Résumé : Alors, qu'est-il arrivé à Harry ? Pourquoi une telle crise ? Voici le début des révélations… Et ce ne sera pas facile pour le jeune calice. J'espère que ce nouveau chapitre de la quête des temps nouveaux vous plaira… Je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année et je vous dis à bientôt. Bonne lecture à tous, Lilywen.

PS : un petit message d'encouragement est toujours le bienvenu ! Et encore une fois tous mes vœux pour cette nouvelle année…

La quête des temps nouveaux

Chapitre 31 : Héritage

Drago se releva et se dirigea péniblement vers la porte qui menait à la salle de bain adjacente. S'appuyant lourdement contre la vasque blanche, il fixa son reflet dans le miroir avec effroi. Ses traits tirés, ses yeux cernés de noirs le renvoyaient à ces deux derniers jours cauchemardesques et encore il pouvait presque s'estimer heureux car maintenant, il parvenait à s'éloigner légèrement d'Harry dont l'état semblait enfin se stabiliser. Il s'aspergea le visage d'eau fraîche pour retrouver un semblant d'apparence et effacer les traces de ces trop nombreuses heures passées sans trouver le sommeil ; en vain cependant, tant il était à bout de forces. Le constat était évident : il avait abusé excessivement de sa magie de calice pour apaiser le gryffondor.

Il sursauta brusquement quand il sentit l'étreinte de Severus. Le maître des potions posa son visage sur l'épaule du blond et susurra :

« Tu es épuisé. Tu ne m'as même pas entendu t'appeler.

- Désolé, Sev. »

Le vampire embrassa doucement la gorge de son calice. Il murmura après de longues secondes :

« Tu n'as vraiment pas à t'excuser pour ça. »

Le sourire fatigué que lui adressa Drago au travers du miroir le rassura un peu et Severus poursuivit du même ton doux et empreint d'inquiétudes sincères :

« Y a-t-il eu une évolution cette nuit ?

- Oui, je crois.

- Et comment va-t-il ?

- Aussi bien que possible compte tenu des circonstances. Il n'a pas encore repris conscience, mais, à certains moments, je le sens tout proche du réveil. Ca ne devrait plus trop tarder… Enfin, j'espère car je ne suis pas certain de pouvoir tenir encore très longtemps…

- Je sais. »

D'une habile pression sur sa taille, Severus fit retourner le corps de son calice pour lui faire face. Son regard gris l'envoûta au moins autant que la senteur délicatement parfumée de sa peau pâle qu'il ne put s'empêcher de parcourir de ses lèvres, mordillant plus franchement pour s'abreuver de son sang. Drago accepta de bonne grâce l'exigence de son vampire et s'abandonna complètement à son étreinte, fermant les yeux de plaisir et fatigue mêlés.

Il geignit faiblement quand Severus passa sa langue pour cicatriser la marque de leur lien. Les mains élégantes du maître des potions ébouriffaient avec tendresse ses cheveux et le regard sombre le dévisageait, partagé entre amour et désarroi de ne pouvoir atténuer sa charge.

« Ne t'inquiète donc pas tant, Sevy… Je vais bien. »

Le brun taciturne renifla ostensiblement :

« C'est tellement évident à te voir ainsi. Par Salazar, Drago ! Ca fait deux jours et tu n'as pas dû dormir plus de trois heures en tout et pour tout !

- Tu sais parfaitement que c'est au-dessus de ma volonté. Le calice en moi veut le soulager, ce n'est pourtant pas à toi que je vais l'apprendre, non ? »

Le vampire embrassa brièvement ses lèvres ourlées si sensuelles avant de riposter :

« Inutile de le prendre sur ce ton, maudit garnement. Je suis ton vampire et c'est également au-dessus de ma volonté de vouloir te protéger et t'épargner toute cette souffrance.

- Si je n'étais pas déjà fou de toi, je tomberai inévitablement amoureux après une telle déclaration, se moqua gentiment Drago.

