Résumé : Comme certains lecteurs l'avaient pressenti, il est grand temps pour Harry de grandir et d'avouer aux autres ses sentiments pour Lucius. Un chapitre un peu douloureux pour notre brun mais pas que… Je vous souhaite de bonnes fêtes… Des messages enthousiastes et nombreux seront – bien évidemment - les bienvenus... Bises et à très bientôt, Lilywen…
La quête des temps nouveaux
Chapitre 24 : Aveux
« Entrez. »
Le survivant fixait la porte qui avait été entrouverte doucement. Hermione se tenait dans l'encadrement de l'entrée. Elle semblait particulièrement gênée d'avoir interrompu la conversation entre Malefoy et son meilleur ami. Elle attendit quelques secondes et s'approcha finalement jusqu'à se retrouver près des deux garçons assis sur le large sofa. Le serpentard décocha un sourire arrogant à la jeune sorcière.
« C'est pour quoi Granger ?
- Désolée de vous déranger mais… Harry, est-ce que tu pourrais venir avec moi ? Je dois vraiment te parler. »
Le brun semblait mal à l'aise, redoutant visiblement de se retrouver seul avec son amie et son regard se porta instinctivement sur l'autre calice. Les yeux gris de Drago trahissaient son amusement évident et le blond reprit sur un ton moqueur :
« Allez courage, Potty. Fais donc un peu honneur à ta maison. »
Tandis qu'Harry le fusillait du regard, Hermione toussota pour rappeler sa présence aux deux jeunes sorciers. Après quelques instants, le brun se releva. Ses épaules légèrement affaissées trahissaient son désarroi et sa résignation, même s'il était convaincu que la conversation à venir était simplement inévitable. Il devait maintenant clarifier la situation avec ses amis ainsi qu'avec Ginny mais son cœur battait furieusement dans sa poitrine à l'idée que ceux qui avaient tellement compté pour lui depuis toutes ces années n'acceptent pas ses choix, d'autant qu'il n'était encore réellement sûr de rien. Il ne savait toujours pas ce qui était de son désir ou de celui de la magie des anciens, ce qui était du domaine du fantasme ou de la réalité. Comment expliquer à d'autres ce qu'il ne parvenait pas à comprendre réellement ?
Il ne pouvait cependant nier plus longtemps que Lucius et lui s'étaient considérablement rapprochés, qu'il avait aimé les moments passés avec le vampire depuis qu'ils avaient libéré Stanley Rocade des Enfers d'Azkaban. Il pensa particulièrement à la nuit dernière. Il avait proposé à Lucius de rester dans sa chambre, c'était sa décision et il avait répondu à chaque baiser, à chaque caresse du vampire, avec empressement. Ce matin, pour la première fois, il avait eu envie de le rejoindre alors que l'homme était dans la salle de bain. Il lui restait un goût étrange de perfection inachevée même si au fond de lui, il avait conscience de n'être pas encore totalement prêt pour devenir son calice.
Hermione s'était déjà avancée vers le couloir. Harry lança un dernier regard paniqué vers Drago. Le blond lui adressa alors un sourire sincère et amical qui lui réchauffa le cœur et le gryffondor referma doucement la porte du salon, laissant le calice seul. La jeune sorcière montait les escaliers en direction du second étage et s'engouffrait dans le couloir qui menait vers sa chambre d'invité. Elle entra sans attendre, laissant la porte ouverte et Harry avança presque machinalement à sa suite. Lorsqu'il pénétra dans la petite pièce, décorée avec beaucoup de goût par Andromeda, le brun ne put retenir un tremblement et recula d'un pas en découvrant son meilleur ami assis sur le lit, au côté d'Hermione. Ron affichait une moue renfrognée qui ne laissait rien présager de bon. Harry bredouilla péniblement :
« Sa… Salut Ron.
