Résumé : De retour avec Harry qui vient d'inviter Lucius à rester dans sa chambre pour la nuit. Dans ce chapitre, les relations entre les personnages s'approfondissent… Qu'en est-il ? J'espère que ce chapitre vous plaira et je vous informe que la semaine prochaine je posterai l'épilogue de ma série 'Harry Potter et l'enfant', bonne lecture, à très bientôt Lilywen

La quête des temps nouveaux

Chapitre 23 : La cérémonie de l'échange

Lorsqu'il émergea des brumes de la nuit, Harry se sentit étrangement bien, peut-être juste un peu engourdi mais ce n'était en rien déplaisant. Il tenta de s'étirer, en vain. Ses mouvements étaient curieusement gênés par un poids qui le plaquait agréablement contre son lit. Il tenta d'ouvrir une première fois les yeux, cependant, la lumière blafarde du mois de juillet qui filtrait au travers des épais rideaux l'agressa violemment. Il referma ses paupières aussitôt, laissant quelques minutes à ses iris émeraude pour s'acclimater à ces rayons brûlants d'été. La seconde tentative fut plus fructueuse et il parvint ainsi à voir ce qui l'empêchait de se mouvoir librement dans son lit. Son corps était complètement emprisonné par la stature imposante de Lucius.

Il eut le souffle coupé en découvrant le visage du blond paisiblement endormi, ses longs cheveux soyeux flirtant doucement contre sa joue. Harry ne put s'empêcher de rougir furieusement en constatant que ses lèvres étaient si proches de la bouche du vampire qu'il n'aurait qu'à se tendre légèrement pour les effleurer. Il n'en fit pourtant rien, tous les événements de la veille lui revenant en mémoire. Il était paralysé, un peu effrayé également par ce qu'il avait fait. Merlin, c'était lui qui avait suggéré au blond de passer la nuit avec lui, c'était encore lui qui avait taquiné le vampire jusqu'à ce que ce dernier l'embrasse passionnément et il avait tout aimé – absolument tout… Les mains puissantes qui pétrissaient son corps, les yeux gris qui le dévoraient, les lèvres froides qui le découvraient et lui faisaient perdre tout sens commun. Son regard se reporta vers le visage du vampire et il sursauta en constatant que ce dernier le fixait maintenant avec amusement :

« Enfin, réveillé Monsieur Potter.

- 'Jour…

- Bien dormi ? »

Ne faisant pas réellement confiance à sa voix qu'il trouvait trop rauque, Harry hocha simplement de la tête en guise de réponse et le rire cristallin que lui adressa le blond le mit encore plus mal à l'aise si cela s'avérait concevable.

« Personnellement, je dois t'avouer que je n'avais pas aussi bien dormi depuis… En fait, je ne suis pas certain de m'être jamais reposé comme cette nuit. »

Intimidé par l'air particulièrement satisfait du vampire et par son regard séducteur, le brun tenta une nouvelle fois de se dégager de son étreinte. Il se trouvait un peu lâche de vouloir le fuir alors qu'il lui avait demandé de rester la nuit dernière mais il lui semblait préférable de ne pas rajouter encore à son trouble et à ses doutes. C'était cependant sans compter sur Lucius. Loin de le laisser agir à sa guise, le blond serra avec force les poignets un peu trop fins du survivant au dessus de sa tête et le plaqua assez rudement contre le lit défait.

« Où crois-tu partir, jeune homme ? »

L'attitude conquérante du vampire exaspéra passablement le brun qui se tortilla de toutes ses forces sous le corps puissant de l'ancien mangemort, bien décidé à le repousser. Sa tentative, bien que volontaire et courageuse, fut un échec complet et Lucius s'en moqua ouvertement :

« Continue ainsi, tu m'excites terriblement, mon ange…

- Salo… »

Le vampire se pencha jusqu'à étouffer de ses lèvres les insultes qui auraient profané la bouche entrouverte du plus jeune. S'en suivit une lutte acharnée et passionnée, un jeu encore plus troublant que la veille. Le brun était partagé entre cette excitation sourde, profonde qui naissait dans son ventre et cette peur inconsciente de céder à la magie des anciens contre sa volonté. Lorsque Lucius se détacha à regret pour leur permettre de reprendre leur souffle, Harry grogna peu aimablement :

« Ca t'amuse, n'est-ce pas ?