- N'en rajoute pas, veux-tu ? »

Le joli blond lui répondit d'un sourire attendri et se haussa sur la pointe des pieds pour effleurer de sa bouche le visage sévère de son compagnon, gagnant inexorablement son lobe d'oreille qu'il s'amusa à suçoter. Avec le temps, il avait appris à connaître les désirs de Severus bien que ce dernier se montrât des plus énigmatiques et secrets en ce domaine et il n'eut aucun doute quant à la réussite de son entreprise alors que le maître des potions se laissait aller à ses envies, caressant son corps et agrippant ses cuisses pour le faire asseoir sur la vasque. D'un geste brusque, le maître des potions écarta les jambes de son calice pour se rapprocher encore plus de lui.

« Tu n'es certainement pas en état pour ce que tu me proposes alors arrête ça immédiatement, petit allumeur !

- C'est toi qui m'a rejoint dans cette salle de bain et qui m'a mordu. Je n'ai rien demandé.

- Tu sais que tu n'es pas crédible dans le rôle du calice innocent.

- Vraiment ?, minauda exagérément Drago dans un soupir.

- Oui, vraiment et de toute façon, je ne suis pas venu pour ça. »

Alerté par les propos du vampire, Drago se redressa aussitôt et demanda d'un ton alarmé :

« C'est papa ? Qu'est-ce qu'il a ?

- Non, il va plutôt bien si l'on considère qu'il ne peut boire son calice depuis l'attaque alors que leur lien était tout juste scellé. Je lui ai redonné de la potion sanguine et il arpente le grenier comme un lion en cage en attendant le réveil de son gryffondor.

- Alors quoi ?

- J'ai simplement pensé que la présence de Teddy pourrait peut-être sortir Harry de son état comateux en stimulant son instinct de protection.

- C'est risqué mais… Pourquoi pas ? Depuis cette nuit, j'ai senti à plusieurs reprises l'éveil de sa magie guérisseuse, elle devrait réagir spontanément à la présence du bébé. J'aurai dû y penser avant.

- Je t'en prie, tu as très bien agi en le coupant du reste de la maison le temps qu'il reprenne des forces. »

Drago ne put s'empêcher d'afficher une moue renfrognée, peu convaincu par les propos bienveillants du vampire.

« Cesse donc de bouder : tu creuses cette vilaine ride sur ton front et je suis certain que tu ne le souhaites pas…

- Tu me connais si bien, ironisa Drago.

- Mieux que toi-même… Allez, ne fais pas ta mauvaise tête et suis-moi. »

Le maître des potions se pencha et déposa une seconde ses lèvres sur la bouche de son insupportable blondinet avant de le tirer brusquement hors de la salle de bain.

Dès que le jeune serpentard aperçut le couffin déposé par son homme sur le fauteuil à côté de l'entrée de la chambre, il se dirigea vers lui et souleva avec précaution l'enfant profondément endormi. Sans perdre un instant, Drago alla jusqu'au lit où il avait veillé Harry et posa avec délicatesse le bébé sur la poitrine de l'autre calice. Presqu'aussitôt, il sentit l'aura magique du gryffondor s'agiter autour du nourrisson avant de se fondre doucement en Teddy.

« Il le protège alors qu'il n'est toujours pas éveillé ! », s'exclama avec stupéfaction Drago en se tournant vers Severus.

Le maître des potions leva les yeux au plafond dans un sourire :

« Comme si le fait qu'il ne fasse jamais rien comme tout le monde, pouvait réellement te surprendre.

- Parce que tu veux essayer de me faire croire maintenant que tu n'avais pas espéré son réveil immédiat grâce au petit.

- Je n'ai pas prétendu le contraire, soupira le vampire, et je te rappelle que c'était mon idée à la base. Je pense que tu devrais plutôt te concentrer sur eux. Il ne faut pas que la magie d'Harry déborde et ne perturbe celle de l'enfant.