- Il est vraiment temps qu'on parle, tous les trois, tu ne crois pas ? »
Le rouquin lui fit un signe, désignant une chaise en face d'eux. Harry se laissa lourdement tomber sur le siège. Il sentait une désagréable sueur couler le long de sa nuque, descendant inexorablement dans son dos. Il frotta ses mains l'une contre l'autre avant de murmurer en réponse à la question toute rhétorique de son meilleur ami :
« Oui… Oui, j'ai déjà bien trop tardé, tu as raison… »
Hermione s'agita légèrement, ses yeux trahissant clairement son anxiété. Son regard chocolaté allait de l'un à l'autre et bien qu'elle sache que cette conversation était absolument inévitable, elle redoutait la réaction de son petit-ami. Elle avait expliqué à Ron ses doutes concernant les sentiments du joli brun et il n'avait pas compris, il n'avait pas accepté non plus. Qu'Harry se prenne de compassion pour l'injustice faite à Lucius Malefoy concernant la seconde attaque de Poudlard, il pouvait l'entendre et même s'il avait mis quelques temps à l'admettre, il avait finalement reconnu qu'Hermione avait raison sur ce point précis… Mais là… Non… La jolie sorcière dont il était éperdument amoureux se trompait forcément. Elle avait largement sous-entendu qu'Harry éprouvait bien davantage pour le mangemort. C'était réellement insensé.
Pourtant, Ron avait pu découvrir la complicité étrange entre Malefoy et son meilleur ami, en particulier quand les deux sorciers étaient revenus des Enfers d'Azkaban, Harry retenu dans les bras puissants du blond. Le gryffondor cherchait désespérément la présence de l'autre homme, il lui avait semblé tellement perdu, déboussolé. Seulement, il y avait Ginny, elle souffrait visiblement de la situation ce qui attristait sincèrement Ron. Il fallait qu'ils aient une discussion tous les trois, comme avant… Et tout rentrerait dans l'ordre. Il en était certain. Harry ne pouvait pas faire cela à sa sœur… Il ne pouvait pas les avoir trompés à ce point, les trahir… Pas après tout ce qu'ils avaient vécu depuis toutes ces années.
Le rouquin se redressa légèrement sur le lit, invitant d'un mouvement de tête son meilleur ami à s'expliquer enfin :
« Je… Je suis désolé. »
Le silence retomba immédiatement, encore plus lourd et pesant. Cela ne rassurait en rien Ron qui reprit d'une voix trop rauque :
« Qu'est-ce qui se passe, mon pote ?
- Je… C'est… C'est tellement compliqué, vous savez.
- Non, on ne sait pas, justement.
- Mais…
- Ecoute Harry, ce n'est pas comme si nous n'avions pas toujours été à tes côtés. Je croyais que tu nous faisais un peu plus confiance ! Au lieu de cela, tu ne nous dis plus rien comme si tu n'avais plus confiance. Je ne te reconnais plus et je ne parle même pas de Ginny. Est-ce que tu as seulement réalisé à quel point elle est mal depuis qu'on est ici ? »
Toutes couleurs avaient déserté le visage du brun qui tordait ses doigts nerveusement. Il marmonna faiblement :
« Je suis tellement désolé de tout ce qui se passe. Je… Je n'ai jamais voulu la blesser, tu me crois au moins, Ron ? »
Le rouquin releva fièrement le menton et rétorqua :
« Bien sûr que je te crois… Tu as toujours été mon ami. Tu es mon frère… »
Hermione serra encore plus fermement la main du roux, attendri par ses propos bourrus. Harry n'y prêta cependant guère attention et comme un plongeur se jetant dans la mer glacée, il poursuivit :
« Lucius est réellement innocent.
- Et si tu nous disais plutôt quelque chose que tu ne nous as pas déjà expliqué un bon millier de fois depuis la bataille… »
Il y avait un amusement sincère dans la voix du rouquin, même s'il savait qu'il n'apprécierait certainement pas la suite.
« Il… On… En fait…
- Bon sang, Harry, parle ! »
La jeune femme si calme et réfléchie semblait au bord de l'explosion et le brun baissa davantage la voix. Jamais Hermione et Ron ne lui pardonneraient, il en était convaincu. Le plus effrayant est qu'il ne songea pas un instant à renoncer à sa relation naissante avec Lucius pour sauvegarder leur amitié et pourtant il les aimait tous les deux, sincèrement.
