Résumé : Alors que Ron, Hermione, Ginny et Arthur Weasley ont rejoint la maison des Tonks pour revoir Harry, ce dernier, encore épuisé par la fusion du pouvoir des anciens, apprend l'emprisonnement d'un des Renégats, arrêté lors du cambriolage de Gringotts. Pour faire taire à tout jamais ce mystérieux prisonnier, Ombrage l'a fait enfermer aux Enfers d'Azkaban. Lucius, Severus, Drago et Kingsley prévoient l'évasion de l'inconnu, aidé par le directeur de la prison, Johansson mais Harry veut à tout prix accompagner le vampire. Comment va se dérouler cette mission, ce voyage aux Enfers ? Bonne lecture, bises lilywen…

La quête des temps nouveaux

Chapitre 19 : Voyage aux Enfers

« Mais si tu t'éloignes de moi d'un seul pas quand on sera à Azkaban, je te le ferai payer très chèrement, compris ? »

Lorsqu'Harry entendit la réponse un brin sarcastique de Lucius, le brun se sentit curieusement soulagé. Le vampire lui faisait confiance au point de l'amener avec lui à Azkaban, en dépit des nombreux risques encourus. Il se rapprocha du blond et se laissa aller contre son corps, le visage posé sur son épaule. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes. Alors que les mains fortes du sorcier serraient sa taille fine, Harry se contenta de susurrer avec malice :

« Et tu comptes me le faire payer comment, Monsieur Malefoy ? »

Lucius recula, outré par cette remarque faussement naïve du brun.

« Ne joue pas à cela, Harry ! »

Le jeune sorcier souriait gentiment et décocha un clin d'œil amusé à son vis-à-vis. Harry fit demi-tour, en direction de la porte. Il avait la ferme intention de rejoindre les autres pour ne pas perdre davantage de temps. Il devait libérer impérativement le mystérieux prisonnier, savoir ce que cachait cet homme. Pourquoi Ombrage faisait tout son possible pour le faire taire définitivement ? Harry avait le secret espoir que cela disculperait Lucius de certains des forfaits dont l'avait accusé la Gazette.

Il fut cependant arrêté par la main ferme du vampire qui enserrait son poignet.

« Ne fais rien d'inconsidéré lorsque nous serons là-bas, je suis très sérieux, Harry. »

Le jeune homme sentait le souffle du blond contre sa nuque, il devinait presque la caresse des lèvres froides dans sa chevelure emmêlée.

« Promets-le. »

Harry bredouilla péniblement un faible 'oui' et l'instant suivant, le vampire qui serrait toujours son poignet droit, le traînait fermement au travers des couloirs de la demeure des Tonks. Lucius ne le lâcha que devant la porte du salon, lui ouvrant la porte et le laissant passer devant avec galanterie. Harry se sentit rougir aussitôt, d'autant plus en découvrant les regards inquisiteurs de ses amis et le sourire moqueur de Drago.

« Vous en avez mis du temps, dites-moi… J'espère que cette petite mise au point a été aussi passionnante qu'instructive… »

Severus lança une claque magique sur l'arrière de la tête de son calice qui geignit faussement tandis que l'ancien ministre de la magie reprenait sans attendre :

« Alors, ta décision ?

- Je viens avec vous. Ce n'est pas négociable.

- HARRY ! »

Le cri de Ginny avait fait se tourner l'ensemble des sorciers présents vers la cheminée où la jeune fille était encore accoudée la seconde précédente. Ses yeux d'habitude rieurs et joyeux semblaient baignés de larmes difficilement contenues. Terriblement gêné, Harry avança d'un pas dans sa direction. Alors même qu'il s'approchait d'elle, la rouquine l'ignora manifestement et partit en courant vers l'entrée du salon où se tenait encore Lucius Malefoy. Au passage, elle bouscula violemment l'ancien mangemort avant de disparaître, laissant le reste de l'assemblée totalement hébétée. Ce fut Hermione qui sembla réagir la première :

« Je m'en occupe. Fais bien attention à toi, Harry. »

Une seconde plus tard, la brillante sorcière s'engouffrait dans les couloirs, à la suite de Ginny.

