Résumé :La dernière fois, nous avions laissé nos héros alors qu'ils avaient trouvé refuge chez Adromeda Tonks. Tandis que Severus et Lucius évoquaient ensemble leur doute quant à l'identité du chef des Renégats, Drago veillait Harry, épuisé par la fusion de sa magie à celle des anciens… Et voilà la suite, avec un chapitre très difficile pour la relation Harry Lucius… J'espère que vous aimerez, bonne lecture, bonnes fêtes de fin d'année, bises à tous… Lilywen…
La quête des temps nouveaux
Chapitre 16 : Egarement
Les lourds rideaux de velours bordeaux étaient tirés. Seul un faible rai de lumière pénétrait la vaste chambre, éclairant à peine la pièce. Pourtant, malgré l'obscurité quasi-totale, Harry cligna douloureusement des yeux plusieurs secondes, gêné par cette clarté agressive. Il essaya de fixer son attention sur la voix douce qui l'exhortait à se réveiller, mais en vain. L'inconnu le rallongea avec délicatesse sur le lit et s'éloigna légèrement de lui. Sa magie si réconfortante lui manqua aussitôt, indéniablement. Après trois tentatives infructueuses, sa vision s'était progressivement habituée à la luminosité toute relative de la chambre et le ricanement moqueur de celui qui veillait à son chevet, le sortit finalement de sa torpeur :
« Ah… Tout de même !
- Dra… Drago…
- Lui-même, dans toute sa splendeur. »
Le brun aux yeux d'émeraude se racla la gorge, retenant un gémissement de douleur. Sa tête lui paraissait lourde, le moindre mouvement lui semblait impossible. Il articula péniblement :
« Qu'est… Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Le blond se cala confortablement dans le fauteuil face au lit à baldaquin et l'œil pétillant de malice, il déclama avec arrogance :
« Pas grand-chose, Potty… Ta magie a littéralement explosé pendant l'assemblée extraordinaire du Magenmagot. Quand cet abruti de Sanders a officiellement pris parti contre mon père, tu as bien failli occire tout ce beau monde…
- Je… Je n'ai pas…
- Oh que si, tu l'as fait ! Enfin, en l'occurrence, tu as surtout manqué de peu de te tuer… Donc rien que tu n'ais déjà tenté une bonne centaine de fois au cours de ces sept dernières années… »
Harry tenta de se redresser brusquement, outré de la remarque sarcastique du serpentard mais il grogna lorsqu'il sentit une douleur vive parcourir tout son corps. Le calice se releva et se rapprocha de lui, un air agacé clairement lisible sur son visage parfait :
« Non mais tu te fiches de moi, Potty… Comme si je n'avais pas assez utilisé ma magie pour te protéger depuis trois jours, il faut que tu la joues encore, vierge effarouchée…
- JE NE… »
Harry toussota, sa vaine tentative de clouer le bec à l'arrogant blond misérablement avortée dans un pitoyable gémissement tandis que Drago ricanait franchement :
« Quoi ? Tu ne me feras pas croire que tu ne l'es pas… Mon père est suffisamment réceptif à ta condition pour que cela se passe d'une quelconque explication, n'est-ce pas, Potty ? »
Le calice repoussa un peu brusquement le brun contre le matelas ferme et s'installa à ses côtés. Drago canalisa sa magie protectrice et au bout de quelques minutes d'un silence calme, le gryffondor soupira littéralement de bien-être, tout contre le corps du blond, cherchant inconsciemment toujours plus de cette extraordinaire chaleur.
Il se passa ainsi un long moment sans qu'aucun des deux sorciers ne songent même à bouger. Ce fut finalement Harry qui se dégagea de l'étreinte réconfortante du calice, au prix d'un effort incommensurable sur lui-même. Le brun se cala péniblement contre le montant en chêne sculpté du lit tandis que Drago positionnait par réflexe un oreiller contre son dos pour lui rendre l'assise plus agréable. Cette nouvelle attention du calice exaspéra encore davantage le brun qui dut user de toute sa volonté pour ne pas grogner de rage et de frustration. Essayant vainement d'oublier la présence réconfortante du blond, le regard émeraude se perdit autour du lit à baldaquin : les murs peints, la frise aux arabesques fleuries délicates, les tableaux ne lui rappelaient aucune pièce de Grimmaurd. Il murmura difficilement :
« Où… Où est-ce qu'on est ?
