Résumé : Harry subit très durement le pouvoir du vampire pendant sa visite clandestine à Lucius au ministère. A son retour, alors que l'Ordre du Phénix est en pleine réunion, Drago doit rejoindre son ancien rival pour le soutenir, en tant que calice. Les choses se précisent au niveau de l'intrigue dans les deux chapitres à venir… Le rôle d'Ombrage, la seconde attaque de Poudlard… Bref, je vous remercie pour vos messages et j'espère que cette suite vous plaira tout autant. Bises et bonne lecture, à très bientôt, lilywen…
PS : prochain chapitre (soit de l'enfant maudit, soit de Littérature...) fin Août, si tout va bien…
La quête des temps nouveaux
Chapitre 13 : Les renégats
Drago n'avait jamais été de nature particulièrement compatissante envers autrui. D'ailleurs, son vampire disait souvent de lui qu'il était un être totalement égocentré, pourtant, lorsque Kingsley avait brusquement interrompu la réunion de l'Ordre du Phénix pour lui demander de le suivre sous un prétexte des plus fallacieux, il n'avait pas hésité, comprenant aussitôt que la rencontre au ministère entre son père et sa majesté Potty avait dû tourner au complet désastre et qu'il devait désormais apporter tout son soutien au survivant. Sincèrement, Drago ne fut pas surpris le moins du monde par l'arrivée impromptue du sorcier noir, il s'y était même attendu dès l'instant où Kingsley avait accédé à la demande de Potter et avait conduit le gryffondor jusqu'au ministère.
Depuis longtemps, son instinct de calice lui avait permis de comprendre la nature du lien qui unissait le survivant et son père, probablement, dès l'instant où ils les avaient vus pour la première fois ensemble dans la cabane hurlante après la grande bataille de Poudlard. C'était une telle évidence, même si cette idée l'avait alors prodigieusement irrité et qu'il l'avait farouchement niée devant Severus pendant plusieurs semaines, ne voulant certainement pas l'admettre, même pour lui-même. Après la rencontre catastrophique de Potter et de son père à Azkaban qui n'avait fait que renforcer un peu plus ses soupçons, il avait eu une conversation des plus houleuses à ce propos avec son vampire qui lui avait reproché sa jalousie excessive et son attitude totalement immature. Peut-être, Severus n'avait-il pas complètement tort mais l'idée que son père soit lié d'une façon ou d'une autre avec son pire ennemi à Poudlard, l'enfant chéri du monde sorcier, l'avait simplement rendu furieux et déraisonnable. Il avait malgré tout promis au vampire qu'il ferait des efforts, qu'il se montrerait plus conciliant envers Harry et il n'avait qu'une parole.
Ainsi, faisant fi de toute la rancune qu'il avait nourrie pour le petit prince des Gryffondor qui lui prenait inexorablement son père, il s'était précipité vers son ancien ennemi à la demande du ministre, il l'avait enserré dans ses bras, comme il l'aurait fait pour un enfant perdu et il avait répété en boucle des mots pour le réconforter, pour le soulager, utilisant toute la force de sa magie de calice.
Pendant d'interminables minutes, Kingsley était resté dans l'encadrement de la porte, sans réaction, juste à l'observer, alors qu'il berçait doucement le gryffondor. Le sorcier noir avait ensuite annoncé à Drago d'une voix blanche, visiblement inquiète qu'il devait les laisser pour rejoindre le reste de l'Ordre, il ne souhaitait surtout pas attirer davantage de suspicions sur la situation déjà passablement inextricable d'Harry et du vampire prisonnier.
Il s'était écoulé au moins une heure depuis le départ du ministre de la magie lorsque le blond avait finalement appelé Kreattur et dans un étrange claquement sonore, le vieil elfe l'avait immédiatement rejoint en transplanant dans la chambre de son jeune maître. Ensemble, ils l'avaient installé précautionneusement dans le vaste lit aux couleurs typiquement gryffondoriennes et ils l'avaient veillé toute la soirée… Peu avant minuit, il avait renvoyé Kreattur à ses tâches quotidiennes, exaspéré de l'entendre se morfondre sur la santé fragile du très grand Harry Potter.