- Effectivement, et tu ne me feras pas croire une seule seconde que tu n'apprécies pas, au moins autant que moi… Je peux le sentir parfaitement. »

Lucius libéra alors les poignets du jeune sorcier et bascula sur le côté vide du lit. Résigné, Harry ne bougea pas, il ne songea même pas à s'enfuir comme il l'avait assez pitoyablement tenté quelques minutes auparavant. A quoi bon de toute façon ? Il songea aux paroles si justes du vampire, avec une certaine fatalité. C'était comme si le blond était capable de lire en lui et il en resta autant gêné qu'abasourdi. Oui, c'était indéniable qu'il avait apprécié les attentions de l'homme mais était-ce à nouveau le pouvoir des Anciens qui le faisait réagir ainsi à son contact ou agissait-il réellement de par son libre-arbitre ? Il se morigéna, il devait être honnête, ne pas se voiler la face, au moins pour cette fois. Sincèrement, malgré ses inquiétudes légitimes, il n'avait jamais désiré personne à ce point – sa relation avec Ginny lui paraissait tellement fade et insignifiante en comparaison de ce qu'il ressentait lorsque Lucius était à ses côtés. Il l'avait voulu hier et il le voulait encore à chaque fois que le vampire s'emparait de sa bouche, à chaque fois que les yeux gris se portaient sur lui avec envie. Harry posa une main sur son visage, protégeant son regard de la lumière agressive, cachant également son désarroi à l'autre homme.

Lucius était étrangement ému par l'attitude perdue d'Harry. Comme avec un animal craintif et blessé, il se rapprocha doucement. Il fixait ses lèvres pulpeuses, devinant sa respiration saccadée, presque difficile, se mêlant à la sienne. Il avait conscience d'avoir poussé dans ses retranchements le gamin mais à son réveil, il avait vu le regard émeraude qui le fixait. Alors qu'il le croyait encore endormi, Harry n'avait pas cherché à dissimuler son désir, exactement comme la veille lorsqu'il lui avait demandé de rester. Son instinct de vampire avait également senti l'envie réprimée de son futur calice, il avait deviné ses interrogations et cela avait suffi pour lui faire perdre la raison. Il ne pouvait supporter qu'à nouveau, le brun refuse ce qu'il lui apportait par sa seule présence, il devait maintenant comprendre que rien entre eux n'était feint ou factice.

« Demande-le. »

Sa voix sonnait comme un ordre et Lucius sentit le corps du gamin se raidir quelque peu. Harry enleva sa main de son visage et ses yeux émeraude se reportèrent aussitôt sur le visage du vampire si près du sien. Il murmura :

« Demandez quoi ?

- Tu le sais.

- Non.

- C'est très vilain de mentir, Monsieur Potter.

- Embrasse-moi. »

Lucius ne put retenir un petit rire moqueur avant de plaquer de tout son poids le corps d'Harry contre le matelas. Il serra fermement les bras fins et il l'embrassa. Il l'embrassa jusqu'à en perdre la raison, jusqu'à ne plus avoir de souffle. C'était une lutte passionnée, sa langue qui jouait contre celle du brun. Il abandonna presque à regret cette bouche, ces lèvres pour parsemer le cou de baisers brûlant. Il aimait la saveur de cette peau laiteuse. Ce fut un grognement qui le fit cesser sa poursuite :

« S'il te plaît, Lus… Pas ça…

- Je sais parfaitement que tu n'es pas encore prêt. »

Même si le ton n'était en rien sentencieux, Harry en fut blessé. Pourquoi tout devait être tellement compliqué entre eux ? Il allait répondre quand Lucius caressa agréablement ses cheveux, puis sa joue et qu'il déclara :

« Arrête de te poser un millier de questions. Tu n'es pas prêt, je le sais et je t'ai déjà dit que j'attendrais le temps qu'il faudra. Je n'ai rien insinué de plus.

