Résumé : Le nouveau ministre de la magie conduit dans le bureau directorial de Poudlard le mangemort Lucius Malefoy pour un entretien avec le héros du monde magique. Le blond confirme les dires de Kingsley : Severus Snape est vivant. Comment est-ce possible ? Bonne lecture à tous…
La quête des temps nouveaux
Chapitre 3 : L'armée des ténèbres
Au loin, dans le vaste parc du château de Poudlard ou dans les couloirs très animés de l'école de sorcellerie, les nombreux cris de joie et les chants de victoire en l'honneur du jeune survivant résonnaient encore. Les derniers mots de Lucius Malefoy furent suivis d'un silence particulièrement pesant et pendant de très longues secondes, la tension entre les deux sorciers était tellement forte, presque palpable que le temps parut comme suspendu, figé.
Harry fixait le mangemort avec colère et hargne. Le petit brun aux cheveux ébouriffés en avait plus qu'assez de toute cette situation. Il avait dû accéder à la demande du nouveau ministre de la magie en accordant un entretien au blond mais il était vraiment à bout de force, fatigué et ne supportait pas cet air supérieur que se donnait Malefoy. Il ne souhaitait pas se battre contre cet homme à présent qu'il avait enfin vaincu Voldemort. Il voulait vivre en paix, dormir, regagner son dortoir des Gryffondor qu'il avait quitté, il y a maintenant presque un an, se reposer enfin. Il ne voulait plus penser à cette journée terrible, à cette nuit interminable ; simplement oublier, tout oublier mais rien ne se passait comme il l'espérait.
Sa respiration était de plus en plus difficile. Ses doigts serraient avec force l'ancien bureau de Dumbledore devant lui, ses jambes tremblant. Sa magie était étrangement instable. Il retint de justesse un cri de stupeur lorsque pour la première fois, il sentit que la source même de son pouvoir, sa puissance sorcière lui échappait et se matérialisait autour de son corps par une aura blanche, lumineuse, différente, plus forte et plus puissante que jamais. La baguette des anciens posée sur le meuble en ébène vibrait d'une façon anormale et inquiétante, comme répondant à son appel muet. Il sentait tourbillonner en lui toute cette colère, toute cette rage accumulée. Il avait vaincu le mal, il avait mis fin au règne de Voldemort, mais à quel prix ? Remus… Jamais il ne verrait l'ami de son père bercer son enfant, Tonks ne serait jamais une mère pour Teddy, Colin n'aurait jamais 17 ans et puis Snape…
Il y avait son ancien professeur de Potion, celui qu'il avait pris pour un lâche, un traître, celui qu'il avait maudit de toute son âme, il était mort dans la cabane hurlante, il s'était éteint en lui confiant ces souvenirs d'enfance, en lui prouvant sa loyauté indéfectible à Lily, à Albus, à lui tout simplement, il était mort… Et il en avait assez de faire semblant, il en avait assez de ce poids qu'on lui mettait inlassablement sur les épaules, il en avait assez de faire comme si tout ce qui était arrivé n'était pas en train de le bouffer de l'intérieur. Il fixait avec rage Malefoy, debout devant lui qui avait réveillé en lui cette douleur inimaginable, inouïe. Ses yeux d'émeraude cherchaient dans les iris gris des réponses à toutes ses questions qui le bouleversaient, cette phrase qui revenait en lui tel un refrain obsédant : « NON, Snape n'est pas mort… NON, Snape n'est pas mort… NON, Snape n'est pas mort… ». Malefoy soupira et répéta fermement :
« Ecoutez-moi, Potter ! Il est encore temps. »
Le blond se tenait à quelques mètres seulement du jeune brun, ils étaient séparés seulement par le bureau. Il se dégageait de Malefoy une réelle puissance, un sang-froid et une prestance imperturbable. Son regard gris, froid et glacial perçait l'âme de son vis-à-vis, le mangemort sondait impitoyablement l'esprit du brun qui frissonnait de cette incursion indésirée. Lucius essayait de savoir si le héros était digne de l'admiration aveugle, de la confiance absolue que semblait lui porter tous ceux qui l'approchaient. Il le jaugeait et finalement, sans qu'Harry ne comprenne pourquoi, il vit le blond méprisant reculer et prendre place avec calme et élégance dans le fauteuil qu'Harry lui avait désigné peu avant, celui qu'il avait lui-même tant de fois occupé quand Dumbledore lui faisait découvrir le secret des Horcruxes au cours de sa sixième année. Le mangemort croisa avec nonchalance ses jambes.
