finira bien par se rendre compte que nous sommes partis depuis bien trop longtemps. Combien de jours se sont écoulés selon toi depuis notre enlèvement?

-Je n'en ai aucune idée Theran. Je ne sais pas où nous sommes, ni combien de jours il leur a fallu pour nous mener ici. Ils peuvent très bien nous avoir gardés inconscients jusqu'à notre arrivée et si je me fie à la raideur de mes mouvements, c'est probablement le cas.

Theran se renfrogna.

-Il ne nous reste plus qu'à attendre, alors, maugréa-t-il.

À ce moment, le bruit d'une lourde porte pivotant sur ses gonds se fit entendre. Les deux adolescents tournèrent la tête en direction des quelques marches qu'ils pouvaient distinguer. Une lumière vive dansa sur les murs du tunnel, suivie par des bruits de pas. Apparurent bientôt deux hommes. L'un d'eux atteignait probablement la quarantaine. Ses cheveux sombres étaient ras, ses yeux étaient noirs comme le charbon. Du moins, avaient du l'être. Si le gauche avait un aspect normal, le droit était d'un blanc laiteux. Une cicatrice en partait et descendait jusqu'à sa lèvre supérieure, figeant sa bouche en un rictus peu rassurant. Lorsqu'il parla, une voix basse et dénuée de toute émotion résonna dans la petite grotte.

-Dépêchons-nous, je n'ai pas de temps à perdre avec ces futilités.

-Futilités? répondit l'autre d'un ton moqueur. En quoi est-ce futile de tenir en vie les prisonniers dont nous avons tant besoin?

Melian eut un frisson en entendant la voix de celui qui venait de parler. Elle était prête à parier que c'était cet homme qui l'avait...fouillée. Elle l'observa attentivement. Plus jeune que son compagnon, il semblait être dans la vingtaine. Il avait une carrure athlétique, des cheveux châtains et ses yeux bleus avaient la couleur de la mer. Il aurait pu être séduisant s'il n'inspirait pas à Melian un tel dégoût. Un clin d'oeil entendu de sa part vint confirmer ce sentiment.

-Commençons par le gamin, ordonna l'autre sans tenir compte de la question.

Il s'approcha de la geôle de Theran et s'agenouilla. Il déverouilla une petite section tout au bas de la porte. Le plus jeune s'approcha avec un plateau qu'il glissa par l'ouverture. Ils firent de même pour Melian puis s'en allèrent sans plus de façon. Après leur départ, elle baissa les yeux vers le plateau. Un peu d'eau, un morceau de pain sec et un ragoût à l'apparence assez douteuse.

-C'est mieux que rien, j'imagine, lâcha Theran, sceptique lui aussi.

-Comment peut-on être certains qu'il n'y a rien là-dedans?

Theran haussa les épaules.

-On ne peut pas. Enfin, une chose est sûre: il n'y a rien de dangereux là-dedans. Ils n'ont aucune raison de vouloir nous tuer. Pour l'instant, du moins. Peut-être une drogue, ajouta-t-il après un instant de réflexion, pour nous garder tranquilles et nous empêcher de faire trop de bêtises. On verra bien.

-De toute façon, on n'a pas trop le choix. C'est soit avaler ça soit mourir de faim. Et je n'ai auncunement l'intention de me laisser mourir ici.

-Je suis content de te voir déterminée, parce que je crois que je sais comment on pourrait sortir d'ici, annonça Theran.

Melian se retourna vers lui.

-Tu as déjà une idée? s'étonna-t-elle.

-Ce n'est qu'une ébauche, il me reste plusieurs points à véréfier, mais oui, la base est là.

Ils avaient baissé le ton par précaution. Melian s'était rapprochée de la cellule de Theran.

-Que devrons-nous faire? chuchota-t-elle.

-Je dois te demander quelque chose avant. L'un des deux hommes, pas le plus vieux, l'autre. Tu l'as reconnu?

