Des fois, il lui hurle qu'il a un beau cul

C'est pas très sexy

Pas très distingué

Mais c'est vrai

Et il le fait

Juste pour le voir rougir

Et le dissimuler

Derrière un sourire

Pas très assuré

Et puis le jeu recommence

et puisqu'il faut jouer

Jusqu'au bout

Il mène la danse

Du bout des doigts

Pour voir si le géant va prendre l'appât

Et pour le faire courir

Même s'il sait bien que jamais

Le géant ne prend l'hameçon

Trop effrayé après tout

De se faire voir par les autres poissons

Et il sait que l'Ace traine avec lui

Beaucoup trop de poids

Trop sans doute pour que son corps de fourmi

Puisse tous les supporter

Et il sait qu'il s'engage

À aimer un homme

Qui ne cherche qu'à se cacher

Et il sait qu'il doit le laisser

Venir à lui doucement

Pour qu'il puisse panser ses blessures

Comme celles d'un enfant

Et il sait que le temps

Joue contre lui

Qu'il ne peut récupérer les balles

Envoyées par celui ci

Et sans doute finalement

S'il le laisse filer

Tout pourrait se finir

Avant d'avoir commencé

Alors il se contente

De quelques effleurements

Et quelques parades

Pour amadouer le géant

Et il se fait tornade

Pour l'amener au grand air

Pour le sortir de cette cave

Où le géant se terre

Et lui qui toujours

Est direct est emporté

Se fait doux et aimant

Pour tendrement l'apprivoiser

Et il peut voir les cicatrices

Qui dépassent de son maillot

Et il souhaite à jamais

Le protéger des ragots

Et de tout ce que font

Les gens ignorants

Qui ne savent le voir

Comme il le voit maintenant

Car des fois il entrevoit

Ô combien furtivement

Toutes les fractures qui courent

Le long du masque du géant

Et il a envie de les ouvrir

De les déchirer

De déchiqueter le masque

Puis de le reconstruire lui même

Et d'en faire un casque

Pour le protéger

De le fondre dans l'acier

Et d'y afficher son étendard

Fier et éclatant

Pour clamer sa victoire

Sur le cœur du géant

Et il veut sceller le masque

D'un baiser sur les lèvres

Comme une confirmation muette

De tout ce dont il rêve

Des abîmes où il s'est perdu

En voulant suivre un corbeau

Il est tombé sous le charme

D'un géant silencieux

Et il ne sait plus comment retourner à la lumière

Et il ne peut plus s'enfuir de ses bras

Et il s'est perdu

Au milieu de tous les fragments brisés

De son prince vacillant

Et il ne ne veut plus

Que recoller les morceaux

Les fixer avec son sang

Avec ses larmes

Avec sa sueur

Avec son âme

Avec son amour

Car la lumière après tout

Ne ferait que brûler leurs ailes