Résumé : Harry témoigne lors de l'Assemblée extraordinaire du Magenmagot pour empêcher l'adoption de la loi d'exception qui entraînerait de nombreuses condamnations sans procès, en particulier pour Lucius Malefoy. Un des juges, Sanders, prend finalement position en faveur d'Ombrage au grand désespoir d'Harry qui s'emporte brusquement… Et voici donc la suite… Qu'est-il arrivé ? Est-ce la magie d'Harry ? Les Renégats ? Bonne lecture à tous et à bientôt lilywen…
PS : Une review ne prend guère de temps mais peut faire grand plaisir et je vous signale que j'ai également posté un chapitre de l'enfant maudit et un chapitre de Opération Bébé durant ces quinze derniers jours… Si vous ne les avez pas encore lus, si vous ne connaissez pas ces deux histoires, je ne peux que vous y inviter et laissez-moi vos commentaires si le cœur vous en dit… Bises…
La quête des temps nouveaux
Chapitre 15 : Fugitifs
C'était une sensation étrange qui parcourait son corps, une sorte d'engourdissement général. Soulever ses paupières lui paraissait un exploit insurmontable. Il avait l'impression que tous ses muscles étaient anesthésiés. Dans un vain effort, il tenta de serrer sa main droite, comme pour se prouver qu'il n'était pas mort, mais il renonça finalement, exténué de cet effort ridicule. Après, ce fut à nouveau le trou noir.
Lorsque bien plus tard, il se réveilla pour la seconde fois, il constata avec dépit qu'il n'arrivait toujours pas à ouvrir les yeux. Il se concentra autant que son état le lui permettait, pour déterminer ce qui se passait, comment il s'était retrouvé dans cet état de faiblesse extrême. Sous la paume de ses mains, il devinait la fraîcheur d'un tissu, il était allongé, probablement couché sur un lit, somme toute assez confortable. Ses muscles du dos le faisaient encore souffrir même si la douleur lui parut plus lancinante, moins forte que quelques heures auparavant. Il fut surpris d'un bruit lointain, il lui sembla que quelqu'un parlait, près de lui, peut-être même ses paroles lui étaient destinées, il espéra de toutes ses forces parvenir à distinguer clairement ce bruit confus, mais sa tête était si lourde. Pendant une seconde, il songea même que Voldemort était encore en vie et qu'il s'insinuait dans son esprit, dans ses rêves étranges comme lors de sa cinquième année. Ses efforts pour discerner ce vague murmure lointain lui coûtèrent les dernières miettes de sa volonté et pour la seconde fois, il sombra dans les limbes noires de son subconscient.
La troisième fois, ce fut la sensation d'un vent léger sur sa joue qui l'extirpa de sa torpeur. Un courant d'air frais s'infiltrait jusqu'à lui. Il frissonna mais n'eut cependant pas la force de bouger pour remonter le drap qui le recouvrait partiellement. Une main secourable vint à son aide sans qu'il ne formule sa demande et il la remercia intérieurement. La main douce repoussa une mèche de cheveux de son front en sueur et il entendit quelques paroles murmurées qu'il ne comprenait toujours pas. En tout cas, il se dégageait de cet inconnu une aura magique réconfortante, quelque chose d'indéfinissable qui le fit se sentir un peu mieux, malheureusement, ce contact fut trop bref et la présence s'éloigna. Il aurait voulu parler, lui demander de revenir près de lui, mais sa bouche était sèche, sa langue pâteuse et lourde. Il ne produisit aucun son, à peine un gémissement.
La main revint cependant aussitôt et posa une serviette humide sur son front et tamponna ses lèvres ce qui lui fit un bien fou. Il aurait voulu ouvrir les yeux, voir qui lui venait ainsi en aide mais c'était bien au-delà de ce qu'il pouvait réaliser. Il replongea dans cette semi-inconscience salvatrice, percevant par intermittence des bribes de conversation. La main n'était donc pas seule à s'occuper de lui, il y avait au moins une autre personne avec eux. Une voix grave et rauque qui semblait furieuse, il comprit confusément que cette colère rageuse ne lui était pas destinée mais qu'elle s'adressait à cet inconnu à la main douce… Il se laissa à nouveau happé par cet étrange sommeil…
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« Il faut que tu te reposes, maintenant, Drago, je ne te le dirais pas une autre fois. Regarde-toi, tu tiens à peine debout, tu as besoin de te reprendre sinon ta magie de calice ne lui sera plus d'aucune aide !