- Co… Comment peux-tu savoir…

- Ce que tu pensais. Franchement, tes yeux parlent pour toi, mon ange. »

Le blond se laissa aller contre le plus jeune, leur corps s'harmonisant à la perfection. Il sentit également le soupir de soulagement d'Harry qui s'abandonnait à son étreinte puissante. Après un moment sans que l'un d'entre eux ne songe à bouger de peur de briser la magie du moment, le survivant grogna faiblement contre sa peau :

« J'ai faim. »

Lucius retint difficilement un éclat de rire mais la lueur d'amusement dans ses yeux gris ne passa pas inaperçu auprès du brun :

« Quoi ?

- Moi aussi, j'ai très faim. »

C'était si facile de titiller le gamin. Par Salazar, il était si pur, si chaste – pas qu'il le regrette mais le rougissement qui s'étala aussitôt sur ses joues étaient littéralement à croquer, au sens propre comme au sens figuré. Avec une voix chargée de sensualité et de désir, il susurra contre les lèvres d'Harry :

« On en mangerait… »

Le brun se racla bruyamment la gorge pour retrouver un peu de constance face à l'air débauché qu'affichait le vampire et il marmonna avec sarcasme :

« Très drôle. Je pourrais éventuellement demander à Kreattur de m'apporter un plateau quand tu voudras bien cesser de te foutre de moi…

- Ne me faites pas de proposition si indécente, Monsieur Potter…

- Pardon ? »

Alors que le survivant affichait un air interrogatif, Lucius se contenta de tapoter gentiment le bout du nez aquilin en murmurant :

« Tssss… Voyons mon ange, crois-tu sincèrement qu'un jour, je puisse vouloir cesser… de te foutre ? »

Si Harry était rouge avant, son teint était littéralement écarlate lorsqu'il comprit les insinuations libertines du vampire. Les yeux gris le fixaient avec une telle intensité, un désir évident puis, très progressivement, l'amusement laissa place à une curiosité empreinte d'une réelle tendresse quand il susurra :

« Tu es trop adorable pour être vrai. »

Lucius effleura d'abord calmement le visage d'Harry de sa bouche, il embrassa avec douceur ses joues brûlantes avant de glisser jusqu'à la commissure de ses lèvres. Lorsque dans un soupir le brun s'abandonna enfin complètement à lui, la langue du vampire entreprit d'explorer longuement cette bouche. Son baiser était à la fois doux, sensuel et impérieux, il y avait sans nul doute du respect dans sa domination, laissant le petit brun encore plus perdu. Le blond ne s'éloigna pas pour autant du jeune sorcier, ses bras le retenant contre lui, il murmura avec un sourire malicieux :

« Kreattur, Kreattur... »

A l'énoncé de son nom, l'elfe apparut dans un pop sonore au milieu de la chambre du brun. Il se baissa dans une révérence et lorsqu'il se releva, il vit la proximité des deux sorciers. S'il était possible pour cet être grisâtre de rougir, il aurait probablement fait concurrence aux tomates juteuses qui mûrissaient en plein soleil dans le potager d'Andromeda Tonks. L'elfe se tortilla et dans un bégaiement, il implora :

« Mon… Monsieur Ma… Malefoy a appelé Kreattur… Que puis-je pour Monsieur… Monsieur Malefoy et pour maître Harry ?

- Harry a très faim… »

Le regard gris se reporta vers le jeune sorcier dont il emprisonnait toujours le corps dans son étreinte possessive. Il lui adressa un clin d'œil complice avant de retourner son attention vers l'elfe qui se dandinait nerveusement en tortillant pitoyablement l'étoffe salie qui lui servait de vêtement.