-Je pense avoir déjà entendu sa voix, oui. Quand nous nous sommes fait fouillés avant d'être descendus aux cellules il m'a...touchée. Je suis prêtre à parier que c'est lui.

Theran hocha la tête.

-Je m'en doutais. J'ai vu sur ton visage que tu ne l'aimais pas quand il est entré. Enfin, c'est certain qu'on ne les apprécie pas, mais tu avais l'air d'avoir une raison de plus d'épprouver de l'aversion pour lui. Et ça s'est vu aussi dans ses yeux. Sa façon de te dévorer du regard...

Il serra les poings pour contenir sa colère.

-On aurait dit qu'il était prêt à te sauter dessus. Et je suis sûr qu'il le fera, ajouta-t-il en fixant Melian.

-Je te vois venir Theran et je n'aime pas ça. Pas du tout. Mais si c'est le seul moyen dont nous disposons...

-Il ne pourra pas se retenir. Il va redescendre ici un soir. Et comme des barreaux ne sont pas propices aux rapprochements...

-Il entrera dans ma cellule, le coupa-t-elle. Cela impliquera qu'il aura les clefs avec lui.

-Et c'est là que tu devras jouer le bon rôle. Il ne faut pas qu'il soit sur ses gardes. Nous ne savons pas quel genre de combattant il est, mais je doute que dans ton état tu arrives à terrasser un guerrier en pleine possession de ses moyens. Nous ne pouvons pas prendre ce risque.

-Alors tu veux que je me laisse faire...

Melian frissonna.

-Ç'a n'ira pas loin. Pas autant qu'il le voudrait. Donne seulement l'impression de te laisser faire et ce sera parfait. S'il est concentré sur...autre chose, tu pourras plus aisément le déjouer.

-Je vois, fit Melian en hochant la tête. Ça peut marcher. Mais après? Si nous réussissons à sortir de ces geôles?

-Ça, c'est le point auquel je n'ai pas encore trouvé de solution. Nous n'avons aucune idée de la configuration des lieux. Sortir d'ici sans être vus va relever de l'exploit.

-Nous y arriverons.

-Je l'espère bien; ce sera notre seule chance. S'ils nous retrouvent avant que nous ayons pu partir... Encore une fois, je ne crois pas que nos vies en seraient menacées, mais tenir cette supposition comme un fait acquis serait complètement stupide. Nous ne devons pas pousser trop loin cet avantage.

Ils continuèrent leur repas en silence, aucun d'eux n'osant plus parler de peur de briser leur fragile espoir.


Mathias faisait les cents pas dans son bureau. Liandra le regardait aller et venir avec un air soucieux.

«On dirait un lion en cage»

Doc, Sloan et Keryn avaient quitté la pièce. Cette denière s'était immédiatement mise en quête du gobelin, déterminée à ne pas le lâcher d'une semelle. Les deux autres devaient avertir Amber et Rell que Mathias avait à leur parler immédiatement.

-Mathias?

Il continua ses allées et venus sans réagir. Liandra poussa un soupir exaspéré en se levant. Elle alla se placer sur son chemin pour le forcer à s'arrêter.

-Dis-moi à quoi tu penses, exigea-t-elle.

Mathias secoua la tête.

-Ce n'est rien. J'ai seulement peur que...

Un coup frappé à la porte le fit s'interrompre.

-Entrez, dit-il en se retournant.

Liandra fronça les sourcils. La dernière phrase de Mathias lui restait en tête. Un mot en particulier. Peur...Mathias Shaw était un homme d'exception, capable de garder la tête froide en toute circonstance. Bien sûr, il lui arrivait de ressentir de l'anxiété ou de l'inquiétude face à certaines situations, il restait humain après tout. Mais jamais elle ne l'avait entendu utiliser le mot peur pour parler de ses impressions. Jamais. Ça ne prévoyait rien de bon. Et si c'était de mauvais augure pour Mathias, ils devraient tous craindre la suite. Liandra regardait Mathias alors qu'il expliquait la situation à Amber et Rell.

