Résumé : Et oui, voici le 10ème chapitre de la quête des temps nouveaux et j'en profite pour célébrer un autre fait… Je viens de dépasser les 500 000 mots d'écriture entre mes différentes fics. Rien que ça… Franchement, je n'aurai jamais pensé arriver à ce stade.

Pour tous ceux qui auraient oublié, nous avions laissé Harry avec Severus et Drago qui s'apprêtaient à révéler les pouvoirs de Lucius… Bonne lecture… Et une chtite review, si le cœur vous en dit. Bises lilywen

La quête des temps nouveaux

Chapitre 10 : L'assemblée extraordinaire du Magenmagot

Harry fit comme s'il n'avait pas entendu la précédente remarque de son invité, il feignit l'indifférence par un haussement d'épaule et un sourire, un brin désinvolte. Il savait pourtant qu'il était bien loin d'avoir l'arrogante suffisance de Drago Malefoy dans ce genre de mise en scène mais, là, il n'avait pas d'autres options s'il voulait obtenir satisfaction, il devait paraître sûr de son choix et de son bon droit. Le soupir passablement exaspéré de Kingsley lui fit malheureusement réaliser que le ministre de la magie ne semblait pas dupe le moins du monde de sa piètre tentative. Pourquoi Kingsley refusait-il si obstinément d'accéder à sa demande ? Il avait pourtant tellement besoin d'explications, de comprendre ce qui s'était passé depuis le lendemain de la grande bataille de Poudlard. N'y tenant plus, le survivant se renfrogna encore davantage et reprit d'un ton peu amène en direction du grand sorcier noir :

« Quoi ?

- Es-tu réellement obligé de faire comme si ce que je venais de te dire ne t'importait pas le moins du monde, alors que nous savons pertinemment tous les deux que ce n'est absolument pas le cas…

- Tu te trompes, c'est tout ! Je me fiche complètement de cette assemblée extraordinaire du Magenmagot. Cela ne me concerne absolument pas, c'est clair. »

Le brun aux yeux d'émeraude se releva et traversa à vive allure une partie du salon, en direction d'une des imposantes bibliothèques de la famille Black. Il regarda brièvement les rangées de manuscrits, classés avec le plus grand soin par Kreattur et s'empara du premier grimoire à sa portée, feignant de chercher une information des plus capitales entre les pages jaunies par le temps.

« Je vois que tu t'intéresses maintenant aux effets thérapeutiques de la mandragore… En cas de… »

Kingsley s'était rapproché du petit brun, il se pencha un peu plus, posant son menton sur l'épaule du gamin entêté. Il ne put s'empêcher de se moquer gentiment alors qu'il découvrait la lecture de son protégé :

« D'indigestion à la bièreaubeurre… Effectivement, je comprends que tu remettes à plus tard notre discussion pour une lecture si 'passionnante' … »

Harry réalisa qu'il avait peut-être commis une légère maladresse dans sa stratégie et rougit aussitôt :

« Quoi ? J'ai abusé légèrement de cette boisson hier soir, ton interminable sermon sur le sens des responsabilités m'avait donné la nausée.

- Charmant !

- Je ne veux plus revenir sur ce sujet, Kings', il me semblait pourtant que la discussion était close hier. Cela ne me concerne pas, c'est aussi simple que ça et tu le sais.

- Je t'en prie. C'est à moi que tu parles, je crois pouvoir affirmer que je commence à bien te connaître, Harry, et là, je sais que tu mens…

- Tu l'as lu dans la boule de cristal que t'a prêtée cette chère Sybille, peut-être ?

- Ne sois pas sarcastique, ça ne te va pas et tu ne me feras pas croire une seconde que l'assemblée plénière du Magenmagot ne t'intéresse pas alors que l'avenir du monde sorcier en dépendra.

- Et quand bien même, si je vais au ministère, je ne pense pas que ma présence puisse influer d'une quelconque façon sur son déroulement.

- Bien sûr que si, ton avis sera écouté, tu es celui qui a vaincu, tu le sais pertinemment…

- Et tu sais pertinemment quelles sont mes conditions.

- Je ne céderai pas. Tu peux en être certain.

