Résumé : Alors que nous apprenions l'éviction du ministre de la magie par Ombrage, Lucius avait rejoint Harry dans le salon des Tonks… Première confrontation des deux hommes depuis que le vampire, attiré par la magie du brun avait perdu tout contrôle en pénétrant dans la chambre du gryffondor. Les explications étaient plus que tendues, Harry reprochant à Lucius de ne prêter attention à lui qu'à cause de sa magie pure… Lucius bien décidé à lui prouver le contraire, l'avait embrassé… Comment va réagir Harry ? Qu'en est-il pour Kingsley ? Et les Renégats ? Bonne lecture, à très bientôt, lilywen…

La quête des temps nouveaux

Chapitre 18 : Le prisonnier

Les mains élégantes du blond caressaient imperceptiblement les joues brûlantes du jeune homme. Lucius aurait voulu s'éloigner d'Harry avant que ce dernier ne se sente à nouveau utilisé et trahi par le vampire, mais il ne trouva simplement pas la force de le faire – l'idée même, lui parut tout bonnement intolérable.

Les yeux d'émeraude papillonnèrent et finalement, le brun s'abandonna contre le corps massif et puissant du blond, son front contre l'épaule du vampire, ses paupières se refermèrent lourdement. Les derniers mots susurrés contre sa bouche revenaient telle une mélopée fascinante. « N'est-il toujours question que de magie, mon ange ? »… Il y avait bien sûr une possibilité que ce ne soit qu'une manipulation de plus du vampire mais Harry se plaisait à penser que ces paroles contenaient une part de vérité, que la magie n'était pas la seule explication de leur rapprochement depuis la bataille de Poudlard. Il avait encore son goût dans sa bouche, la texture parfaite des lèvres du vampire contre les siennes. Ce baiser l'avait bouleversé au plus profond de son âme, il tremblait, son corps curieusement engourdi.

Harry s'écarta légèrement de l'étreinte fascinante du blond, sa respiration encore très difficile. Il avait l'impression d'étouffer, de manquer terriblement d'air, comme si ses poumons brûlaient littéralement. L'instant suivant, il réalisa que de nouveau, le vampire mordillait avec talent sa lèvre inférieure, alternant avec la douceur de sa langue qui apprenait les contours de sa bouche. Le blond répondait à la perfection à chacune de ces suppliques inexprimées. Il alternait délicatesse et légèreté, une découverte sensuelle et, loin d'interrompre la seconde tentative de Lucius, Harry se surprit à poursuivre, à pousser plus avant contre le corps du vampire. Le jeune sorcier se sentait envahi une nouvelle fois par cette langue, elle s'attardait, voulant apprendre la moindre de ses imperfections et il répondait à cette demande avec gêne, une sorte d'innocence maladroite et touchante, ne sachant pas ce que Lucius attendait réellement de lui. Les mains fines et élégantes du vampire avaient délaissé son visage, glissant lentement le long de ses bras, de son corps, jusqu'à se trouver contre ses hanches, l'emprisonnant dans son étreinte possessive.

Lorsque Lucius le lâcha brutalement, s'éloignant de lui de plusieurs pas, Harry manqua de peu de s'évanouir. Le vampire se tenait à présent tout contre le manteau de la cheminée, essayant de retrouver un semblant de contenance mais un regard vers le brun lui fit réaliser que son entreprise était peine perdue. Le gamin passait inconsciemment son index sur ses lèvres rougies et martyrisées par ses soins. Les yeux verts émeraude paraissaient l'interroger, le supplier de reprendre cette délicieuse torture. Une seconde de plus et un bruit mat résonnait contre la porte massive du salon. Ses sens de vampire, et en particulier son odorat surdéveloppé, ne l'avaient donc pas leurré, l'alertant juste à temps de l'arrivée imminente de nouvelles personnes. Avant même qu'il ne songe à répondre à la demande des visiteurs pour pénétrer dans le salon des Tonks, Severus et son fils étaient entrés dans la vaste et confortable pièce. Sans doute avaient-ils fait en sorte de précéder les autres sorciers, ne serait-ce que pour les prévenir. Drago dévisagea brièvement Harry, un sourire narquois clairement lisible sur son visage altier.