- Sev…
- Quoi ?
- Je… Je… »
Le blond tomba presque aussitôt dans les bras de son vampire. L'ancien Maître des Potions soupira et souleva puissamment le corps de son calice, exténué. Il ouvrit la porte d'un informulé et se dirigea vers leur chambre voisine, laissant seul le survivant. Il posa son fardeau sur le lit intact, il s'installa à ses côtés, fixant les yeux gris de son compagnon qui souriait nonchalamment :
« Mer… Merci, Sev…
- Tu es ridicule. Tu ne pourras plus lui apporter la magie du calice pendant plusieurs heures maintenant.
- Je… Je sais… Il va mieux, non ?
- Oui, il commence à se réveiller, mais maintenant, il faut que tu penses aussi à toi. Tu dois dormir.
- S'il… S'il te plaît.
- Tu n'es pas sérieux, tu n'es pas en état.
- Je dormirai après, Sev… J'en ai vraiment besoin… »
Le brun soupira une nouvelle fois, se confrontant aux yeux gris de son amant. Drago se tourna mollement, rejetant sa tête contre l'oreiller moelleux et dévoilant son cou si pâle. Le vampire ne savait plus que faire. Depuis trois jours, le calice n'avait quitté le chevet de Potter, ayant sans cesse recours à sa magie protectrice pour soigner le survivant. Il était visiblement à bout de force mais il réclamait la morsure du vampire avant de s'endormir.
Une faim inextinguible tiraillait Severus depuis qu'ils avaient trouvé refuge ici, il n'avait rien réclamé au blond qui consacrait tous ses efforts à sauver le Gryffondor mais lisant cette envie dans le regard de son calice, il ne put résister davantage. Il se pencha légèrement, ses cheveux noirs frôlant la joue de Drago. Il déposa quelques baisers sur son visage, glissant lentement vers sa jugulaire. Ses canines s'allongèrent instinctivement et piquèrent dans la chair souple. Le liquide salvateur coulait lentement dans sa gorge et de ses mains, il caressait son calice qui s'abandonnait. Il ne but guère, sentant que le jeune sorcier était réellement épuisé et commençait déjà à s'endormir. Il avala une dernière gorgée du nectar sanguin puis passa sa langue délicatement sur la peau meurtrie et bleutée. Il entendit à peine le 'Merci' murmuré par le bond dont les traits tirés se détendaient visiblement.
L'ancien Maître des Potions se releva et alla jusqu'au fauteuil près de l'armoire où était posé négligemment une épaisse couverture grise. Il l'amena jusqu'au calice qu'il recouvrit avec précaution avant de déposer un dernier baiser sur les lèvres de son jeune compagnon qui dormait déjà si profondément. Lui se sentait indéniablement mieux, les quelques gorgées avalées lui avaient fait l'effet d'une cure de jouvence après ces trois jours d'abstinence forcée. Il préféra laisser Drago seul pour qu'il récupère un peu, de toute façon, Potter aurait encore besoin de la magie du calice dans quelques heures. Après avoir jeté un bref coup d'oeil dans la chambre voisine où se trouvait le Survivant toujours inconscient, il se dirigea rapidement vers le petit salon au premier étage, empruntant les escaliers grinçant.
Lorsqu'il pénétra dans la pièce, un feu chaleureux crépitait dans le foyer, la femme s'avança vers lui aussitôt :
« Comment vont-ils ? »
Il soupira avant de répondre :
« Aucun changement pour Harry. Drago était épuisé, il vient de se coucher.
- Je vais demander à Kreattur de préparer un plateau pour votre calice, il a besoin de se nourrir encore davantage.
- Il aurait aussi besoin de se reposer mais l'état de Potter le préoccupe de façon légitime et son instinct de calice le pousse à utiliser sa magie jusqu'à épuisement.
- Je sais… Il faut… Il faut aussi vous reposer, Severus.
- Où est Lucius ?
- Il était dans la chambre du petit tout à l'heure. Je crains qu'il n'en puisse plus, lui non plus.
- Je vais le voir. J'ai pu préparer un peu de potion pour lui cette nuit.
- Vous ne dormez pas assez.
- Comment le pourrais-je ?
- Je… Je suis désolée.
