Résumé :Au dernier chapitre, nous avions laissé nos héros dans une situation des plus périlleuses. Lucius faisait transplaner Harry jusqu'à l'entrée de Pouldard, craignant une nouvelle attaque de mangemort lorsqu'il est arrêté, sous les yeux du survivant, impuissant… Alors que va-t-il advenir du blond à Azkaban ? Bonne lecture. Je vous souhaite à tous de joyeuses fêtes et surtout une très bonne nouvelle année, bises Lilywen…
La quête des temps nouveaux
Chapitre 8 : Visites
Harry fixait avec attention le feu de cheminée depuis les premières heures de la journée, il était épuisé, son corps était endolori et ankylosé d'être resté sans bouger pendant si longtemps, les genoux repliés contre son torse. Le sommeil l'avait désespérément fui cette nuit depuis qu'il avait reçu le message lapidaire de Kingsley la veille. Il n'avait eu de cesse de se remémorer sans fin les quelques mots écrits par le nouveau ministre de la magie. Kreattur s'avança vers le brun silencieusement et il s'inclina respectueusement devant lui. Il était réellement inquiet de voir son maître totalement perdu dans ses pensées. Il se décida cependant en interpellant le jeune sorcier :
« Maître, Maître… »
Le regard du survivant se porta sur le vieil elfe à la peau grisâtre, il soupira lourdement :
« Oui, Kreattur ?
- Kreattur est sincèrement désolé d'importuner le jeune Maître Harry mais il n'a pas mangé depuis si longtemps. Voudriez-vous un peu du porridge que Kreattur a préparé cette nuit ?
- Pardon… Oh, non, c'est inutile, je n'ai vraiment pas faim, tu sais. J'ai cependant un service à te demander si tu veux bien…
- Tout ce qu'il plaira au jeune maître Harry, Kreattur fera.
- Lorsque le professeur Snape et Drago Malefoy arriveront, conduis-les ici aussitôt, d'accord ?
- Bien sûr, jeune maître Harry, Kreattur se fera un devoir de les guider jusqu'à vous. Monsieur est sûr de ne pas vouloir manger ou boire quelque chose ? Une tasse de chocolat chaud, jeune Maître Harry, a dit l'autre jour que Kreattur avait fait le plus délicieux breuvage qu'il ne lui ait jamais été donné de goûter, vous vous souvenez ? »
Le brun se redressa légèrement dans le fauteuil du square Grimmaurd avant d'hocher la tête, plus pour rassurer l'elfe de maison que par réelle envie :
« Si tu veux, Kreattur… Une tasse mais surtout, préviens-moi lorsqu'ils arriveront, c'est très important.
- Bien sûr, jeune maître Harry. »
L'instant suivant, la créature disparaissait dans un pop sonore. Le brun s'étira légèrement, il reprit la baguette de sureau qui se trouvait à ses pieds, le bois des anciens crépita dangereusement dans sa main mais désormais, il parvenait un peu mieux à contrôler son énergie même s'il savait qu'il était encore très loin de maîtriser toute l'étendue de son pouvoir. Il murmura un sortilège pour ranimer le feu presque éteint. Les crépitements redoublèrent aussitôt dans l'âtre.
Ses jambes engourdies, il se releva et fit quelques pas au travers de la pièce. Il s'arrêta comme à chaque fois depuis près d'un mois devant la tapisserie des Blacks dans le salon de Grimmaurd. Il l'avait observé si souvent que maintenant, il connaissait parfaitement chaque branche de cette famille, chaque endroit où un nom avait été brûlé, renié par la mère de son parrain. Son regard s'attarda un long moment sur celui de Narcissa Black puis sur celui tout à côté de Lucius Malefoy, tous deux brodés dans un fin fil d'or. Le brun se retint de caresser son nom.
Un mois qu'il attendait cela, alors Harry ne voulait pas trop espérer pour être encore une fois amèrement déçu mais la missive de Kingsley l'avait chamboulé bien plus qu'il ne souhaitait l'admettre et il en avait littéralement perdu le sommeil. Il ne voulait surtout pas ressasser encore cette nuit où il avait vaincu Voldemort, ce matin où il avait fait alliance avec l'ancien mangemort pour sauver le maître des Potions de Poudlard et son calice, il y avait repensé tant et tant de fois pour comprendre ce qui s'était produit, mais en vain. Il regagna finalement son fauteuil près de la cheminée et se laissa choir lourdement contre le dossier en velours bordeaux. Il regardait les flammes lorsqu'un nouveau pop le sortit de ses pensées :
« Jeune maître Harry… Vos invités sont déjà là et ils vous attendent.