« Pitié, fais au moins un effort pour ne pas arborer cet air proprement débauché avant qu'ils n'… »

Drago n'eut malheureusement pas le temps de finir que déjà apparaissaient sur le seuil du salon, l'ancien ministre de la magie et Arthur Wealsey. Tandis que les deux hommes se dirigeaient sans perdre une seconde vers Lucius et Harry pour les saluer comme il se doit, entraient à leur suite Hermione, Ron et Ginny.

A l'arrivée de celle qui avait occupé les pensées et le cœur du survivant depuis sa sixième année à Poudlard, Lucius ne put s'empêcher de se rapprocher ostensiblement du jeune homme. Pour sa défense, quand Harry était encore en convalescence, épuisé par la fusion de sa magie à celle des Anciens, Drago avait à plusieurs reprises nargué son père au sujet de cet amour d'adolescent, suffisamment en tout cas pour que Lucius se sente immédiatement agressé par l'intrusion de la sulfureuse rouquine dans le salon. Le blond se souvenait aussi parfaitement de l'intervention de cette gamine lorsqu'il était avec Harry dans la grande salle de Poudlard, elle avait tenté de retenir le brun alors que le temps leur était désespérément compté pour sauver son fils et son meilleur ami. Toujours est-il que le mouvement du vampire ne passa malheureusement pas inaperçu auprès des différents invités. Si son fils, Severus et Kingsley ne s'en offusquèrent pas, bien trop conscients de la réalité et de la relation de plus en plus forte qui rapprochait Harry et Lucius, Arthur et les trois amis du brun restèrent, un moment, interdits et déconcertés. Pour détourner l'attention de tous, le sorcier noir s'approcha davantage du joli brun et commença amicalement :

« Est-ce que tu as été informé de ma nouvelle situation, Harry ? »

Pendant une fraction de secondes, l'ancien ministre craignit que le jeune sorcier reste dans cet état second, sans aucune réaction. Kingsley fixait le brun au regard émeraude, le suppliant intérieurement de lui répondre enfin.

« Je… Kings'… J'ai eu si peur quand… Quand j'ai appris…

- Je m'en doutais un peu, à vrai dire… Mais, et toi ? Comment vas-tu ? Comment te sens- tu ?

- Beaucoup mieux. »

Pourtant, tout dans son attitude démentait ces propos et le sorcier noir ne s'en laissa pas compter.

« Ne reste pas debout. »

Sans se soucier de la présence de Lucius au côté de son petit protégé, Kingsley attrapa fermement le bras du survivant et le conduisit en direction du sofa, le forçant à s'asseoir. Le sorcier noir s'installa à ses côtés et fut rejoint aussitôt par Arthur. Hermione avait suivi le mouvement et prit place sans cérémonie sur le bord de la table basse, face au jeune sorcier. Elle le regardait avec sollicitude et une inquiétude non feinte :

« Oh, Harry… On s'est tellement inquiété après… Ton malaise durant l'Assemblée extraordinaire du Magenmagot… »

Avant même qu'il ne songe à répondre, Ron et Ginny avaient également rejoint les deux fauteuils adjacents pour enfin discuter calmement avec le jeune homme. Depuis plusieurs semaines, Harry ne les avait croisés qu'à quelques courtes occasions, à Grimmaurd et à chaque fois, leur rencontre s'était soldée par des disputes de plus en plus ouvertes au sujet de ses prises de positions en faveur de la famille Malefoy. Entre ces entraînements pour maîtriser le pouvoir des Anciens au côté de Severus et son combat pour innocenter Lucius, les amis de toujours avaient pris des chemins radicalement opposés depuis la seconde bataille de Poudlard.