« Pourrais-tu lui apporter un plateau ? Je compte sur toi pour faire au mieux et le plus rapidement possible. »

Kreattur hocha de la tête et disparut aussitôt, laissant les deux sorciers seuls. Lucius éclata d'un rire franc et sincère lorsqu'il se concentra à nouveau sur Harry qui bégaya difficilement :

« Co… Comment as… Comment as-tu pu me faire ça ? Je… Je ne pourrais plus jamais le regarder en face maintenant ! »

Le vampire s'apprêtait à lui répondre mais un second pop les alerta du retour de Kreattur. L'elfe portait un plateau qui faisait bien trois fois sa taille, chargé des mets les plus délicats et succulents, quelques fruits frais et juteux, des viennoiseries chaudes et croustillantes… Harry se redressa du mieux qu'il put en repoussant l'autre sorcier et se cala contre les oreillers moelleux. Il fit un signe discret de la tête à Kreattur qui se rapprocha en claudiquant légèrement. L'elfe lui tendit le plateau et dans une dernière révérence, il disparut de la chambre laissant les deux hommes à nouveau seuls.

Le brun ne se fit pas prier et dévora tout sous le regard inquisiteur du vampire qui ne le lâcha pas une seule seconde. Harry fut d'abord gêné de sentir les yeux gris posés sur lui mais il préféra ne plus y penser pour se concentrer sur les délices réalisés par l'elfe. Après un peu plus d'une demi-heure, il était repu, une douce torpeur le gagnait déjà mais un sort de lévitation lancé sur le plateau le sortit de ses pensées, les restes du petit-déjeuner s'envolant vers le bureau près de la fenêtre. Avant qu'il ne réalise, le corps de Lucius le plaquait à nouveau contre le matelas. Les mains froides se baladaient de ses hanches à ses reins, il se tordit, essayant d'échapper à son bourreau.

« Lus… Lus, arrête… Il faut que l'on se lève…

- A quoi bon ?

- Je devais parler à Gin, il me semble, du moins tu avais l'air d'y tenir !

- Si tu me prends par les sentiments, mon petit serpentard refoulé… »

Après avoir déposé un court baiser sur les lèvres du gamin, Lucius se releva et se dirigea vers la salle de bain adjacente, laissant Harry encore plus perdu qu'auparavant. Par Merlin, ce type était une telle énigme pour lui : il était un instant séducteur et une seconde après, il était l'une des personnes les plus froides et calculatrices qui lui aient été données de rencontrer. Ces deux aspects de sa personnalité le déstabilisaient car il ne savait jamais comment réagir face à l'homme. Il aurait voulu être plus sûr de lui, plus confiant mais la vérité était tout autre. Il avait peur, une peur irraisonnée de voir sa vie bouleversée.

Il y a seulement un an, il espérait simplement mettre fin à cette guerre et ne souhaitait qu'une chose : pouvoir retrouver Ginny le plus vite possible. Il avait pensé qu'elle était toute sa vie et maintenant, à chaque fois qu'il la croisait, il se sentait juste affreusement gêné, mal à l'aise, il s'en voulait de la faire souffrir et pleurer. Il n'avait que trop attendu, cela faisait plus de deux mois que la bataille de Poudlard s'était achevée et il n'avait pas osé affronter la rouquine tempétueuse pour lui avouer les sentiments très troublants qu'il éprouvait pour le blond. Le problème était sans doute qu'il n'était certain de rien.

Entendant le bruit de la douche dans la salle de bain voisine, Harry ne put s'empêcher de rougir furieusement en pensant au corps puissant sous les fines gouttes d'eau. Il songea à des images d'une sensualité effrayante, il se rêva au côté du blond. Un instant, il eut envie de l'y rejoindre réellement, juste pour aller au bout de son désir, pour s'abandonner enfin à cette tension qu'il ressentait atrocement dans son bas ventre. Seulement si son corps le voulait, son esprit était loin d'être aussi prêt. Ne voulant pas se confronter au vampire dans cet état, le brun fit ce qui lui sembla préférable. Il murmura un sort de propreté, fit venir à lui un jean et une chemise blanche. Il s'habilla prestement avant de s'enfuir loin de sa chambre et loin de sa tentation, de peur d'y céder.