Harry était resté comme pétrifié au départ de la tempétueuse rouquine. Son visage était encore plus pâle, il ne savait que faire. Peut-être, aurait-il dû suivre celle qui avait été sa petite-amie, s'excuser de la faire autant souffrir même si ce n'était absolument pas son intention. Quand il sembla enfin retrouver une certaine contenance, il se tourna vers Arthur et Ron :

« Je suis vraiment désolé… Pour Ginny… Mais, je dois y aller, c'est important. »

Le père et le fils se contentèrent d'approuver d'un hochement de tête et Severus reprit finalement :

« Nous avons suffisamment perdu de temps. Si le prisonnier reste trop longtemps aux Enfers, si nous tardons encore davantage, il ne pourra plus jamais parler et nous ne connaîtrons pas les raisons de son enfermement précipité. »

Comme le confirmait l'ancien Maître des Potions, ce mystérieux renégat était bel et bien leur unique espoir pour innocenter Lucius. Ce simple constat fit frissonner Harry. Le vampire se rendit parfaitement compte de la réaction effrayée du gryffondor et, même si son instinct lui hurlait de le réconforter, il prit sur lui et ne s'avança pas vers le jeune sorcier. Les deux Weasley encore présents le fixaient toujours avec une certaine méfiance et la scène grotesque et pathétique que leur avait infligée la rouquine n'avait certainement pas arrangé la situation de son point de vue car Harry était visiblement ému et attristé d'avoir blessé involontairement cette gamine.

Voyant qu'un silence pesant s'éternisait dans le salon d'Andromeda Tonks, Kingsley décida d'intervenir et d'expliquer brièvement le plan qu'il avait mis au point avec Severus, juste avant de monter rejoindre Lucius et Harry :

« Nous allons transplaner en deux temps.

- Mais Azkaban n'est-il pas trop loin pour un transplanage ?

- Tu as tout à fait raison. Cependant, la prison est sous haute surveillance ministérielle. Les aurors ont connaissance de tous les mouvements par portoloin ou par réseau de cheminette dans le périmètre de sécurité magique de la forteresse et nous ne pouvons pas nous permettre d'être repérés par les services d'Ombrage pour cette opération. L'autre fois, j'avais obtenu l'autorisation d'utiliser un portoloin par le conseil de la justice, ce n'est évidemment pas le cas aujourd'hui. »

Harry dévisagea un bref instant le sorcier noir avant de demander :

« Comment ferons-nous alors ?

- J'ai demandé l'aide de Kreattur tout à l'heure.

- Pourquoi lui ?

- Grâce à son pouvoir d'elfe de maison, il me fera transplaner jusqu'au bureau de Johansson. Je m'assure que tout va bien et lorsque Kreattur reviendra vers vous, vous me rejoindrez sans perdre une seconde, toujours accompagnés de l'elfe. Sur place, nous verrons comment sortir le prisonnier. »

Severus, Lucius et Drago approuvèrent fermement tandis qu'Harry fixait sombrement Kingsley. Son regard émeraude balaya toute la pièce avant d'adresser un petit sourire contrit à son complice de toujours et sans ajouter un mot de plus, il se retourna et sortit du salon. Il savait parfaitement que les vampires, le calice et l'ancien ministre le suivaient déjà. Il ne leur fallut guère plus d'une minute pour atteindre les cuisines spacieuses de la demeure des Tonks. Il appela Kreattur et le vieil elfe grisâtre se matérialisa devant lui, s'inclinant avec respect :

« Maître Harry… Maître Harry a demandé à Kreattur de venir.

