Résumé : Au dernier chapitre, rien n'allait plus… Attiré par la fusion de la magie d'Harry à celle des anciens, Lucius était entré en pleine nuit la chambre du brun et s'était laissé totalement dominé par son instinct de vampire. L'intervention de Severus et Drago avait évité que le blond ne prenne de force Harry comme calice. Au matin, le maître des potions apprend une nouvelle au groupe : l'attaque de Gringotts… Quelles seront les conséquences pour notre groupe de réfugiés en fuite ? Comment va se dérouler la prochaine confrontation Lucius Harry ? Et bien, lisez maintenant… Bonne lecture à tous, à très bientôt, bises lilywen…

La quête des temps nouveaux

Chapitre 17 : Question de magie

Installé dans un fauteuil confortable, Harry fixait de son regard émeraude la large cheminée où de petites flammes léchaient doucement les bûches de bois. Il n'avait pas bougé depuis de longues minutes, se contentant de faire tourner, entre ses mains, une tasse en porcelaine blanche d'où s'échappait une délicate fumée. Il but une gorgée du Darjeeling qu'avait préparé son ancien ennemi et la reposa sur la table basse en chêne devant lui.

Le simple fait de quitter la chambre où il était confiné depuis plusieurs jours avait été une sorte d'épreuve pour le jeune homme : il avait eu toutes les peines du monde pour descendre l'escalier et traverser le long corridor jusqu'au salon des Tonks. Il s'était lourdement appuyé sur le bras de Drago qui l'avait soutenu du mieux possible durant toute sa progression. Même s'il ne l'aurait jamais admis devant quiconque, une nouvelle fois, l'aide du blond avait été pour lui une véritable bénédiction. Ses jambes étaient engourdies, lourdes d'être resté alité si longtemps. Il soupira tandis que Severus entrait dans le salon avec à sa suite son calice :

« Comment vous sentez-vous ?

- Mieux… Je crois…

- C'est vrai que ton air ravi et heureux parle pour toi, Potty. »

Harry se contenta de grogner faiblement tandis que Severus envoyait une petite claque magique sur l'arrière de la tête de son calice. Le blond lui répondit d'un regard faussement vexé avant de rétorquer avec sarcasme :

« Tu sais, Sev chéri, il faudrait qu'un jour, tu songes à me soutenir, plutôt qu'à me reprendre à chacune de mes remarques.

- Cesse de dire des bêtises et d'asticoter Harry et ton père et je te soutiendrais de toute mon âme, Dray, sois en certain. »

Drago souffla profondément et s'écroula bien peu élégamment sur le sofa à côté du fauteuil où se trouvait le brun aux yeux d'émeraude. Le calice ricana et appela Kreattur qui apparut au milieu du salon dans un pop sonore :

« Maître Harry a besoin de quelque chose…

- Oui, c'est ça… Maître Harry veut que je mange ! »

Le gryffondor se contenta d'hausser les sourcils d'un air surpris tandis que le blond continuait comme si de rien n'était :

« Tu pourrais m'apporter un plateau de sucreries, des brioches avec de la confiture, du chocolat chaud… Tout ce que tu peux préparer, le plus rapidement possible… Je meurs de faim.

- Bien sûr, Monsieur Drago. »

L'instant suivant, l'elfe de maison disparaissait et à peine quelques secondes plus tard, un plateau apparut sur la table basse. Harry regardait le blond se jeter tel un affamé sur les victuailles préparées par Kreattur. Dès que l'elfe avait été prévenu par Kingsley de la présence de son jeune maître chez les Tonks en raison du déroulement catastrophique de l'Assemblée du Magenmagot, Kreattur avait supplié Andromeda de le prendre à son service pour qu'il puisse continuer à assister le brun aux yeux émeraude.

« Quelle élégance, Drago…

- Dis… Tu m'as dévoré ce matin, non ? Alors, c'est ça ou je m'écroule, victime d'anémie !

- N'exagère pas, veux-tu ?

- Hmmm… »

L'air ridiculement offusqué qu'arborait le blond fit pouffer de rire Harry. Le survivant appréciait réellement le fait que Severus et Drago ne cherchent plus à se cacher en sa présence. Ils se comportaient naturellement avec lui et cela le réconfortait depuis l'incident terrifiant qui l'avait opposé à Lucius. Le vampire blond l'avait évité ostensiblement depuis cette nuit-là et ne lui avait plus adressé la parole.