Il descendit rapidement les escaliers en direction du salon. Lorsqu'il arriva dans la pièce à la décoration feutrée, Drago était confortablement assis sur le sofa. Il lisait un livre qu'il referma dès qu'il aperçut son ancien rival sur le pas de la porte. Harry s'avança alors vers le fauteuil qui lui faisait face il s'y installa, croisant et décroisant nerveusement ses jambes. Le calice lui adressa un clin d'œil complice qui ne disait rien qui vaille à Harry et la réplique qui suivit ne manqua pas de le lui confirmer :

« Bien dormi, j'espère. Mon père ne t'a pas trop épuisé au moins. »

Il aurait aimé rester de marbre mais ses joues le brûlèrent aussitôt. Drago s'amusait visiblement à ses dépens. Harry prit cependant sur lui, il souffla profondément pour tenter de contrôler les battements frénétiques de son cœur avant de dire dans un murmure :

« Il faut que je te parle. »

Le blond sembla surpris une seconde mais très rapidement, il reprit contenance et son visage afficha à nouveau cet air hautain qui le caractérisait lorsqu'il était en public. Il répondit avec sarcasme :

« Franchement Potty, je suis très flatté que tu veuilles me parler mais ne crois-tu pas que tu devrais discuter en priorité avec Weasley femelle ?

- Ne l'appelle pas ainsi. De toute façon, je compte bien lui parler le plus tôt possible mais j'ai certaines questions avant.

- A quel propos ?

- La transformation du calice.

- Pitié, Potty. Il s'agit de mon père tout de même. Je préfèrerai m'éviter certaines images mentales de vous deux.

- Je m'en doute, mais à qui pourrais-je m'adresser pour comprendre ce qui m'arrive si ce n'est pas à toi ?

- Je suis certain que si tu demandes conseil à Granger, d'ici deux jours, elle aura lu la plupart des études faites sur les couples vampire-calice et elle pourra te faire un exposé exhaustif sur le sujet. »

Harry soupira, baissant légèrement la tête. Drago parut surpris de le découvrir ainsi, fataliste et résigné alors il reprit :

« Bon d'accord, Potty… Qu'est-ce que tu veux savoir ?

- Depuis… Depuis que Severus et toi m'avez avoué ce qu'était réellement ton père, je me suis posé un millier de questions.

- Le contraire eut été étonnant.

- Je commence à comprendre ce qui attire l'aura des vampires : la pureté, la force magique mais ton père m'a répété maintes et maintes fois que cela n'était pas suffisant… et qu'en fait, le choix du vampire est bien plus… complexe…

- Oh, Potty, je t'en prie. Parle clairement, nous ne sommes que tous les deux et il n'y a vraiment rien de 'complexe' dans ce choix. Le vampire trouve la personne qui lui convient le plus parfaitement. C'est aussi bien une attirance magique qu'une attirance sexuelle. »

Harry se sentit une nouvelle fois rougir furieusement mais après tout, Drago l'amenait exactement sur le sujet qu'il voulait aborder. Il se redressa et fixa le calice :

« Exactement. Mais comment puis-je être certain qu'il me convient autant que je lui conviens ?

- Ah, je vois où tu veux en venir. Pour cela, Potty, il faut avant toute chose que tu rencontres une certaine bonne fée de ma connaissance. »

Drago arborait un air faussement sérieux et professoral que démentaient clairement ses yeux qui pétillaient d'amusement et de malice. Harry se douta que le calice se jouait encore de lui mais n'y tenant plus, il demanda :

« La… La bonne fée… Mais enfin… De qui parles-tu ?

- Voyons, Potty… De cette bonne fée… Lation…

- MA… MALEFOY !

- Quoi ?