- Oui, oui… », marmonna Drago.

Le blond s'approcha à nouveau du tableau attendrissant du nourrisson toujours paisiblement endormi, son visage de poupon angélique calé sur le torse du gryffondor. Il posa sa main droite sur le front brûlant de son ancien rival. Immédiatement, Drago se sentit transporté par l'aura magique du calice, enveloppé dans un monde silencieux, happé par cette brise calme, ce vent chaud et bienfaisant, ce souffle irréel, irrationnel qui le bouleversait jusqu'aux tréfonds de son âme. Il haleta et ôta brusquement sa main :

« Je… Par Merlin ! Je me doutais quand il m'avait aidé avec Stanley que son pouvoir de guérison serait exceptionnel… Mais là, ça dépasse l'entendement… C'est incroyable, Sev !

- A ce point ?

- Je crois qu'il ne faut pas laisser Teddy plus longtemps à son contact. Même s'il le protège, il pourrait altérer trop profondément la source de sa magie.

- Tu ne penses pas qu'on pourrait attendre encore une minute pour voir si Harry se réveille...

- Non. »

La voix de Lucius avait rompu le dialogue du couple et Drago se tourna pour observer son père dans l'encadrement de la porte de la chambre. Son teint d'habitude d'une blancheur parfaite semblait plus terreux. Son regard épuisé était focalisé sur son amant inconscient.

« Il ne doit pas rester plus longtemps. Ce serait prendre trop de risques pour le bébé, même si cela pourrait me ramener Harry plus vite. Il ne nous pardonnerait pas s'il lui arrivait quoi que ce soit. »

Le rappel à l'ordre de son père sortit Drago de sa contemplation et il se hâta aussitôt vers Teddy. Il souleva le petit bonhomme qui manifesta promptement son désaccord en s'époumonant comme un beau diable, gesticulant de toute la force de ses bras minuscules :

« Dis donc la marmaille, je n'ai pas dormi depuis deux jours alors si tu pouvais éviter de tester les limites de ma patience aujourd'hui... »

Loin de calmer la colère de Teddy, ses sanglots semblèrent doubler en intensité sous le regard de plus en plus affolé de Drago qui se sentait sincèrement à bout de forces. Severus se rapprocha aussitôt de son calice. Bien conscient du fait qu'il allait fortement contrarier l'instinct guérisseur de son compagnon, il se contenta d'asséner d'un ton volontairement apaisant :

« Je vais m'en charger, c'est plus raisonnable. »

Même si la moue renfrognée du blond traduisait clairement son agacement de ne pouvoir calmer le nourrisson, il savait aussi qu'il ne pouvait disperser sa magie, déjà trop affaiblie, entre Teddy et Harry. Dans un soupir résigné, il acquiesça aux propos de Severus et tandis que le couffin lévitait jusqu'à eux, il confia le bébé à son vampire qui reprit du même ton :

« Je vous laisse. Fais attention à toi. »

Touché par l'inquiétude qu'il devinait dans ses paroles, Drago encadra de ses mains le visage de son vampire, il embrassa brièvement sa bouche et répliqua dans un sourire :

« C'est valable pour toi aussi, n'est-ce pas ?

- Evidemment. »

Severus caressa juste une seconde les cheveux de son calice et après un discret hochement de tête à destination de Lucius, il s'éclipsa de la chambre avec l'enfant. Le silence qui régnait dans la pièce n'était troublé que par la respiration à peine perceptible du gryffondor. Après un temps, Drago se rapprocha de son père qui fixait d'un air hagard le lit où dormait Harry depuis le drame.

« Papa, chuchota le jeune homme, papa, tu m'entends… »

Comme s'il sortait d'une transe rêveuse, le vampire se tourna vers son fils.

« Tu me parlais…

- C'est difficile, n'est-ce pas ?

- Je… Je suis certain que je n'ai jamais ressenti une telle douleur de toute ma vie.