- Vraiment ? Laisse-moi rire ! Je croirais entendre Severus.

- Pardon ?

- Rien… Oublie ce que je viens de dire.

- C'est un peu trop facile, Harry… Et puis, d'abord, explique-toi. Qu'est-ce qu'il vient faire dans cette discussion ? »

Se rendant aussitôt compte de sa propre bêtise, le jeune homme se gifla mentalement. Il s'était pourtant promis de ne pas évoquer tout de suite la visite de l'ancien Maître des potions à Kingsley. Cette histoire commençait sérieusement à lui porter sur les nerfs à tel point qu'il en perdait tout sens commun, toute capacité de réflexion et de logique. Si seulement, il avait pu être aussi sûr de lui, aussi convaincu qu'il ne cessait de l'affirmer haut et fort, mais il se sentait juste paumé, complètement perdu depuis les révélations du couple à son retour d'Azkaban. Il voulait lui parler, c'était là sa seule certitude.

Il avait tant espéré qu'une fois Voldemort vaincu, il pourrait vivre paisiblement, qu'il n'aurait plus de compte à rendre à personne lorsque la prophétie serait accomplie. Il tenta de calmer les tremblements de ses mains, il avait l'impression que son cœur tambourinait tellement fort et vite dans sa poitrine que même, Kreattur devait probablement l'entendre depuis la cuisine. Il devait convaincre Kingsley à tout prix. D'un geste qu'il espéra, assuré, il se retourna vers le ministre de la magie et reprit fermement :

« Severus est passé hier soir après ton départ.

- Et…

- Tu me fatigues. Tu sais très bien de quoi nous avons parlé, rien que tu ne m'ais dit un millier de fois avant son arrivée.

- Bien. Nous sommes d'accord. »

Le grand sorcier noir s'éloigna légèrement et ricana, il s'installa dans un des confortables fauteuils face à la vaste cheminée.

« J'ai besoin de toi demain. Il faut que tu sois à l'assemblée.

- Et tu connais déjà ma réponse. Je viendrais à une condition. Je veux le voir. Seul. »

La phrase fut assénée froidement par le petit brun et le ministre se redressa aussitôt. Il foudroya du regard celui qu'il considérait de plus en plus comme un fils :

« Tu ne peux pas être sérieux. Jamais je n'accepterai que tu prennes un tel risque, c'est hors de question, tu m'entends.

- On croit rêver… Severus et toi ne cessez de me seriner depuis une semaine qu'il faut que j'assume mes responsabilités de 'sauveur du monde sorcier', que je dénonce cette parodie de justice, pourtant, depuis que je t'ai annoncé hier l'unique condition que je pose à mon intervention au Magenmagot, tu me regardes comme si j'avais perdu la raison.

- Harry, nous t'avons demandé d'être présent car sans toi, la loi d'exception sera adoptée, cela ne fait plus aucun doute et mon opposition en tant que ministre de la magie n'y changera strictement rien. Je ne t'aurai jamais demandé d'être là si je n'en étais pas convaincu, tu le sais et si ce maudit décret venait à passer, ce serait alors le prélude à une sombre période de purge, de délation comme nous n'en avons jamais encore connue. Il faut que tu signifies clairement ta position par rapport à cette loi…

- Et je t'ai dit que j'acceptais si…

- Il n'est absolument pas question de te confronter une nouvelle fois à Lucius dans la situation actuelle.

- Et pourquoi ? Je suis assez puissant et responsable pour dénoncer la décision du Magenmagot mais pas assez pour le rencontrer !

- On parle d'un vampire qui est privé de toute nourriture depuis maintenant bientôt deux mois, qui visiblement, est très attiré par ta magie et tu veux que j'organise en toute connaissance de cause une nouvelle entrevue. Alors, oui, je te regarde comme si tu avais perdu la raison.

- Il y a la potion, ça a marché l'autre fois…

- Oui, on a vu le résultat à ton retour.