- Chez ma tante.
- Pardon ?
- Andromeda Tonks… La grand-mère de ton filleul… Tu vois de qui je parle, là ! »
Drago n'avait pu s'empêcher de répondre vertement à son ancien ennemi qui râla, avec une mauvaise foi toute gryffondorienne :
« Tu aurais très bien pu parler de cette garce de Bellatrix.
- Elle est morte, Potter, lors de la grande bataille… Tuée par la mère de celui que tu considères comme ton meilleur ami, au cas où tu aurais oublié ce léger détail et je peux te garantir que ni Sev, ni mon père n'aurait eu l'idée tordue de trouver refuge chez cette folle fanatique. Elle était, à ma connaissance, la seule gardienne du secret de sa demeure avec son cher époux, ce bon vieux Rodolphus et je n'ose imaginer ce qui arriverait si une personne non autorisée et non informée tentait de pénétrer dans son domaine. Je doute cependant qu'il aurait l'occasion de nous narrer sa petite aventure si la situation devait se présenter réellement… »
Les yeux émeraude semblèrent capables de foudroyer le blond. D'une voix visiblement amusée et sarcastique, Drago poursuivit, profitant clairement du désarroi et de l'air perdu de son ancien rival :
« Inutile de te fâcher, Potty, tu sais très bien que j'ai toujours raison !
- DRAY ! »
La voix froide, coupante de Severus avait claqué et résonna terriblement dans la chambre. Le calice se retourna vers le vampire, un air adorable et contrit délicieusement peint sur chaque trait de son visage alors qu'une seconde avant, il agissait tel un petit serpent arrogant. L'homme aux cheveux noirs s'avança jusqu'au milieu de la pièce :
« Comment vous sentez-vous, Harry ? »
Le jeune sorcier brun soupira avec résignation et dans un chuchotement, il reprit :
« Mieux… Je crois… Et euh… Merci, merci pour tout ce que vous avez fait pour moi.
- Nous avons simplement fait en sorte que vous ne réduisiez pas en cendre la haute société sorcière et ses représentants les plus émérites. »
Sa voix s'était faite encore plus tranchante mais les yeux noirs et ténébreux brillaient d'amusement. Le calice en profita pour se rapprocher de son vampire, quémandant son étreinte chaleureuse. Harry resta sans voix : non seulement le Maître des Potions n'esquiva pas en sa présence, mais la main longue et pâle de l'ancien espion agrippa la taille fine de son compagnon, le rapprochant fermement de lui. Le vampire savait instinctivement que son calice avait besoin de lui, pour ressourcer sa magie protectrice, soumise à rude épreuve depuis le réveil du brun. Le survivant se sentit étrangement mal à l'aise devant cette scène et préféra rompre le silence :
« Où… Où est Lucius ?
- Dans le parc pour l'instant. Du moins, c'est là qu'il était quand je l'ai abandonné. J'ai ressenti à travers le lien que mon petit diable de calice était incroyablement soulagé, je me suis douté que cela ne pouvait venir que de vous et je suis monté aussitôt.
- Il ignore donc que je suis enfin réveillé. »
Curieusement, Harry ne savait que penser. Une partie de lui en était satisfaite, épuisé, il n'était pas certain d'avoir l'énergie pour faire face aux désirs du vampire à son encontre, à ses yeux posés sur lui. Le reste de son esprit bataillait farouchement pour se lever et se précipiter vers les jardins, pour rejoindre le blond et s'abandonner à lui. Enfin, complètement. Harry soupira faiblement et tourna lentement la tête vers la fenêtre aux rideaux de velours.
« Pourquoi… Pourquoi sommes-nous chez Andromeda ?
- C'est une longue histoire, Harry… »
Le brun se retourna vers le couple et ses yeux émeraude flamboyaient :
« Je n'ai pas la force de bouger, alors, j'ai absolument tout mon temps pour entendre vos explications.