Comme le vieil elfe, Drago était inquiet, même s'il ne l'aurait jamais admis devant quiconque, il avait espéré que le brun s'endormirait assez rapidement car les tremblements semblaient déjà moins violents qu'à son arrivée mais en fait, à chaque fois qu'il tentait de s'éloigner du gryffondor, ne serait-ce que de quelques pas, la sensation de manque créée par l'absence du vampire reprenait de plus belle et le corps en sueur, Harry gémissait de douleurs. Aussitôt, Drago accourait vers lui, il reprenait ses caresses tendres et réconfortantes sur son visage, utilisant sans cesse son pouvoir de calice, lui murmurant inlassablement que tout irait bien. En vérité, il n'était pas certain le moins du monde de ce qu'il avançait et l'état de son ancien rival et ennemi lui faisait même craindre le pire tant pour le gryffondor que pour son père qui devait, en plus, subir l'influence des détraqueurs à chaque instant.
Vers une heure du matin, peut-être même davantage, alors qu'Harry était enfin calme, respirant tout doucement, le blond entendit de légers cognements contre la porte. Aussitôt, Severus et Kingsley entrèrent dans la chambre sans attendre de réponse. Son vampire resta cependant à bonnes distances de lui, ne voulant provoquer une nouvelle crise chez le bel endormi et il demanda simplement à son compagnon :
« Tu crois qu'il peut rester seul maintenant ou c'est encore trop tôt ?
- Non, non… C'est bon, Sev, la crise est terminée…
- Bien. »
Aux mines dures et fatiguées des deux hommes, Drago comprit que la réunion de l'Ordre avait dû être des plus difficiles et les débats pour le moins houleux. Il se pencha doucement vers Harry et tenta une première fois de s'éloigner de son étreinte inconsciente :
« Hey, Potty, tu me laisses partir maintenant, je suis vidé et j'ai sérieusement besoin de me ressourcer moi-aussi… »
Seul un gémissement plaintif lui répondit et Harry se tortilla dans les draps, se rapprochant encore davantage du calice pour lui réclamer encore plus de chaleur.
« Potty, je ne suis pas ta bouillotte… »
Dans un grognement adorable, le brun se tourna légèrement de l'autre côté du lit, se recroquevillant sur lui-même, sans se réveiller pour autant. Le grand sorcier noir s'avança vers le fauteuil, près du lit tandis que le blond regagnait l'étreinte de son vampire, toujours à l'entrée de la chambre.
« Je vais le veiller, ne vous en faites pas… Par contre, j'ai demandé tout à l'heure à Kreattur de vous préparer la chambre verte, au fond du couloir, on ne sait jamais, s'il avait encore besoin de toi, Drago… »
Les deux hommes se contentèrent d'acquiescer à la proposition du ministre. Severus posa sa main sur l'épaule du blond qui ne chercha pas à s'échapper de la présence de son vampire, bien au contraire, il se laissa entraîner vers l'extérieur et d'un informulé du Maître des Potions, la porte de la chambre du survivant se referma derrière eux. Ils dirigèrent en silence vers la pièce préparée par l'elfe à leur intention.