- Tu… TU…

- Tu voulais savoir quel était le meilleur moyen de savoir si mon père est fait pour toi et bien je te donne mon avis, rien d'autre.

- Espèce d'abruti dégénéré ! »

Le blond riait, se tordant en deux sur le sofa sous l'œil profondément outré de son vis-à-vis. Après de longues minutes, Drago sembla reprendre son sérieux. Il toussota légèrement avant de poursuivre :

« Trêve de plaisanterie… Que tu acceptes ou non de t'unir avec mon père, tu sais parfaitement que ton choix marquera le reste de ton existence. Plus vite tu l'admettras, mieux ce sera. »

Harry renifla avec dédain au changement de ton de Drago.

« Ecoute Potty… Je suis désolé. Je ne peux vraiment pas t'aider sur ce coup. Ma situation n'avait rien de commun avec la tienne. Je veux dire… Je n'ai jamais eu aucun doute concernant mes sentiments pour Sev. J'étais quelque peu effrayé, ça oui, je ne prétendrais pas le contraire mais je le voulais plus que tout au monde. Maintenant, c'est à toi de faire tes propres choix et je ne veux pas t'influencer, dans un sens ou dans un autre… »

Le silence entre eux n'était pas pesant. Harry se cala contre le dossier du fauteuil, rejetant sa tête en arrière. Il fixa le plafond pendant plusieurs minutes avant de murmurer :

« Je suis complètement perdu.

- Je trouvais la situation plutôt claire quand tu es parti avec mon père hier soir. Il ne me semble pas l'avoir vu rejoindre sa chambre cette nuit… Je me trompe ? »

Le brun grogna sourdement à cette remarque et Drago ne put s'empêcher de sourire avant de poursuivre.

« Explique-toi…

- Je me sens bien quand je suis avec lui. Vraiment… Mais…

- Mais, quoi ?

- Je ne contrôle plus rien depuis des semaines. Je ne sais pas si je le veux réellement ou si c'est juste une manipulation du pouvoir des Anciens pour me faire céder… »

Harry se releva visiblement exaspéré. Il commença à arpenter le salon de long en large, tête baissée. Il marmonnait :

« Bon sang, j'ai déjà certains pouvoirs de calice même si ton père…

- Wo Wo Wo… On se calme, Potty. Je t'ai dit que je ne souhaitais pas connaître les détails salaces de ta relation avec mon cher paternel !

- Ce n'est pourtant pas moi qui m'amuse à faire des blagues plus que graveleuses, non ? »

Le brun adressa un petit sourire complice à son ennemi d'enfance.

« D'accord, un point partout, Potty. »

Le gryffondor s'affala sur le sofa tout à côté du calice. Il soupira encore avant de demander :

« Comment devient-on calice ?

- Vois cela avec Granger, elle pourra te l'expliquer mieux que moi.

- Tu es un calice, pas elle… Du moins à ce qu'il me semble.

- Je ne suis certainement pas une référence en la matière.

-C'est exactement ce que je me disais mais je crains de ne pouvoir me rendre au congrès annuel des calices anglais qui doit se tenir cette semaine à Londres.

- Très drôle, Potty.

- Pourquoi refuses-tu de m'en parler ? Comment es-tu devenu son calice, Drago ?

- Disons qu'entre ce que j'ai pu lire à ce propos et mon expérience personnelle, il y a des différences… notables.

- C'est vrai que, personnellement, je suis habitué à faire comme tout le monde, n'est-ce pas ?

- Potter : deux points.