- Tu pourrais être plus agréable, Potty, nous t'avons tout de même veillé et soigné depuis notre départ précipité de l'assemblée du Magenmagot…
- Drago… »
Le Maître des Potions avait coupé la parole à son calice, sachant pertinemment que les récriminations du Survivant étaient justifiées, quoi qu'en pense son insupportable blond. Lucius le lui avait suffisamment reproché depuis leur arrivée au manoir des Tonks, parvenant toujours à la même conclusion. Le gamin n'allait pas aimer d'avoir été mis à l'écart par Kingsley et lui. Il allait hurler qu'on le manipulait, qu'on l'utilisait, comme avant, ce sur quoi, il n'aurait pas complètement tort, il fallait être honnête.
« Ecoutez… Nous n'avions pas d'autres choix. Vous deviez paraître réellement inquiet quant à l'avenir de Lucius…
- Pourquoi ?
- Pensez-vous qu'Ombrage n'aurait pas été alerté si vous aviez paru détendu lors de l'audience alors que tout était censé reposer sur vos épaules ? Si nous vous avions dit que nous avions un plan si les choses tournaient en notre défaveur, que nous avions tout prévu pour votre évasion et celle de Lucius, vous n'auriez pas fait illusion plus d'une minute, croyez-moi !
- Peut-être… »
Harry avait admis assez difficilement ce qui était pourtant indubitable. Severus profita de l'acceptation faite par le brun pour poursuivre :
« Quand Sanders a annoncé sa décision et son ralliement à Ombrage, vous avez commencé à perdre le contrôle de la magie des anciens. Aussitôt, Drago et moi avons simulé une attaque pour perturber l'assemblée afin de pouvoir vous évacuer. Nous vous avons emmené avec Lucius par portoloin. Heureusement, Kingsley avait contacté quelques jours avant Andromeda pour qu'elle puisse tous nous accueillir s'il se passait quoi que ce soit mais…
- Quoi ? Continuez… Je veux savoir.
- Nous n'avions cependant pas prévu que…
- Les renégats, n'est-ce pas ?
- Oui, Harry… D'après ce qu'a pu nous expliquer Kingsley, dès notre départ, ils ont attaqué le ministère. Les dégâts sont apparemment énormes, il y a eu de nombreux blessés parmi les membres du Magenmagot et les Aurors présents à l'assemblée. »
Le brun fixait intensément la couverture aux tons sombres qui couvrait partiellement ses jambes, ses doigts serrant presque convulsivement le tissu. Ainsi, tout recommençait, fuir, se cacher… Ce n'était plus une tente avec Ron et Hermione, mais cela revenait au même au final. Il ne pouvait vivre comme tout un chacun, simplement normalement comme il l'avait si ardemment désiré.
« Que me reproche-t-on exactement ?
- D'avoir organisé l'évasion de Lucius, bras droit de Voldemort, de l'avoir défendu ouvertement malgré les nombreuses preuves pesant contre lui et les témoignages des deux Weasley, d'avoir pris la tête des Renégats…
- C'est tellement… absurde.
- Nous le savons parfaitement, Harry mais Ombrage a profité de ce désastre pour vous discréditer aux yeux de toute la communauté sorcière. La coïncidence était trop belle pour qu'elle n'en tire pas profit…
- Oui, enfin, franchement, croire que Potty œuvre pour le mal et a repris à son compte le credo de Voldemort, il faut vraiment avoir une imagination fertile ! »
La remarque du blond fit légèrement sourire les deux autres hommes, même si le cœur n'y était pas. Harry se redressa, essayant de prendre sur lui, de ne pas prêter attention à cette douleur lancinante le long de sa colonne vertébrale, probablement les flux de sa magie fusionnant à celle des anciens :
« A-t-on une idée de… Qui ils sont ?
- Kingsley fait tout ce qu'il peut pour orienter l'enquête des Aurors vers les groupuscules de Mangemorts qui faisaient déjà parler d'eux avant l'attaque du ministère mais honnêtement, il a beaucoup de mal à imposer sa volonté. La gazette lui reproche d'avoir soutenu ouvertement le Survivant depuis la bataille de Poudlard. Je crains qu'il ne soit très prochainement démis de toute fonction au profit d'Ombrage.
- Kings' le craignait déjà lorsqu'il m'avait accompagné voir Lucius la seconde fois.