Sans échanger la moindre parole, le blond se jeta littéralement contre l'ancien mangemort dès le seuil franchi, il ne leur fallut guère plus d'une minute avant que les vêtements encombrants ne volent un peu partout à travers la chambre et que les deux hommes ne se retrouvent sur le lit à baldaquin aux couleurs serpentardes. Le calice réclamait la présence réconfortante de son vampire, c'était impérieux, urgent et ses lèvres, ses mains courant partout sur le corps de son compagnon en témoignait bien mieux que de beaux discours et de longues phrases. Même si Drago était épuisé par l'utilisation excessive de sa magie défensive, vidé d'avoir soutenu Harry pendant des heures, il avait besoin de sentir la force du vampire, besoin de son désir pour lui, il se cambra lorsque les dents acérées se plantèrent férocement dans sa jugulaire et ne put retenir un gémissement de pur plaisir. Lorsque finalement, il s'endormit, tendrement serré dans les bras de Severus, il était parfaitement comblé, tout comme le vampire.
oOoOoOoOo
Aux premières lueurs du jour, Harry s'éveilla, il se sentait étrangement fourbu, désorienté. Il n'avait même pas le souvenir de s'être couché hier soir, il essayait de se rappeler la journée de la veille, mais tout était tellement confus, vague, il avait l'impression que son cerveau était noyé dans une masse cotonneuse et blanche qui l'empêchait de penser convenablement, que des milliers de lutins de Cornouailles dansaient dans sa tête un quadrille endiablé. Il se frotta machinalement les yeux plusieurs secondes avant que son regard ne se fixe sur son fauteuil où Kingsley avait pris place.
Le ministre de la magie s'était recroquevillé péniblement, dans une position apparemment bien peu confortable, compte tenu de sa stature imposante et massive. Sans bruit, le survivant se leva, marchant sur la pointe des pieds, évitant habilement les quelques lames de plancher qui ne manquait jamais de grincer à chaque fois qu'il sortait de sa chambre au petit matin. Il aurait aimé parler avec celui qui était devenu un père, son confident depuis la grande bataille de Poudlard, pour savoir ce qui s'était vraiment passé, il aurait aimé comprendre pourquoi il n'avait que des souvenirs trop vagues de leur retour du ministère mais il n'avait cependant pas le cœur de déranger le sorcier alors que ce dernier dormait profondément. L'homme l'avait probablement veillé toute la nuit et cette pensée le toucha plus qu'il n'aurait su le reconnaître.
Alors qu'il s'apprêtait à quitter sa chambre, Harry remarqua que le visage du ministre avait quelque peu changé depuis l'annonce de l'assemblée extraordinaire du Magemagot. Jusqu'à ce matin, il n'y avait pas prêté réellement attention mais, là, alors qu'il l'observait calmement, cela lui apparut comme une évidence. Les traits du sorcier étaient plus creusés, fatigués et trahissaient ses craintes, ses inquiétudes légitimes concernant la journée à venir. Harry se souvenait clairement des propos de cette garce d'Ombrage, elle était prête à tout dans sa soif de pouvoir. Kingsley redoutait au moins autant que lui que la nouvelle présidente du Magenmagot ne parvienne à ses fins, qu'elle obtienne le vote de cette loi d'exception. Le brun frissonna à cette pensée, il n'était pas sûr de pouvoir supporter ce qui l'attendait aujourd'hui, de tenir bon à la barre des témoins, sachant que cela aurait des conséquences dramatiques pour Lucius.
Harry se retrouva finalement dans le couloir. Il se dirigea d'abord vers l'escalier mais il s'arrêta brusquement en entendant un bruit étrange provenant du fond du couloir, d'une des pièces normalement inoccupées de Square Grimmaurd. Le brun se tendit aussitôt, percevant une magie pour le moins étrange, fascinante, tellement puissante. Objectivement, il se sentait irrésistiblement attiré par cette force inconnue et en même temps, il était effrayé, tétanisé par ce pouvoir qu'il ne connaissait pas. Il ignora sciemment son instinct qui lui hurlait de s'éloigner au plus vite. Au contraire, comme tout bon gryffondor, il était connu pour son courage exceptionnel et il s'avança donc, complètement concentré sur ce son qui devenait au fur et à mesure de sa progression un gémissement sourd et rauque.