- Oui, tu vas aider Kingsley comme il te l'avait demandé en transplanant avec lui jusqu'à Azkaban où vous attend le directeur Johansson. Ensuite, lorsque vous aurez vérifié que tout est normal, tu reviendras ici et nous te suivrons là-bas. »

Alors que Kreattur hochait de la tête, l'ancien ministre s'était rapproché de la créature et une seconde plus tard, ils disparaissaient, happés par la magie spécifique des elfes de maison. Harry se contenta de se tourner vers Lucius. Drago était à côté de son vampire et le fixait toujours avec cet air goguenard lorsque le brun demanda :

« Comment ferons-nous au retour de Kreattur ? Il ne pourra pas nous faire tous transplaner en même temps. Ce serait beaucoup trop difficile, n'est-ce pas ? »

Le calice ricana :

« Oui, c'est sûr… Enfin, dois-je te rappeler que mon père et Severus sont des vampires ? Je pensais tout de même que tu l'avais réalisé depuis la dernière bataille de Poudlard. »

Harry se sentit rougir alors que Severus grondait du regard son calice et que Lucius s'était rapproché de lui. Le blond enserra légèrement ses épaules et murmura :

« La magie vampirique est assez proche par certains aspects des créatures elfiques, nous n'aurons aucune difficulté à transplaner jusqu'à Azkaban malgré l'importante distance. Par contre, Kreattur nous sera indispensable pour faire sortir le prisonnier et Kingsley. »

Un nouveau clac retentit dans la cuisine et les quatre sorciers fixaient le vieil elfe qui venait de transplaner dans la demeure des Tonks.

« Maître Harry… Tout va bien, Monsieur le Ministre vous attend avec Monsieur le Directeur. Il vous demande de faire très vite. »

Severus se rapprocha davantage de son calice qui se laissa étreindre avec un plaisir non feint et le Maître des Potions déclara à l'intention de Kreattur :

« Suivez-nous immédiatement. »

L'elfe acquiesça et disparut dans le même temps que le couple, laissant seul Harry et Lucius. Le vampire blond s'approcha du jeune homme et avec délicatesse, il l'enserra.

« Tu es prêt ? »

Le brun hocha de la tête et se haussa sur la pointe des pieds pour déposer une seconde ses lèvres sur la bouche fraîche du vampire. Harry tenta de se reculer légèrement mais trop heureux de l'initiative inattendue du gryffondor, Lucius l'en empêcha aussitôt et, redécouvrant avec délice cette chaleur délicieuse et parfaite, le vampire embrassa beaucoup plus franchement le gamin qui geignit adorablement.

Malheureusement, le temps leur étant compté, il dut interrompre bien trop rapidement à son goût le baiser. L'instant suivant, ils transplanèrent ensemble pour la prison sorcière.

Ils arrivèrent dans le bureau sombre d'un vieil homme qui s'approcha d'eux aussitôt. Paraissant au moins aussi âgé que Dumbledore lui-même, ses longs cheveux argentés tombaient en cascade sur une robe grisâtre, usée par les années, son visage semblait flétri et desséché par le temps.

« Harry Potter, mon petit… »

La jovialité du vieillard plut au gryffondor. Kingsley avait pris place sur un des fauteuils face au bureau et à ses côtés, se tenait Severus, accompagné de son calice. Kreattur était près de la porte, comme gêné de se retrouver au milieu de sorciers si prestigieux à ses yeux. Dès que le gryffondor fit mine de s'approcher du vieux directeur, Lucius le devança, le protégeant instinctivement de son corps. Harry grimaça ouvertement devant l'attitude possessive et excessive du vampire qui s'en rendit également compte. Le blond répliqua vertement :

« Je t'avais dit que si tu nous accompagnais, tu ne devais pas t'éloigner de moi ! Sous aucun prétexte…

- Ne sois pas ridicule. Qu'est-ce que je pourrais risquer dans ce bureau alors que vous êtes tous là ?

- Cet homme pourrait être un imposteur qui aurait mis sous imperium Kingsley et les autres avant notre arrivée ! »

Le vieil homme s'esclaffa bruyamment dans une quinte de toux pour le moins inquiétante, aux vues de son âge avancé.