«Il sait quelque chose que nous ignorons. Mathias, que voulais tu me dire?»

Elle se promit de lui demander lorsqu'ils auraient un moment.

-Merci d'être venus aussi rapidement, commença-t-il.

-C'est normal, répondit Rell avec son calme habituel. Sloan avait réellement l'air inquiet. Comme vous.

-Il s'est passé quelque chose de grave, n'est-ce pas?

Mathias hocha la tête en réponse à la question d'Amber. L'agente du SI:7 avait un tempérament bien trempé et une attitude volontaire. L'elfe, plus discret et effacé que sa partenaire, préférait l'observation à la parole, mais malgré leurs différences, Amber et Rell formaient un duo très efficace sur le terrain.

Il les mit au courant de ce qui s'était dit lors de sa réunion avec ses lieutenants. Les dernières informations et les plus récents détails furent partagés avec le duo.

-Puisque nous les avons très certainement forcés à changer leurs plans, il est peu probable que Runzak reste dans les parages longtemps encore. Il va devoir avertir son chef au plus vite, et pour cette raison, je vous veux prêts à partir demain matin, au plus tard. Ne vous éloignez pas entre-temps.

-Nous serons préparés! affirma Amber avec l'aplomb que tous lui connaissaient.

Mathias hocha la tête, satisfait.

-Bien. Vous pouvez partir, maintenant. Je vous aviserai immédiatement lorsqu'il y aura du mouvement.

Après que les deux agents eurent quitté la pièce, Mathias se tourna vers Liandra, qui l'attendait, appuyée contre son bureau, les bras croisés.

-Tu n'as pas tout dit Mathias. Tu détiens une information que nous ne possédons pas.

C'était clairement une affirmation, pas une question, aussi se contenta-t-il d'attendre la suite.

-Pourquoi la garder secrète?

-Il serait dangereux d'en parler.

-Et à moi? Tu pourrais me le dire. Si ça concerne Theran, Mathias, tu ne peux pas me garder dans l'ignorance.

-Il est encore trop tôt, je ne suis certain de rien. Je n'ai que des soupçons, rien de concret. Et s'il s'agit d'une fausse piste, je ne nous induirai pas tous en erreur.

Liandra soupira.

-Si tu crois que c'est la meilleure chose à faire...

-J'en suis persuadé. Si mes soupçons se concrétisent, tu seras la première informée.

Elle secoua lentement la tête, convaincue qu'elle n'en saurait pas plus tant que Mathias ne l'aurait pas décidé.


-Pourquoi tu me regardes comme ça, Theran?

Les jambes écartées et les pieds pointés, l'adolescente était face contre terre, les bras allongés devant elle.

Theran, dans la cellule voisine, haussa les épaules, avant de réaliser que Melian n'avait pas vu son mouvement. Il répondit.

-Je ne comprends juste pas à quoi ça te sers.

Melian se redressa et le regarda, un sourcil relevé.

-Je n'ai aucune idée du temps qu'on passera ici. Je n'ai pas envie de rouiller et de perdre la forme.

-Ce n'est pas pour ça que tu fais ces étirements. C'est pour éviter de penser à ta mère.

-Et ça fonctionnait très bien avant que tu ne me le rappelle!

-Vraiment? lâcha Theran d'une voix dubitative.

Melian interrompit le mouvement qu'elle avait amorcé.

-Non, d'accord, ça ne fonctionnait pas du tout en fait, avoua-t-elle. Theran! ajouta-t-elle en voyant son ami ouvrir la bouche, j'apprécie ta sollicitude, mais je ne veux pas en parler.

Il leva les mains à hauteur d'épaules.

-Très bien! Je n'insiste pas alors.

-Merci.

Ils n'ajoutèrent rien d'autre. Ce fut Melian qui brisa le silence qui s'était installé.