Harry soutenait envers et contre tous que Lucius ne l'avait jamais laissé seul ce matin-là alors que, dans le même temps, les deux enfants Weasley avaient vu le mangemort lancer l'avada qui avait coûté la vie à Luna. Ron et Ginny avaient témoigné sous serment durant l'enquête des aurors, attestant qu'ils avaient été directement visés par Malefoy et qu'ils ne devaient d'être encore en vie qu'à l'abnégation de la jolie blonde lunaire qui s'était interposée sans penser aux conséquences fatales. Le témoignage d'Harry à la barre du Magenmagot avait contredit leurs dires. Un malaise semblait flotter dans le salon que Drago coupa d'une réflexion sarcastique :

« Bien… Devant cette réunion au sommet des gentils gryffondors, on pourrait s'éclipser, un moment et puis de toute façon, Kingsley nous a expliqué la situation avant de monter, Sev et moi devrions t'expliquer plus précisément ce qu'il en est, tu ne crois pas, Père ?

Severus acquiesça à la remarque de son calice mais se doutant de la difficulté de Lucius pour s'éloigner du brun, le Maître des Potions encouragea son ami en appuyant fermement sur son épaule. Le regard éperdu que lança Harry à Lucius acheva de convaincre ce dernier. Le brun le suppliait de le laisser pour qu'il puisse enfin s'expliquer avec ce qu'il considérait comme une famille d'adoption depuis tant d'années et le vampire accéda finalement à sa demande.

Lorsqu'Harry se retrouva enfin seul avec les Wealsey, Hermione et Kingsley, il se laissa simplement aller, se calant plus confortablement contre le dossier du sofa. Il se sentait plus éreinté que jamais, il ferma brièvement les yeux, juste pour calmer les battements effrénés de son cœur, pour oublier quelques secondes le trouble de son esprit. Quand il en fut capable, il se releva légèrement, prêt à faire face aux autres sorciers mais Kingsley prit les devants :

« Bien, la vérité maintenant… Après ton départ forcé du Magenmagot avec Lucius, je n'ai pu passer que trois fois et à chaque fois que j'ai demandé à te parler, tu étais endormi, ou plutôt inconscient. Drago te veillait constamment et depuis le cambriolage de Gringotts, je n'ai pas eu l'occasion de venir tellement il y avait du grabuge au ministère, alors, maintenant, je veux savoir comment tu te portes réellement, pas de mensonge, d'accord ?

- Je suis encore… un peu fatigué…

- Oh… Harry…

- Ne t'en fais pas, Mione. Sincèrement, c'est bon, je me sens déjà beaucoup mieux. »

Les regards dubitatifs que lui adressèrent les deux filles lui arrachèrent un sourire tendu mais Harry préféra continuer :

« Je… Je voulais savoir pour l'attaque de Gringotts… Il n'y avait quasiment aucune information dans la Gazette de ce matin… Enfin, du moins, rien de vraiment intéressant, presque tout l'article était orienté sur les rumeurs me concernant mais pas d'indices sur les Renégats. Vous avez eu du nouveau depuis trois jours ? »

Les autres se regardèrent brièvement, semblant appréhender réellement la suite de la conversation mais finalement, Kingsley se décida après un raclement de gorge discret :

« Oui, grâce à Williamson. Cette nuit, il m'a contacté par le biais d'Arthur, seulement quelques heures après mon éviction officielle du ministère.

- Williamson… L'auror… Mais à quel propos ?

- Ombrage s'était bien gardée de m'avertir mais lors du cambriolage de ton coffre, les gobelins de garde à Gringotts ont arrêté un des Renégats dans sa fuite.

- Vraiment ? Ils n'en ont pourtant jamais parlé dans la Gazette.