« Je vous garantis que je suis bien Peter Britannicus Johansson, sorcier de 136 printemps, ancien professeur de l'école des Aurors, formateur en Duel et Défense contre les Forces du Mal et actuel directeur de la prison d'Azkaban depuis maintenant dix années. »

Amusé, Harry souriait de bon cœur à la réplique du vieil homme et lorsque le vampire se retourna vers lui pour le sermonner d'un regard outré, il se contenta d'un haussement d'épaules fataliste.

« Monsieur Malefoy, je ne risque absolument rien ici, d'accord ? »

Le vampire ne répondit rien à la remarque volontairement provocante du gryffondor mais il attrapa fermement la main du foutu gamin pour le rapprocher au plus près de lui. Une part du brun était réellement offusqué de ce comportement possessif : il n'était certainement pas la chose du vampire, il ne lui appartenait pas comme un vulgaire objet mais une autre partie de son esprit était bien plus que flattée d'accaparer ainsi l'attention de l'homme qui ne semblait désirer que lui. Severus rompit le duel entre les deux sorciers :

« Cesse ces enfantillages, Lucius. Il ne risque effectivement rien dans ce bureau, il a tout à fait raison sur ce point.

- De toute façon, le temps vous est compté, jeunes gens. Avec l'aide précieuse du gardien Goldsmith, j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour retenir au maximum le prisonnier dans les parties hautes d'Azkaban, mais les dispositions de la nouvelle ministre étaient absolument incontournables. Elle n'a visiblement confiance en personne et elle a fait procéder à une vérification de ses ordres par un groupe d'Aurors, une nouvelle brigade d'intervention d'après ce que j'ai cru comprendre. L'homme a été mené aux Enfers, il y a une bonne heure maintenant. »

Pendant son bref discours, le petit homme ratatiné s'était pressé vers son bureau. Il passa derrière le meuble en chêne massif et actionna un bouton magique, une seconde plus tard, un colosse aux cheveux châtain hirsutes se présenta devant eux.

« Monsieur Potter, mon cher Kingsley, je ne vous représente pas le Gardien Goldsmith. »

Harry salua avec diligence l'homme massif qui l'avait accompagné lors de sa première visite tandis que Johansson présentait le gardien aux autres personnes.

« Ecoutez… Goldsmith va vous guider jusqu'aux étages intermédiaires. Une fois, là-bas, vous serez équipés des capes des gardiens, elles limitent légèrement les effets des détraqueurs, cependant, vous ne devrez pas vous y attarder. Goldsmith et moi couvrirons la disparition du prisonnier pendant trois jours et ensuite, nous informerons le ministère de son décès. Pour le reste, c'est à vous de jouer, nous sommes d'accord ? »

Kingsley approuva fermement et poursuivit :

« Nous ne vous remercierons jamais assez pour tout ce que vous avez fait pour nous.

- Allons, allons… Inutile de me remercier, je vous ai moi-même appris le métier, je sais parfaitement ce que vous valez et j'ai une absolue confiance en votre jugement et quant à vous, mon petit… »

Le vieil homme regarda attentivement le brun aux yeux d'émeraude, comme s'il pénétrait chaque recoin de son âme :

« Vous avez tellement œuvré pour notre monde que je ne parviens pas à comprendre cette atroce campagne de dénigrement, vous avez fait plus que n'importe qui dans toute l'Angleterre, vous avez vaincu le plus grand des mages noirs. Je ne doute pas de votre soif de justice, vous êtes épris de liberté et d'égalité, je le lis en vous, alors ne renoncez pas, malgré les obstacles importants qui se dressent contre vous aujourd'hui. Vous en êtes capable. »

Harry se sentit rougir face à ce farouche plaidoyer du vieux directeur et il balbutia péniblement :

« Mer… Merci pour votre aide… Grâce à vous, nous avons au moins une chance de démasquer les Renégats. »