Lorsqu'il fut tout contre la porte d'entrée de la chambre, il respirait plus vite, bien plus difficilement, la magie très forte le prenait littéralement au corps, l'étouffant presque. C'était suffoquant, douloureux, presque insupportable mais il ne put s'empêcher de pousser à peine de quelques centimètres la porte fermée, juste assez pour découvrir cette puissance incroyable qui se dégageait de ces deux corps allant l'un contre l'autre si sauvagement, si passionnément. Cela ne dura qu'une seconde, guère plus, mais il vit Drago, son regard gris qui le fixait tandis que Severus le mordait férocement dans le cou. L'espace d'un instant, Harry crut qu'il allait s'évanouir devant ce spectacle, il se sentait étrangement mal, son sang battant furieusement dans ses veines, il referma la porte aussitôt.
Comme un automate, il traversa le long corridor et dévala presque inconsciemment l'escalier lugubre de Grimmaurd en direction des cuisines où s'affairait déjà Kreattur. Il s'affala sur une chaise et avant même qu'il ne prononce la moindre parole, un grand bol de chocolat chaud apparut devant lui tandis que la voix monocorde de l'elfe rompait le silence :
« Maître Harry… Maître Harry, comment allez-vous ? J'étais si inquiet et Drago Malefoy vous a aidé mais j'ai cru… J'ai bien cru que vous ne vous réveillerez plus jamais… J'ai eu tellement peur…
- S'il te plaît, Kreattur, doucement… J'ai vraiment très mal à la tête et je suis tellement épuisé…. »
Harry se redressa brusquement lorsqu'une voix lancinante l'interrompit :
« Alors, comme ça, Monsieur le voyeur est encore fatigué…
- Drago… »
Au ricanement moqueur du serpentard, le brun ne put empêcher un rougissement traître de se propager aussitôt sur ses joues. Abasourdi et gêné, il fixa pendant quelques instants l'autre sorcier et nota distraitement l'air débraillé de son ancien ennemi. Ses cheveux tombaient naturellement devant ses yeux gris, il portait simplement un tee-shirt blanc et un bas de pyjama bien trop grand que Kreattur avait dû trouver par hasard dans les vieilles affaires de Sirius ou de Regulus. Lorsque son regard se porta vers le cou du jeune homme, Harry baissa les yeux de honte alors que Drago reprenait comme si de rien n'était :
« Comment te sens-tu ce matin ? »
Le brun se contenta d'un grognement assez explicite tandis que son ancien ennemi prenait place à ses côtés.
« Tu sais Potty, je crains qu'il ne te manque quelques noises…
- Pardon ?
- Tu es définitivement cinglé, totalement inconscient, incroyablement stupide…
- J'ai compris l'idée générale là !
- Ah bon, vraiment… Non parce que si tu veux, je suis tout disposé à t'expliquer davantage la situation…. Honnêtement, l'idée que tu veuilles voir mon père dans les circonstances actuelles était… Disons cela avec tact et diplomatie… Une énorme connerie si tu me pardonnes l'expression… Mais, bon, je n'ai rien dit, je t'ai même soutenu devant Sev et Kingsley. Après tout, je peux concevoir que tu te sentes paumé par rapport à cette situation, je suis d'ailleurs le mieux placé pour le comprendre… Mais, là, il faut le reconnaître et rendre à Salazar, ce qui appartient à Salazar, tu t'es surpassé hier et tu as fait grandement honneur à ta maison !
- C'est-à-dire ? Tu peux développer ta pensée…
- Vu l'état dans lequel tu étais hier soir, tu auras vraiment du mal à me faire croire que tu as été bien sage lors de ta petite excursion au ministère, que tu es resté loin de mon père comme on te l'avait expressément demandé. Et je ne parle même pas de ce matin, t'approcher ainsi de l'aura d'un autre vampire, surtout après cette nuit, tu sais que la magie de Severus aurait pu t'achever aussi sûrement qu'un Avada !
- J'y ai survécu deux fois, il me semble et je ne savais même pas que vous étiez là tous les deux, encore moins que vous profitiez de mon hospitalité si agréablement !