Ce changement aussi radical qu'inattendu laissa Harry sans voix, hagard. Le jeune gryffondor resta un instant sans réagir et au bout de quelques secondes, sans même en avoir conscience, il fit un vague geste de la main. Le fauteuil du directeur qu'il avait renversé sous le coup de la colère reprit sa position originelle et le survivant se laissa retomber, épuisé de ce déferlement incontrôlé de sa magie, ne comprenant pas ce qui s'était réellement passé en lui.
« Vos nouveaux pouvoirs sont assez impressionnants, je dois bien l'admettre.
- Mes… Quoi ?
- Vos nouveaux pouvoirs sont étonnants, Potter.
- Cette fois, vous délirez complètement, je présume que la perte de ce cher serpent a atteint votre esprit plus gravement que je ne le pensais au premier abord ! »
Lucius Malefoy pinça l'arête de son nez dans un geste d'exaspération, prenant visiblement sur lui pour ne pas lancer immédiatement un sortilège Doloris sur le gamin face à lui. Ses yeux verts si profonds le défiaient à chaque instant. Il n'était pas habitué à voir d'autres sorciers le regarder avec tant de hargne, tant de provocation et de bravade ; au contraire, même, les gens qu'il côtoyait que ce soit au ministère ou ailleurs, le craignaient, le respectaient et n'auraient jamais osé le provoquer ainsi, avec un tel aplomb. Pourquoi par Salazar avait-il cédé à son fils et son meilleur ami ? Pourquoi avait-il fait cette promesse ? Il réalisait enfin toute l'ampleur de son erreur. Il aurait dû savoir dans quel guêpier il s'était fourré en acceptant d'aider Potter. Il esquissa un sourire plus qu'ironique et un brin amusé ce qui lui valut en réponse un grognement d'exaspération du brun. Lucius reprit aussitôt :
« Cessez vos enfantillages. Nous n'avons guère de temps pour ces charmants petits amusements.
- Au cas où certains faits vous auraient échappé, j'ai tué une personne cette nuit, je ne suis donc plus du tout un enfant et l'idée d'avoir une discussion avec vous maintenant ne m'amuse absolument pas. Le mot 'charmant' n'est vraiment pas le terme adéquat pour décrire notre entretien, soyez en certain, Malefoy !
- Je vous déconseille fortement de vous énerver à nouveau contre moi.
- Vous n'avez pas à me donner des ordres !
- Ce n'était pas un ordre, juste un… 'Conseil amical', si vous préférez.
- Amical ? Comme si vous pouviez l'être, laissez-moi rire ! »
Le blond s'avança légèrement sur le fauteuil, ses doigts tapotaient gentiment l'accoudoir, signe d'une très légère exaspération face à l'obstination, l'entêtement du brun à son encontre :
« Monsieur Potter, Monsieur Potter, Monsieur Potter… Nous sommes désormais dans le même camp, celui de Severus et de mon fils, alors, je vous répète qu'il est inutile de vous agacer contre moi. Vous ne gagnerez absolument rien à m'affronter perpétuellement ; plus vite vous le comprendrez, plus vite nous pourrons avancer.
- NE ME…
- Vous savez, Harry, vous deviendrez très certainement l'un des plus puissants sorciers de notre monde, mais pour l'instant, vous ne maîtrisez pas suffisamment votre énergie magique, elle est encore bien trop vulnérable et instable et je ne ferais qu'une bouchée de vous si je le décide.