Le brun se releva et après un bref salut, il se contenta de suivre le gardien d'Azkaban. Les deux vampires, le calice, l'elfe et Kingsley lui emboîtèrent le pas sans perdre une seconde et bien vite, le petit groupe se retrouva dans les méandres de la vaste prison sorcière. Après avoir traversé un long corridor qui leur parut interminable, ils descendirent en silence un premier escalier. L'air semblait de plus en plus glacial, les murs suintaient la peur et le gryffondor sentait déjà nettement la présence néfaste des détraqueurs. Lucius ne manqua pas le tremblement incontrôlable du jeune homme et il se rapprocha de lui légèrement, il usa alors de son pouvoir vampirique pour réchauffer le corps du joli brun et atténuer la froideur de ces lieux lugubres. Inconsciemment, la main d'Harry le frôla et il s'en empara, entremêlant ses longs doigts fins à ceux du plus jeune.

Ils se retrouvèrent après de longues minutes sur un second palier immense, le gardien s'arrêta devant une porte gigantesque et verrouillée. A côté, une petite porte secondaire était entrouverte. Goldsmith leur désigna la petite remise d'un mouvement de tête :

« Munissez-vous des trois capes, elles vous protègeront un minimum de l'influence des détraqueurs une fois que vous aurez passé la porte intermédiaire. Vous devrez descendre ensuite un long escalier. Plus vous approcherez du cœur des Enfers, plus la force des créatures maléfiques sera forte. Le prisonnier se trouve dans la cellule 1, c'est la première au niveau des Enfers, le directeur l'a choisi pour que vous n'ayez pas à vous enfoncer davantage dans les bas-fonds de la prison… Cependant…

- Cependant, quoi, gardien Goldsmith ?

- Je ne vous cache pas que je m'inquiète pour les deux gamins… »

Son regard s'était instinctivement porté sur Drago et Harry dont les visages extrêmement pâles portaient les marques de la magie noire des détraqueurs depuis qu'ils avaient atteint le niveau intermédiaire. Severus était contre son calice et l'enserra encore davantage. Lucius se sentit blêmir alors qu'il fixait les yeux émeraude hagards, il serra plus fortement la main du brun et le tira un peu à l'écart du groupe :

« Comment te sens-tu, mon ange ? »

Le brun geignit faiblement et se laissa aller contre l'épaule réconfortante du vampire, ce fut à peine s'il sentit les bras puissants de la créature de la nuit se refermer autour de son corps juvénile. Ils restèrent ainsi de longues secondes avant que Lucius ne se décide à repousser légèrement le gryffondor, il murmura contre son oreille avec douceur :

« Ecoute-moi... Nous ne devons pas rester ici plus longtemps, ta magie est déjà tellement épuisée.

- J'ai… J'ai mal… J'ai tellement mal, Lus… Tous ses souvenirs… Je… Je ne supporte plus… Toutes ses voix… Je t'en prie…

- Je sais, Harry, je le sais parfaitement, mais, il faut que tu tiennes encore un peu, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre le prisonnier. C'est trop important, tu comprends ? »

Résigné, Harry soupira doucement un 'oui' et le vampire se pencha à nouveau contre le brun, si près que le jeune homme pouvait sentir le souffle frais de la respiration de Lucius sur sa peau, sur son cou. Il trembla de façon quasi incontrôlable alors que l'ancien mangemort se laissait envahir totalement par la puissance de son pouvoir pour soutenir le gryffondor. Ils restèrent de longs instants ainsi, sans bouger, seulement abandonnés à la présence de l'autre. Lorsqu'enfin, Lucius sentit le corps du brun se détendre complètement contre lui, il le pria de tenir encore un peu. Il passa son bras autour de la taille fine et le guida facilement vers le reste du groupe sans qu'Harry ne songe même à protester.

Severus les regarda revenir vers eux alors que Drago se tenait tout près de lui. Lucius remarqua aussitôt que le gardien n'était plus là.

« Goldsmith ?