-Crois-tu qu'ils se sont rendu compte de notre disparition?

Theran haussa les épaules.

-Je ne sais pas combien de temps s'est réellement écoulé depuis notre départ. Mais je suis sûr que lorsqu'ils le sauront, nous ne resterons pas longtemps à moisir ici, et alors...

Il s'interrompit et tourna la tête en direction de l'entrée, imité par Melian. Une porte claqua et de nombreux bruits de pas se firent entendre dans les escaliers. Les deux adolescents se levèrent, sur leurs gardes. Ils reconnurent les deux hommes chargés de leur aporter leurs repas. Mais cette fois, aucun ne portait de plateau. Le plus jeune transportait d'encombrantes chaînes qui semblaient plutôt lourdes. Une troisième personne descendit les dernières marches. Aerin.

-Allez-y, ordonna-t-elle aux deux hommes d'une voix dénuée d'émotion. Ne perdons pas de temps.

Ils avançèrent immdiatement en direction de la cellule de Melian. Celle-ci fronça les sourcils. Elle recula jusqu'au fond, méfiante.

-Que faites-vous? s'inquiéta Theran.

Aerin ne lui jeta même pas un regard. L'homme à la cicatrice dévérouilla la porte de la cellule et avança à grands pas vers Melian. La voleuse se tenait prête. Lorsqu'ils fut à portée elle...ne fit rien du tout. Avant même de pouvoir esquisser le moindre geste, elle se retrouva plaquée contre le mur, les bras immobilisés dans son dos en une clef douloureuse. Elle serra les dents pour ne pas laisser échapper la plainte qui voulait franchir ses lèvres. Melian entendit l'autre s'approcher avec les chaînes. Elle voulut se débattre, mais celui qui la maintenait augmenta légèrement la pression. Elle se figea net. Elle avait l'impression que son bras se briserait au moindre petit mouvement. Un premier bracelet de fer vint enserrer sa cheville droite, suivit par un second sur la gauche. Lorsque le jeune homme se releva pour lui entraver les poignets, elle sentit sa main glisser le long de sa jambe. Melian réprima un frisson de dégoût. Une fois les chaînes bien en place, elle sentit la pression dans son dos se relâcher. Elle se retourna aussitôt.

-Où m'emmenez-vous? demanda-elle.

-Avance, lui ordonna simplement Aerin.

L'elfe attendait, impassible, toujours au pied des marches.

Melian s'adossa contre la paroi de la grotte.

-Où m'emmenez-vous? répéta-t-elle d'une voix ferme.

Theran observait la scène en se mordant nerveusement la lèvre. Il n'appréciait pas la tournure que prenait les évènements.

L'homme à la cicatrice dirigea son regard vers Aerin, quêtant une approbation. L'elfe fit un signe sec de la tête. Aussitôt, il empoigna fermement le bras de Melian et la tira en avant. Elle n'eut d'autre choix que de le suivre. Elle essaya toutefois de résister alors qu'ils s'approchaient d'Aerin.

-Ça n'en vaut pas la peine et tu le sais très bien, lui dit-elle.

Elle avait remarqué les efforts de Melian. Cette dernière foudroya sa mère du regard. Elle s'efforça d'y mettre tout le mépris et la colère qu'elle ressentait pour cette femme. Aerin eut un sourire en coin, loin d'être impressionnée.

-Allons-y.

Sur ce, elle prit les devants, et Melian, toujours retenue par le bras, lui emboîta le pas en s'efforçant de ne pas trébucher dans l'escalier. La chaîne qui lui liait les chevilles était très courte et limitait grandement ses mouvements. Toutefois, lorsqu'ils arrivèrent à la porte, elle ne prêta plus attention à ses entraves, se concentrant plutôt pour mémoriser le plus de détails possible sur son nouvel environnement. Ils débouchèrent dans un tunnel sombre. Il y avait toutefois suffisement de lumière pour que Melian puisse en constater la surface irrégulière.