- La situation ne s'est certainement pas arrangée depuis et il n'a rien pu nous apprendre de plus à ce sujet, par contre, Lucius et moi avons longuement discuté du chef des Renégats pendant que Drago vous veillait…
- Tiens donc ! Et tu comptais m'en avertir un jour, chéri… »
L'air sarcastique était clairement perceptible dans les propos acerbe du blond à l'encontre de son compagnon mais la réponse ne se fit pas attendre :
« Dois-je te rappeler que durant ces trois derniers jours, tu étais plutôt occupé et que lorsque tu avais quelques minutes de répit, tu te contentais de t'endormir après m'avoir nourri ?
- Comme si mon instinct de calice me permettait de m'éloigner de Potty plus d'une heure !
- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, Drago et tu le sais parfaitement…
- Euh… Excusez-moi… Je suis fatigué. »
Le brun avait volontairement interrompu la petite dispute du couple : c'était étrange, déstabilisant de les voir si proches, si complices. Harry se morigéna en pensant que peut-être un jour, Lucius et lui pourraient se chamailler gentiment, se taquiner et se comprendre aussi bien que Drago et Severus. Peut-être, fut-il trahi par son visage car les deux hommes souriaient, se moquant ouvertement de lui :
« Potty, je t'ai déjà dit qu'il me faudrait une petite décennie pour me faire à cette idée alors soit tu apprends enfin l'occlumancie, soit tu cesses de penser à mon père avec ce regard là ! »
Harry se sentit furieusement rougir et Severus vint à sa rescousse en sermonnant gentiment son calice comme il avait pris l'habitude de le faire. Le petit brun préféra les interrompre en demandant :
« Pouvez-vous juste me dire ce que Lucius et vous avez établi au sujet des Renégats ?
- Rien qui ne saurait attendre demain, Harry.
- Je…
- Reposez-vous ! Vous êtes encore plus faible qu'un nouveau-né… Votre magie a certes assimilé une grande partie du pouvoir des anciens mais…
- Je sais…
- Bien. Dormez… Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas. »
Harry hocha simplement de la tête avec reconnaissance. Alors que les deux sorciers s'éclipsaient, le brun se rallongea dans le lit confortable. Il se tourna vers la fenêtre, observant la danse mystérieuse des particules de poussières visibles le long du fin rayon de soleil qui perçait à travers les rideaux. Il se sentait tellement las, chaque muscle de son corps le tiraillant férocement. Au bout d'une heure, peut-être plus, il se laissa aller et plongea dans un lourd sommeil, chargé de rêves agités.
Ce fut cette présence, cette sensation qui le fit doucement émerger. Cette fois, la pièce était noire, les ténèbres de la nuit ne laissait pas place à la lune discrète. Ses yeux verts émeraude mirent plusieurs secondes à s'acclimater à la pénombre, pourtant, il savait qu'il était là, adossé à la porte. Il devinait sa respiration, calme et profonde, son aura. Sublime, puissante, étouffante. Le murmure qui suivit rompit étrangement l'air chargé d'électricité :
« Lus… »
Il n'eut aucune réponse et se demanda s'il ne l'avait pas simplement rêvé.
« Lus… C'est toi ? »
Au bout d'une minute, peut-être plus, la voix chaude lui répondit enfin :
« Tu es réveillé. »
Il n'y avait plus de doute possible. C'était bien le vampire. Harry frissonna des pieds à la tête et se dégagea péniblement des draps emmêlés, se redressant complètement pour observer la silhouette qui se découpait dans la pénombre.
Le vampire avança… Un pas, puis un autre. Il s'approchait inexorablement du lit, sentant l'aura lumineuse du brun aux sublimes yeux d'émeraude assis face à lui. Lucius le fixait avec envie, avec tellement de désir qu'il sentait sa gorge s'assécher furieusement. Il savait que le sang sucré, brûlant d'Harry était le seul nectar qui contenterait enfin cette soif atroce. Ce fut la voix tremblotante qui le sortit de sa transe :
« Lus… Tu… Tu ne peux pas rester…
- Pourquoi ?
- Je… Je suis fatigué.
- Pourquoi mens-tu ?
- Mais…
- Si tu mens… J'étais avec Teddy, j'ai senti ta magie se réveiller.
- Tu ne devrais pas être là.
- Pourquoi ?