« Tenez Harry. »

Sorti de ses pensées par la voix profonde de Severus, le brun aux yeux émeraude se redressa et s'empara du journal. Il s'agissait du nouveau numéro de la Gazette des Sorciers et comme depuis ces derniers jours, la publication titrait sur le cambriolage de Gringotts :

« Héros ou traître ? Le doute est-il encore permis… »

Rien que le titre en gros caractère découragea visiblement le jeune sorcier brun qui ne put retenir un reniflement sarcastique. Drago posa sa tasse de chocolat chaud, il avala rapidement un autre morceau de brioche et reprit avec humeur :

« Pourquoi vous tenez absolument à lire ce tas d'inepties ? Franchement, Sev, il n'a pas besoin de ça !

- Il doit savoir.

- Tiens, et depuis quand es-tu devenu cet ardent défenseur de la vérité et de l'honnêteté ?

- Ce n'est certainement pas le moment pour remettre cela sur le tapis. Kingsley et moi n'avions pas le choix. Si Harry avait été prévenu de notre plan pour le sortir de ce guêpier avec ton père, il n'aurait pas fait illusion une minute devant Ombrage et ses sbires.

- Ben voyons, c'est tellement commode…

- Drago !

- Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit encore ? »

Harry se contenta de sourire avant de murmurer :

« C'est bon, inutile de vous disputer à mon propos. J'ai dit que je pouvais comprendre votre choix. Je n'approuve pas et j'espère qu'à l'avenir, vous ne me cacherez rien d'autres… Mais, on peut passer à autre chose…

- Bordel, Potty… Tu ne pourrais pas redevenir cet insupportable gryffondor sûr de lui et impétueux que je pouvais détester cordialement, plutôt que cet être doué de compassion et de pardon, c'est à vomir.

- Comme toi, tu veux dire…

- Ne me compare pas à toi, veux-tu ! Lis plutôt… C'est tellement instructif. »

Comme pour clore le débat, le blond reprit une énorme part de gâteau au chocolat qu'il dévora. Harry se contenta d'un vague sourire. Même si Drago ne l'aurait jamais admis, ils avaient tous les deux trouvé une sorte de terrain d'entente, ensemble, ils avaient supporté depuis la bataille tellement d'épreuves et le Serpentard l'avait veillé nuit et jour pendant toute cette période douloureuse. Lorsque le brun s'était réveillé le matin, encore effrayé de ce qu'avait tenté Lucius, le calice avait été un soutien inconditionnel. Il n'avait pas eu besoin de lui expliquer ces peurs, ces doutes, ce tiraillement entre son esprit et son corps. Peut-être parce qu'il avait lui-même affronté cela lorsqu'il s'était rapproché de Severus. Harry savait que contrairement à lui, Drago avait toujours été éperdument amoureux du Maître des Potions et que l'acceptation du statut de calice avait par conséquent était bien moins dramatique mais tout de même, il y avait une sorte de compréhension par delà les mots entre eux et cela rassurait indéniablement Harry.

Dépliant la Gazette des sorciers, le brun aux yeux d'émeraude reprit calmement sa lecture :

« Héros ou traître ? Le doute est-il encore permis…

Alors que nous imprimons ce journal, les éléments de l'enquête qui nous parviennent de sources incontestables, sont de plus en plus alarmants quant aux choix surprenants de celui que l'on appelait autrefois l'élu.

Revenons sur ces dernières semaines riches en événements. Bien sûr, nous n'apprenons rien à nos lecteurs fidèles en vous rappelant que lors de la grande bataille, Harry Potter a clamé haut et fort devant celui dont on ne doit pas prononcer le nom et toute l'assemblée présente que le sombre Severus Snape aurait été non seulement du côté de l'Ordre du Phénix depuis de longues années mais qu'en plus, le ténébreux sorcier l'aurait sauvé à plusieurs reprises au cours de sa scolarité à Poudlard. Pourtant, il s'agit bien là du même homme que le jeune Harry Potter a accusé pendant des mois d'être le meurtrier du grand Albus Dumbledore, détenteur de l'Ordre de Merlin. Certains d'entre vous étaient, dès les premières heures, sceptiques quant à ce retournement de situation et l'innocence prétendue de l'ancien Maître des Potions de Poudlard, directeur très contesté de la vénérable institution durant les temps les plus sombres de cette année passée. Ce n'était cependant là que le début de nos doutes… »

Harry releva la tête et asséna avec froideur :

« Alors vous aussi…

- C'était prévisible, Harry. Quoi que vous en pensiez, ma réhabilitation n'était jusqu'à présent que le fait de votre témoignage.