- Il est reparti comme prévu. Pour que si le ministère enquête avant trois jours, rien ne laisse croire à leur participation à cette opération.

- Evidemment. »

Le Maître des Potions tendit à son ami une cape.

« C'est pour notre protection aux Enfers. Il nous en a fourni trois. Kingsley sera avec Kreattur, Harry avec toi et je resterai avec Drago. Il nous a demandé de les abandonner dans la cellule du prisonnier lorsque nous transplanerons. Nous devons également laisser cet artefact du corps du renégat que Johansson avait préparé avant notre arrivée pour leurrer les détraqueurs. Lorsque Goldsmith et le directeur déclareront la mort de l'homme dans trois jours, ils récupèreront les capes dans la cellule avant d'avertir le ministère et la brigade d'intervention des aurors de la mort du prisonnier. »

Lucius acquiesça à chacune des précisions de son ami et s'empara d'une des capes que lui tendait Severus. Le tissu était étrange, presque translucide. Il paraissait léger, à peine un voile, en tout cas, en rien capable de bloquer le pouvoir infernal des détraqueurs. Il couvrit le corps du brun et le sien avec le tissu et presque aussitôt, il entendit le gémissement de soulagement du jeune sorcier qui se tenait tout contre lui. Lorsque chaque duo fut protégé par les capes magiques, Severus et Kingsley ouvrirent la porte gigantesque et verrouillée qui menait au dernier monde de la prison.

Un courant glacial pétrifia le groupe dès qu'ils pénétrèrent dans le sombre escalier qui semblait tourner sur lui-même sur des dizaines de kilomètres, plongeant dans les abîmes de la prison. Les marches vermoulues faisaient un bruit effrayant. Plus ils avançaient dans l'antre ténébreuse, plus les cris qui leur parvenaient leur faisaient penser aux hurlements de prisonniers torturés. Bien que protégé par la cape, Harry sentait chaque cellule de son esprit perforée violemment par les pires souvenirs de son existence. Il avait tué une personne, son âme maudite avait perdu tant d'amis, tant de personnes qui étaient le symbole même de son existence damnée, ses parents, Sirius, Remus, Dumbledore, Luna, Cédric Diggory… Tous le harcelaient par leur présence… Encore et encore.

Ils marchèrent ainsi pendant ce qui leur parut des heures et lorsqu'enfin, ils se trouvèrent au troisième palier d'Azkaban, au cœur des Enfers, ils virent un long corridor qui se perdait dans les profondeurs noires de la prison. La première cellule était toute proche et Harry entendit les râles d'agonies du renégat. Il soupira presque de soulagement car au moins, l'homme était encore vivant. Il espéra qu'il était encore gardé tous ses esprits car sinon, tous les risques qu'ils avaient pris, auraient été vains et inutiles. D'un alhomohora, Kingsley déverrouilla la porte en fer forgé. L'air embaumait la putréfaction et la mort. Le groupe s'avança doucement dans la pièce exiguë où se trouvait une planche en bois, recouverte de paille, faisant office de couche. Il y avait aussi une sorte de seau défoncé qui devait servir de sorte de toilettes au prisonnier. L'image terrifia Harry. C'était ainsi que la société sorcière qu'il avait aidée, comptait traiter les hommes désormais. N'y avait-il donc aucune humanité ? Il ne sortit de ses pensées qu'en voyant Severus, Lucius et Kingsley se précipiter vers le fond de la cellule.

Il vit alors la forme recroquevillée, un informe tissu recouvrait l'homme qui était secoué de soubresauts et de tremblements importants. Il pleurait comme un enfant, son visage sali et grisâtre était caché par ses bras qui lui servaient de pathétiques remparts contre l'influence maléfique des détraqueurs. Harry se sentait perdu sous cette cape alors que le vampire se tenait maintenant à deux mètres de lui, son pouvoir lui manquait et la douleur lui parut encore plus aiguë. Il se tourna vers Drago qui ne semblait pas en meilleure forme cependant. Sans réagir, il vit les trois hommes s'agiter autour de l'homme à moitié inconscient, Kingsley le portait tandis que Lucius et Severus installaient sur la paillasse l'artefact qui ferait illusion pendant trois jours auprès des détraqueurs. Une seconde plus tard, Harry vit Kreattur disparaître de la cellule avec l'ancien ministre et le prisonnier tandis que le Maître des Potions se rapprochait de son calice et transplanait à son tour.