- Tu n'auras qu'à lui faire boire et je vous rejoindrai seulement quand il maîtrisera parfaitement sa nature profonde, il n'y aura aucun risque… Et puis, de toute façon, il ne m'a jamais rien fait. »

Harry savait que sur ce point, il était de mauvaise foi et cachait certaines choses au grand sorcier mais il avait tellement besoin de comprendre…

« Jamais, Severus n'acceptera de te donner une nouvelle potion.

- Je lui ai demandé hier.

- Et…

- Il a dit non.

- Surprenant, effectivement.

- Tu pourrais le convaincre, toi, si tu lui dis que tu te charges de la remettre à Lucius avant mon arrivée.

- C'est hors de question.

- Alors ne me demande pas de venir. Soit je le rencontre avant, soit je n'irai pas. C'est tout !

- Tu le condamnes à mort si tu fais ça, il sera la première victime de la loi d'exception, tu le sais parfaitement… »

Harry le regardait, médusé que Kingsley ait seulement osé lui dire cela.

« Comment peux-tu ?

- Tu te comportes exactement comme Drago.

- Non, moi, je ne mens à personne, je ne triche pas, je vous ai donné mes conditions, elles ne sont pas négociables, c'est aussi simple que ça.

- On ne peut pas se permettre…

- Débrouille-toi, soit je le vois ce soir, soit tu gères les membres du Magenmagot seul.

- Tu sais très bien que tu viendras de toute façon, tu ne prendras pas un tel risque sachant qu'il y va de sa vie.

- Je ne t'ai jamais dit : le choixpeau pensait que j'avais largement ma place à Serpentard.

- Severus refusera.

- Il le fera pour son précieux calice.

- Comme si Malefoy allait faire en sorte que tu rencontres une nouvelle fois son père après le désastre d'Azkaban, c'est ridicule, Harry !

- Drago ne sera pas forcément enchanté de me savoir avec Lucius mais lui, au moins, semble avoir parfaitement admis qu'il perdra infiniment plus si je ne vais pas à cette assemblée.

- Ne me dis pas…

- Si, contrairement à vous, et même si ça ne le réjouit pas outre mesure, il a parfaitement compris l'intérêt de ma rencontre avec Lu… »

Le reste de sa phrase mourut car le Maître des Potions entra sans même frapper dans le salon des Black, il était visiblement furieux. Le blond était derrière lui et jubilait littéralement.

« POTTER !

- Un problème, Severus ?

- VOUS ETES TOTALEMENT CINGLE OU INCONSCIENT !

- Ni l'un ni l'autre, j'ai pris ma décision, et visiblement, votre calice semble d'accord avec moi sinon il n'aurait pas jugé utile de vous faire part de mon projet.

- Laissez Drago en dehors de ça !

- Vous avez la potion ?

- C'est hors de question !

- Bien… Alors préparez-vous tous les deux à quitter l'Angleterre dès ce soir.

- Vous ne le ferez pas. Vous n'en êtes pas capable. Vous êtes trop… Honnête et gryffondor pour cela, alors ne jouez pas à ce jeu avec moi.

- Je vous jure que je le ferai si je ne le vois pas.

- Il ne supportera pas votre magie après tout ce temps enfermé et vous ne pourrez pas lui résister. Pas après ce qui s'est passé à Azkaban la dernière fois.

- Ne me sous-estimez pas ! A moins bien sûr que vous ne doutiez de votre capacité à préparer convenablement votre précieux remède, Monsieur le Maître des Potions… »

Harry avait répondu avec une ironie mordante et Drago ne put retenir un sourire moqueur. Décidément, Potter le surprenait de plus en plus. Honnêtement, il n'avait pas cru un seul instant la menace de Potter et il ne comprenait pas que Sev et Kingsley tombent dans un piège aussi grossier. Le survivant, quoi qu'il prétende, était bien incapable de laisser passer ce décret, sachant qu'il condamnerait irrémédiablement des dizaines de vie par son absence à l'assemblée du Magenmagot.

Pourtant quand hier matin, Harry lui avait fait part de la demande qu'il comptait formuler auprès de son vampire et du ministre de la magie, il l'avait trouvé particulièrement gonflé et retors. Le fait que son père soit l'enjeu des négociations ne lui plaisait pas du tout, évidemment, mais contrairement aux autres, il comprenait sans doute un peu mieux ce que pouvait ressentir le brun.