- Ne le soyez pas, Andromeda. Vous avez déjà tellement fait pour nous depuis notre arrivée.
- Remerciez plutôt, Kingsley. Heureusement pour nous tous qu'il avait prévu cette solution de secours. Je n'ose imaginer ce qui serait arrivé à ce pauvre enfant sans cela.
- Potter est un sorcier puissant, il aurait survécu, j'en suis certain. Excusez-moi, je dois vraiment retrouver Lucius.
- Faites… Faites… »
Le visage si semblable à Bellatrix Lestrange était pourtant si empli de compassion qu'en cet instant, Severus en fut presque choqué. Comment deux sœurs pouvaient être si semblables et si dissemblables dans le même temps ? C'était à peine concevable. Andromeda avait perdu son époux, sa fille, son gendre et cependant, elle continuait à lutter pour le petit Ted Lupin et pour Harry. Elle n'était que bonté et amour, là où Bellatrix n'était que rage et haine. Il y avait peu de gens pour qui il aurait employé ces termes mais dans les circonstances, il admirait cette femme. Il laissa finalement la femme usée par ces derniers mois seule dans le petit salon.
Il sortit et se dirigea machinalement vers le bout du couloir où se trouvait la chambre de l'enfant. Lorsqu'il entra doucement dans la pièce, il fut surpris comme à l'accoutumée par les couleurs pastels des murs qui rompaient considérablement avec le reste de la demeure. Une petite boîte à musique égrenait des notes douces, une berceuse. Lucius était là, assis dans le fauteuil à bascule et regardait, l'air totalement hagard, le berceau où reposait le bébé, endormi. Il n'osa parler de peur de réveiller Teddy et s'approcha de son ami qui ne semblait même pas avoir remarqué sa présence. Il posa une main réconfortante sur son épaule pour le tirer de ses pensées, le blond sursauta. Severus lui fit signe de le suivre ce que fit Lucius sans rechigner. Ils sortirent de la petite chambre et prirent l'escalier. L'ancien Maître des Potions avait besoin de respirer, de marcher, de quitter cette maison qui, même si elle était un véritable refuge pour eux, devenait au fil des heures un lieu d'enfermement insupportable aux yeux du vampire.
Ils se retrouvèrent en quelques minutes dans le parc arboré. Ils marchèrent d'abord sans échanger le moindre mot et finalement, Severus sortit une fiole qui contenait une potion écarlate.
« Tiens… Bois.
- Quand as-tu pu faire cette potion ?
- Cette nuit. Drago ne m'a pas rejoint alors j'ai profité de mon insomnie pour préparer de quoi te faire tenir quelques jours.
- Bien. »
Le blond déboucha la fiole et avala lentement le liquide rouge, au goût âcre. Il posa instinctivement sa main gauche sur son cœur, comme s'il espérait ainsi refouler la douleur. Après quelques instants, la douleur s'atténua et Lucius se redressa, fixant son ami de toujours :
« Comment vont-ils ?
- Drago dort, il est réellement épuisé.
- Et Harry ?
- Il se réveille, je pense que d'ici demain, au plus tard, il devrait parler. Enfin, je l'espère. Il a encore un peu de fièvre mais il est sur la bonne voie.
- Et pour sa magie ?
- Drago est parvenu à stabiliser la situation grâce au flux protecteur du calice, il a bridé temporairement une partie du pouvoir des anciens pour que la fusion avec la magie d'Harry soit moins violente, moins brutale et vive, mais la transition est loin d'être sans douleur malgré tout. Sa puissance grandit si vite et si rapidement. Je n'aurai jamais cru cela possible. Son aura est…
- Je la sens tout le temps… Partout…
- Ne t'approche pas de lui, Lucius !
- Inutile de t'énerver.
- C'est important. Tu ne pourras pas te contrôler si tu montes dans sa chambre pour le rejoindre. Le vampire prendra le pas sur ta conscience et tu le tueras car tu seras incapable de t'arrêter de le boire.
- Je le sais parfaitement, Severus.