- Fais les entrer immédiatement, Kreattur. »
L'elfe ouvrit aussitôt la porte en chêne, il pria instamment les deux serpentards de rejoindre le jeune maître. Malgré la fatigue accumulée depuis un mois, Harry se releva avec empressement, il s'avança immédiatement vers eux et il les salua brièvement d'un simple hochement de tête. Si Severus paraissait égal à lui-même, Drago était visiblement aussi anxieux et exténué que le brun. Ses yeux étaient cernés et son teint semblait plus pâle qu'à l'accoutumée. Le vieil elfe se rapprocha doucement des trois hommes et leur demanda :
« Dois-je servir une collation aux invités, jeune maître Harry ? »
Severus n'attendit pas la réponse de son hôte et répliqua fermement vers Kreattur :
« Drago n'a rien mangé alors un plateau complet ne serait pas de refus. Un bol de chocolat chaud, un grand verre de jus d'orange fraîchement pressé, trois toasts beurrés… Pour le reste, faites au mieux.
- SEV !
- Quoi ? Tu crois que je vais tolérer que mon calice se laisse mourir de faim, peut-être ? Tu tiens à peine debout, tu n'as pas dormi et j'ai besoin de ton sang au cas où tu aurais oublié cet insignifiant détail.
- Insinuerais-tu que je n'ai pas satisfait tes besoins récemment, Severus ?
- Je n'ai jamais dit cela, Drago…
- Et moi, je te dis que je n'ai pas envie de manger ce matin ! Tu comptes me forcer, peut-être ?
- Hmmm…. Hmmm… »
Toussotant légèrement pour attirer un peu leur attention, Harry dut se concentrer pour ne pas rire devant le couple. Il n'était cependant pas suicidaire. Il craignait fortement de froisser l'orgueil démesuré des deux hommes s'il se moquait un peu trop ouvertement d'eux et il ne doutait pas un seul instant que cette attitude inconsidérée lui vaudrait alors quelques propos fort désagréables. Il reprit donc plus posément :
« Kreattur, s'il te plaît…
- Oui, jeune Maître Harry ?
- Peux-tu nous servir le déjeuner ici ? »
Kreattur hocha la tête avec ferveur et aussitôt, un nouveau pop résonna dans la pièce alors que disparaissait le vieil elfe gris. Drago ne put retenir un sourire dédaigneux à l'encontre du gryffondor :
« Tu es décidément devenue une parfaite petite sorcière d'intérieur, Potter, bonne à marier. »
Au temps pour lui, le blond reçut un léger coup de son vampire qui le fit grimacer :
« Et toi, tu devrais peut-être suivre quelques cours intensifs ?
- C'est ça, j'y penserais une prochaine fois, Sev chéri.
- DRAGO. »
Le vampire furieux se tourna vers Harry et reprit sèchement :
« Alors pouvons-nous savoir pourquoi vous nous avez demandé de passer si tôt ? Il me semble que votre entraînement était prévu pour cet après-midi, non ? »
Harry hocha simplement la tête et se contenta de leur désigner la large table en chêne. Les deux hommes prirent place côte à côte. Le gryffondor s'installa face à eux et soupira :
« Lisez. »
Il tendit au Professeur Snape le parchemin que le ministre lui avait envoyé hier soir. Drago se pencha aussitôt sur l'épaule de son vampire et lut en même temps les quelques lignes appliquées :
« Harry,
Demain, nous irons ensemble à Azkaban. J'ai enfin obtenu un laissez-passer pour toi et tu pourras parler à Lucius pendant une heure environ, seul à seul. J'aurai un entretien avec le directeur de la prison pendant ce temps. Je suis désolé de ne pouvoir faire plus, tu te doutes déjà que cette requête a été une nouvelle fois, sujette à de nombreuses discussions très animées au sein du conseil de la justice du ministère et j'ai même craint un autre refus.