«Ils se sont probablement établis dans des souterrains naturels.»

Ils prirent à droite. Au fil de leur progression, Melian remarqua que le boyau suivait une légère courbe. Les intersections étaient peu nombreuses, à la surprise de l'adolescente, qui s'attendait à un véritable labyrinthe. Un bruit capta son attention. C'était un son continu, un grondement lointain. Il lui sembla, pendant un moment, qu'ils s'en approchaient, mais le son diminua de nouveau jusqu'à ce qu'elle ne l'entende plus. Après quelques minutes, ils rejoignirent une vaste caverne. Elle n'était pas intéressante en elle-même, car complètement vide, mais d'elle partaient plusieurs tunnels semblables à celui dont ils arrivaient. Chaque entrée était éclairée d'un flambeau. Melian en dénombra un peu plus d'une vingtaine. Elle se rendit compte avec une pointe de découragement que la configuration des lieux devait être plus complexe qu'elle ne l'avait d'abord cru. Ses geôliers, qui étaient habitués à l'endroit, ne marquèrent aucune hésitation. Melian tenta de prendre ses repères, mais les ouvertures dans le roc se ressemblaient toutes. Elle se résigna, gardant tout de même l'oeil ouvert, prête à noter la moindre singuliarité dans ce décor monotone. Ils arrivèrent bientôt devant une porte massive. Un rai de lumière se faufilait par un mince intestice près du sol. Aerin s'arrêta devant et se tourna vers le groupe.

-Laissez-nous maintenant, cela ne vous concerne pas.

Les deux hommes s'exécutèrent, sans paraître dérangés par le ton supérieur de l'elfe. Ils devaient habitués à cela aussi...Ils tournèrent les talons et disparurent rapidement, avalés par la noirceur.

-J'espère pour toi que tu sauras tenir ta langue.

Melian releva le menton et fixa durement Aerin. L'espace d'un moment, elle crut appercevoir une émotion différente passer sur le visage de sa mère, comme si elle avait l'intention d'ajouter quelque chose. Cette impression fugace disparut toutefois aussi rapidement qu'elle était apparut. Aerin ouvrit la porte et poussa Melian devant elle. L'adolescente fut éblouie pas la vive clarté de l'endroit, éclairé par de gros braseros. Elle plissa les yeux pour distinguer ce qui l'entourait. De longues tables de bois, probablement dressées en rangs en temps normal, avaient été repoussées le long des parois, ménageant ainsi un vaste espace au centre. Quelque chose ressemblant à un trône de pierre se trouvait au fond. Un homme y était installé, callé contre le dossier, le menton appuyé sur son poing fermé, un air de profond ennui sur son visage. Son expression s'illumina toutefois en voyant le duo qui s'avançait vers lui. Il se leva.

-Arrête-toi ici, ordonna Aerin en mettant sa main sur l'épaule de Melian.

Melian obtempéra docilement, consciente que ce qui allait se jouer devant elle pourrait être d'une importance capitale. Elle en profita pour détailler l'homme, qui était, à n'en pas douter, leur meneur. Il avait une tignasse brune dont les mèches pointaient dans toutes les directions, complètement désordonnées et ses iris, d'un bleu-vert étonnant, semblaient luire doucement dans la pénombre qui entourait le trône. Aerin parcourru seule les derniers mètres qui les séparaient de l'homme.

-Je te l'ai ammenée, comme tu me l'avais demandé.

Melian sursauta en entendant ses mots car elle était encore en train d'essayer de comprendre ce qui venait de se passer: lorsque sa mère s'était avancée, Melian avait eu l'impression qu'elle lui serrait l'épaule avant de la lâcher. Non pas une pression désagréable, comme une mise en garde, mais plutôt...un signe d'encouragement? Elle secoua la tête pour remettre ses idées en place. Il fallait qu'elle reste concentrée sur ce qui allait suivre. Néanmoins, elle sentit son coeur s'emballer. Se pouvait-il, après tout, que sa mère soit de son côté?