- Les prochaines heures seront encore bien plus difficiles pour lui. »
Le blond s'avança davantage dans le parc, observant avec attention des détails qui l'environnaient, feignant de ne pas prêter attention aux paroles alarmantes de son ami. Cette attitude avait le don d'exaspérer Severus qui n'y voyait là qu'une vaine tentative de fuite, plutôt que d'affronter une fois pour toute la réalité et il lui en fit part avec humeur :
« Tu préfèrerais que je te mente, que je te dise que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. »
Cette remontrance lui valut un regard glacial de Lucius mais il n'en fut pas le moins du monde impressionné lorsqu'il reprit :
« Est-ce que Kingsley est repassé ce matin ? »
Lucius se contenta d'hocher de la tête pour toute réponse à son ami. Severus sentait sa migraine revenir à grand pas, après le fils, il devait maintenant affronter le père, pour de toutes autres raisons mais toute de même, il n'aurait pas été contre un peu de compréhension de la part de son meilleur ami.
« Ecoute Lucius, je suis fatigué, je n'ai bu qu'une seul fois en trois jours alors si par pitié, tu pouvais répondre à mes questions simplement, je t'en serai infiniment reconnaissant ! »
L'autre vampire ricana :
« Et que puis-je t'apprendre de plus pour satisfaire ta curiosité, Severus ?
- Où en est-on ? Qu'est-ce que Kingsley t'a dit ?
- Il est intervenu encore ce matin auprès d'une partie des Aurors pour orienter leurs soupçons vers certains Mangemorts en liberté, comme le laissait penser les dernières enquêtes de terrain avant l'assemblée extraordinaire du Magenmagot mais, maintenant, Ombrage mène clairement la danse au ministère et elle est réellement convaincue qu'Harry est à la tête des Renégats, qu'il est à l'origine de l'attaque et de mon évasion.
- C'est tellement ridicule.
- Pour l'attaque peut-être mais tu ne peux pas nier que vous aviez bien planifié mon évasion, au risque de mettre Harry en danger, en le tenant délibérément à l'écart.
- Kingsley, Drago et moi avons fait un choix, il était tellement évident que cette assemblée n'était qu'une mascarade pour te condamner au baiser du détraqueur. Alors, tu es en colère contre moi, je le conçois et peut-être, notre plan n'était-il pas le meilleur mais il était le plus logique, ne t'en déplaise. Nous avions seulement dit à Harry que Drago et moi assisterions au débat, sous polynectar mais nous nous étions bien gardés de lui dévoiler intégralement notre solution de repli si l'assemblée du Magenmagot tournait en notre défaveur. Si Harry en avait eu connaissance, il n'aurait pas eu l'air réellement préoccupé par le vote de la loi d'exception et Ombrage aurait immédiatement compris qu'il se tramait quelque chose.
- C'est vrai qu'avec l'emportement de sa magie et du pouvoir des anciens, votre idée de ne pas l'informer de vos projets était indubitablement la meilleure option, n'est-ce pas ?
- Je crois que je le regrette suffisamment alors inutile de me le rappeler encore !
- Tu devais le protéger !
- Et que crois-tu que j'ai fait depuis sa naissance ?
- Il est un fugitif maintenant !
- Harry était tellement terrifié à l'idée de te perdre, que tu sois condamné par sa faute ! Quand Sanders a annoncé sa décision et son ralliement à Ombrage, Kingsley a bien tenté de le calmer mais c'était trop tard ! Le pouvoir des Anciens avait déjà pris le contrôle sur sa propre magie. Tu as bien vu qu'il ne réagissait plus réellement. Des petites étincelles blanches crépitaient au bout de ses doigts, il hurlait pour qu'on le laisse, pour qu'on lui fiche la paix… Tu t'en souviens quand même ! Drago et moi avons agi au mieux en simulant cette attaque qui a permis ton évasion avec lui, grâce à ce portoloin qui vous a amené directement chez Andromeda, comme Kingsley l'avait convenu avec elle.
- Et maintenant, Ombrage a convaincu une grande partie de l'opinion publique et du Magenmagot qu'il est un criminel, qu'il s'est sauvé avec moi et que c'était là le signal pour l'attaque des Renégats sur le ministère.
- Harry Potter, dirigeant un groupe d'anciens Mangemorts ! Cette femme est complètement cinglée. Ils le sont tous de croire de telles inepties !