- Faites un geste, un seul geste et je vous jure sur tous ceux qui me sont chers que ce sera le tout dernier. Ne me sous-estimez pas comme l'a fait votre salopard de maître ou vous le regretterez amèrement. »
La baguette de sureau semblait animée d'une vie propre, crépitant des petites gerbes d'étincelles dorées, Harry s'était relevé brusquement et faisait face à la fausse indifférence du blond qui n'avait pas bougé et observait maintenant ses ongles avec un étrange détachement, Lucius ne prit même pas la peine de relever la tête pour répondre au jeune homme qui fulminait de plus en plus :
« Vous êtes décidément très arrogant, Potter. Si vous pensez m'impressionner avec vos petites menaces, vous vous fourvoyez très largement et vous oubliez un peu vite à qui vous avez affaire. Il vous faudra encore du temps pour maîtriser et canaliser complètement la puissance que vous avez acquise au cours de cette nuit ; alors seulement, vous pourrez prétendre vous confronter sérieusement à moi.
- De quoi parlez-vous, Malefoy ?
- Maintenant, l'énergie magique de la baguette des anciens est inscrite au plus profond de vous, il vous faudra désormais allier discipline et rigueur pour la dominer complètement et ce ne sera pas une chose facile, croyez-moi.
- Par… Pardon ?
- Par pitié, ne me dites pas que vous n'en avez pas encore compris. C'est juste impensable.
- Quoi ? Soyez plus clair.
- La baguette de sureau réagit à votre colère à mon encontre, elle a vibré sur le bureau à plusieurs reprises sans que vous ayez même besoin de la tenir. Le lien qui vous unissait déjà à elle depuis que vous avez vaincu mon fils, s'est consolidé pendant le combat, il est désormais inaliénable.
- Je sais tout cela, la baguette choisit son sorcier, elle seule peut reconnaître son possesseur légitime.
- Bien, je constate que vous avez dû vous entretenir longuement avec Ollivander après votre évasion spectaculaire du manoir et vous avez raison, du moins en partie. Severus, Drago et moi avons fait de nombreuses recherches secrètes après votre petite expédition inattendue et nous avons découvert des informations importantes dans un grimoire conservé à Poudlard, un recueil d'écrits de Merlin qui narrait la légende des trois reliques de la mort. En l'occurrence, la baguette vous a effectivement reconnu comme son possesseur légitime puisque vous aviez vaincu mon fils mais il n'y a pas que cela puisqu'elle a également perturbé la source même de votre pouvoir au cours du combat.
- Comment ?
- Je pense qu'au fond de vous, vous avez déjà compris, Harry. Vous n'êtes pas seulement le propriétaire de la baguette de sureau. Lorsque Voldemort a lancé le sortilège de mort contre vous, elle s'est trouvé à devoir lutter contre son réel détenteur. Votre magie a, en quelque sorte, aspiré la puissance de tous les sorciers légendaires qui depuis des millénaires ont un jour possédé et fondé au fil du temps le pouvoir de cette relique.
- Je ne comprends pas…
- Salazar, Drago avait parfaitement raison, je reconnais que vous êtes indubitablement un sorcier d'une puissance hors du commun mais vous n'êtes apparemment doué d'aucune intelligence. Pour être clair, Potter, vous êtes devenu la baguette. Vous êtes le pouvoir des anciens, vous êtes la source, vous êtes la symbiose des plus grands magiciens des siècles passés.
- C'est… C'est… Impossible.
- Voyons, il ne s'est passé que quelques heures depuis votre coup d'éclat, votre aura a déjà beaucoup évolué, elle est bien plus présente et lumineuse qu'auparavant.
- Comment pouvez-vous affirmer une telle chose ?
- Excusez-moi mais votre visage a parlé pour vous, vous avez remarqué ce changement important de votre source. Vous sembliez quelque peu déstabilisé par votre magie à l'instant. Reconnaissez que c'était, disons, inhabituel… Même pour le grand héros de tous les temps.
- ESPECE DE…
- Inutile de m'insulter, Monsieur Potter, ce n'est rien d'autre que la vérité. Par contre, il serait à mon avis préférable que la communauté sorcière ne le sache pas dès demain dans la gazette. Vous devriez conserver cette information secrète pour le moment, du moins tant que vous n'en mesurez pas toute l'étendue. »
Harry soupira, il avait bien remarqué que Kingsley avait serré plus fermement sa baguette quand ils parlaient ensemble. Ce dernier avait-il craint sa réaction alors qu'il lui demandait de recevoir Malefoy ? Le ministre et ancien auror avait-il lui aussi réalisé les changements de sa magie ? Visiblement, le mangemort en avait plus précisément conscience. De toute façon, le blond ne lui disait pas tout, il en était certain.