- Excuse-moi mais c'était franchement indispensable, j'ai passé des heures à utiliser ma magie de calice pour te soulager hier, j'avais besoin de reprendre des forces… En plus, je te signale qu'on est resté à la demande de Kingsley, au cas où tu aurais fait une nouvelle crise…
- Une crise ?
- Oh, Potty, tu n'as pas encore ouvert un livre sur les vampires depuis tout ce temps ! Je pensais que Granger t'aurait fourni une demi-douzaine de titres incontournables depuis le temps !
- Je n'ai encore rien dit à Mione et j'ai été légèrement occupé ces dernières semaines, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué !
- Ah oui, les entraînements pour maîtriser le pouvoir des anciens… Pauvre petit Potty… je crois que je vais pleurer là…
- DRAGO ! »
Les deux jeunes hommes se retournèrent d'un même élan vers l'origine de cette voix forte. Severus se tenait dans l'encadrement de la porte de la cuisine. Harry pensa que le Maître des Potions semblait égal à lui-même, froid, distant, austère dans sa longue robe noire et n'avait plus grand-chose à voir avec le vampire sensuel qu'il avait entraperçu quelques instants auparavant en compagnie de Drago. Il ne put s'empêcher de grogner intérieurement à l'idée qu'il ait pu trouver Snape un tant soit peu séduisant, ne prêtant aucune attention à la joute visuelle du couple.
« Et qu'est-ce que j'ai fait encore, Sev chéri ? Tu m'expliques…
- Arrête de t'en prendre à Harry sur ce point, tu sais parfaitement que ces entraînements sont extrêmement difficiles, alors, inutile de chercher la confrontation à ce propos….
- Si tu le dis…
- Quant à vous, Potter, vous nous devez de sérieuses explications pour hier… »
Au temps pour lui, il avait cru pendant une seconde que Snape allait seulement prendre sa défense contre le calice et peut-être oublier de l'interroger sur le désastre de sa rencontre avec Lucius. Il aurait pu se frapper la tête contre la table d'avoir été si naïf… Si seulement il n'avait pas été seul face aux deux serpentards, si Kingsley était là, il aurait au moins pu lui venir en aide. Ce fut à cet instant précis que le ministre fit son apparition, le visage bouffi de fatigue, il entra dans la cuisine et se dirigea vers la table où tous avaient pris place, sans prononcer le moindre mot. Harry aurait pu remercier Merlin, Godric et tous les autres pour cela, cependant, sa joie fut de bien courte durée. Alors que Kingsley se versait une tasse du café brûlant apporté par Kreattur, il déclara froidement à l'attention du Maître des Potions :
« A quoi bon l'interroger ? Harry a agi, comme à l'accoutumée, sans se préoccuper le moins du monde de nos mises en garde et je l'ai trouvé à moitié dévêtu, Lucius le serrait contre lui et son visage était précisément dans son cou… Je préfère ne pas penser à ce qui se serait passé si j'étais venu, ne serait-ce qu'une seconde plus tard… Ou pire, si Ombrage les avait surpris ainsi ! »
Le gryffondor ne put retenir un rougissement furieux sur tout son visage, il piqua brutalement le nez dans son bol de chocolat chaud, espérant ainsi disparaître à tout jamais, il reçut le coup de grâce lorsqu'il entendit en plus le fou rire de son ancien ennemi.
« Oh Salazar… C'est encore pire que ce que tu pensais, Sev chéri…
- Serais-tu assez aimable, Drago, pour ne pas en rajouter plus que nécessaire, au moins pour cette fois ? »
Le survivant se sentait tellement fatigué, tellement vide qu'il préféra ne pas répondre aux différentes remarques sarcastiques qui lui étaient adressées et d'ailleurs, il ne prêta plus aucune attention au reste de la discussion, pourtant très animée, jusqu'à ce que Severus ne l'interpelle vertement :
« POTTER !
- Pardon ?