-La voilà enfin, dit l'homme d'une voix douce.

Melian fut prise au dépourvu par le ton employé. Elle s'attendait à tout sauf à cette douceur. Il s'approcha lentement d'elle. Son attitude n'avait toutefois rien d'agressif ou de menaçant. L'on aurait dit qu'il était désireux de ne pas l'effrayer. L'adolescente fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qui se passait. Il marcha tout autour d'elle, l'examinant avidement. Lorsqu'il se retrouva de nouveau face à Melian, un sourire satisfait illumina son visage.

-Elle est parfaite. Parfaite! s'exclama-t-il en se dirigeant à grands pas vers Aerin.

Il referma ses bras sur elle dans une étreinte passionnée. Aerin n'eut d'autre réaction que de poser sa tête contre l'épaule de l'homme. Cependant, celui-ci ne sembla pas remarquer son manque d'enthousiasme. Il la relâcha et se mit à marcher de long en large en se frottant les mains d'anticipation.

-Tout se met en place! Enfin, après tant d'années. Vous verrez enfin la grandeur de mon oeuvre...

Il parlait d'une voix animée, sans se soucier de savoir si on l'écoutait ou non. Il s'approcha vivement de Melian, la pointant du doigt.

-Oui, maintenant que tu es là, nous pouvons commencer!

Melian fit malgré elle un pas vers l'arrière. Cet homme était cinglé, aveuglé par elle ne savait quelle ambition. Toutefois, elle ne le sous-estima pas. Il avait un objectif en tête et semblait littéralement dévoré, consumé par lui. Il était manifestement prêt à tout pour le mener à bien, et cela le rendait imprévisible. Imprévisible et dangereux, mais pas idiot: il élaborait vraisemblablement un plan depuis plusieurs années, et n'avait pas encore commis d'erreur. Melian devrait être prudente.

-Pourquoi ce mouvement de recul? demanda-t-il en penchant la tête sur le côté.

L'adolescente ne répondit pas, et l'homme mis son silence sur le compte de la peur. Il s'approcha d'elle et lui caressa la joue.

-Tu sais, j'aurais pu être ton père.

Melian écarquilla les yeux en attendant ce qu'il venait dire calmement, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde que d'annoncer une telle éventualité à la personne que l'on avait fait enlever. Il rit doucement en voyant son air surpris.

-Ta mère ne s'est donc pas présentée? demanda-t-il en tournant la tête vers Aerin.

Elles se dévisagèrent. L'effort fut considérable, mais Melian réussi à conserver un air impassible, malgré la haine qui la brûlait. Ce fut au tour l'homme de paraître surpris.

-Tu le savais! Bien sûr que tu le savais...ajouta-t-il après un moment de silence. Tu l'auras appris au SI:7...

Il passa son pouce sur les lèvres de Melian.

-Tu lui ressembles tellement. C'est pourquoi tu n'as rien à craindre de moi. Pour le moment du moins.

Melian ne put supporter plus longtemps le contact de ses doigts sur son visage. Ayant les deux mains liées dans le dos et les pieds entravés, elle adopta une autre méthode. D'un mouvement vif, l'adolescente tourna la tête et lui mordit violement la main. L'homme recula avec un grognement de douleur, saisissant le poignet de sa main blessée. Un filet mince filet de sang coula de la morsure et Melian s'en étonna. Elle ne pensait pas y avoir été aussi fort. L'homme fixait la blessure, incrédule. Aerin s'avança d'un pas décidé vers Melian, mais il l'arrêta d'un ordre sec.

-Non! Reste où tu es.