- Je comprends, papa. Quand Severus a été attaqué par Nagini dans la cabane hurlante, je souffrais atrocement et sentir que je pouvais le perdre définitivement était au-delà de ce que je pourrais te décrire. »

Le corps entier du vampire sembla se raidir à la simple idée qu'Harry aurait pu mourir et qu'il n'avait rien fait pour empêcher ce drame.

« Papa… Papa, tu sais que tu n'es en rien responsable. Tu ne pouvais pas prévoir ce qui s'est passé.

- Je me suis promis de le protéger. »

Se détachant de Drago, Lucius s'installa sur le lit et effleura de sa main droite le front brûlant de son calice. Il repoussa délicatement une mèche brune et se pencha pour embrasser les lèvres entrouvertes. Il caressa de sa langue la chair délicate au goût fruité et il chuchota tout contre la bouche du bel endormi :

« Tu es magnifique... Tellement magnifique… »

Drago se recula jusqu'à la porte, voulant laisser au couple le plus d'intimité possible. Pourtant, il ne pouvait détacher son regard, même un instant, de la scène qui se jouait devant lui.

Enfant, il avait toujours considéré son père comme un sorcier fort et puissant ; il était pour lui un repère inébranlable, indestructible : cette idée pouvait prêter à sourire tant elle paraissait empreinte de naïveté mais c'était bien ainsi qu'il le considérait et là, il découvrait derrière l'image parfaite, l'homme perdu, désemparé. Son cœur se serra violemment et il songea qu'après sa mère, il pourrait le perdre lui aussi si Harry ne revenait pas à lui dans un avenir proche. Il hoqueta douloureusement à cette seule pensée.

Lucius se retourna brusquement et fixa son fils dont le teint paraissait plus pâle :

« Drago… Drago, ça ne va pas… Qu'est-ce que tu as ?

- Il va se réveiller. »

Son ton était empli de certitude. Il ne chercha pas à savoir qui il espérait convaincre ainsi, son père ou lui, mais Lucius sembla lui en être reconnaissant et lui adressa un sourire doux.

« Tu crois que ton instinct tolèrerait de me laisser seul avec Harry ? Ne serait-ce qu'un petit moment ? »

Drago grimaça. Il était parvenu ce matin à s'éloigner du brun pour aller jusqu'à la salle de bain voisine, mais il savait qu'au-delà de ces quelques mètres, sa magie allait souffrir et réclamait qu'il revienne immédiatement auprès du gryffondor. Le regard tourmenté de son père le persuada malgré tout :

« Je ne peux pas te promettre de pouvoir rester loin de lui longtemps mais je vais essayer de rejoindre Sev. Je viendrais à la moindre alerte, d'accord ?

- Merci, Drago, merci infiniment pour tout ce que tu as fait pour lui. »

Alors que son fils quittait la pièce, Lucius reporta toute son attention vers Harry qu'il n'avait pratiquement pas revu depuis cette maudite attaque. Dire qu'une seconde avant ce drame, il lui avait fait l'amour si passionnément, juste avant que cette douleur absolue ne l'emporte dans l'inconscience. Avec précaution, le vampire s'allongea, calant son corps tout contre celui de son calice. Sa silhouette épousait harmonieusement celle du gryffondor. Il huma ainsi l'odeur de ses cheveux emmêlés. Comme mu par sa nature de calice, il sentit Harry se rapprocher au plus près de lui et, malgré la potion sanguine, Lucius ne put dompter la créature qui grondait en lui depuis deux jours.

Il repoussa le jeune homme contre l'oreiller. Tandis que ses mains partaient à l'aventure, au gré de ses caresses insensées et tentaient de le dévêtir pour accéder pleinement à sa peau blanche et parfaite, sa bouche s'amusait à déposer ça et là, de sa mâchoire à sa jugulaire, des baisers fiévreux, enflammés. Bien qu'il ne craigne d'affaiblir encore plus Harry, il savait instinctivement que le calice avait besoin de lui pour sortir de cet état et finalement, il mordit profondément sa chair, laissant le fluide salvateur envahir sa gorge. Sa force revenait au fur et à mesure qu'il se délectait de son sang comme d'un nectar divin.