- Les circonstances ne plaident pas en sa faveur. D'abord, cette lettre qui arrive le jour même de l'assemblée extraordinaire puis Harry qui témoigne pour ma défense. Il perd peu à peu son contrôle sur le pouvoir des anciens face à la décision des membres du Magenmagot et une attaque organisée par les Renégats est déclenchée peu après son départ par portoloin avec un homme que tous considèrent comme le bras droit de Voldemort. Comment s'étonnait après cela que le public ne doute pas de son héros ? »
Severus s'écarta de quelques pas de son ami, il semblait tellement furieux contre lui et probablement sa faim le tiraillait encore malgré la potion mais le blond prit sur lui et s'avança vers le banc en bois, placé sous un immense chêne centenaire. Il s'installa et croisa avec élégance ses jambes.
« Nous avons discuté longuement de la seconde attaque de Poudlard.
- Bien et vous avez pu enfin avancer…
- En fait, on réfléchissait aux témoignages des enfants Weasley, ils ne mentent pas et n'ont certainement pas les capacités ni la maturité magique pour trafiquer leur souvenir si parfaitement.
- C'est évident. La fille a certes du potentiel mais elle est loin de pouvoir maîtriser un tel sortilège, si tant est qu'elle le connaisse seulement. Quant à Ronald Weasley, il demeure un sorcier à la magie tout au plus médiocre. »
Lucius ricana tandis que Severus le rejoignait et s'asseyait sur le banc.
« Je vois que nous sommes d'accord sur ce point. Même si Kingsley n'est pas entièrement d'accord avec notre analyse sur les capacités magiques des rejetons d'Arthur Weasley, il pense tout comme nous que leurs souvenirs ne sont pas altérés ou modifiés ce qui implique qu'ils m'ont vu à la tête de la seconde attaque sur Poudlard.
- Polynectar.
- Evidemment… Et Kingsley en est arrivé à la même conclusion que nous. Ecoute… Cet imposteur en a clairement après moi. Il prend d'abord mon apparence pour lancer son attaque contre Poudlard, tous les soupçons se tournant aussitôt vers moi et ensuite, il tue Narcissa.
- Cela n'explique pas la suite des événements, et en particulier, la mort de la petite Lovegood. Tu n'as aucun lien avec cette famille, ce me semble ?
- Oui… Oui… Je sais, je n'arrête pas d'y penser depuis ma discussion avec Kingsley mais d'après le témoignage de cette rouquine, ce n'était pas la fille de ce vieux cinglé de Xenophilius qui était visée mais Ronald Weasley. La blonde s'est interposée juste au dernier moment et c'est elle qui a reçu le sortilège de mort à la place du rouquin.
- C'est exact… J'ai pu voir certains des souvenirs de Ginerva Weasley grâce à Potter.
- Harry…
- Mais, qui que soit cet imposteur, il ne pouvait espérer t'atteindre en tuant un Weasley, même si vous avez quelques liens lointains par les Black, on ne peut pas dire que l'annonce de la mort d'un des rouquins t'aurait bouleversé réellement.
- Certes non… »
Severus se contenta de secouer la tête, étouffant un rire dans un toussotement mais Lucius poursuivit sans y prêter attention :
« Autant la mort de Narcissa pouvait logiquement m'atteindre, autant celle d'un Weasley ne m'aurait pas choqué outre mesure… Cependant, tu oublies un peu trop vite Harry. Pas que mon passé plaide en ma faveur, mais avais-je seulement la moindre chance devant la communauté sorcière si j'avais tué le meilleur ami du héros ? Si par hasard, je pouvais échapper au baiser des détraqueurs et finir mes jours à Azakaban, le fait d'avoir tuer un des gamins du trio me condamnait irrémédiablement, non ?
- Peut-être… Je ne suis pas complètement convaincu cependant. Il doit y avoir une autre explication à la mort malheureuse de Lovegood, j'en suis sûr… »
Pendant quelques minutes, aucun des deux vampires ne parla, les deux écoutaient et observaient les bruits du parc, le frémissement des feuilles, le vent qui s'engouffre dans les branches. Lucius soupira avant de reprendre :
« Il y a aussi cette lettre des Renégats qui est arrivée comme par hasard, le jour de l'assemblée extraordinaire qui devait statuer sur la loi d'exception, et par conséquent sur mon avenir. Leur chef parle clairement de ma libération comme une évidence, menaçant de représailles le Magenmagot s'il venait à ne pas obtempérer à leur ultimatum. Il clame haut et fort mon allégeance à leurs idéaux et rien que cela me condamnait aux yeux de bon nombre de juges, comme Sanders, qui n'avaient pas encore fait leur choix…
- Tu penses que ce n'est pas une coïncidence.