- Oh Salazar, juste une fois dans votre vie, pourriez-vous être attentif à ce qui se dit ici ! C'est important au cas où vous ne l'auriez pas encore compris et buvez cela ! »
Après avoir fouillé dans les replis de sa robe noire, le vampire lui tendit une fiole contenant un liquide sombre, le gryffondor hésita un instant mais au regard colérique que lui destina le Maître des Potions, il préféra obéir, sans se poser davantage de questions et avala rapidement l'infâme préparation, ne pouvant retenir une grimace de dégoût. Quelques secondes à peine, et il sentit cet horrible mal de tête devenir moins virulent, il avait l'impression que peu à peu, la fatigue qu'il avait ressenti depuis son réveil s'évaporait comme par magie, ce qui était bien entendu le cas.
« Bien, vous vous sentez mieux ? »
Le brun acquiesça doucement et le Maître des Potions le dévisagea avec cette gravité qui le caractérisait tant :
« Maintenant, Potter, concentrez-vous un peu. C'est important. La réunion d'hier a été difficile pour le moins et votre absence n'est certes pas passée inaperçue !
- Je… Je suis sincèrement désolé, Monsieur…
- Inutile de vous confondre en plates excuses, nous reviendrons ultérieurement sur votre rencontre avec Lucius et sur votre comportement pour le moins irresponsable… »
Harry se recroquevilla encore davantage sur lui-même, n'osant croiser le regard ténébreux de l'homme. Cependant, il se redressa vivement en entendant la voix de son ancien rival qui prenait incontestablement sa défense.
« Severus ! »
Le vampire foudroya du regard son calice qui pourtant, ne s'en laissa pas compter et reprit avec hargne :
« Tu savais parfaitement ce qu'il risquait de se produire, alors ne rejette pas la faute uniquement sur Potter !
- Il n'en a fait qu'à sa tête, comme d'habitude. Il n'a pas tenu compte de nos mises en garde, pourtant nombreuses.
- Oh, je t'en prie… Dois-je te rappeler dans quel état je me suis trouvé la première fois où tu as laissé ton pouvoir agir sur moi alors que j'étais parfaitement préparé pour cela ? Et la situation de mon père est autrement plus délicate, même avec la potion, il ne peut pas se maîtriser complètement avec ces foutus détraqueurs qui le surveillent depuis des semaines. Alors, je ne vois vraiment pas ce que vous pouvez reprocher à Potter dans de telles circonstances ! »
Dire que les personnes autour de la table étaient estomaquées était un euphémisme, Harry fixait Drago avec incompréhension et stupeur. Il s'était attendu au soutien de Kingsley mais certainement pas que le calice prendrait fait et cause pour lui, il en fut curieusement ému. Après quelques instants d'un silence pesant, le blond reprit avec un sourire sarcastique :
« Bien quoi, Potty ? Si je ne te défends pas, en tant que futur beau-fils et seul calice de ta connaissance qui le fera… Hein ?
Severus haussa un sourcil à destination du serpentard, il se racla la gorge, avant de reprendre en fixant Harry :
« Au moins pour la réunion d'hier, je dois reconnaître que nous avons au moins un avantage : Comme vous êtes leur cher élu, ils sont prêts à pratiquement tout accepter de vous tellement ils vous adulent.
- En fait, Harry, lorsque je t'ai laissé avec Drago, je suis tout de suite redescendu pour assister à la réunion, j'ai prétendu que tu avais passé tout l'après-midi à te préparer pour ton intervention auprès du Magenmagot, je leur ai simplement dit que tu étais très éprouvé par les différents interrogatoires que je t'ai fait subir et que tu avais vraiment besoin de te reposer.
- Plaît à Salazar qu'ils aient tous feint de vous croire sur ce point, Kingsley, sinon, je ne sais pas comment nous aurions justifié l'état catastrophique de Potter. »
Severus fixait toujours le brun qui hocha la tête faiblement et demanda d'une voix qu'il espérait assez sûre et ferme :
« Qu'est-ce qui a été finalement dit ?