Lucius s'empara des deux capes abandonnées par leurs compagnons d'arme et se dirigea vers le brun aux yeux d'émeraude, il arracha brutalement celle qui recouvrait le jeune sorcier et posa les trois protections derrière la planche de bois, à l'abri des regards indiscrets, si toutefois, la nouvelle brigade d'intervention d'Ombrage venait à découvrir l'imposture avant trois jours. Le peu de temps qui s'écoula fut atroce pour Harry qui se trouva sans protection au cœur des Enfers, les voix devenaient des hurlements stridents, des supplications torturées. Lorsque le vampire se rendit compte de l'état du brun, il se précipita vers lui, le souleva en passant son bras droit sous ses jambes et en enserrant sa taille de son bras libre, laissant aller totalement son pouvoir magique. Un instant plus tard, il transplanait avec le gryffondor, totalement perdu.

L'arrivée dans la cuisine des Tonks fut mémorable par bien des aspects. Lucius tenait toujours contre lui le corps abandonné de son adorable brun et ne l'aurait lâché pour rien au monde. Le gamin tremblait et cherchait désespérément sa présence, sa magie. Etaient assemblés autour d'eux les trois Weasley, Hermione Granger et Andromeda Tonks. Leur visage trahissait clairement leur peur depuis le retour par transplanage des deux sorciers, Lucius ne s'en préoccupa pourtant pas :

« Comment va le prisonnier, Arthur ?

- Mal mais il devrait survivre, Kreattur et Kingsley l'ont amené à la chambre magique qu'Andromeda et moi avons préparée pendant votre absence. Il ne pourra pas en sortir pour s'échapper quoi qu'il advienne. Severus et Drago sont montés ensemble car votre fils semblait réellement épuisé. »

A la mention du calice, l'attention du vampire se reporta sur le brun dont le regard brillait d'une étrange fièvre. Lucius fixa les personnes présentes et reprit :

« Je monte Harry dans sa chambre, il a besoin de repos. Je m'occupe de lui et nous verrons plus tard pour le prisonnier. »

Sa réplique ne soufflait pas de réponse pourtant, Ginny tenta de s'opposer au blond en faisant un pas vers lui pour lui bloquer l'entrée de la cuisine. Le regard gris soudain devenu noir de colère la dissuada aussitôt et elle s'écarta sans perdre une seconde. Le vampire s'engagea rapidement dans l'escalier en direction de la chambre du brun. Une fois arrivé sur le palier, il entra et referma la porte, lançant au passage un sortilège puissant pour s'assurer de leur tranquillité. Lucius déposa ensuite le brun sur le lit et le rejoignit avec douceur. Il s'allongea à ses côtés puis bascula lentement sur lui, bloquant complètement le corps gracieux et fin du jeune sorcier. Il usa de toute la force de sa magie vampirique pour le réconforter, le calmer. Après de longues minutes, peut-être même davantage, la respiration du brun sembla s'apaiser légèrement. Lucius murmura délicatement contre son oreille :

« Harry… Harry… Comment te sens-tu ? Dis-moi, s'il te plaît… »

Le vampire n'obtint aucune réponse. Bien au contraire, le brun parut à nouveau plus agité, sa respiration redevant plus rapide et saccadée. Les mains fines s'agrippèrent convulsivement aux épaules de l'ancien mangemort et le gryffondor se cambra brusquement, venant à sa rencontre tandis qu'un gémissement sourd résonnait dans la chambre silencieuse.

« Lus… »

A suivre…