Il aimait Severus depuis toujours alors l'acceptation du statut de calice n'avait été que pure formalité pour lui. Ce n'était pas le cas de Potter qui devait se sentir étrangement torturé entre tous ses sentiments confus qui l'assaillaient depuis sa victoire sur Voldemort. Drago trouvait logique que le survivant ne sache pas comment gérer toutes les informations qu'il avait obtenues après son retour chaotique de la prison sorcière, qu'il se sente utilisé, manipulé, qu'il réclame des explications à Lucius. Potter n'était visiblement pas encore prêt à admettre un lien aussi fort et particulier que celui qui unissait un vampire et son calice. Admettre le fait qu'un autre être dépende totalement de soi n'était pas chose aisée, et puis, il fallait accepter l'idée que l'on ne vivrait plus jamais dans la même temporalité que les autres, accepter de voir mourir ceux que l'on aime bien avant sa propre mort, accepter de continuer à vivre quoiqu'il se passe, pour l'autre.

Le blond s'avança devant Severus et le toisa :

« Bien, maintenant, tout le monde se calme. Je suis d'accord avec toi, Sev, dans une certaine mesure. Le fait que Potty aille retrouver mon père, ne me réjouit pas outre mesure. Si cette espèce d'abruti ne s'en rend pour l'instant pas compte, la magie de mon père a parfaitement détectée en lui un potentiel partenaire. »

Drago se tourna ensuite vers le brun qui le fixait, médusé. Dire qu'il lui avait promis d'être son allié sur ce coup, il avait été juste trop stupide de croire en la promesse de ce serpent.

« Inutile de me regarder ainsi, Potter. Car, oui, sur ce point, Sev a totalement raison, ne t'en déplaise. Ta rencontre avec mon père risque d'être encore plus difficile car je crains que sa magie n'ait effectivement découvert en toi un calice compatible, il suffit de repenser à ta réaction au retour d'Azkaban, le pouvoir de mon père t'avait largement marqué de son empreinte, tu ne peux pas le nier et il risque de réclamer encore davantage… »

Harry se renfrogna, obstinément et Drago reprit plus doucement :

« Maintenant, je te soutiens, il est parfaitement normal que tu souhaites lui parler compte tenu des circonstances. »

Harry se contenta d'un faible hochement de tête et regagna assez doucement son fauteuil. Il baissa la tête comme un gamin pris en faute et murmura faiblement :

« Je veux le voir. J'en ai vraiment besoin, j'ai… besoin de comprendre ce qui m'arrive, ce qui ne va pas chez moi. Je veux l'entendre de sa propre voix.

- Harry, écoute-moi… Même avec la potion de Severus, ta sécurité ne sera pas garantie complètement et si les membres du Magenmagot apprennent que j'ai autorisé une nouvelle rencontre entre vous deux, il pourrait me destituer et faire annuler ta déclaration en prétextant que tu sois d'une façon ou d'une autre sous la coupe de Malefoy… Certains le disent déjà à mots couverts depuis la bataille quand tu as affirmé que Ginny se trompait pour Madame Malefoy et la petite Luna Lovegood. Tu veux vraiment le faire malgré tout ?

- Je suis majeur, Kings', je sais qu'il y a des risques mais j'ai déjà pris ma décision…

- Vous êtes totalement inconscient, Potter !

- Vous avez la potion ? »

Harry redressa la tête en entendant le rire cristallin du blond en réponse à sa question :

« Tu croyais vraiment que je lui laisserai le choix… Voyons, Potty, bien sûr qu'il l'a. »

Les yeux verts s'écarquillèrent tandis que le maître des Potions fouillait dans sa robe noire à la recherche de la fiole. Severus s'avança d'un pas décidé vers le ministre de la magie :

« Tenez. Vu qu'il est enfermé depuis des semaines à Azkaban et que le seul véritable contact humain qu'il ait eu, c'est cette foutue tête de pioche, il faut compter environ dix minutes avant que les effets de la potion ne commencent à se faire sentir sur son organisme et que Potter le rejoigne… Comptez un quart d'heure pour plus de sécurité et demandez son isolement, dans une cellule protégée du rayonnement des détraqueurs pour plus d'efficacité. »

Kingsley acquiesça et se retourna vers Harry :

« Tu viens avec moi… En fait, je ne voulais pas t'en parler avant demain mais… Il a été transféré cette nuit au ministère. »

Le brun s'était relevé aussitôt, une question muette clairement lisible dans ses yeux d'émeraude :

« Tu veux dire… Il est ici… A Londres.

