Hello !
Voici un nouveau chapitre où Mayline ne va pas vivre une expérience très plaisante ^^
Merci à tous ceux qui me suivent et un grand merci à ScottishBloodyMary pour son aide :)
Bonne lecture :)
31/03/2015
Chapitre 32 : Cauchemar
J'entends des cris, d'épouvantables cris qui me glacent le sang, me retournent l'estomac, des cris mêlés aux sons de la pluie, froides gouttes d'eau s'écrasant avec violence sur la terre devenue boue. Tout autour de moi, brouillard et fumée s'entremêlent. Un goût de cendre dans ma bouche, l'impression de flotter. Une rose rouge se trouve à mes pieds, étendant ses fins et fragiles pétales comme une tache de sang frais. Je la ramasse maladroitement, me piquant le doigt sur l'une de ses épines.
Une goutte de liquide vermeil coule le long de mon doigt. En baissant les yeux, je découvre avec horreur que la boue est devenue sang, et je m'enfonce dans cette marre écarlate qui use de la même fourberie que les sables mouvants. Je suis en enfer, je ne vois pas d'autre explication, et j'ai peur. Des sons étouffés parviennent à mes oreilles. Mon cœur s'emballe, frappe fort dans ma poitrine malmenée. Je suis en train de me noyer.
J'ouvre la bouche, cherchant désespérément de l'oxygène. Mais ce n'est pas de l'air qui pénètre dans ma bouche mais cet horrible liquide écarlate. Je sens un goût de fer emplir ma bouche, je commence à me sentir nauséeuse. Je n'arrive plus à lutter, je tente de crier mais n'y parviens pas. Je ferme les yeux, accueillant la mort à bras ouverts. Qu'elle vienne, elle et ses armées de démons de la nuit, je suis prête. Je l'attends même, elle m'emportera loin de cet enfer.
Puis je me souviens de tout, je me souviens de ma mère qui aurait voulu que je me batte pour vivre. Je me souviens de la compagnie, qui avait besoin de moi, qui était ma nouvelle famille. Et enfin de Kili, celui qui avait fait naître en moi de nouvelles émotions. Qui m'avait fait découvrir l'amour, qui m'avait donné envie d'aimer, qui m'avait sortie de la solitude. Alors j'ouvre les yeux, dans cet océan d'un rouge si sombre. Je relève la tête et commence à nager vers la surface.
Je mets toute ma force et ma volonté pour sortir de cette prison ensanglantée. Je sors enfin, et aspire une grande bouffée d'air. Je lève les yeux vers le ciel, quelques timides étoiles scintillent doucement sur la voûte céleste. Ma mère veille sur moi. Puis tout autour de moi disparaît. Je me trouve à présent dans un champ. Des fleurs, rouges, toujours cette teinte sanglante. L'horizon est cendreux. Du gris et du rouge, à perte de vue. Je regarde le ciel et le soleil qui essaye de trouver une place parmi les nuages.
J'entends un bruit, je me retourne et vois un homme qui court. Il ne me voit pas, il ne s'arrête pas pour regarder autour de lui, il n'a pas le temps apparemment. Je reconnais cet homme, ou plutôt ce nain. Fili. Je hurle son nom mais il ne m'entend pas, ne me voit pas, comme si j'étais invisible, comme si je n'existais pas, tout simplement. Je cours alors à ses cotés, me demandant ce qu'il peut bien fuir. Tête basse, il court, il suit son ombre, ne voyant rien autour de lui.
Je vois la terreur dans ses yeux, comme si c'était la mort elle-même qui le poursuivait. J'entends des cris et me retourne, c'est bien la mort qui le pourchasse. Azog le profanateur, entouré des siens, le traque. Le bruit de l'acier qui s'entrechoque parvient à mes oreilles, armes et armures qui se heurtent, sons archaïques, peur viscérale. J'ai peur pour Fili, qui court et court sans s'arrêter. Fili continue de cavaler comme une bête apeurée, c'est un renard pris au piège par des chiens qui veulent le déchiqueter.
Il a peur, il est terrorisé. Il pénètre dans une forêt, les arbres ont l'air de le rassurer, quelques rayons de soleil arrivent à se faufiler à travers les branches entrelacées. L'odeur de l'herbe humide à l'air de le calmer. Il s'arrête et ferme les yeux, comme s'il abandonnait, qu'il acceptait son tragique destin. Je crie, je lui crie de courir mais il ne m'entend pas. Une épée le transperce, perfore sa peau, sa chair, son cœur, son âme. Perles de sang sur sa peau claire.
Il tombe à terre et son regard se porte vers le ciel, un sourire étire ses lèvres. Fili meurt, et je reste là, agenouillée près de son corps désormais froid et sans vie. Je n'ai rien pu faire, je me sens si inutile, faible. Une moins que rien. Mon ami a été assassiné sous mes yeux, je n'ai été que spectatrice.Et des images défilent devant mes yeux sans que je comprenne leur signification. Un ciel gris. Un champ de bataille. Des corneilles croassant lugubrement se posent sur des corps mutilés et froids, arrachant par ci par là des lambeaux de peau noircie.
De la fumée s'attarde entre les dépouilles calcinées, traînées charbonneuses assombrissant davantage le tableau. Et lui, il est là. Azog. Sa peau blanche brille de manière malsaine dans la grisaille ambiante, sa haute silhouette se découpe sur l'horizon de cendre. Un affreux rictus est plaqué sur son visage. Il est la mort, la souffrance et le chagrin. Il est le brouillard et les nuées nocturnes et froides de l'hiver sans fin. Il est la bête, celle qui sommeille en tout homme et se matérialise de la manière la plus sombre.
Il est là, toujours, celui qui naît des brumes éternelles, des gouffres aux exhalaisons de soufre sans fond. La bête traque sa proie, sans relâche, l'appétit insatiable, l'esprit tourmenté. Et bientôt, elle l'attraperait.
Lorsque j'ouvris les yeux, il me fallut plusieurs minutes pour me souvenir où je me trouvais. Chez Beorn. J'essuyai les larmes qui avaient coulé le long de mes joues pendant mon sommeil. Je me levai en silence, pour ne pas réveiller les nains, qui ronflaient comme des tracteurs rouillés d'ailleurs. Je m'emparai d'un verre d'eau et l'avalai d'une traite, calmant la douleur lovée dans ma gorge sèche.
« Tout va bien ? » Chuchota une voix grave.
Je me retournai et vis Thorïn, adossé contre le mur, me regardant fixement.
« Oui, je vais bien. Pourquoi ne dormez-vous pas ? » Lui demandai-je.
« Vos pleurs mon réveillé » me répondit-il, une pointe de reproche mais aussi d'inquiétude dans la voix.
« Oh... Je suis désolée » fis-je en baissant la tête.
« Pourquoi pleuriez-vous ? » Me demanda-t-il, par simple curiosité.
« Pour rien. J'ai fait un cauchemar, un horrible cauchemar... »