- C'est exact. D'ailleurs, je ne pense pas qu'un seul journaliste soit réellement au courant de ce qui se passe. Le prisonnier aurait été conduit au ministère dans le plus grand secret. Selon les indications de Williamson, il était retenu dans un des quartiers de haute sécurité, près du département des mystères. Ombrage a fait en sorte d'obtenir un moratoire auprès du Magenmagot pour que je n'en sois pas informé. Apparemment, elle aurait fait valoir que me divulguer cette information pourrait nuire gravement au bon déroulement de l'enquête puisque je t'ai toujours soutenu jusqu'à présent. Elle a dû prétendre que je serai prêt à tout pour te faire innocenter, y compris à détourner certaines preuves...

- Comment peuvent-ils croire quelque chose d'aussi stupide ?

- Je ne peux pas te répondre sur ce point, par contre, Williamson m'a alerté dès qu'il l'a su. Il a eu vent d'un transfert exceptionnel à Azkaban, c'était cette nuit.

- Comme par hasard, tu n'étais plus ministre, ce n'était donc plus à toi de signer l'autorisation de transfert du prisonnier, mais à Ombrage, je ne me trompe pas…

- Tu as parfaitement bien compris Harry. En tout cas, le directeur Johansson me l'a confirmé par hibou, juste avant que l'on ne parte du terrier.

- Pour… Pourquoi est-ce qu'elle a dissimulé cette arrestation ? Elle pouvait se vanter d'avoir arrêté un des responsables de cette attaque auprès de la Gazette et asseoir ainsi son pouvoir auprès de la société sorcière… Ca n'a pas de sens...

- C'est pour cela que Williamson nous a contactés aussi rapidement. D'après ce qu'il a pu comprendre, quoi qu'ait avoué le Renégat pendant ces trois jours de détention au ministère, cela ne doit certainement pas arranger les affaires d'Ombrage. »

Harry regardait le sorcier noir avec une attention redoublée. Le brun aux yeux d'émeraude secoua légèrement la tête en signe de dénégation et murmura plus pour lui-même que pour les autres :

« Je ne comprends pas… Comment… Comment Williamson peut-il dire cela ?

- Il n'est pas le seul à le penser, Harry. Dans son message, Johansson a laissé entendre la même chose, cet homme est un danger pour Ombrage et elle est prête à tout pour le faire définitivement taire. Johansson m'a informé que le prisonnier a été transféré d'office dans les 'Enfers'.

- Non… Enfin… C'est impossible… Quand j'avais parlé au gardien Goldsmith, il m'avait expliqué que personne ne pouvait y survivre tant la présence des détraqueurs y étaient fortes et violentes, que n'importe quel homme deviendrait fou en quelques heures.

- Je le sais parfaitement, c'est pour cela que nous n'avons pas beaucoup de temps devant nous… »

Le silence qui retomba dans le salon des Tonks était pesant, comme si chacun des sorciers présents pesait en son for intérieur le poids des informations en leur possession : sous les ordres d'Ombrage, un homme, mystérieux prisonnier capturé lors du cambriolage de Gringotts avait été transféré à Azkaban dans le but évident de le faire taire à tout jamais. C'était peut-être ce qu'ils avaient espéré depuis la seconde bataille de Poudlard, une piste concernant les Renégats et les attaques qui se succédaient depuis.

« Ecoute… Nous avons prévenu Severus et Drago et nous nous sommes mis d'accord avant de monter sur la manière dont nous allons procéder. »

Harry se tendit aussitôt, il n'était pas sûr d'apprécier le fait qu'une nouvelle fois, Kingsley et les autres avaient convenu d'un plan sans le consulter. Il ferma brièvement les yeux, les poings serrés avant de reprendre peu aimablement :

« Je t'écoute…

- Tu seras d'accord pour reconnaître que Johansson me faisant confiance, je doive obligatoirement participer à cette expédition. Arthur est notre dernier atout au ministère avec Williamson, il est donc hors de question qu'il participe à cela. Après tout, on ne sait jamais ce qui pourrait se passer…

- Et ?