Certains commencent à me reprocher le fait que je t'ai laissé en tête à tête avec lui dans le bureau de Dumbledore alors que tu étais encore bouleversé par ton combat contre Voldemort. Ils pensent qu'il te manipule dangereusement par une potion ou quelques sortilèges de magie noire. Préviens son fils et Snape pour qu'ils soient là également. Je serai à Grimmaurd dès 9 heures pour t'accompagner.
Amitiés, Kingsley. »
Severus rendit le parchemin au gryffondor après un regard lourd de sens pour son calice. Les premiers mets, tous plus succulents les uns que les autres, apparurent alors sur la table un instant plus tard. Drago se redressa, visiblement sa nature allait à l'encontre de son fichu caractère car il s'empara d'une première tartine beurrée qu'il avala en une bouchée sous l'œil amusé du vampire. Il grommela la bouche pleine :
« Grrrr… Chais bon, t'as chque tu chvoulais…
- Très élégant, Dray… »
Le blond ingurgita péniblement le reste de nourriture prémâchée et lança un regard hautain au maître des Potions qui se moquait de lui ouvertement avant de reprendre une brioche fourrée d'une délicieuse confiture de fraise et de saisir de sa main libre un verre de jus d'orange qu'il avala rapidement. Harry, quant à lui, souriait légèrement, il s'était maintenant habitué depuis un mois à la visite quotidienne du couple, sous prétexte de son entraînement. C'était Severus qui avait exigé qu'il maîtrise au plus vite le pouvoir des anciens et par conséquent, chaque après-midi, les deux hommes le rejoignaient à Grimmaurd et ils passaient des heures et des heures dans le grenier des Blacks aménagés pour l'occasion. Le petit brun devait reconnaître qu'il appréciait leur présence qui lui permettait de se distraire un peu, d'oublier à quel point il se sentait responsable et coupable de l'emprisonnement de Lucius. Il fut sorti de ses pensées par la voix profonde du maître des Potions :
« C'est une bonne nouvelle, Harry. »
Le gryffondor se redressa légèrement :
« Que… Que dois-je faire maintenant ?
- Lui parler. C'est bien pour cela que vous vous êtes battu depuis un mois, non ?
- Je sais…
- Vous vouliez le rencontrer pour pouvoir vous expliquer avec lui et surtout pour le confronter face aux accusations terribles qui pèsent contre lui, non ?
- Oui, mais…
- C'est vrai, il a raison, Potter. Parle à mon père. Nous en avons déjà parlé cent fois, Sev et moi n'avons pas cru à son témoignage mais, je sais que tu doutes encore, alors…
- Tu me le reproches ? »
Drago ne répondit pas au brun, visiblement mal à l'aise et Severus reprit aussitôt :
« Ecoutez, Harry, Lucius est le père de Drago et mon meilleur ami, c'est normal que nous ayons une confiance aveugle en lui. J'ai cependant une exigence face à cette rencontre et vous devez me promettre que vous ferez ce que je vous demande. Impérativement. »
Severus fouilla dans ses poches et sortit une fiole au contenu d'un rouge écarlate. Il la tendit au brun aux yeux d'émeraude :
« Promettez que dès que vous serez seul avec lui, vous lui donnerez cette fiole aussitôt. »
Harry faisait tourner lentement le cristal entre ses doigts et se concentra à nouveau sur les deux Serpentards face à lui.
« Qu'est-ce que c'est ?
- Une potion, n'avez-vous vraiment rien retenu de mes cours ? Vous devrez veiller à ce qu'il la boive. C'est tout.
- Mais…
- Potty, tu crois que mon père sera dans quel état après un mois entouré de détraqueurs ? Severus a préparé cette potion dès que tu nous as informés de ta demande pour le rencontrer à Azkaban. Rien d'autre. »
Curieusement, pour la première fois depuis qu'ils venaient à Grimmaurd, Harry eut l'étrange sensation que Severus et Drago lui cachaient quelque chose de fondamental mais il ignorait sincèrement de quoi il s'agissait. Il fut brusquement interrompu par le pop de transplanage du vieil elfe de maison. Kreattur s'inclina avec respect devant lui :
« Jeune maître Harry, Monsieur le ministre est arrivé. Dois-je le faire entrer ?