Il ne s'interrompit pas quand il entendit un gémissement s'échapper des lèvres douces du gryffondor, tout au contraire, il accentua sa prise sur le corps gracile d'Harry, enfonçant ses crocs avec plus de ferveur dans la chair de son calice. La faible plainte se commua en un halètement sensuel tandis que la silhouette parfaite de son amant tentait de se fondre en lui dans une voluptueuse danse.

« Lus… »

Ce fut ce murmure, cet appel languissant qui le ramena à la réalité du moment. Il se redressa légèrement et reporta toute son attention sur les yeux d'émeraude. Harry le fixait, son regard embrouillé de larmes douloureuses.

« Oh… S'il te plaît, Lus, dis-moi... »

Lucius se réinstalla calmement sur le côté laissé libre du lit, s'adossant aux oreillers et soupira, cherchant ces mots :

« Harry…

- Je t'en supplie, dis-moi tout…

- Ils ont attaqué le ministère. »

Le gryffondor ferma un instant les yeux, inspirant fortement pour trouver la force d'affronter ce nouveau drame, puis, il se retourna vers le vampire pour lui faire face :

« Ils… Tu veux dire les renégats, n'est-ce pas ?

- Oui. »

Le silence sembla s'éterniser entre les deux hommes quand Harry se recroquevilla, son corps au plus près de celui de Lucius :

« Qui ?

- Harry, il faut d'abord que tu te reposes… On en discutera plus tard. Tu es réveillé, c'est la seule chose qui importe.

- Non, je veux savoir. C'est Kings' ?

- Non. »

Le soupir soulagé qu'expira fébrilement le garçon ne rassura en rien Lucius qui reprit dans un murmure :

« Il est même passé à plusieurs reprises ces deux derniers jours pour voir comment tu allais. »

Harry se redressa assez brusquement :

« Je suis resté inconscient si longtemps.

- Oui. »

Devant le regard éperdu du gryffondor, Lucius usa de sa force pour soulever le corps gracile et le plaquer contre le sien. Il poursuivit dans un souffle à peine audible :

« Si tu savais à quel point je t'aime, Harry et j'ai vraiment cru que je devenais fou de ne plus te sentir à mes côtés. »

Le brun cala son visage dans le creux de l'épaule du vampire alors que Lucius caressait la nuque du gryffondor dans une vague tentative de réconfort, comme il l'aurait fait avec un petit animal craintif :

« J'ai senti la souffrance des victimes de cette attaque au ministère, c'est ça ?

- Oui… J'ignore si tu t'en souviens, mais au cours du petit déjeuner ce matin-là, Drago t'avait expliqué que, contrairement à toi, il ne percevait absolument pas les appels extérieurs à la barrière de la propriété et je t'avais même suggéré de t'appuyer sur notre lien pour faire barrage à ce que je croyais être des pensées intempestives et sans intérêt.

- Je me rappelle.

- Oh mon ange… J'ai eu peur, peur comme jamais quand tu t'es évanoui, assailli par les appels désespérés des victimes du ministère. La magie guérisseuse de Drago a immédiatement perçu que quelque chose de terrible venait de t'arriver et il est aussitôt revenu en courant dans le salon, accompagné de Severus. Je ne comprenais pas ce qui se passait, je suis censé être ton vampire, te protéger au péril de ma vie et pourtant, je te tenais tout contre moi sans savoir quoi faire, quoi tenter…

- Lus…

- Non, Harry, je sais ce que tu veux dire mais tu ne me convaincras pas du contraire. J'ai failli gravement à mon devoir. Je n'aurai pas dû répondre à tes supplications et boire encore une fois ton sang alors que tu étais déjà très affaibli.