- TU SAIS TRES BIEN POURQUOI ! »
L'énervement avait fait hurler malgré lui le brun aux yeux d'émeraude qui en cet instant, ne savait plus que faire. Tout son corps le suppliait de se jeter dans les bras du vampire, c'est tout ce qu'il avait espéré depuis… Depuis l'assemblée extraordinaire… Depuis leur rencontre dans la petite cellule du ministère… Depuis que Lucius l'avait embrassé la première fois à Azkaban… Depuis que le blond l'avait frôlé de ses mains, de son corps dans la cabane hurlante, dans l'ancien bureau directorial de Poudlard. Son cœur hurlait de détresse, pour plus de cette sensation d'abandon, de complétude. Comme si rien d'autre sur terre ne pouvait être plus parfait que son corps enlacé par cet homme, ce vampire… Cependant, il y avait aussi quelque part dans son esprit, une peur indicible, terrifiante car il savait. Son aura magique si puissante et perturbée par la puissance des anciens guidait Lucius. Non ses sentiments pour lui. Il était là pour sa magie, pas pour lui et il en aurait pleuré de rage.
« Sors. »
La voix avait claqué durement mais le vampire ne comprit pas l'ordre. Au contraire, il s'avança encore vers le sorcier aux yeux émeraude, se laissant guider par son instinct. Le souffle du survivant sembla se faire plus erratique au fur et à mesure de sa progression. Le brun était perdu par l'aura fascinante que dégageait la créature sanguinaire et il se contentait de murmurer dans une litanie pathétique et inutile :
« Sors… Sors… Sors… »
Déjà, Lucius se trouvait près de lui, s'asseyant sur le bord du lit et Harry ne trouvait plus la force en lui, il aurait voulu s'enfuir avant de regretter amèrement ce qu'il avait espéré de tous ses vœux pendant des semaines. La main du vampire se posa sur la joue fiévreuse du jeune homme qui manqua de défaillir tant l'effleurement, devenu caresse, était insoutenable. Harry ne put s'empêcher de gémir, pleurant et se maudissant de lui céder si facilement, de se rapprocher du blond pour qu'il le touche encore.
De son autre main, Lucius le poussa contre le matelas, l'allongeant de toute son long. Il se pencha contre lui, le bloquant de tout son corps. Ce fut une torture sans nom pour le brun, une bataille entre son corps et son esprit, sa volonté et son désir tandis que le vampire parcourait son visage, d'abord de son souffle, ensuite de ses lèvres fraîches. La caresse était aérienne, évanescente. Lucius découvrit d'abord ses paupières closes, lui dissimulant ses magnifiques iris verts, il descendit lentement vers les joues rouges, brûlantes, jusqu'à effleurer ses lèvres. Harry tenta de se relever une première fois, il manqua de renverser le corps puissant du vampire qui n'apprécia que modérément la rébellion de celui qu'il considérait déjà comme son futur calice et la riposte fut à la hauteur de la vaine tentative. Les deux mains bloquèrent complètement le corps du brun : la première tenait fermement l'épaule droite du jeune sorcier tandis que l'autre entamait une exploration de son corps éperdu.
Lucius n'écoutait plus les supplications plaintives d'Harry, trop concentré sur ce corps vibrant sous le sien. Sa main gauche se perdait sur le flanc du brun, dégageant avec habileté le tissu du pyjama qui le privait de la peau si douce et tentante. Il le pinça avec férocité lorsqu'Harry essaya encore de le repousser, laissant ses doigts errer et repousser le pantalon à élastique. Il se perdrait bientôt dans l'intimité du jeune sorcier, une part de lui sentait que quelque chose n'allait pas, qu'il ne voulait pas qu'Harry lui appartienne de cette façon mais la magie qui l'appelait était beaucoup plus forte que ce vain murmure. Son esprit embrumé était concentré uniquement sur les battements fiévreux du cœur du brun, sur les palpitations de la jugulaire où sa langue errait depuis un instant. Les mots chuchotés qui lui parvenaient étaient une mélodie étrange pour le vampire :
« Pas comme ça… S'il te plaît… Pas comme ça… S'il te plaît… »
Il s'arrêta… Peut-être une seconde… Une minute… Le visage magnifique du brun était baigné de larmes, ses yeux verts le suppliaient muettement. Lucius semblait livrer en lui un combat terrifiant contre le vampire, il se releva légèrement… Le reste se passa trop vite pour qu'il réalise vraiment.