« Severus et Lucius sont des vampires. »
La phrase lui coûta mais elle énonçait une vérité et il comptait sur l'esprit brillant et affuté de la sorcière pour lui éviter des aveux qui lui paraissaient à chaque seconde plus insurmontables. Il se faisait honte, il était si peu digne de sa maison en cet instant. La bouche de Ron était entrouverte dans un parfait « oh » muet et Hermione le fixait, avec perplexité. Ses yeux se plissaient, signe de sa réflexion intense. Ce fut une question qui sortit Harry de sa contemplation :
« Drago Malefoy est-il un calice ? »
Le brun hocha de la tête frénétiquement, ne faisant plus réellement confiance à sa voix tandis que la sorcière se relevait arpentant la chambre de long en large :
« Alors, c'est pour cela qu'il a passé tout ce temps avec toi et ensuite avec le Renégat. Le pouvoir du calice est de soigner par sa magie… »
Le brun acquiesça une nouvelle fois.
« Drago était au plus mal après la bataille quand Lucius Malefoy a demandé à te parler. Snape était aussi en train de mourir dans la cabane hurlante. C'est bien ce que tu as affirmé devant les aurors, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Drago est donc le calice de Severus, et toi… Toi, tu étais le sorcier le plus pur et le plus puissant, le plus à même de leur venir en aide à ce moment-là. C'est pour cela que Malefoy avait tant insisté auprès de Kingsley pour te rencontrer. »
Harry se sentit rougir. Un silence lourd retomba entre les trois amis lorsqu'Hermione plaqua ses mains sur sa bouche, ses yeux écarquillés devant l'ampleur de sa découverte. Harry ne douta pas un seul instant que la sorcière venait de placer la dernière pièce du puzzle. Visiblement, Ron n'avait pas compris l'excitation soudaine de sa petite-amie car son regard allait de l'un à l'autre avec interrogation. Hermione se rapprocha et posa une main douce sur l'épaule du rouquin, comme pour prévenir sa colère. Elle toussota légèrement, réclamant ainsi l'attention des deux garçons.
« Ha… Harry, est-ce que tu es le calice de…
- NON ! Non… Je veux dire non… »
L'air paniqué qu'affichait le brun ne rassura en rien la jeune femme. Harry semblait au bord de l'évanouissement et elle en fut profondément peinée.
« Tu… Tu en es sûr ? »
Harry se releva et se dirigea vers la fenêtre. Elle donnait sur le parc majestueux des Tonks. Le gryffondor souffla, essayant de trouver la force en lui de continuer.
« C'est… C'est plus compliqué que cela… Tellement plus… »
Hermione sentit Ron se tendre imperceptiblement mais ni l'un ni l'autre ne songea à interrompre Harry.
« Je ne suis pas son calice… Je… Lucius est… »
Il cherchait ses mots et finalement, il se retourna, délaissant le paysage estival et tranquille du jardin arboré pour fixer de ses grands yeux émeraude ses amis de toujours. Il continua d'une voix un peu plus ferme :
« Je pense… Non… Je souhaite le devenir. Je veux être son calice. »
Il se sentit étrangement soulagé d'avoir accepté cette vérité qu'il combattait en vain. Bien sûr, il avait conscience qu'il devrait encore régler nombre de difficultés avec le vampire mais d'avoir enfin prononcé ses quelques mots le laissait enfin en paix, pour la première fois depuis des semaines. La sensation de quiétude ne dura pourtant qu'un instant. Ron se releva brusquement, il se dirigea vers le brun et sans un mot, il lui asséna un violent coup de poing qui fit vaciller le jeune homme.
Harry se cala du mieux qu'il put contre le mur adjacent, frottant sa joue endolorie. Il était sonné. Ron avait une force colossale et il ne douta pas à son regard qu'il était tout prêt à recommencer si seulement Hermione ne s'était pas interposée.
« RONALD !
- QUOI ? TU VEUX LE DEFENDRE EN PLUS !
- Parce que tu préfèrerais qu'il nous mente et surtout qu'il mente à Ginny toute sa vie, en restant avec elle alors qu'il ne l'aime plus ? Ne sois pas stupide ! »
Ron recula d'un pas, comme si les paroles d'Hermione l'avaient giflé. Il dévisageait Harry comme s'il le voyait pour la toute première fois de sa vie.