- Oui, certaines personnes bien intentionnées du ministère ont d'ores et déjà prévues son exécution pour demain, dès que le vote du décret sera entériné. Ombrage a fait ordonner son transfert avant que je ne puisse intervenir.

- Tu veux dire…

- Tu as parfaitement compris, si la loi d'exception de cette chère Dolorès est enregistrée, je pense qu'un simulacre de procès et son exécution suivront aussitôt, il sera privé de son âme dès demain soir si tout se déroule selon leur plan, il leur faut un exemple, je te l'ai déjà dit, pour clore l'ère de Voldemort, en dépit de tous les signes que nous avons pu enregistrer d'activités illégales et souterraines. »

Harry avait blêmi tandis que Drago s'était instinctivement rapproché de son vampire pour trouver une protection, du réconfort. La déclaration du ministre de la magie ne leur laissait que peu de marge de manœuvre.

« Severus, je suis allé au Terrier comme nous l'avions convenu. J'ai pu leur parler de nos soupçons et de nos conclusions concernant l'attaque de Poudlard. Depuis la dernière visite d'Harry chez les Weasley, ils ont pu se rendre compte de ce qui se passait au ministère surtout depuis la convocation en assemblée exceptionnelle du Magenmagot et il y a aussi eu ces articles édifiants dans la Gazette du Sorcier. Hermione Granger semble déjà de notre côté, c'est une jeune fille réellement intelligente… »

Le grognement sarcastique de Drago à cette remarque n'interrompit pas pour autant la réflexion du ministre :

« Arthur et Minerva se posent également beaucoup de questions, ils s'inquiètent comme nous de ce décret et commencent sérieusement à douter de la culpabilité et de l'implication de Malefoy dans le massacre de Poudlard… Et puis… Ils ont confiance en Harry. Ginny et Ronald sont les deux seuls qui ne parviennent pas à passer outre ce qu'ils ont vus mais ils ont assisté directement à l'attaque, c'est donc compréhensible…

- Il va falloir prévoir le pire… Je crains que malgré son statut de sauveur, le Magenmagot ne vote le décret d'exception.

- C'est effectivement à envisager, Severus.

- Quoi ? Mais…

- Harry, je suis désolé mais Ombrage a la main mise sur la majorité des membres du Magenmagot depuis des années. Elle a des informations et menace un grand nombre d'entre eux. Il faut te préparer à ce que demain, ton intervention soit des plus délicates. »

Le brun hocha la tête faiblement. Il avait combattu si longtemps pour ce monde et maintenant que Voldemort n'était plus, il avait espéré que la paix retrouverait tous ses droits, au lieu de cela, la justice du ministère se drapait de vengeance, de violence et n'avait rien à envier au plus grand mage noir de tous les temps. Kingsley le regardait d'un air désolé et poursuivit :

« J'ai pris contact avec les membres de l'Ordre, ils seront là d'ici une heure… Je vais accompagner Harry au ministère et nous serons de retour dès que possible. Pendant ce temps, avec Drago, essayez de réfléchir à une solution de repli pour Lucius.

- Entendu… Et par pitié, Potter, n'ajoutez pas un problème de plus à cette liste. Si Lucius tente quoi que ce soit contre vous, ne restez pas… Sous aucun prétexte.

- Oui, Potty, je préfèrerai me préparer un peu à cette idée, alors… D'ici deux ou trois décennies peut-être, mais pas avant… »

Le blond avait souri sincèrement à Harry qui en fut plus que dérouté. Il acquiesça faiblement puis il se tourna vers le grand sorcier noir.