- C'est ridicule ! Vous êtes innocent, je le sais.

- Ne vous en faites pas pour moi, je ne m'attendais pas à autre chose.

- Tous des crétins bornés…. »

Le reste de la phrase de Drago mourut alors qu'il reprenait une gorgée du chocolat chaud. Harry songea une seconde que le blond cachait de plus en plus difficilement sa colère mais sa remarque outragée avait semblé plaire à son vampire qui se rapprocha de son calice et déposa un bref baiser sur sa tempe, d'une tendresse évidente. Comme à chaque fois qu'il notait la proximité du couple, Harry eut un pincement douloureux au cœur en pensant à sa propre situation. Lucius le fuyait clairement et il n'arrivait même pas à déterminer si c'était là une bonne ou une mauvaise chose. Il préféra reprendre sa lecture.

« Ce n'était cependant là que le début de nos doutes… Que dire en effet de l'attitude de celui qu'on considérait, il y a encore si peu de temps comme un héros, alors qu'il a pris faits et causes pour une des familles représentant les heures sombres de notre monde, un nom synonyme de magie noire et de fidélité absolue aux idéaux de celui dont on ne doit pas prononcer le nom. Oui, chers et fidèles lecteurs, vous aviez déjà compris, l'allusion au clan Malefoy : qu'en est-il effectivement du mystère autour de la matinée qui a suivi la grande bataille ? Quel fut le rôle de Kingsley Shacklebolt dans cette longue entrevue entre Lucius Malefoy et Harry Potter dans le bureau directorial de Poudlard ?

Autant de questions qui restent en suspens. Nous savons seulement qu'après cette rencontre entre le mangemort, bras droit du mage noir et le survivant, des événements surprenants n'ont cessé de s'enchaîner. Déjà, toutes les personnes présentes dans la grande salle de Poudlard ont noté la longue absence d'Harry Potter, parti apparemment pour venir en aide à Drago Malefoy, du moins, selon les dires de Monsieur Shacklebolt et peut-on réellement donné crédit à de telles allégations, sachant la haine féroce qui a opposé pendant des années le fils Malefoy et Harry Potter. (Voir également en page 3 le témoignage de plusieurs élèves de Poudlard, témoins des nombreux échauffourées entre les deux sorciers au cours des dernières années)… »

Harry se redressa et adressa un sourire moqueur au blond qui s'attaquait maintenant à un croissant aux amandes :

« Il paraît que je te hais, Malefoy.

- Il paraît que la réciproque est vraie, Potty. »

Les deux garçons pouffèrent ensemble sous l'œil désespéré du Maître des Potions.

« Vous êtes insupportables. »

Harry reprit sa lecture tandis que le blond tirait de façon très immature la langue à son vampire.

« Après la disparition du Survivant pendant plusieurs heures, beaucoup d'entre nous ont pensé qu'Harry Potter avait été la malheureuse victime d'un impardonnable, probablement un Imperium ou peut-être un sortilège de confusion associé à un puissant 'oubliette' jeté par Lucius Malefoy en raison de ses prises de position incompréhensibles en faveur du mangemort.

Le bras droit de celui dont on ne doit pas prononcer le nom a été vu lors de la seconde bataille de Poudlard par de nombreux témoins, dont deux amis de l'élu lui-même et des preuves incontestables concordent sur sa culpabilité concernant la mort de sa femme, née Narcissa Black, et d'une élève, amie du jeune Potter, Luna Lovegood. Pourtant, Harry Potter s'entête et n'a eu de cesse, depuis lors, de clamer l'innocence de Lucius Malefoy, allant même jusqu'à témoigner à la barre pour le défendre devant l'Assemblée du Magenmagot, en prétendant que le mangemort ne l'avait pas quitté une seule seconde depuis leur rencontre dans le bureau directorial de Poudlard.