- J'ai besoin de sorciers magiquement puissant pour résister aux fluides des détraqueurs quand nous serons aux 'Enfers'. J'ai demandé à ce que Severus m'accompagne. Drago a refusé catégoriquement qu'il parte dans cette expédition sans lui. Je pensais également à Lucius pour… »

Harry s'était instinctivement redressé, ne laissant même pas au sorcier noir l'opportunité d'achever sa phrase. Il commença à arpenter la pièce sous le regard désolé de Kinglsey, pas qu'il se soit attendu à une réaction différente cependant. Il avait déjà affronté Drago quelques minutes avant et avait secrètement espéré que le brun réagirait plus modérément mais visiblement, il n'en était rien. La voix d'Harry claqua sèchement :

« Alors je viens aussi !

- Harry… Je ne crois pas que ce soit judicieux. Hermione, Ron et Ginny vont rester avec Andromeda et nous attendre, tu devrais faire…

- N'y compte pas une seule seconde.

- Enfin, regarde-toi ! Tu tiens encore à peine sur tes jambes. Tu te lèves à peine de plusieurs jours de coma magique.

- C'est vrai, 'Ry, il a raison… Tu devrais rester ici, avec nous… »

La rouquine s'était relevée et avait rejoint Harry, près de la cheminée. Elle passa une main douce le long de la joue du survivant, ses yeux bleus semblant chercher une explication logique à cette scène qu'elle ne parvenait pas à concevoir comme à chaque fois qu'il était question de Lucius Malefoy. Elle haïssait cet homme, elle haïssait cet homme comme elle n'avait jamais haï personne jusque là. Elle ne comprenait pas pourquoi Harry le défendait depuis cette fameuse seconde bataille de Poudlard. Pourquoi le garçon qu'elle aimait tellement, avait tenu à secourir cette famille ignoble, si fière de son sang-pur ? Pourquoi le garçon qu'elle aimait depuis ses onze ans s'acharnait à défendre cette pourriture de mangemort – ce même homme qui avait manqué la tuer avec un des horcruxes de son Maître lors de sa seconde année à Poudlard ?

Bien sûr, les arguments d'Hermione à ce sujet ne cessait de tourner dans son esprit… La jeune et brillante sorcière avait argué que jamais Harry ne se laisserait manipuler par quiconque, pas après tout ce qu'ils avaient vécu pendant cette année à fuir. Forte de cette réflexion, Hermione en était rapidement arrivée à la conclusion que l'homme, qui avait assassiné Luna n'était tout bonnement pas Lucius Malefoy et qu'ils avaient tous été bel et bien dupés – sa théorie avait été confirmée par les dires de Kingsley. Elle en avait finalement fait part aux deux Weasley. Pour chacun des protagonistes, la discussion avait été houleuse et pénible, elle s'était prolongée durant plusieurs semaines, chacun s'arcboutant sur ses positions.

Ron avait au début objecté chaque argument de sa petite-amie mais au final, il avait été convaincu. Le rouquin avait admis qu'il croyait fermement en la justesse du jugement d'Harry et que par conséquent, si le brun avait foi en Lucius Malefoy, alors il le défendrait également. Hermione et Ron avaient d'ailleurs tenu à accompagner Arthur et Kingsley pour signifier enfin à Harry leur confiance absolue en leur amitié, malgré ces quelques semaines de doutes. De toute façon, le trio ne pouvait pas se séparer pour quelques quiproquo ridicules, ils avaient vécu tant de choses ensemble.

