Guérison

Ce qui était le plus intéressant chez l'être humain, c'était bien sa façon de traverser la vie et ses ressentis. Il pouvait aimer, haïr, être heureux, blessé, blesser les autres, chercher à se lier ou à être reconnu, ignorer d'autres personnes. Cette complexité le rendait indéniablement particulièrement attirant, un grand sujet d'examen. Et au cas par cas, ça devait plus intéressant.
Comment par exemple pouvait on deviner que des chocs psychologiques très violents pouvaient faire ressurgir des méandres du passé ce qu'on croyait perdu ?

La jeune femme marchait d'un pas rapide, son visage exprimait une intense fatigue morale, qui se ressentait dans son allure, dans son corps. Elle semblait aussi indécise, hésitante, triste.
A cinquante mètres d'elle se dressait l'église, ce n'était pas le moment de flancher. C'est dur, elle le savait mais elle le savait. Si elle ne prenait pas cette décision, les choses empireraient.
Le coup de sonnette retentit, son attente ne fût pas longue. Néanmoins, elle accepta volontiers une tasse de café chaud et un cupcake.
Déposant dans un berceau son précieux fardeau, elle se laissa tomber avec un sourire de façade, crispé, un remerciement presque machinal.
A côté d'elle, le bébé dormait profondément, serein innocent, ignorant.
Quelle espèce de monstre pouvait elle être pour l'abandonner, le laisser seul ? Ne pas s'occuper de lui partager des moments comme ceux qu'elle avait vécu avec ses parents ?
Mais il fallait regarder les choses en face : pas de conjoint, pas de rentrée d'argent, un environnement qui ne convenait pas à un nouveau né. Elle ne ferait que le déstabiliser, le rendre malheureux…
Avant de partir elle lui effleura le visage avec douceur, chuchotant quelque chose en japonais. Redisant la même chose en anglais « Les Kamis fassent que tu sois heureux, que tu vives dans une famille qui prenne réellement soin de toi. Que tu aies la chance d'avoir des amis sur qui tu pourras compter pour surmonter chagrins et douleurs. Ne me juge pas, ne me reproche pas ce que je fais, c'est facile je le sais. Mais je n'arriverais pas à le faire, pas pour le moment. Je prie pour qu'un jour je puisse à nouveau te revoir et être fier de toi. Au revoir »

Quelques minutes après son départ, le bébé se réveilla en pleurs, ne parvenant pas à se rendormir, comme si il avait compris ce qui se passait.

Les rayons de lune éclairaient faiblement la chambre. Bon sang, ce rêve était si réel… Comment était il possible de revenir aussi loin dans le passé ?
De tout évidence, les révélations de l'Homme Poubelle avaient laissé des blessures bien plus profondes que ce qu'il ne semblait.
Mais ses amis étaient là, ils le soutenaient, prêts à l'écouter. Et la manifestation de ce souvenir, n'était ce pas une forme indirecte de guérison ?

Le subconscient qui vous offrait la possibilité de faire son deuil et de guérir ? Oui sans aucun doute. Encore un peu de temps et les choses iraient mieux.