- Non, tu as bien compris, Severus. Je veux dire que si on accepte l'idée que celui qui dirige les Renégats et celui qui a pris mon apparence lors de la seconde attaque sont une seule et même personne, tout devient beaucoup plus clair et cela confirme que quelqu'un essaye de me faire tomber, par tous les moyens… Probablement pour récupérer le pouvoir sur les Mangemorts encore en liberté. Tu aurais pu être un candidat potentiel sans aucun doute mais le discours d'Harry devant toutes les personnes présentes lorsqu'il te croyait mort, t'a disqualifié automatiquement des héritiers potentiels de Voldemort. Par élimination, je suppose que j'étais logiquement le mieux placé et que je devais gêner les ambitions de cet imposteur…
- C'est également ce que je pense. »
Severus semblait réfléchir vivement et il annonça d'une voix atone :
« Beaucoup de Mangemorts t'en voulaient d'avoir pris cette importance auprès du Maître qui avait fait du manoir son quartier général pendant toute cette année… Mais, je crois aussi qu'il ne faut pas non plus perdre de vue Narcissa. »
Le blond le regarda alors étrangement.
« Oui, écoute… D'après ce qu'a expliqué Harry à Drago, quand Voldemort a cru l'avoir tué dans la forêt interdite, il a demandé à Narcissa de vérifier son pouls, pour s'assurer de sa mort. Harry nous a dit qu'il avait pu lui murmurer que son fils était bel et bien vivant à Poudlard. Elle a ensuite caché l'état d'Harry au Seigneur des Ténèbres, elle lui a permis de s'en sortir.
- La plupart des Mangemorts se trouvaient là à cet instant, cela nous fait beaucoup de coupables possibles.
- Et j'imagine que certains devaient en vouloir personnellement à Narcissa pour la mort de leur Maître qui a suivi son mensonge.
- Tu penses donc qu'il pourrait aussi s'agir de vengeance.
- Franchement, Lucius, je ne sais pas, c'est cependant une éventualité et nous ne pouvons négliger aucune hypothèse à l'heure actuelle. Nous avons un ennemi, c'est une certitude, il est à la tête d'un groupe apparemment bien organisé et ils ont fait retomber la plupart de leurs forfaitures sur Harry, ce qui est loin d'arranger notre situation.
- Je crains que nous n'entrions maintenant dans une nouvelle guerre… »
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La sensation de douleur le réveilla une nouvelle fois, il se tordit brusquement, comme si tout son corps s'apprêtait à demander grâce, il suppliait intérieurement pour que cela cesse, une bonne fois pour toute, même si cela voulait dire ne plus jamais se réveiller, ne plus jamais profiter d'un lever de soleil ou des lèvres froides du blond s'insinuant entre les siennes pour découvrir sa bouche. Le bouillonnement intense du pouvoir des Anciens dans ses veines le brûlait si intensément. De fines gouttes de sueur glissaient si lentement le long de son front, dans son dos, collant désagréablement le tissu d'un vêtement contre sa peau moite.
Ses lèvres étaient si sèches, sa langue lourde mais quelque chose semblait différent car pour la première fois depuis ce qui lui paraissait des heures, des jours peut-être même, la douloureuse sensation de sa magie affrontant celle qu'il avait acquise durant la bataille de Poudlard refluait. Ses muscles endoloris se crispaient férocement, il agrippa presque machinalement le drap sous ses mains, mouvements compulsifs de ses doigts mais une lueur de victoire traversa son esprit à cette prouesse qu'il avait tenté vainement à de nombreuses reprises, entre deux phases d'inconscience. Il se tordit encore, gémissant pitoyablement, sentant une nouvelle vague de douleur lui parcourir le corps. Une voix claire résonnait dans sa tête tandis qu'il se sentit soulevé, calé confortablement dans une position mi-assise, mi-couchée. La main douce qui l'avait aidée à plusieurs reprises, le tenait fermement contre lui et murmurait des choses étranges, des choses que son cerveau embrumait ne parvenait que difficilement à déchiffrer :
« Allez, Potty… Je suis vraiment crevé… A bout… Tu ne vas pas t'en tirer comme ça ! Tu ne m'as certainement pas encore réveillé pour rien… Cette fois, tu vas me regarder de tes putains de petits yeux verts si naïfs, d'accord ? »
Ses paupières papillonnèrent alors faiblement…
A suivre…