« Est-ce que tu te rends compte au moins de ce que ce salopard te manipule ? Il n'ait avec toi que parce que tu es celui qui a vaincu Voldemort ! Rien d'autre ! Parce que tu peux lui épargner Azkaban où il devrait encore croupir si tu n'étais pas intervenu ! Et toi, tu veux… C'est n'importe quoi ! Tu as pensé à Ginny au moins ! »
Harry se redressa légèrement.
« Je ne fais que cela… Penser à Ginny… A sa réaction… A la vôtre ! Et moi dans tout ça ? Tu te moques bien de savoir si je suis, ne serait-ce, qu'un peu heureux lorsqu'il est avec moi…
- Mais est-ce que tu t'entends parler ? Ce type est un mangemort, Harry. Il y a quelques semaines, il t'aurait tué sans le moindre doute ou remords ! »
Le brun vacilla à la remarque et se retint contre le mur. Il murmurait faiblement, dans une litanie assez pitoyable tandis que son meilleur ami le regardait avec colère :
« Non, tu te trompes, Ron… Tu te trompes. »
Un instant plus tard, la porte claqua. Drago se précipita aussitôt vers Harry, bousculant au passage Ron. Le blond soutint le survivant du mieux qu'il put, enserrant fermement sa taille fine. Le calice se retourna ensuite vers les deux autres gryffondors et leur adressa un regard haineux. Il ne put contenir la colère dans son ton lorsqu'il demanda :
« Qu'est-ce que vous lui avez fait ?
- Rien qui ne te concerne, Malefoy ! Alors, dégage immédiatement !
- Je t'interdis de me parler sur ce ton, Weasley. Harry, tu viens avec moi. »
Le brun se sentait épuisé et il n'était même pas certain de pouvoir marcher jusqu'à la porte de la chambre comme l'avait exigé le calice à l'instant. Ses yeux le piquaient désagréablement et il dut utiliser ses dernières forces pour ne pas pleurer devant Ron. Bien sûr, il ne s'était pas attendu à ce que son meilleur ami le félicite de sa relation naissante avec Lucius malgré tout, il avait pensé que son amitié avec le jeune homme et toutes ces années passées ensemble à s'amuser ou à rire d'un rien seraient plus fortes, et qu'à défaut de le comprendre réellement, il finirait par accepter. Son regard se reporta instinctivement vers sa meilleure amie.
Hermione le fixait d'un air désemparé, elle avait probablement peur de mettre en péril sa relation avec Ron si elle prenait dès à présent fait et cause pour Harry. Il pouvait le concevoir même s'il ressentit un douloureux pincement au cœur. De toute façon, la jeune femme était bien la seule qui pouvait raisonner Ron, le faire changer d'avis dans les jours à venir elle était même son seul véritable espoir pour que tout ne tourne pas au drame. La simple idée de perdre définitivement ses deux premiers véritables amis alors qu'ils avaient vécu cette année si difficile ensemble, le bouleversa au-delà du concevable.
Harry se dégagea de l'étreinte protectrice du calice et se précipita dans les couloirs, Drago à sa suite. Il dévala un escalier et une seconde plus tard, il se trouvait dans sa chambre alors que Lucius sortait de la salle de bain. Le brun s'arrêta, il se sentit furieusement rougir mais avant d'expliquer quoi que ce soit, Drago prit la parole :
« Weasley et Granger savent. »
Le calice ressortit de la chambre aussitôt, les laissant seuls : il n'y avait pas besoin de plus d'explications. Lucius s'avança vers le jeune sorcier et le souleva comme s'il ne pesait rien. Harry se laissa aller contre sa poitrine ferme, son visage caché dans le cou du vampire, il humait son parfum. Un instant plus tard, il était couché sur le lit, le corps du vampire l'emprisonnant dans son étreinte puissante. Le blond s'appliquait à embrasser la peau douce, des joues brûlantes jusqu'aux lèvres fines. Chaque baiser était un effleurement, presque évanescent.