« Qu'y a-t-il encore ? Qu'est-ce que… »
Lucius interrompit le jeune brun d'un geste de la main avant même que ce dernier ne puisse lui poser une nouvelle question, il devinait aisément les interrogations du survivant et il était hors de question qu'il lui dévoile sa condition particulière, qu'il lui explique comment il pouvait si aisément appréhender son aura magique et ses modifications, il ne lui expliquerait que le strict nécessaire pour venir en aide à son fils et Severus.
« Vous voulez que je vous fasse confiance mais vous me cachez sciemment des informations, j'en suis certain ! ALLEZ AU DIABLE !
- Combien de fois devrais-je vous dire que lorsque vous vous adressez à moi, il est inutile de hurler ?
- Pour qui vous prenez-vous à la fin ? J'en ai assez ! Je ne vais pas en supporter davantage, j'ai eu mon compte pour cette nuit, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué ! »
Le brun se dirigea vers la porte, de rage. Il en avait plus qu'assez. Il passa à seulement quelques mètres du blond et s'apprêtait à ouvrir la porte du bureau quand il sentit la poigne ferme du blond sur son bras et il fut retourné sans ménagement par l'autre homme. Il manqua de tomber et se retint au dernier moment contre le torse musclé du blond qui le dépassait largement. Il se détacha aussitôt comme s'il avait été brûlé par ce contact tellement fort :
« Lâchez-moi !
- Pas tant que vous n'aurez pas écouté tout ce que j'ai à vous dire ! Je ne vous laisserai pas alors que la vie de mon fils et de Severus est en question.
- SEVERUS EST MORT !
- NON ! »
Lucius se détacha légèrement du corps frêle et agréable, une expression de lassitude sur son visage marqué par la dureté des combats :
« Non, non, Harry… Il n'est pas mort. Ecoutez-moi attentivement et ne m'interrompez pas… »
Lucius plongea ses yeux gris dans les iris émeraude, le brun se recula légèrement, s'adossant à la massive porte de chêne du bureau de Minerva. Il inclina la tête en signe d'accord. Il ne voulait plus sentir son âme transpercée par ce regard qui semblait lire en lui comme personne ne l'avait encore jamais fait :
« Bien. Je n'ai pas besoin de vous expliquer à quel point l'accession à l'immortalité était devenue une obsession du mage noir. Lorsque vous l'avez affronté au cours du tournoi des trois sorciers, il voulait fonder son pouvoir pour l'éternité. Il était déjà lui-même immortel, Severus et moi n'avons découvert l'existence des horcruxes que bien plus tard grâce à Dumbledore, mais, le mage noir avait d'autres projets de grandeur. Il voulait créer une armée à son image : l'armée des ténèbres devait être aussi invincible, invulnérable, immortelle. Il a donc ordonné...
- Quoi ?
- Severus a été mordu par un vampire, Sanguini, c'était pendant l'été de son retour, mais Voldemort ignorait qu'il avait pris un calice, il y a maintenant presque un an.
- Un calice ? Je… Je ne comprends pas.
- Un vampire est un être immortel qui se nourrit du sang des autres, il développe ses pouvoirs magiques d'une façon extraordinaire. Le mage noir voulait fonder une armée de ses êtres sans foi ni loi qui tue pour vivre sans aucune conscience. Il n'y a qu'une seule alternative : le vampire ne parvient à se maîtriser qu'en prenant à ses côtés un être encore pur qui devient son calice. Il lui offre protection et amour en échange de son sang. Severus a besoin de son calice, tout de suite.
- C'est…
- Drago, oui. C'est pour cela qu'il faut le conduire immédiatement jusqu'à lui, sinon, ils mourront tous les deux. Le processus a déjà commencé… »
A suivre…