Lorsque l'honorable juge Sanders a pris parti pour une des plus brillantes personnes de notre société, Madame la Présidente Dolores Ombrage, le survivant a lancé une première attaque, usant apparemment de sa magie instinctive puisqu'il semblait hors de contrôle, malgré les supplications de l'ancien ministre de la magie, Kingsley Shacklebolt… »

Harry froissa férocement le papier du journal entre ses mains. Severus s'installa sur le canapé tout à côté de Drago, il croisa avec une certaine élégance ses jambes et précisa naturellement :

« Ne vous inquiétez pas, Harry, Kingsley nous a informés hier de sa destitution, alors que vous dormiez déjà. Heureusement, il l'a appris suffisamment tôt grâce à cet auror, un dénommé Williamson. Vous l'avez déjà rencontré, il me semble ?

- Oui… je l'ai croisé le jour où j'ai vu Lus au ministère…

- Toujours est-il que Kingsley a ainsi pu quitter le ministère avant d'être arrêté. Il a récupéré la plupart des documents de l'enquête et il a rejoint Arthur Weasley pour le prévenir de sa situation, il doit passer d'ici un moment…

- Je suppose que cette garce d'Ombrage…

- Oui. C'est elle, mais on ne pouvait pas s'attendre à autre chose, cependant. »

Pendant plusieurs minutes, Harry resta les yeux dans le vague, fixant sans réellement le voir le feu rougeoyant dans la cheminée.

« Pourquoi ? Pourquoi font-ils tout cela ?

- Harry, pour être honnête, il est assez difficile de vous répondre de façon certaine. Peut-être que quelques sorciers sont vraiment convaincus de votre retournement vers les idéaux de Voldemort, mais j'en doute très sincèrement. J'ai plutôt l'impression que pour Ombrage et ses partisans, vous êtes avant tout un danger, une menace dans leur position privilégiée au sein du ministère. Ils ont eu peur de ce que vous pourriez devenir si vous briguiez les plus hautes fonctions de notre société. Vous aviez jusqu'à présent l'image du héros qui a terrassé le plus grand mage noir connu, celui qui n'a jamais craint de s'opposer contre les injustices, celui qui a combattu pendant une année alors que vous étiez à peine majeur. Le peuple vous aurait soutenu contre eux, sans aucune hésitation, et ils le savaient parfaitement.

- Je n'ai jamais voulu ça.

- Nous le savons, bien sûr, mais il faut reconnaître qu'Ombrage a su tirer parti de la situation et elle a considérablement nui à votre image auprès de la société sorcière. Il suffit de lire ce torchon. Tout est orienté par ses soins en votre défaveur… Vous devriez continuer. »

Le brun se contenta d'hocher doucement de la tête avant de reprendre la Gazette :

« La mystérieuse disparition du survivant avec Lucius Malefoy et deux inconnus étaient sans aucun doute savamment orchestrée car s'en est suivie une attaque des Renégats dont on connaît les désastreuses conséquences. Rien que ces éléments feraient douter les plus fidèles partisans du jeune homme mais à la lumière des récents événements, on peut se demander si cette fois, Harry Potter n'a pas purement et simplement rejoint les anciens adeptes des idéaux de Voldemort en s'alliant avec Lucius Malefoy.

C'est ainsi qu'il y a trois jours, la banque de Gringotts a été cambriolée par les Renégats, dirigés par Lucius Malefoy comme en ont témoigné deux gobelins, Griseck et Merlick. Les deux créatures sont formelles et ont été interrogées longuement par les Aurors du ministère. L'ancien bras droit du mage noir était à la tête de l'expédition, à visage découvert. L'association du mangemort avec le survivant ne fait plus de doute lorsque l'on sait quel coffre a été délesté d'une grande partie de ses richesses pour soutenir la cause des Renégats, car il s'agit bien évidemment de celui de Monsieur Potter … »

Harry s'interrompit lorsque Drago ricana avec sarcasme :

« Décidément Potty, tu m'étonneras toujours. Je ne connais pas grand monde qui se fasse voler une grande partie de sa fortune et que l'on accuse en même temps d'être le commanditaire de ce vol. On croit rêver.

- Il y a un point dans ce tas d'inepties qui est cependant la triste réalité. »

Harry et Drago fixèrent le Maître des Potions qui soupira :

« Votre argent va servir à leur cause puisque celui qui a usurpé à nouveau l'identité de Lucius est très vraisemblablement le chef des Renégats et cela ne va certainement pas arranger nos affaires. »

Un bref coup résonna alors contre la porte du salon et aussitôt, la silhouette haute et élégante du vampire blond apparaissait dans l'encadrement. Il n'avait de regard que pour Harry qui s'était instinctivement redressé dès qu'il avait senti la présence de l'homme. Drago et Severus se levèrent d'un même élan, sans même se concerter. Déjà trois jours qu'ils espéraient cette confrontation. Le Maître des Potions passa près de son ami et s'arrêta à sa hauteur, murmurant :

« Tu as repris de la potion. »

Le blond hocha fermement de la tête sans lui répondre, trop absorbé par les yeux émeraude qui ne l'avaient pas lâché une seule seconde.