- Oui… Oui, bien sûr, Kreattur… », répondit avec empressement le gryffondor qui se releva.
Harry cacha dans les replis de sa robe la fiole reçue. La porte du salon s'ouvrit l'instant suivant, laissant place à la silhouette impressionnante du sorcier noir.
« Harry… »
Après une brève accolade avec le survivant, le ministre aperçut Severus et Drago, il s'approcha des deux Serpentards et les salua poliment :
« Bonjour, je vois qu'Harry vous a prévenu comme je le lui avais demandé.
- Effectivement, Kingsley. Je dois reconnaître ma stupéfaction, je n'y croyais plus après le premier refus du conseil de la justice.
- Franchement, Severus, je ne pensais plus les convaincre et je crois que ma position au ministère est désormais des plus précaires.
- Quoi ?
- Hmmm… Oui, Harry, c'est pour cela que je t'ai demandé de faire venir Severus et Drago. Je crains que ce soit l'une de mes dernières interventions en tant que ministre. Je pense que certains vont tout tenter pour m'évincer dans les jours à venir et malheureusement, je doute de plus en plus de l'impartialité de la justice dans le procès de Lucius. »
Harry se sentait davantage perdu tandis que Drago s'était instinctivement rapproché du vampire, en quête de sa protection à l'annonce du prochain jugement de son père.
« Je suis désolé de vous apprendre tout ça ce matin. Ecoute Harry, le portoloin pour le bureau du directeur d'Azakaban va s'enclencher dans moins d'une minute, nous n'avons plus beaucoup de temps. »
Le sorcier noir sortit de sa robe une assiette ébréchée aux motifs fleuris des plus hideux et la tendit au brun aux yeux d'émeraude qui s'avança avec empressement. Ils prirent en main chacun une partie de l'objet. Harry se sentait curieusement nerveux, il était si impatient de le revoir, il avait pensé des centaines et des centaines de fois à ce moment depuis qu'il avait reçu le message de Kingsley. Il ne restait que quelques secondes, il se tourna rapidement vers Drago et Severus :
« Attendez-moi. D'accord ?
- N'oubliez pas, Harry… Vous avez promis pour… »
Le reste de la phrase du Maître des Potions se perdit car le brun fut brusquement happé par l'objet magique en même temps que le ministre de la magie. Il ne leur fallut que quelques secondes pour atterrir dans le bureau sombre d'un vieil homme qui s'approcha d'eux. Il paraissait encore plus âgé que Dumbledore lui-même. Des longs cheveux argentés tombaient en cascade sur une robe bleue, usée par le temps, son visage semblait flétri et desséché par le temps.
« Monsieur le Ministre… »
Kingsley salua avec courtoisie et déférence le vieillard :
« Monsieur Johansson, enchanté de vous revoir, je vous remercie de m'accueillir alors que je n'ai pu vous avertir de la venue que tardivement.
- Voyons, c'est tout à fait normal, Monsieur le Ministre…
- Je vous en prie, pas vous… Vous m'avez formé alors que je n'étais qu'en première année de l'école d'auror, il est inutile de me donner du Monsieur le Ministre à tout va, un simple Kingsley me suffira amplement, Monsieur Johansson, nous sommes d'accord ?
- Bien sûr, Mon… Pardon, Kingsley…
- Laissez-moi vous présenter, Harry Potter. »
Le sorcier noir désigna le jeune brun et le directeur d'Azkaban s'empressa de saluer Harry qui semblait encore malade du voyage par portoloin pour l'île perdue.
« Monsieur Potter, je suis enchanté de serrer la main de celui qui a vaincu si brillamment le pire des mages ténébreux… »
Kingsley interrompit assez abruptement le vieux directeur :
« Monsieur Johansson, je suis désolé de vous presser ainsi mais nous n'avons que peu de temps et Harry doit impérativement rencontrer le prisonnier.
- Je sais, je sais… J'ai bien reçu la demande du conseil de la justice. J'ai fait préparer ce matin une cellule spéciale où Malefoy attend déjà Monsieur Potter, le gardien Goldmsmith va vous y conduire immédiatement. »
Le petit homme ratatiné se pressa vers son bureau et actionna un bouton magique, une seconde plus tard, un colosse aux cheveux châtain hirsutes se présenta devant les trois sorciers.