Au bout de longues minutes, Lucius se releva légèrement, sa bouche frôlant le visage du brun et susurra :
« Je suis tellement désolé, Harry…
- Tu… Tu n'es en rien responsable. Je… »
Le jeune sorcier se mordilla les lèvres dans un geste qui enflamma les sens du vampire. Lucius ne bougea pas pour autant. Il restait immobile, juste à dévorer des yeux la divine créature sous lui. La tension était presque palpable. Finalement, ce fut Harry qui rompit le silence pesant :
« Je… J'ai dit…
- Quoi ?
- Je leur ai dit que je… »
Harry se redressa légèrement, se haussant sur ses coudes pour se rapprocher encore davantage du vampire. Sa bouche n'était qu'à un souffle de celle du blond lorsqu'il avoua :
« Je leur ai dit que je souhaite être ton calice. »
Lucius resta interdit une seconde. Bien sûr, il savait que le brun commençait à accepter leur attirance évidente, ce lien particulier et différent mais il n'avait pas espéré une telle admission… Du moins pas si vite. Il sentit son pouvoir vampirique exulter en lui. Il plaqua assez brutalement le corps du brun contre le matelas et s'employa à découvrir encore et encore cette bouche. Sa langue caressait sa jumelle dans une lutte sensuelle tandis que le garçon s'abandonnait complètement à lui. D'un geste habile et impératif, Lucius écarta les jambes du plus petit, il appuya fermement sa cuisse sur son entrejambe et s'appliqua dans un mouvement lent à lui faire perdre tout sens commun. Les mains fines du brun se crispèrent sur les draps défaits et le gémissement plaintif qui mourut dans la gorge du vampire le galvanisa encore plus. Ils ne se séparèrent que lorsque le souffle leur manqua. Lucius chuchota alors contre les lèvres d'Harry :
« Quelle sage décision, jeune homme. Je ne peux qu'approuver. »
La remarque fit sourire Harry qui continua sur le même ton enjôleur :
« Le contraire eût été surprenant… »
Lucius passa doucement son index sur la marque bleutée qui se dessinait lentement sur la joue droite du joli brun. Le vampire le contemplait sans rien dire et Harry se sentit rougir encore davantage, troublée par cette tendresse inédite.
« Je suppose que c'est le fils Weasley qui t'a frappé… »
Le gryffondor se contenta d'acquiescer à la fausse question du vampire.
« Je ne sais pas ce qui m'empêche de le tuer…
- Je refuse que tu interviennes. »
Lucius fixait les yeux émeraude. Il savait que le garçon lui répondrait de ne pas se mêler de cette dispute, pourtant ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Il fut sorti de ses réflexions par la main délicate du brun posée sur son épaule pour attirer son attention.
« Tu sais, je ne m'attendais pas à ce qu'il accepte immédiatement… Il a l'impression que je l'ai trahi et honnêtement, je peux comprendre sa réaction… Et puis, il y a Ginny… »
Harry regretta aussitôt ses paroles. A la seule mention du prénom de la jeune femme, le regard du vampire changea radicalement. La tendresse amoureuse laissa place à une colère glaciale qui effraya quelque peu le brun. Sans se préoccuper de l'air confus du garçon, perdu au milieu des draps défaits, Lucius se releva. Il se dirigeait déjà vers l'entrée de la chambre lorsqu'un léger coup sourd résonna contre le bois de la porte. Harry tourna la tête vers l'origine du bruit et avant même qu'il ne songe à répondre, Lucius ouvrait déjà la porte, laissant place à la rouquine.
L'aura du vampire était terrifiante, presque malsaine alors qu'il faisait face à celle qui, encore une fois, venait de troubler la décision d'Harry. Même si elle n'en laissa rien paraître, Ginny eut peur de l'homme qui la fixait avec rage. Elle avança d'un pas comme pour lui prouver qu'elle n'avait pas renoncé, qu'elle avait encore la force de le combattre. Ce fut la voix du brun qui rompit leur duel silencieux :
« Gin'… Ginny… Qu'est-ce que tu fais là ? »
Elle se concentra sur les magnifiques yeux émeraude du gryffondor assis dans son lit. Ses joues rougies, ses cheveux ébouriffés, son air débraillé lui firent l'effet d'un coup de poignard mais au lieu de faire un esclandre, elle fit mine de n'avoir rien remarqué.