« Ne fais rien que tu puisses regretter…

- Oui, je vous ai déjà dit, il me faut bien encore cinq ans pour me faire à cette idée… »

Le blond ricanait ouvertement, particulièrement fier de sa petite répartie.

« Drago ! »

Severus sermonna le blond d'une petite tape magique sur la tête. Il attrapa ensuite la main fine de son calice et le traîna sans ménagement hors du salon. Même s'il n'en montra rien, le vampire se sentait immensément soulagé du changement d'attitude de Drago envers Harry. Il avait pourtant pensé dans les premiers temps qui avaient suivi la bataille de Poudlard que jamais son calice n'accepterait que le survivant entre dans la vie de son père. Il reconnaissait que sur ce point, il s'était trompé et il en était heureux. Il referma la porte, priant de toutes ses forces pour que tout se passe finalement bien entre les deux sorciers, mais rien n'était moins sûr.

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Harry avait baissé les yeux dès qu'il avait réalisé que le Maître des Potions les laissait seuls. Lucius resta immobile un long moment avant de s'avancer vers le fauteuil où se trouvait le brun. Doucement, il se pencha vers le visage caché par une mèche de cheveux. Il se contenta de passer une main dans cette tignasse en bataille pour dégager son front avant de frôler sa cicatrice d'un baiser. Harry s'était crispé aussitôt, ne pouvant cacher sa peur irraisonnée. Le vampire s'éloigna aussitôt, s'accoudant avec élégance au manteau de la cheminée. Il essaya de ne pas accorder trop d'importance à la réaction instinctive du gamin alors que c'était la première fois qu'il l'approchait depuis qu'il avait perdu le contrôle sur son pouvoir vampirique, mais en vain. Son instinct hurlait en lui, pour la reddition du brun, pour qu'il l'approche encore, qu'il l'embrasse passionnément, qu'il le goûte, mais il avait pris suffisamment de potions pour garder un semblant de contrôle sur lui-même.

La petite voix mal à l'aise d'Harry le sortit finalement de ses pensées :

« Qu'est-ce que tu veux ?

- Simplement te parler. »

Seul, un silence farouchement buté lui répondit. Lucius comprit alors qu'il avait peut-être trop attendu mais il avait eu besoin de ces quelques jours pour trouver la force d'affronter le regard émeraude. Il tenta d'une voix qu'il espéra douce et conciliante :

« Ca a assez duré, tu ne crois pas.

- Je ne vois pas de quoi tu souhaites parler qui nécessite que Severus et Drago sortent.

- Harry, arrête, s'il te plaît, ne fais pas l'enfant. »

Dès qu'il eut prononcé ses mots, Lucius s'en voulut et l'air profondément blessé du brun le lui confirma malheureusement. Le vampire avança d'un pas vers le jeune sorcier avant de reprendre :

« Je suis désolé, absolument navré de ce qui s'est passé cette nuit-là mais…

- Mais quoi ? Comme tu n'as pas daigné m'adresser la parole depuis, j'avais déjà parfaitement compris que pour toi, c'était de MA faute puisque je ne contrôlais plus mon pouvoir. De toute façon, ce n'est pas comme si quelque chose t'intéressait à part MA magie, n'est-ce pas ? »

Le brun était furieux, contre Lucius bien sûr, mais probablement encore plus contre lui-même. Il aurait tellement voulu n'en avoir rien à faire, se moquer de la façon dont Lucius s'était comporté avec lui, il aurait voulu être indifférent et l'ignorer, mais c'était bien au-delà de ce qu'il se sentait capable d'endurer alors que tout son corps tremblait de rage.

« Qu'est-ce que tu racontes, Harry ? Je ne sais pas de…

- Non, tu ne sais pas. Tu ne sais rien, en fait. RIEN DU TOUT ! »

Les derniers mots avaient été hurlés, le brun s'était relevé brutalement, sans doute beaucoup trop vite car il sentit aussitôt un vertige et ses jambes flageolèrent dangereusement. En moins d'une seconde, le vampire le retenait contre lui, avec fermeté. Ses bras enserraient la taille fine du survivant et il respirait l'odeur de sa peau, de ses cheveux comme une drogue.