- Mais, je le voulais… »

Harry déposa un léger baiser sur la peau du sorcier alors que Lucius poursuivait sa caresse hypnotique le long de sa nuque.

« Tout allait si bien une minute avant, continua le plus âgé, je venais de te faire l'amour et tout d'un coup, plus rien, je ne pouvais plus ressentir ta magie. J'étais au bord de la folie. Severus m'a d'ailleurs forcé à boire de la potion sanguine pour calmer légèrement ma nature vampirique. Après, tout est assez flou pour moi, j'étais incapable de lutter tant la douleur de te perdre était vive. Je n'ose même pas imaginer ce qui serait advenu sans la présence d'esprit de Drago. C'est lui qui a suggéré que l'appel qui venait de t'atteindre venait probablement d'une personne dont tu étais très proche, compte tenu de l'intensité de ta réaction. Ils ont immédiatement pensé au terrier. Je n'étais pas en état d'aller jusque là-bas et tu avais désespérément besoin de la magie protectrice de Drago.

- Severus est donc allé au terrier, n'est-ce pas ?

- Oui… Quand il s'est aperçu que tout allait parfaitement bien chez les Wealsey et qu'ils n'étaient pas en danger, il est revenu aussitôt et nous avons sonné l'alarme auprès des membres de l'ordre.

- Kings' était là ?

- Oui, Arthur nous a aussi rejoints. C'est à ce moment là que Drago a commencé à entendre de plus en plus nettement les appels qui venaient de l'extérieur… »

Harry s'écarta légèrement pour plonger son regard émeraude dans les yeux du vampire, conscient qu'il approchait de la dure vérité :

« Mais tu as dit tout à l'heure qu'il… Qu'il ne percevait pas les appels extérieurs à la barrière de la propriété… Je ne comprends pas…

- Honnêtement, nous étions tout aussi perdu que tu peux l'être, d'autant que tu ne réagissais toujours pas à la magie de Drago. Kingsley, Arthur, Severus et moi avons tenté de rétablir un semblant de protection autour du domaine pour te préserver des appels extérieurs. Je doute cependant que cette nouvelle barrière ait été d'une réelle efficacité puisqu'aucun de nous ne pouvait prétendre procéder au cérémonial de lien du sang avec cette demeure.

- Et… Et Andromeda, hoqueta Harry, pourquoi ne pas lui avoir demandé de rétablir les protections ?

- Severus a été le premier à songer que nous ne l'avions pas revu… »

Pendant une seconde, le mouvement hypnotique des doigts sur sa nuque s'arrêta, faisant frissonner d'effroi Harry. Ses yeux s'embrouillaient de larmes, son cœur hurlant de douleur :

« C'est elle… Dis-le… C'est elle… C'est elle… »

Sans répondre à la litanie interrogative du calice, Lucius ramena tout contre lui le jeune homme. Les sanglots secouaient son corps de soubresauts alors qu'il ne cessait de murmurer les mêmes mots sans suite. Les mains du vampire passaient inlassablement dans les cheveux bruns de son calice, sans qu'aucun des deux ne prêtent attention au temps qui s'écoulait. A bout de forces, Harry se rendormit dans l'étreinte de Lucius qui attendit simplement son réveil prochain.

Deux heures plus tard, le brun s'éveilla en sursaut. Il haletait, retrouvant péniblement son souffle, ses yeux émeraude étaient cernés de noirs et tranchaient avec sa peau d'une pâleur d'albâtre. Il sentit simplement la main de Lucius dans son dos qui passait en de doux mouvements circulaires réconfortant et la voix profonde du vampire murmura contre ses tempes :

« Je sais que c'est difficile pour toi.

- Est-ce que tu penses qu'elle… Qu'elle a été prise pour cible par les Renégats car elle nous avait tous accueillis chez elle depuis notre évasion lors de ton procès ?

- Non, Harry. Elle était simplement au mauvais endroit au mauvais moment et je t'interdis de te sentir coupable de sa mort. Tu n'es en rien responsable de la folie furieuse des Renégats.