« Je voulais te parler, Harry. »
Le brun se tourna aussitôt vers Lucius. Il n'eut cependant pas le temps de lui demander de sortir pour les laisser seuls car le blond refermait déjà la porte de la chambre, sans lui adresser le moindre mot, ni le moindre regard. Harry fixa l'entrée close et ressentit une douleur aigüe dans sa poitrine. Sa gorge était nouée. Il n'était pas certain que sa voix soit assez sûre pour tenir une quelconque discussion avec la rouquine en cet instant. Il n'était pas non plus certain de ce qui venait de se passer entre le vampire et lui. Pourtant, il avait pensé que…
« Harry… »
La voix féminine sortit le brun de ses pensées. Ginny s'installa au bord du lit, tout à côté du jeune sorcier. Les mains tremblantes, elle savait que c'était son ultime chance de regagner le cœur de celui qu'elle avait aimé dès le premier regard.
« J'ai vu Hermione.
- Je… Je suis désolé pour ce qui s'est passé avec Ron… Je ne voulais pas…
- Chut… »
Comme pour intimer le silence au jeune homme, elle posa délicatement son index sur la bouche du gryffondor avant de glisser son doigt sur la boursoufflure bleutée. Harry se sentait gêné de ce geste qu'il trouva bien trop tendre, presque déplacé.
« Ron a eu tort… »
Harry ne réalisa pas qu'il avait retenu son souffle alors que Ginny continuait :
« Il n'aurait jamais dû se battre contre toi. Tu n'es pas responsable. Cependant, comprends qu'il s'inquiète pour toi et sur ce point, il a raison et je ne peux que l'approuver.
- Je ne risque absolument rien avec Lucius. »
La jeune sorcière se crispa à la mention du vampire et elle suspendit sa caresse sur la joue du gryffondor.
« Comment peux-tu croire une telle stupidité ? »
Harry se recula instinctivement, blessé par cette remarque.
« Je ne suis pas stupide. Lucius est quelqu'un de bien, il ne me manipule pas.
- Hermione m'a dit qu'il est un vampire. Il te manipule forcément, cela fait partie de leur pouvoir d'attirer et de corrompre qui ils veulent d'un simple regard.
- Tu ne le connais pas.
- Tu ne le connais pas non plus, Harry… »
Ginny s'arrêta une seconde, sa main reprenant sa caresse délicate sur la joue tuméfiée.
« C'est un mangemort. Quoi qu'il prétende, il a défendu les idéaux de Voldemort. Il a tué, il a torturé en son nom. Peut-être… Je dis bien peut-être qu'il n'a pas pris part à la bataille de Poudlard mais s'il ne l'a pas fait, c'est uniquement parce qu'il s'inquiétait pour la vie de son fils et de Snape… Certainement pas parce qu'il était convaincu de la justesse de ton combat.
- Tu te trompes… Il voulait ma victoire.
- Tu le crois vraiment ?
- Oui, bien sûr, j'en suis convaincu, Gin... Cette nuit-là, alors que Ron, Hermione et moi, nous étions en train de les espionner dans la cabane hurlante, Voldemort a ordonné à Lucius de faire venir immédiatement Snape. Il voulait absolument récupérer sa baguette car ce sale serpent était persuadé que c'était celle des anciens. C'est à cette occasion qu'ils ont mis en scène la mort de Severus à laquelle nous avons assisté tous les trois.
- Et tu prétends après cela qu'il ne te manipule pas.
- Non, tu ne comprends pas… Lucius n'avait pas d'autres choix. A cette époque, j'étais encore furieux contre Severus que je croyais responsable de la mort de Dumbledore. Je n'aurais jamais accepté de l'écouter. Je suis bien trop buté, tu le sais parfaitement. Sans lui, je n'aurais jamais eu les souvenirs de Severus, la preuve de son attachement indéfectible à ma mère et à Dumbledore et je n'aurai jamais su que je devais d'abord me sacrifier et tuer l'horcruxe en moi avant de tenter quoi que ce soit contre Voldemort. J'ai pu le vaincre grâce à lui… Grâce à lui, je suis enfin libre…
- Tu ne lui dois rien, Harry…
- Je ne me sens pas redevable.