- Je mène donc au score. »

Harry tourna son visage vers le blond dont le regard s'était fait lointain, presque rêveur. Il attendit jusqu'à ce que la voix aux accents sarcastiques ne résonne à nouveau dans le salon :

« J'avais passé un an à l'éviter à cause de cette foutue mission pour faire entrer les Mangemorts dans Poudlard. Cette nuit-là, la couverture de Sev est tombée par ma faute puisqu'il a tué Dumbledore à ma place. Lorsqu'on s'est enfui de l'école, j'étais terrifié par ce qui m'attendait. Je pensais être torturé par Voldemort... ou même pire… Au lieu de cela, Sev m'a sauvé, il m'a conduit dans sa planque minable, l'impasse du tisseur. Je crois que je ne l'ai jamais vu si furieux. Il a hurlé, tempêté. J'ai fait de même avant qu'il ne se jette littéralement sur moi et moi sur lui. Je suis devenu son calice et son amant en une seule nuit. Nous avons attendu que mon père sorte d'Azkaban pour que Severus puisse faire officiellement sa demande pour notre union sorcière. Elle a été célébrée seulement quelques semaines après ma fuite de Poudlard, cet été là. »

Harry était curieusement ému par le discours du blond et il murmura après quelques instants :

« Je crois que j'envie votre relation.

- Ne dis pas de bêtises, Potter.

- Je suis, on ne peut plus sérieux, Drago. Je… Je veux dire… Tu n'as jamais douté de lui ni de tes sentiments. J'aimerais pouvoir en dire autant.

- Chaque situation est simplement différente, Potty. Ma mère me disait souvent que la guerre a précipité notre rapprochement et je pense vraiment qu'elle avait raison, probablement que si ma vie n'avait pas été en danger cette nuit-là, aujourd'hui, Severus hésiterait encore à me prendre pour calice. Il m'a répété si souvent qu'il avait l'impression de trahir la confiance de son meilleur ami en lui prenant son fils 'innocent'. »

Harry pouffa légèrement :

« 'Innocent', toi ?

- Pas aussi innocent que toi, c'est certain. Toujours est-il que Sev et moi avons bafoué toutes les lois vampiriques telles qu'elles sont précisées dans tous les traités que j'ai pu lire au cours de ma cinquième année. Notre union n'en est pas moins vraie et ce que je voulais que tu comprennes, c'est qu'il n'y a pas de 'justes' ou 'bonnes' méthodes pour devenir calice.

- Tu connais ces fameuses lois, je suppose…

- Quand j'ai su pour Sev, j'ai lu tout ce que je pouvais sur ce sujet. Ces règles ont été établies pour protéger le calice contre l'instinct des vampires à vouloir s'unir à tout prix à un être pur.

- Et…

- Pour ce que j'en sais, il y a plusieurs phases soi-disant incontournables, d'abord, l'appropriation du calice par le vampire…

- L'a… L'appropriation ? Je ne serai jamais la propriété de qui que ce soit !

- Inutile de t'énerver, Potty. C'est simplement une première étape, une sorte de phase d'approche au cours de laquelle le vampire propose son sang à celui qu'il envisage comme futur calice, pour que les autres vampires ne viennent pas l'agresser.

- Oui, si tu veux… Et ensuite…

- Cette chère fée Lation ou plutôt la phase torride… Le vampire vérifie que le calice est le partenaire sexuel qui lui convient – et vice versa.

- Charmant !

- Certes. Tu ne savais pas que les vampires sont classés depuis des siècles parmi les créatures magiques les plus insatiables qui soient…

- J'avais déjà cru comprendre.

- Potty ! Pas d'images traumatisantes, s'il te plaît. »

Harry roula des yeux tandis que Drago reprenait :

« Normalement, ces deux étapes durent un long moment pour permettre au calice d'accepter ou de rejeter le vampire qui lui fait la cour.

- Et que se passe-t-il s'il refuse ?

- Oh… Si le calice rejette le vampire, ce dernier ne doit pas s'opposer à cette décision selon les lois sorcières car cela équivaudrait à un viol. Cependant, d'après ce que j'ai lu, ce cas de figure ne s'est encore jamais produit.

- Et si j'accepte… Enfin, je veux dire lorsque le calice courtisé accepte le vampire… »

Drago tourna aussitôt son visage vers le brun assis à ses côtés. Le gryffondor avait rougi furieusement. Le serpentard ne put s'empêcher de sourire et il reprit avec malice :

« Si tu acceptes… Enfin, je veux dire lorsque le calice courtisé accepte le vampire…

- Toujours aussi spirituel, Malefoy !