« Ecoute Harry. Tu devras impérativement attendre jusqu'à ce que je sois certain que le pouvoir de Lucius soit parfaitement contrôlé et tu ne prendras aucun risque inconsidéré lorsque tu seras seul avec lui. Promets-le…

- Voyons Kingsley, ne sois pas ridicule… Potter attire les ennuis comme aucune personne à ma connaissance, il est probablement le maître incontesté des situations improbables et risquées, tu devrais pourtant le savoir depuis le temps que tu fais partie de l'Ordre et que tu es chargé de surveiller son altesse, tout de même ! Autant demandé à Drago la modestie, tu aurais probablement plus de chance d'obtenir des résultats satisfaisants…

- Hé Sev… »

Severus ne prêta pas attention à l'air faussement outragé de son calice et fixait attentivement le petit brun aux yeux émeraude :

« Ne vous inquiétez pas autant, je connais largement vos craintes au sujet de cette rencontre et je serai réellement sur mes gardes. »

Severus adressa un sourire vaguement amusé à la réponse du jeune sorcier mais Harry n'y prêta pas vraiment attention. Il allait finalement se retrouver face à Lucius et il était partagé entre une peur bien compréhensible et une envie qui lui était encore inconnue. Son cœur tambourinait si vite et si fort dans sa poitrine qu'il pensait qu'il allait exploser tellement il était impatient à l'idée de le rejoindre enfin. Ce fut le toussotement peu discret du ministre de la magie qui le sortit de ses pensées et d'un geste de la main, le grand sorcier noir l'invita à le suivre prestement. Ils s'avancèrent dans un même ensemble vers la cheminée qui trônait majestueusement au centre du salon des Black. Laissant derrière eux le vampire et son calice, Shackelbolt et le gryffondor disparurent magiquement dans un nuage verdâtre après avoir annoncé haut et fort leur destination.

Dans le grand hall du ministère de la magie, une frénésie particulière régnait depuis quelques jours et l'annonce de l'assemblée extraordinaire du Magenmagot y contribuait largement. On aurait dit une ruche d'abeilles en pleine attaque. Contrairement à Harry, Kingsley s'était habitué à cette agitation et n'y prêta guère attention. Il salua quelques sorciers, visiblement des membres de son cabinet et s'engouffra sans attendre dans le premier ascenseur ouvert. Harry le suivit aussitôt. Un vieil homme, voûté, aux cheveux argentés, était déjà présent et lançait un regard intimidé vers le survivant, mal à l'aise. Le ministre annonça sombrement :

« Au département de la justice magique. »

L'ascenseur eut une légère secousse et sembla se précipiter vers les abîmes du bâtiment. Il s'arrêta à mi-chemin laissant partir le vieil homme. Harry et Kingsley se retrouvèrent seuls. Aucun des deux n'osa rompre le silence, uniquement marqué par les bruits métalliques du mécanisme de l'ascenseur. Au bout de quelques instants, la voix lointaine et froide de la sorcière résonna :

« Niveau 2 : département de la justice magique. Bonne journée. »

Les deux sorciers sortirent aussitôt.

« Ecoute, d'après ce que j'ai compris, ils l'ont enfermé dans une cellule spéciale dans les bureaux des aurors en attendant la réunion du Magenmagot. Suis-moi. »

Le brun ne se fit pas prier et emboîta le pas au ministre de la magie. Ils traversèrent plusieurs couloirs, de plus en plus sombres et désertés, avant de se retrouver devant une entrée gardée par un grand sorcier avec un catogan, un peu à la manière de Bill Weasley. Loin de toute l'agitation qui régnait dans le grand hall, Kingsley chuchota à l'attention d'Harry :

« Williamson est chargé de la garde, c'est un des rares aurors en qui j'ai encore toute confiance, même s'il n'était pas dans l'Ordre. »

Ils arrivèrent à sa hauteur presque aussitôt :

« Williamson.

- Monsieur le Ministre…

- Vous gardez le prisonnier.

- Oui, Monsieur le Ministre.