Au début, Harry ne sembla pas réagir, s'abandonnant à cette présence si douce et réconfortante mais il ne parvenait pas à oublier tout ce qui s'était passé. Sa magie. C'était pour cela qu'il l'étreignait, qu'il le serrait à l'en étouffer, qu'il le voulait. Pas pour lui. Il commença à se débattre instinctivement, de plus en plus violemment, jusqu'à s'échapper des bras du vampire.

Le brun respirait bruyamment et Lucius le regardait, d'un air désemparé. Il se recula d'un pas seulement, laissant à Harry le temps de reprendre ses esprits. Après une longue minute, le vampire se rapprocha à nouveau, doucement, comme il l'aurait fait avec un animal un peu trop craintif. Il aurait aimé lui avouer ce qu'il ressentait pour lui, ses doutes nombreux mais aussi ses certitudes parfaites. Il aurait voulu lui expliquer que la magie n'expliquait pas tout, quoi qu'il en pense mais il savait malheureusement que le brun n'était pas encore prêt à l'entendre parler de ses sentiments nouveaux. Harry l'aurait probablement encore rejeté sans concession et il n'était pas sûr que son instinct de vampire puisse résister à une autre fuite du garçon aux yeux d'émeraude.

Avec délicatesse, il posa sa main droite sur l'épaule du brun et se pencha vers lui. Il lui laissa tout le temps nécessaire pour qu'il puisse éventuellement se reculer, avant de déposer ses lèvres sur cette bouche tendre. Lucius se contenta d'un effleurement, juste un léger mouvement pour apprécier la texture si parfaite des lèvres du survivant. Sa main glissa dans le même temps le long du bras jusqu'à atteindre celle d'Harry, il la serra doucement. Il sentait que le jeune homme s'abandonnait progressivement, répondant peu à peu à son baiser si chaste. Il enserra sa taille de sa main libre et d'un mouvement légèrement plus fort, tira Harry vers lui. Il savait qu'il risquait de le braquer à nouveau mais il ne concevait pour l'instant aucun autre moyen pour faire comprendre à cette fichue tête de pioche que leur relation n'était pas que liée à la magie.

Lucius sentit bien évidemment la tension dans le corps d'Harry alors qu'il l'avait tout contre lui. Le brun s'était indéniablement raidi, mais il préféra ne pas s'y appesantir. Il profita du moment de doute pour lécher délicatement de sa langue les lèvres douces du jeune sorcier. Dans un mouvement lent, quasi hypnotique, il réalisa que c'était probablement la première fois qu'il échangeait un baiser parfaitement maître de lui, sans l'influence du vampire. A Azkaban, au ministère ou lors cette fameuse nuit, il s'était laissé guider par ses instincts sans prendre le temps de découvrir réellement Harry et là, c'était tout ce qu'il désirait. Il entendit à peine le gémissement qui répondit à sa demande muette mais il sentit que les lèvres du brun s'écartaient si doucement pour le laisser l'envahir.

Sa langue pénétra lentement cette bouche, avec toute la vénération d'un pèlerin entrant dans une sainte église. Elle avança avec douceur, découvrant patiemment son goût. Lorsque timidement, il sentit sa jumelle caresser la sienne, il crut mourir tellement son cœur exultait. Rien au monde ne pouvait être plus parfait que cette seconde où il sentit qu'Harry s'accrocha à ses épaules pour approcher un peu plus son corps de lui. Le baiser se faisait plus sensuel, plus profond mais il savait que s'il allait trop loin ou trop vite, le brun le lui reprocherait inévitablement. Il savoura tout, chaque seconde, comme un assoiffé en plein désert qui trouve enfin l'eau qui le sauvera puis il recula doucement, avec regret. Sa bouche frôlait celle d'Harry et il sentait le souffle saccadé, perdu du plus jeune contre ses lèvres, il se contenta de sourire alors que le brun ouvrait ses jolis yeux d'émeraude pour le regarder enfin. On y lisait tellement qu'une nouvelle fois, il pensa que son cœur n'y résisterait pas. Lucius murmura tout contre sa bouche :

« N'est-il toujours question que de magie, mon ange ? »

A suivre…