Ginny ne pouvait malheureusement pas en dire autant, elle ne parvenait pas à passer outre ses préjugés. Elle était convaincue que Malefoy avait utilisé Harry à des fins personnelles au lendemain de la grande bataille et depuis, le jeune homme qu'elle aimait passionnément, ne lui avait pratiquement pas adressé la parole… A peine, s'il l'avait serré une fois dans ses bras. Ses mains lui manquaient, sa bouche lui manquait. Elle rêvait d'un baiser qui lui ferait oublier tous ces mois perdus et gâchés par cette guerre et, au lieu de cela, le bras droit de Voldemort, celui là même chez qui le mage noir avait trouvé refuge, devenait un élément central de la vie d'Harry… Elle ne comprenait pas comment, mais elle savait que son instinct ne la trompait pas à ce sujet.

Harry restait sans réaction. Quelque part, il aurait voulu éprouver le moindre trouble au contact délicat de la jeune femme, elle était sa petite-amie et le réconfortait de la plus douce des façons. Au lieu de cela, il se sentit étrangement mal et rétorqua un peu brutalement :

« Tu ne comprends pas. Tu ne peux pas comprendre, je dois absolument y aller…

- S'il te plaît, Harry, c'est trop dangereux et tu n'es pas en état pour affronter une armée de détraqueurs. Sois un peu réaliste… »

La jeune femme se rapprocha du brun, l'étreignant doucement, sa main droite passant délicatement sur la nuque du brun, enfouissant ses doigts dans la chevelure brune indomptable. Ce fut à cet instant qu'entra Lucius Malefoy, suivi de son fils et du maître des potions. Le blond ne dut de garder son sang-froid qu'à l'air perdu qu'affichait Harry et à la potion qu'il avait avalé ce matin pour contrôler son instinct vampirique. Dès que le gryffondor se rendit compte de sa présence, il s'éloigna ostensiblement de la rouquine. Ginny était dépitée, écœurée également, comme si toutes ses craintes devenaient réalité en cette seconde. Elle n'eut pas le temps de retrouver un peu de contenance que déjà Lucius Malefoy s'approchait du brun et qu'il déclara avec cette prestance typique des sorciers au sang pur :

« Severus et Drago m'ont fait part de la situation. »

Kingsley se releva et poursuivit :

« Bien… Alors, nous sommes d'accord. Nous partons immédiatement pour Azkaban. J'ai déjà envoyé un hibou à Johannson. Il sait pour notre démarche et nous couvrira, c'est certain.

- On ne doit pas perdre plus de temps, si le prisonnier demeure trop longtemps aux Enfers, nous ne saurons pas pourquoi Ombrage tient tellement à le voir disparaître. Harry, tu m'attends ici ! »

Cette phrase dite avec une assurance certaine figea le brun. Ses yeux semblèrent s'écarquiller sous le coup de la surprise mais il ne fut pas long à reprendre ses esprits :

« Certainement pas ! »

La voix du survivant avait claqué et le vampire s'arcbouta devant l'air farouchement rebelle que lui adressait Harry.

« Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ? »

Si Lucius avait l'air profondément choqué par la réponse du brun, il en était de même pour Severus et Drago qui fixaient avec incompréhension Kingsley. Il n'avait pourtant jamais été question qu'Harry se joigne à eux quand l'ancien ministre de la magie leur avait fait part de ce projet pour libérer le prisonnier des Enfers afin de connaître le secret de cet homme, ce secret qu'Ombrage voulait à tout prix faire taire à tout jamais. Le sorcier noir secoua la tête avant de déclarer :

« Harry nous a fait part de son intention pendant que vous préveniez Lucius mais je ne pense pas que ce soit raisonnable… Enfin, il était encore alité hier.

- Kingsley a raison, Potty… Tu n'es pas sérieux, ta magie est…

- MA MAGIE SE PORTE COMME UN CHARME ! MERCI BIEN. »

Le brun avait hurlé et voyant son pouvoir crépité dangereusement, Lucius s'empara brutalement du poignet fin, sans qu'aucun des sorciers présents ne songent à s'y opposer. Il attira le brun à sa suite et se dirigea précipitamment vers la porte. Quelques instants plus tard, les deux hommes se faisaient face dans la chambre du brun. La respiration d'Harry était plus agitée. Il aurait pu foudroyer quiconque d'un simple regard tant il semblait en colère.