- Monsieur Potter va entrer dans le sas de sécurité avec moi et je vais parler au prisonnier. Pouvez-vous nous ouvrir la porte ? »

Même s'il sembla trouver l'ordre étrange, l'auror n'en laissa rien paraître et s'exécuta. Harry resta là, seul, dans cette pièce si sombre pendant de longues minutes, tandis que Kingsley remettait la potion de Severus. Il eut l'impression que des heures s'étaient écoulées avant que la porte de la cellule ne s'ouvre à nouveau et qu'il se retrouve face au ministre de la magie.

« Tu peux y aller… Sois prudent. »

Tel un automate, le brun avança et la porte de la cellule se referma derrière lui. Il se retourna aussitôt et le vit, adossé au mur. Il semblait plus maigre, encore plus pâle. Ses cheveux fins et blonds encadraient harmonieusement son visage longiligne. Ses yeux gris le fixaient avec cette intensité qui le troublait à chaque fois davantage. Le sourire moqueur de l'ancien mangemort sortit Harry de sa contemplation muette :

« Fallait-il vraiment que tu fasses chanter le ministre de la magie et mon meilleur ami pour me revoir ?

- Il te l'a donc dit…

- Tu es passé au tutoiement. »

Le brun, profondément troublé et gêné, se sentit furieusement rougir à cette remarque du sorcier.

« Je plaisantais, Harry… »

Le survivant garda obstinément la tête baissée pendant plusieurs secondes. Il ne se décida à faire face à l'autre homme que lorsque ce dernier se trouva seulement un pas devant lui et qu'il murmura de cette voix grave et suave :

« Comment vas-tu ?

- Bien… Et vous ?

- Je croyais que l'on était passé au 'tu', Harry. »

Les yeux gris le fixaient et il était si proche de lui désormais qu'il sentit son cœur s'emballer brusquement. L'autre homme ne pouvait ignorer à quel point il le troublait. Il prit sur lui, déglutissant difficilement :

« Comment… Comment vas-tu, Lucius ?

- Beaucoup mieux…

- Grâce à la potion.

- Si ça te fait plaisir de le croire. »

Harry n'eut guère le temps de réaliser car Lucius était maintenant contre son corps et il ne put s'empêcher de gémir à cette présence chaude.

« Vraiment beaucoup mieux… »

Les doigts fins caressaient sa joue et il eut l'impression d'une brûlure sur son visage. Il se recula vers le fond de la cellule, tentant d'échapper à cette force :

« La potion… ça n'a pas marché…

- Bien sûr que si. »

Le regard gris semblait le foudroyer pour cet affront, pour s'être soustrait à son emprise et l'instant d'après le corps du mangemort se trouva à nouveau contre lui, il le retenait prisonnier contre le mur froid :

« Tu m'as manqué… Depuis ta dernière visite. »

Harry aurait aimé trouver quelque chose à répondre mais il était obnubilé par la caresse subtile des doigts sur son cou. Il pencha inconsciemment le visage sur le côté pour lui laisser encore plus d'accès.

« Magnifique…

- Vous… Tu… Arrête.

- Vraiment ? Si c'est ce que tu souhaites…

- Tu… Tu utilises… Ton pouvoir, tu le sais... Parfaitement…

- Et…

- Je ne veux pas. »

Lucius se retira et s'installa confortablement sur l'unique chaise de la cellule, fixant avec une envie non dissimulée la magie pure du brun.

« Tu ne maîtrises pas encore le pouvoir des anciens.

- Ce n'est pas si facile à faire.

- Ai-je prétendu le contraire ?

- Tu l'as largement sous-entendu. »

Lucius ricana, il aimait voir cette étincelle, cette rébellion dans le regard émeraude comme lorsqu'ils étaient ensemble dans la cabane hurlante.

« C'est ça… Je te fais rire, peut-être ! »

Le blond se leva posément et se dirigea lentement vers le brun qui le dévisageait toujours avec colère et rage. Il s'arrêta juste devant lui, il posa ses mains contre le mur, de part et d'autre du visage du plus jeune, il souffla délicatement contre ses cheveux en bataille qui retombaient sur son front et il sentit le frisson d'anticipation de ce corps contre le sien. Ses lèvres commencèrent une lente exploration, cette cicatrice, ces yeux fermés, cette pommette rouge et chaude…

A suivre…