- Je sais, je sais… »

Le blond fit un vague geste du bras droit et il poursuivit comme si de rien n'était :

« Bref… Dans un dernier temps, ils doivent procéder à la cérémonie de l'échange. Le vampire scelle définitivement le lien en buvant son calice et il lui offre en retour son propre sang.

- C'est douloureux ?

- Quoi ? La morsure ?

- Oui.

- Cela dépend. Pour tout être humain non lié, je te répondrai objectivement oui. C'est cependant très différent pour le calice.

- C'est-à-dire ?

- Le retour de la merveilleuse petite fée… »

Alors que Drago se moquait d'Harry ouvertement, ce dernier l'interrompit.

« Espèce d'abruti dégénéré !

- Grandis un peu, Potty… »

Un calme confortable s'installa entre les deux jeunes sorciers, chacun semblait méditer sur cette conversation qu'ils n'auraient jamais pu imaginer il y a seulement quelques semaines. Après un moment, Harry toussota légèrement avant de demander à Drago :

« Et pour ce qui s'est produit au retour d'Azkaban ? Enfin, lorsque ton père a goûté à mon sang, est-ce que…

- Non, sur ce point, je suis d'accord avec lui, cela n'a pas fait de toi 'son' calice… Pas encore.

- C'est-à-dire ?

- La cérémonie de l'échange est vraiment primordial, Potty. Il faut que le calice boive le sang du vampire et qu'en retour, ce dernier le morde et se nourrisse de lui. Severus avait très probablement raison quand il t'a expliqué que ta transformation partielle s'explique par la magie des anciens qui te pousse vers l'excellence, même si tu n'atteindras jamais ma parfaite perfection !

- Tu es un grand malade, Malefoy.

- Voyons, Potty, comment oses-tu parler ainsi à ton futur beau-fils ? »

Le brun afficha un air choqué à cette étrange idée – quoique parfaitement exacte, s'il cédait aux avances de Lucius. Il préféra ne pas s'attarder sur ce fait qui le perturbait bien plus que ce qu'il ne le laissa paraître. Il soupira avant de dire d'une voix qu'il espérait neutre :

« Drago ?

- Encore d'autres questions, Potty...

- Non, je… Je voulais seulement te remercier pour ton aide.

- Pas de quoi, beau-papa.

- Par pitié, épargne-moi ce genre de plaisanterie pour le moment, d'accord ?

- Tu sais que tu n'es vraiment pas drôle. »

Le blond adressa un sourire moqueur à Harry. Ils restèrent un moment sans parler. Depuis la bataille de Poudlard et l'arrestation de Lucius, leur relation avait évolué vers une amitié sincère, un respect profond et la discussion d'aujourd'hui n'avait fait que renforcer ces changements. C'était sans doute surprenant compte tenu de leur passé de rivaux, pourtant, les deux jeunes sorciers avaient conscience que leur situation commune les rapprochait immanquablement. Après quelques minutes, Harry se racla la gorge bruyamment et demanda au calice :

« Comment va Stanley maintenant ?

- Je suis passé le voir avant de descendre au salon. Son état semble stabilisé et c'est, en grande partie, grâce à toi.

- Je n'ai pas fait grand-chose.

- Tu m'as permis de passer au-delà du sortilège d'Ombrage, cesse de te sous-estimer. Hier, tu as accompli un petit exploit alors que ta transformation est très loin d'être achevée.

- Je ne suis pas sûr…

- Arrête de te poser des questions pour l'instant. Fais confiance à ce que te dicte ton instinct et tout ira bien.

- Peut-être… »

Alors que le blond allait répondre à Harry, deux coups brefs furent frappés contre l'entrée du salon faisant sursauter les deux jeunes sorciers. Le gryffondor asséna d'une voix qu'il espéra forte et ferme :

« Entrez. »

A suivre…