Un bruit sec ouvrant la porte de la chambre, le corps puissant de son meilleur ami le plaquant avec violence contre le mur tandis que son fils se précipitait vers Harry, l'enserrant et le protégeant de sa magie. Drago berçait avec tellement de patience le brun aux yeux émeraude qui tremblait et pleurait… Lucius ne sembla pas réagir davantage quand Severus lui fit avaler de force l'odieuse potion rougeâtre et qu'il sentit son cœur se calmer progressivement. Qu'avait-il fait ?
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Lorsqu'au petit matin, il se réveilla, son corps était encore tout endolori. Il se sentait malade, nauséeux, groggy, comme après une longue anesthésie. Il se tourna légèrement mais fut gêné par un corps qui le bloquait lourdement. Douloureusement, il ouvrit les yeux pour tomber sur une masse de cheveux blonds. Son cœur ne fit qu'un tour, des images de la veille revenant le frapper de plein fouet. Non… Lucius n'avait pas pu… Il n'avait pas pu… Des larmes brûlantes au bord des yeux, il vit fondre sur lui l'autre corps qui l'enveloppa de sa magie.
« Putain… Qu'est-ce qu'il y a encore, Potty ? »
Harry réalisa alors qui dormait calmement à ses côtés. Drago sembla comprendre aussitôt ce qui arrivait à son ancien ennemi et les sarcasmes qui n'auraient pas manqué de suivre moururent dans sa gorge, au lieu de cela, il murmura assez piteusement :
« Je suis tellement désolé… J'aurai dû me douter qu'il ne pourrait pas… se contenir… avec ta magie si forte…
- Tu m'as sauvé. Merci.
- Il ne voulait pas te faire du mal, c'est… »
Harry se redressa, il n'était certainement pas prêt à entendre cela, même si au fond de lui, il se doutait que jamais Lucius n'avait souhaité le faire souffrir. Au final, le résultat était le même. Il ne réalisait que davantage ce qui le tourmentait depuis toutes ces semaines à essayer de comprendre son attraction face au vampire. Ce n'était pas lui que Lucius aimait et voulait. Le vampire était attiré par sa magie, sa puissance, il se moquait bien d'Harry, il n'avait que faire d'un stupide petit gryffondor inconscient et cette acceptation était sans doute la plus douloureuse des expériences. Il avait l'impression que son cœur et son âme étaient en miettes, déchiquetés par chaque baiser brûlant de passion qu'il avait reçu mais qui ne lui était pas réellement destiné.
Drago fixait son ancien ennemi dont le regard était troublé de larmes. Son instinct de calice avait été soumis à rude épreuve cette nuit. Déjà, les trois derniers jours avaient été difficiles alors que la puissance des anciens se fondait dans la magie du brun mais lorsqu'il avait senti la panique, la terreur provenant de la chambre voisine, il s'était réveillé en sursaut, suppliant du regard son vampire de l'aider à stopper cette douleur qui le tuait littéralement. Ils avaient compris, sans échanger un mot. Ils s'étaient précipités dans la pièce mitoyenne. Il avait agi comme un automate lorsque Severus avait arraché son père du corps de Potter, il s'était jeté contre lui pour l'enserrer de sa magie protectrice et ce matin, il réalisait et il n'aimait pas ce qu'il lisait dans le regard désespéré d'Harry.
Il le rapprocha de lui, juste pour satisfaire son instinct de calice et le protéger un peu, lui insuffler un peu de magie pour calmer cette peur irraisonnée, cette douleur incroyable. Harry se laissa gentiment faire, parce qu'il n'avait ni la volonté ni le courage de s'opposer.
Ils se séparèrent brusquement lorsque la porte de la chambre claqua. Severus se tenait dans l'encadrement. Harry sembla blêmir encore davantage si cela s'avérait possible :
« Lus ! »
Le Maître des Potions comprit alors et se décala, laissant apparaître le vampire blond à ses côtés qui se contenta de murmurer :
« Je suis là. »
Le regard émeraude vacilla, entre souvenirs terribles de cette nuit et cette fraction de seconde où son cœur s'était arrêté à l'idée qu'il soit arrivé quelque chose au vampire. Le blond se contenta de le fixer de son regard gris tandis que Severus reprenait :
« Ils ont attaqué à nouveau… Gringotts. »
A suivre…