- Tout d'abord, Potter, sachez que si toutes les personnes présentes ne semblaient pas encore prêtes à nous suivre et à nous croire, Minerva, Arthur et Bill Weasley sont d'ores et déjà convaincus que la seconde attaque n'était absolument pas le fait de Lucius mais qu'il s'agit plus probablement d'une manipulation, d'une tentative fomentée par l'un des évadés de la grande Bataille de Poudlard.
- Heureusement que pour notre argumentation, nous avions aussi en notre possession les différents rapports du bureau des aurors.
- C'est-à dire ?
- Et bien, tu sais, Harry, même si cette saleté d'Ombrage fait tout pour que la seconde attaque retombe entièrement sous la responsabilité de Lucius, la commission d'enquête a clairement établi la reprise d'une activité illégale dans certains quartiers sorciers, comme je te l'avais déjà dit. J'ai lu les rapports circonstanciés de Williamson et il ne fait absolument aucun doute que Lucius ne peut être jugé responsable de cette terrible attaque sur le chemin de traverse contre cette pauvre jeune sorcière, née de parents moldus la semaine passée, et puis, il y a aussi la multiplication des agressions contre ceux qu'ils osent appeler les 'inférieurs', les 'hybrides'….
- Et pourtant, il ne se passe rien… Je veux dire, dans la Gazette, il n'en parle même pas… Pas une seule ligne ! Tout ce qui compte pour eux, c'est cette foutue loi d'exception proposée par Ombrage !
- Non, Potty, tu te trompes sur ce point, tout ce qui compte, c'est le pouvoir et tu es en travers de sa route… Tu es l'élu, celui qui a vaincu Voldemort. Elle veut convaincre le monde des sorciers que tu as été honteusement manipulé par mon père et obtenir sa condamnation malgré ton témoignage. Si tu perds tout crédit aux yeux du public, elle pourra aisément éliminer Kingsley qui t'a ouvertement soutenu… Tout ce qu'elle veut, c'est récupérer le pouvoir, elle se moque bien de ce groupe de mangemorts évadés, de leurs intentions plus que contestables, elle est persuadée qu'elle pourra aisément s'en débarrasser lorsqu'elle aura le champ libre.
- Tu as parfaitement raison, Drago. Heureusement, avant-hier, lors de notre dernière réunion de cabinet, Williamson a clairement abondé dans mon sens, il a exigé un complément d'enquête auprès du bureau des Aurors, en affirmant haut et fort que selon lui, Lucius n'était responsable ni de la seconde attaque de Poudlard ni des agressions actuelles et qu'il fallait chercher les coupables parmi les mangemorts évadés... Le problème est que pour l'instant, malgré ma position, je n'ai pas la majorité nécessaire au Magenmagot. Cette garce a la main mise sur cette institution… Sans compter qu'Ombrage n'est pas opposé à une 'purification' de notre société.
- Une PURIFICATION ?