- Alors pourquoi as-tu témoigné en sa faveur lors du procès ?
- Parce qu'il n'a pas tué Narcissa, pas plus que Luna. Il n'est pas un renégat, j'en suis convaincu…
- Je l'ai pourtant vu, Ron également. Il a essayé de nous tuer.
- Ce n'était pas lui. Hermione, Kingsley et ton père en sont aussi persuadés et Stanley va témoigner à son tour… Nous aurons enfin une preuve de son innocence. »
Ginny se rapprocha encore jusqu'à ce que son corps se trouve tout contre le jeune homme. Sa voix se fit plus douce, presque charmeuse alors qu'elle murmurait près de son oreille :
« Mon si gentil et merveilleux Harry… »
Sa bouche avait déposé un baiser à la commissure des lèvres du brun.
« J'ai peur pour toi… Peur de ce qu'il pourrait te faire… Il est dangereux. Un vampire est une créature qui utilise son esprit pour corrompre et mon charmant gryffondor est pris dans sa toile… J'ai vraiment peur pour toi, Harry… Peur de ce qui nous arrive… Peur de te perdre… »
Cette fois, la jeune femme posa sa bouche sur celle du brun, stupéfait. C'était étrange de retrouver une sensation oubliée depuis plus d'une année. Une langue presque timide se faufila entre ses lèvres tandis que les mains de la rouquine se perdaient entre sa nuque et ses cheveux. Il aimait bien cette douceur sereine, cette délicatesse féminine, pourtant, le baiser semblait si différent. Lorsque le vampire l'embrassait, il le dominait, l'apprivoisait et chaque caresse le transportait. Il lui manquait la sensation de cette peau légèrement râpeuse, cette urgence absolue qui le laissait toujours plus impatient et demandeur.
Sans même savoir comment, Harry se dégagea de l'étreinte chaude de son amie et rompit leur baiser. Les yeux de la jeune femme marquaient son incrédulité. Il se sentit rougir, gêné de briser son rêve mais il ne pouvait pas… Il ne voulait pas…
« Je… Je suis désolé, Ginny. »
Il se décala vers la tête de lit, repliant ses jambes contre sa poitrine tandis que la rouquine n'avait toujours pas bougé.
« Gin, je… Je ne veux plus. Il est important pour moi.
- Et moi, non ? C'est bien ce que tu sous-entends.
- Tu sais très bien que c'est faux, je t'aime énormément…
- Pas assez visiblement. Pas autant que lui, en tout cas.
- Je… Je ne… Je ne suis sûr de rien encore. Par moment, j'ai cette certitude absolue en moi et c'est réellement merveilleux comme cette nuit alors qu'il était à mes côtés… Je souhaite vraiment être son calice car je me dis que rien ne pourrait être plus parfait que lui et moi ensemble et la seconde qui suit, je doute… Je ne comprends pas ce qui m'arrive, comment je peux oublier si facilement notre passé, son passé, pourquoi tout va si vite entre nous… Trop vite… Au final, c'est juste que… Je me sens vraiment bien… Malgré tout ce qui se passe… Les Renégats, les accusations qui pèsent contre moi depuis l'attaque de Gringotts… Je m'en moque, je suis bien… Pour la toute première fois de ma vie… Je suis bien avec lui… »
Harry avait continué son discours, essayant de faire abstraction des larmes qui naissaient dans les yeux de la rouquine.
« J'espère sincèrement que tu ne le regretteras pas. »
Harry avait posé sa main sur la joue de la jeune fille dans un geste affectueux.
« Ne t'inquiète pas pour moi, Gin…
- Je t'aime encore.
- Je sais. »
L'instant suivant, la rousse disparaissait, le laissant seul dans la chambre. Harry resta assis un long moment, son dos contre la tête du lit, à fixer un point invisible sur le mur.
A suivre...