« Gardien Goldsmith, veuillez conduire Monsieur Potter à la cellule 18 pendant que Monsieur le Ministre et moi-même avons un entretien sur la direction de notre établissement. »
Le mastodonte s'inclina peu gracieusement devant le vieil homme malingre et fit signe à Harry de le suivre. Le brun se retourna vers Kingsley une seconde et lui adressa un sourire de gratitude avant de s'engouffrer dans les couloirs lugubres de la prison. Après avoir traversé un long corridor qui lui parut interminable, ils descendirent en silence un premier escalier. L'air lui sembla immédiatement plus froid, les murs suintaient la peur et le gryffondor sentait déjà plus nettement la présence des détraqueurs. Le gardien le fixa une seconde :
« Le prisonnier a été transféré aux étages supérieurs pour vous éviter de subir le fluide glacial des détraqueurs mais malheureusement, leur présence est tout de même bien réelle. Nous gardons généralement les prisonniers aux étages intermédiaires, pourtant le ministère souhaiterait que nous les enfermions tous dans les étages inférieurs au plus proche de ces infâmes créatures. Nous, les gardiens, on appelle cette partie d'Azakaban 'L'enfer'. Plutôt réjouissant, hein ? Ils ne se rendent décidément pas compte. Monsieur le directeur leur a pourtant dit des centaines de fois. Les pires mangemorts deviendraient fous en une heure dans ces cellules et nous... Enfin… Même après tant d'années ici, vous savez, je ne parviens toujours pas à m'y faire, alors avec tout ce que vous avez vécu en affrontant vous savez qui… Vous comprenez, Monsieur Potter ? »
Harry frissonna à nouveau et acquiesça au sorcier d'une quarantaine d'année. Lorsqu'il avait fait sa demande pour voir Lucius, il s'était imaginé les geôliers du blond comme des rustres sanguinaires qui se repaissaient du malheur des prisonniers, il ne pouvait en être autrement pour supporter à longueur de journée l'influence maléfique des détraqueurs, pourtant, il n'en était rien. Le directeur était un vieillard accueillant et Goldsmith était un être sensé et honnête, peu enclin à la souffrance d'autrui. Il serra presque machinalement la fiole que lui avait confiée Severus dans les replis de sa robe et continua de suivre le gardien, essayant d'oublier les images effrayantes qui l'assaillaient de plus en plus. Au bout d'un second corridor qui parut interminable au jeune homme, le mastodonte s'arrêta devant une porte en fer noir :
« C'est ici, Monsieur Potter, je vais vous laisser seul. La cellule est une pièce spéciale, elle absorbe toute forme de magie noire, vous n'avez donc rien à craindre entre ces murs. Le prisonnier vous attend déjà. »
Le gardien fouilla sa robe à la recherche de sa baguette. Il murmura un alohomora, déclenchant le cliquetis d'une série de serrure et l'entrée s'ouvrit doucement. Harry avança légèrement, alors qu'il franchissait le seuil de cette pièce lugubre et sombre, il se retourna et fit un bref signe au gardien qui referma aussitôt la lourde porte d'un sortilège. Le brun se sentait étrange, il était si anxieux. Il découvrit alors sa silhouette longiligne près de la petite lucarne grillagé, seule source de lumière, à quelques pas de lui. Il resta une seconde, une minute peut-être sans bouger, juste à observer l'homme. Il paraissait considérablement amaigri ce qui alarma un peu plus Harry. Lucius le fixait intensément, son regard gris semblait le traverser de part en part.
« Harry… »
Lucius observait le gamin. Salazar, sa magie lui paraissait encore plus pure que dans ses souvenirs, encore plus étincelante que lorsqu'ils étaient tous les deux dans le salon abandonné de la cabane hurlante. Il se sentait encore plus attiré par cette magie alors qu'il avait passé un mois dans une cellule humide et sombre avec pour seule compagnie l'influence maléfique des détraqueurs. Il ne sut jamais comment cela arriva mais en moins d'une seconde, le petit brun se tenait juste à un pas devant lui et Lucius ne put s'empêcher de l'étreindre, ses mains serrant avec force le bas des reins du jeune sorcier pour le rapprocher autant que possible de lui. Son aura blanche était un pur bonheur et l'ancien mangemort se laissait totalement aller à cette sensation délicieuse après cette période si difficile pour sa condition.