- Oui, Harry, c'est l'exacte expression qu'elle a utilisé à notre dernière réunion de cabinet et à part Williamson, Arthur et moi, personne n'a semblé choqué outre mesure. »
Livide, Harry regardait le sorcier noir. Alors, on en était encore là, il s'était battu pour un monde plus juste, il avait vu tant de ses proches mourir pour ses valeurs auxquelles il croyait de toute son âme : Dobby, le pauvre elfe qui s'était sacrifié pour lui sauver la vie, Remus, le loup-garou que cette garce osait traiter d'hybride, d'être inférieur. Il était pourtant un millier de choses qu'elle ne pourrait jamais atteindre, le père de Teddy avait été merveilleux avec lui, il l'avait guidé tout au long de son adolescence, il était généreux, courageux. Soudain, le brun réalisa un fait qui le glaça plus sûrement qu'une attaque de centaines de détraqueurs :
« Les vampires… Comment sont-ils considérés ? Je veux dire…
- Voyons, Potty… Sois réaliste, bien sûr que dans son stupide classement, Severus et mon père sont évidemment des inférieurs à éradiquer, d'autant plus qu'ils ont un pouvoir magique fort et incontrôlable. »
Tous perçurent le tremblement d'effroi qui parcourut le corps du brun et Kingsley se pencha vers le jeune sorcier, posant une main réconfortante sur son épaule :
« Harry, calme-toi… Pour l'instant, elle ignore absolument tout de Lucius. Je dois t'avouer qu'hier, j'ai eu très peur qu'il perde le contrôle de son pouvoir quand elle a commencé à s'en prendre à toi, mais il a tenu bon, par contre, sois certain d'une chose… Si elle venait à découvrir que tu es lié à lui, que tu es peut-être son calice, elle pourra le faire condamner encore plus facilement car le fait qu'il ait pu t'influencer et te manipuler d'une quelconque façon serait alors clairement établi.
- Potter, écoutez-moi, au moins une fois dans votre vie… J'ai parfaitement conscience que cette information doit vous toucher tout particulièrement mais Lucius est très intelligent et il sait parfaitement quel risque il pourrait encourir si votre lien était dévoilé au grand jour. Pour l'instant, nous sommes les seuls au courant et nous devons garder ce fait caché aussi longtemps qu'il nous sera possible sans vous mettre en danger, les sorciers du Magenmagot ne doivent pas savoir. Est-ce clair ? »
Harry hocha faiblement la tête en signe d'accord, mais malgré toutes ses paroles de soutien, il sentait battre son cœur furieusement à l'idée que Lucius puisse être encore plus menacé par sa seule faute, parce qu'il n'était pas parvenu à s'opposer au pouvoir du vampire, malgré la magie des anciens. Devant l'air douloureux de son ancien rival, le serpentard blond ressentit une peine qu'il avait lui-même du mal à s'expliquer et il reprit tout doucement :
« Bien, je crois qu'on ferait mieux de se préparer assez rapidement, non ?
- Harry, Drago a parfaitement raison, ne songe plus à cela pour l'instant… Tu dois seulement te préoccuper de convaincre les juges du Magenmagot de la présence de Lucius à tes côtés pendant la seconde attaque de Poudlard et qu'une loi d'exception comme celle qu'ils s'apprêtent à voter, sera forcément synonyme de graves erreurs judiciaires et n'apportera à terme que de mauvaises conséquences. Quoi qu'ait prétendu Ombrage, tu es encore l'élu aux yeux du plus grand nombre, un gamin extraordinaire qui s'est sacrifié pour les sauver de Voldemort. Pour le reste, tu devras nous faire confiance.
- Je sais tout ça, Kings', c'est juste que c'est tellement dur et je ne suis pas certain de… »
Harry fut brusquement interrompu par l'arrivée de Kreattur dans un craquement sonore. Le vieil elfe semblait particulièrement gêné, il baissa la tête, visiblement honteux de perturber le déjeuner des sorciers, d'autant que ces derniers avaient apparemment une conversation des plus importantes. Après quelques instants, il se releva légèrement et regarda le sorcier aux yeux d'émeraude, l'implorant de lui pardonner une telle audace.
« Je… Je suis désolé, vraiment désolé de vous…
- C'est bon, Kreattur, il n'y a pas de problème, tu sais très bien que tu es ici chez toi… Tu souhaitais me parler ?
- Non, en fait, Maître Harry… »
L'elfe se tortilla et sortit de son vêtement une enveloppe cachetée, il la tendit machinalement au sorcier noir :
« C'est pour Monsieur le Ministre, cette lettre est arrivée à l'instant… Par hibou. »
Machinalement, l'homme décacheta l'enveloppe et commença sa lecture à haute voix :
« A tous les membres éminents du Magenmagot, nous les Renégats déclarons… »
A suivre…