« Qu'est-ce qui te prend ? Kingsley a parfaitement raison, tu tiens à peine debout et tu voudrais nous accompagner à Azkaban ! Ta magie est encore bien trop fragile et instable.

- Je croyais pourtant qu'il n'était pas question que de magie entre nous ! »

L'air estomaqué de Lucius aurait presque fait rire Harry si les circonstances n'avaient pas été si tendues entre eux.

« Tu… Tu n'es pas vraiment sérieux !

- Si. C'est toi qui as prétendu, il y a à peine une heure que je n'étais pas que cela… Que j'étais plus que cela !

- C'est bien trop risqué et je ne pourrais pas agir sereinement en te sachant là-bas alors que tu ne maîtrises absolument pas ton pouvoir. Tu es encore plus faible qu'un chaton ! »

Harry ricana, un rire amer et douloureux.

« Donc, on en revient toujours au même… Tu as beau prétendre le contraire, tout ce que je suis pour toi finalement, c'est une magie intéressante.

- C'EST FAUX !

- Oh, j'en déduis que Monsieur Malefoy n'est pas d'accord avec moi. Tu n'es franchement pas très crédible. Dois-je te rappeler comment tu as réagi l'autre nuit ? Tu as mis presque trois jours pour m'approcher à nouveau et tu voudrais que je te fasse confiance juste parce que tu m'as embrassé ! Je ne suis pas aussi naïf que tu te plais à le croire ! Tu n'es pas différent des autres au final : pendant des années, on ne m'a jugé que sur mon pouvoir puisque j'étais censé être l'élu, celui qui vaincrait Voldemort. J'avais espéré que tu verrais au-delà de ça mais ce n'est pas vrai, tu es exactement comme tous les autres, pire peut-être... Tu te moques bien d'Harry. Ce qui t'importe, c'est uniquement ma magie ! C'est tout ce que tu veux de moi. »

Le silence entre eux se fit pesant. Pendant plusieurs secondes, les deux hommes se fixèrent avec une rare intensité. Finalement, le blond rompit ce moment, la voix étrangement calme, presque cassée :

« Tu sais parfaitement que ce n'est pas vrai. Je m'inquiète réellement pour toi…

- Bien sûr, parce que moi, je ne m'inquiète pas... Parce que tu crois que j'ai envie de te savoir là-bas… et sans moi, qui plus est ! S'il t'arrive quoi que ce soit, je… »

Harry se figea, réalisant ce qu'il avait failli admettre sous le coup de l'emportement. Lucius parut déstabilisé par cette réponse qui signifiait tellement pour lui. Harry avait peur pour lui, Harry tenait donc réellement à lui. Son instinct de vampire exultait presque, même s'il savait parfaitement que rien n'était acquis avec ce gryffondor entêté. Il se rapprocha du brun et l'étreignit fermement, ses mains se perdant sur ce corps si parfait, glissant le long de ses reins, jusqu'à la naissance des fesses. Sa bouche se perdait dans la chevelure brune, humant son odeur si particulière. Ses lèvres descendaient inexorablement vers son visage, caressant subrepticement la cicatrice sur son front. Les yeux émeraude se fermèrent lorsque son souffle s'attarda sur les pommettes hautes, les joues joliment rougies par l'émotion. Il murmura finalement contre cette bouche délicieuse et rebelle :

« D'accord, tu as gagné… »

Les yeux s'ouvrirent aussitôt, cherchant à juger si le vampire était vraiment sérieux. Harry pouvait sentir le sourire satisfait du blond contre sa bouche mais immédiatement, Lucius s'écarta un peu de lui et reprit avec une ironie mordante :

« Mais si tu t'éloignes de moi d'un seul pas quand on sera à Azkaban, je te le ferai payer très chèrement, compris ? »

A suivre…