Harry se sentait submergé, hagard. Il avait seulement vaguement conscience des mains qui parcouraient en une caresse fascinante le bas de son dos jusqu'à la naissance de ses fesses. Son visage était enfoui dans le creux du cou de l'homme, ses cheveux blonds et fins frôlaient naturellement ses joues. Il ne réalisa pas vraiment lorsque Lucius chuchota contre son oreille son prénom comme une litanie même si rien de toute sa vie ne lui avait jamais paru plus merveilleux, il ne se rendit pas vraiment compte quand Lucius le souleva et le porta avec délicatesse jusqu'à la table bringuebalante qui se trouvait au centre de la cellule. Il le retenait prisonnier sous son corps longiligne et fort mais au lieu d'en être effrayé, Harry s'abandonnait un peu plus, se cambrant face à ses doigts qui parcouraient avec frénésie la peau si fine de son cou.
« Harry… Harry, qu'est… Qu'est-ce que tu fais là ?
- Lus… Monsieur Ma… Monsieur… J'ai…»
Lucius se dégagea très légèrement et observa les yeux émeraude qui paraissaient assombri par le désir, ses joues rougies par cette envie.
« Pourquoi ? Je… Je ne peux pas, Harry… Severus aurait dû t'empêcher… »
La mention du prénom du Maître des Potions fut comme une alarme dans la tête du brun qui chercha fébrilement la fiole dans sa robe et la tendit machinalement à l'ancien mangemort. Lucius comprit aussitôt et s'en empara presque violemment. Il se releva et se dirigea avec difficulté jusqu'à la petite lucarne fermés de barreaux en fer, il avala sans attendre une seconde le contenu d'une étrange couleur écarlate tandis qu'Harry, encore plus perdu, suffoquait toujours allongé sur la table. Le blond eut un soubresaut, une douleur un peu trop piquante au niveau de sa poitrine alors que le produit lui brûlait douloureusement la gorge, il serra instinctivement son poing contre son cœur avant de se redresser lentement. De sa main gauche, il s'appuyait lourdement contre le mur froid de la cellule d'où suintait le maléfique esprit des détraqueurs, il soupira, reprenant peu à peu contrôle sur sa condition. Il frissonna : il avait failli se laisser emporter, il avait failli blesser Harry, il avait cru ne pas pouvoir se retenir et cette idée le terrifiait vraiment.
Il lui fallut encore de très longues minutes pour dominer partiellement sa nature, cependant lorsqu'il regarda le brun qui s'était péniblement redressé sur ses coudes, encore groggy, il ressentit si intensément l'aura lumineuse du survivant qu'il eut l'impression pour la toute première fois que la potion ne suffirait pas à calmer son instinct. Il fut sorti de ses pensées par la voix douce du gryffondor :
« Mon… Monsieur, vous allez mieux.
- Oui… Oui… Merci, Harry.
- Vous… Vous semblez vraiment épuisé… »
Lucius se retint de sourire devant le visage angélique du brun et reprit un brin sarcastique :
« Severus n'apprécierait pas que tu remettes toujours en question la qualité de ses potions, tu sais ?
- Non, je vous assure, non… Ce n'est pas ce que je pensais…
- Je plaisantais, tu sais. »
Tandis qu'Harry rougissait furieusement, comprenant que l'ancien mangemort s'était joué de lui, Lucius se cala contre le mur, il fixait avec attention l'aura magique du brun et reprit machinalement :
« Tu t'es entraîné pour maîtriser le pouvoir des anciens, n'est-ce pas ? »
Harry acquiesça et se redressa complètement, il s'installa un peu plus confortablement et continua presque dans un chuchotement :
« Severus m'aide tous les après-midi depuis…
- Depuis mon arrestation.
- Oui. J'arrive à lancer certains sortilèges simples avec la baguette de sureau.