- Pourquoi ce que tu me dis sonne si faux, Lucius ? »

Les mains crispées derrière la nuque du vampire, Harry se haussa pour se trouver à hauteur du regard envoûtant de Lucius. Il fixa un long moment les yeux de l'autre sorcier et demanda finalement :

« Pourquoi me fermes-tu l'accès à ton esprit depuis mon réveil ? Pourquoi bloques-tu notre lien ?

- Tu devrais te reposer et je t'expliquerai tout demain.

- Tu mens encore. J'en suis sûr. »

Cette fois, les yeux émeraude semblaient briller de déception et de colère. Harry se dégagea assez violemment de l'étreinte du vampire et tenta de se relever. Cependant, il était épuisé, ses jambes encore trop frêles pour supporter un tel regain d'activité. Il vacilla aussitôt et se laissa retomber sur le lit. Le vampire ne bougea pas de peur de s'attirer encore plus l'ire de son calice qui se recroquevillait sur lui-même, le visage enfoui dans l'oreiller.

« Harry… »

Les sanglots secouaient de nouveau le corps du calice et Lucius s'en voulut car il venait de peiner son jeune amant en voulant le protéger. Pourquoi tout ce qu'il tentait depuis qu'il l'avait fait sien semblait devoir tourner au drame ? Il avait tant rêvé des jours qui suivraient leur première fois, espérant le combler de son amour et pourtant, il se tenait, là, à ses côtés, si gauche, n'osant ni le toucher, ni le laisser seul. Après de longues secondes à fixer la silhouette du jeune sorcier, il posa sa main sur l'épaule tremblotante et il soupira, résigné, vaincu :

« Je ne t'ai pas menti, mon ange, quoi que tu penses et je n'en ai même jamais eu l'intention. Je te connais mieux que tu ne peux l'imaginer et j'aurai beau argué mille raisons, tu vas t'estimer seul fautif de ce qui est arrivé à Andromeda. Je refuse simplement que tu souffres plus encore. »

Harry se tourna vers lui, le regard embué de larmes.

« Dis-moi, s'il te plaît…

- Nous n'avons eu d'abord que des bribes de renseignements la concernant. C'est Williamson qui nous a appris qu'elle faisait partie des premières victimes de l'attaque du ministère et ces indications se sont malheureusement avérées exactes. Kingsley n'a pu que confirmer ses dires grâce à quelques unes de ses influentes connaissances.

- Je ne comprends pas… Pourquoi était-elle partie au ministère ?

- En fait, cela te concerne, ainsi que Teddy. »

Interloqué, Harry essuya sommairement son visage, baigné de larmes et son regard se fit plus pressant :

« Elle était la tutrice légale de Teddy depuis la mort de Lupin et de sa fille et elle craignait visiblement qu'avec la guerre, ce petit bonhomme ne se retrouve complètement seul. Elle a donc voulu prendre certaines dispositions.

- Tu veux dire une sorte de testament ?

- Oui.

- Mais… Quel rapport avec moi ? »

Lucius passa délicatement sa main droite sur la joue de son calice, comme s'il espérait atténuer la douleur de la nouvelle en lui témoignant sa présence indéfectible :

« Je t'avais dit le jour de ton anniversaire qu'elle te considérait comme un membre à part entière de sa famille, comme son fils, j'ignorais seulement à quel point j'avais vu juste. Elle était au ministère pour faire de toi son légataire universel, si par malheur, il lui arrivait quoi que ce soit. Tu disposes désormais de cette propriété, tu es le seul gérant de la fortune des Tonks et surtout tu es le tuteur de Teddy jusqu'à sa majorité sorcière. »

Les yeux émeraude s'écarquillèrent violemment. Harry sentait sa gorge se serrer si désagréablement et il bredouilla faiblement :

« Elle est morte en faisant de moi son héritier et tu voudrais que je ne me sente pas responsable… »

A suivre…