Il n'y avait plus la moindre trace de douceur dans sa voix, son expression s'était assombrie et ses yeux n'exprimait qu'une froide détermination. Melian releva fièrement la tête, attendant la suite des choses. L'homme baissa les mains et serra celle qui était intacte, la droite. Ses jointures blanchirent sous la tension. L'adolescente porta son regard sur son poing et se raidit, prête à esquiver le coup qui all...Elle eut l'impression que sa tête explosait. Il l'avait frappée de la gauche, et il n'y était pas allé de main morte, pour ainsi dire. Son poing l'avait atteint avec tant de force que Melian perdit l'équilibre. Elle s'effondra et, puisqu'elle était entravée, elle était dans l'impossibilité d'amortir sa chute. Sa tête heurta durement le sol. Melian sentit ses dents s'entrechoquer alors que, déjà, un goût métallique envahissait sa bouche, sans qu'elle ne sache avec certitude s'il s'agissait de son sang ou celui de l'homme. Vue la quantité elle se dit que la première option devait être la bonne.

-Voilà qui est fâcheux.

Melian se força à tourner la tête pour le regarder. Il avait l'air vaguement ennuyé par la tournure des choses. Il s'essuyait la main gauche avec un chiffon de lin d'un geste nonchalant.

-Aerin, ramène-là à sa cellule. J'en ai fini avec elle.

-Bien.

L'adolescente sentit qu'on la remettait brusquement sur ses pieds, ce qui n'était apparemment pas une bonne idée. Toujours sonnée, elle avait l'impression que le sol tanguait sous ses pieds et se sentait vaguement nauséeuse. Le chemin du retour lui parut interminable. Aucune parole ne fut échangée, ce qui acheva de convaincre Melian que sa mère n'était pas de son côté. Elles étaient seules, toutes les deux, et Aerin aurait pu en profiter pour s'assurer que sa fille allait bien, mais...rien. Aucun réconfort dans ses gestes non plus. Elle arrivèrent devant l'escalier qui menait aux geôles.


Theran faisait les cents pas dans sa cellule depuis que Melian était partie. Il prit une bonne inspiration pour essayer de se calmer. Imaginer les pires scénarios ne l'aiderait en rien. Il se figea en plein mouvement, tendant l'oreille. Une porte se referma lentement puis des pas se firent entendre contre les marches de pierres. Melian descendait la première, accompagnée seulement d'Aerin. Celle-ci soutenait l'adolescente, qui avait visiblement du mal à tenir sur ses pieds. Theran se figea quand il vit son visage. On l'avait frappée. Fort. Il ne dit rien pendant qu'Aerin ouvrait la porte de la cellule et retirait ses liens à Melian. Elle verrouilla ensuite la geôle et reparti sans plus s'attarder.

-Ne t'en fais pas, je vais bien, dit Melian avant qu'il ne puise lui poser la question.

Il secoua la tête. Manifestement ce n'était pas vrai. Parler lui avait semblé nécessiter un effort important et elle avait du mal à mettre un pied devant l'autre, comme si le sol était instable. Elle rejoignit néanmoins le coin qu'elle occupait avant qu'on ne vienne la chercher et se laissa glisser a sol avec un gémissement étouffé. Theran se força à parler d'une voix calme, alors même qu'il voyait rouge.

-Tu n'as pas vu la tête que tu as, sinon tu réagirais autrement. Qui t'as frappée? Et pourquoi?

Melian fit un geste de la main.

-Laisse tomber Theran, ce n'est pas important. Nous devons sortir d'ici, j'ai eu un avant-goût de la configuration des lieux et crois-moi, ce ne sera pas une partie de plaisir. Il faut nous concentrer sur les détails de notre plan.

Theran ravala une remarque désobligeante. Il ne ferait pas avancer les choses de cette façon. Melian parlerait plus tard, il le savait. Il la laissa donc s'en tirer pour cette fois. De plus, elle n'avait pas complètement tort. Il devenait urgent qu'ils quittent cet endroit. Ne restait plus qu'à déterminer comment, exactement.