- Il faut que tu sois patient, Harry… »
Lucius soupira :
« Et... Comment va Drago ? »
Harry s'était imaginé qu'il lui poserait cette question un millier de fois depuis qu'il avait reçu le message de Kingsley, il baissa inconsciemment les yeux pour ne pas affronter ce regard gris qui semblait capable de le foudroyer et il se passa plusieurs secondes avant qu'il ne se décide à parler :
« Il va bien… Enfin, il va pour le mieux, vu les circonstances, je crois.
- J'aurais dû être à ses côtés, il avait besoin de moi.
- Il ne vous en veut pas. Rassurez-vous… »
Lucius fixait intensément le gamin, il ne savait plus s'il devait être en colère ou heureux de le voir à seulement quelques pas de lui. Salazar, sa magie si pure était une véritable torture et un mois à Azkaban n'aidait certainement pas l'ancien mangemort à résister à son aura fascinante :
« Pourquoi ? Pourquoi es-tu là ? Pourquoi Severus et Drago ne t'en ont pas empêché… »
Il s'était brusquement rapproché du brun, il se tenait juste devant le gamin assis sur le bord de la table :
« Ils… Ils ont essayé.
- Par Merlin ! Alors que fais-tu là ? Je suis enfermé depuis un mois ! C'est de la folie… Tu entends, de la folie… »
Au fur et à mesure de son discours, Lucius s'était penché vers le brun et frôlait de ses doigts la peau pâle et douce du cou, il entendit à peine le gémissement du gryffondor à cette caresse qui marmonna avec de plus en plus de difficulté :
« Je voulais… Je voulais savoir…
- Quoi ? Qu'est-ce qui pourrait expliquer que tu sois ici, Harry ?
- Je… Lus… Mon… Monsieur… M'a… M'avez-vous laissé ce jour-là ?
- Pardon ? »
Lucius se recula légèrement, décontenancé par la question du gamin, il laissa Harry étrangement vide de cette absence :
« Ginny… Ginny a témoigné sous véritaserum… J'ai… J'ai vu ses souvenirs dans la pensine de Dumbledore. Vous étiez là-bas… »
Il eut un instant de frayeur quand le blond se rapprocha de lui à nouveau et que son visage le frôla :
« Parce que tu crois que j'aurai eu la force de m'éloigner de toi ? Tu crois vraiment cela Harry ? Que je t'ai laissé alors que je n'avais même pas la possibilité d'être à plus de quelques pas de toi, réponds-moi ! »
Il se sentit basculé à nouveau contre la table, les lèvres du blond étaient tout contre son oreille et il entendit comme un soupir son prénom, répété encore et encore… avec douceur, avec fièvre, avec envie… Il n'eut pas la force de dire autre chose que 'non' alors que la bouche de Lucius frôla la sienne, juste un effleurement, juste une seconde. Les mains fortes du blond parcouraient ses hanches, descendaient le long de sa robe, suivant le tracé de son corps, de ses cuisses.
Brusquement, il sentit que l'ancien mangemort se redressait brutalement, le laissant perdu et seul. Il ne comprit pas tout de suite pourquoi Lucius le privait de cette étrange force magique, de cette sensation qui le transportait, il s'était senti si délicieusement heureux, si parfaitement comblé et entier lorsque ses lèvres froides avaient caressé ses joues en feu, lorsqu'elles avaient découvert sa bouche brûlante un trop bref instant, il aurait voulu tellement plus. Le blond lui prit la main avec délicatesse pour l'aider à se relever et murmura simplement au brun :
« Ils arrivent, Harry.
- Je…
- Chut… Tout va bien, tout ira bien, fais-moi confiance. »
Harry se contenta d'acquiescer vaguement alors que Kingsley, le gardien et le directeur entraient ensemble dans la cellule. Le sorcier noir regarda attentivement Harry et l'ancien mangemort. Il s'inquiéta de l'air étrange et perdu du brun mais il ne pouvait prendre le risque de le questionner devant le vieil homme et le geôlier. Il tendit l'assiette aux motifs fleuris au survivant qui la prit machinalement. Les yeux émeraude fixaient toujours Lucius comme s'ils étaient seuls au monde lorsqu'il se sentit partir pour Grimmaurd.
A suivre…
