Résumé : Après l'attaque du ministère par les Renégats au bilan désastreux dont la mort d'Andromeda, chacun panse ses plaies… Harry prend progressivement possession de ses nouveaux pouvoirs liés à la magie des anciens et à son statut de calice, sous le regard bienveillant de son vampire. Maintenant, il est temps de voir comment nos héros vont faire face à la double menace des renégats et du ministère…

Pour info, ce chapitre va amener de nouveaux personnages… J'espère que ça vous plaira… Je vous souhaite une bonne lecture (merci de penser à des petits messages d'encouragement…) A bientôt, Lilywen.

La quête des temps nouveaux

Chapitre 34 : Jack et Lisbeth

« C'est ça, Harry… »

L'attention du gryffondor se reporta une seconde vers Severus qui le fixait avec approbation.

« Continue… Doucement... Plus doucement… Prends ton temps. »

Le maître des potions tournait avec précaution autour de lui, scrutant la moindre variation intempestive de sa magie. Il continuait à l'encourager, inlassablement :

« Ne brusque rien, Harry… Tu dois parvenir à diriger la magie des anciens à ta guise. Ne cherche surtout pas à la dominer ou pire, à la brider. Utilise-la, guide-la délicatement pour qu'elle se fonde totalement à la source de ton pouvoir. Exactement comme hier matin. Voilà, c'est mieux… Bien mieux. »

Le calice acquiesça aux commentaires élogieux du maître des potions puis il se concentra à nouveau sur la sphère bleutée au creux de sa main qui crépitait doucement, scintillant de mille éclats lumineux. Les sourcils froncés, Harry se sentit peu à peu grisé par la sensation électrique qui parcourait son corps. Il en oublia momentanément toute cette colère qui l'animait ces derniers temps, cette impression de bouillonnement furieux qui résonnait dans son esprit et il se laissa enivrer par la douce chaleur qu'émettait l'étincelante bulle de magie.

« Intéressant… »

L'arrivée inattendue de Lucius détourna inévitablement le brun de sa tâche et la matérialisation de sa magie explosa brusquement dans le grenier en une pluie d'éclats tranchants. Harry maugréa alors que les deux vampires invoquaient par réflexe un bouclier pour le protéger de la soudaine déflagration.

« J'y étais presque ! C'est de ta faute, tu… »

Le blond fit taire la diatribe du jeune homme en plantant un léger baiser sur ses lèvres et ignora sciemment le regard irascible que lui adressa Harry. Tandis que le gryffondor affichait une adorable moue renfrognée, ses bras ostensiblement croisés sur sa poitrine, le vampire enserra sa taille fine d'un geste un peu trop brusque et possessif.

« Il n'a pas complètement tort, tu sais. Comment veux-tu qu'il arrive à gérer toute cette nouvelle magie si tu interromps chacun de nos entraînements pour le tripoter ?, reprit le maître des potions avec sarcasme.

- Parce que tu crois avoir ton mot à dire à ce sujet, ironisa Lucius. Et pour ton information, sache que je ne venais pas pour vous interrompre mais pour vous faire part d'une communication que je viens d'avoir avec Kingsley.

- Kings' était là ? A l'instant… Pourquoi ne m'as-tu pas prévenu ?

- Dis-moi, comptes-tu me faire des reproches à chaque fois que je te parle de quelque chose aujourd'hui ?

- C'était une simple question. En plus, tu sais très bien qu'en dehors des communications par cheminette, je n'ai pas vu Kings' depuis… »

La voix du brun se noua quand il se rendit compte qu'il avait failli mentionner à la légère les funérailles d'Andromeda, lui qui avait délibérément évité ce sujet toujours trop douloureux depuis presque deux semaines. Lucius nota immédiatement la tension dans le corps de son calice. Il lança un discret regard en direction de son meilleur ami qui acquiesça et s'engouffra aussitôt dans l'escalier, les laissant seuls.

Après un long moment silencieux où il se contenta d'accentuer la pression de ses mains au bas des reins de son calice, Lucius se recula légèrement. Il soupira avant de reprendre d'un ton qu'il voulut le plus neutre possible :

« Tu ne devrais pas faire comme si cela ne t'affectait plus. Il est tout à fait normal que parler d'Andromeda soit encore très douloureux pour toi et enfouir tes sentiments de cette façon n'est certainement pas la bonne solution.

- Que veux-tu que je te dise que tu ne saches pas déjà…

- J'aimerais que tu admettes enfin devant moi que tu n'es pas responsable des agissements de Rodolphus Lestrange. Tu n'as pas à te sentir coupable de ce qui s'est passé lors des différentes attaques des Renégats.

- Mais bien sûr, c'est si évident, répliqua le brun avec sarcasme.

- Que faut-il que je fasse pour te convaincre que tu te trompes ?

- Tu sais, Lus, tu auras beau me répéter en boucle que je ne suis pas fautif, ça ne change en rien ce que j'ai fait ! J'ai abandonné cette foutue pierre dans la forêt interdite. Moi… Tu m'entends… Tu ne peux pas blâmer cet enfoiré de Lestrange pour ça. Non, c'est moi. Ce n'est la faute de personne d'autre.

- Tu n'es pas pour autant responsable de ses décisions insensées.

- C'est tellement facile. Tu sais aussi bien que moi les premiers résultats de l'enquête de Kings' ont largement confirmé l'hypothèse de Ron.

- Il y a de nombreuses personnes portées disparues. Williamson a simplement évoqué ce vieil homme parmi tant d'autres, réfuta Lucius.

- Et depuis, il n'a trouvé aucune trace d'Andrew Wikkes Parker qui, comme par hasard, est l'un des plus éminent sorcier anglais, spécialiste des reliques de la mort il travaillait au comité des sortilèges depuis deux ans d'après les listings qu'a vérifiés Williamson. C'est donc à cause de cette foutue relique que Lestrange a échafaudé son plan : il voulait cet homme entre tous et il a attaqué le ministère pour l'avoir. Andromeda est morte là-bas… Elle, comme toutes les autres victimes des Renégats… Tout ça… Tout est arrivé parce que j'ai abandonné cette maudite relique dans la forêt… Alors, excuse-moi si je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi sur ce point.

- Je ne sais pas si la fusion de la magie y est pour quelque chose, mais, ces derniers jours, tu es encore plus buté.

- C'est toi qui viens de remettre ça sur le tapis, pas moi ! Et en plus, tu n'as même pas daigné me prévenir que Kings' était là alors qu'il devait me tenir informer des derniers déroulements de leur enquête sur les Renégats.

- Oui, c'est exactement pour cette raison que je voulais d'abord m'entretenir avec lui car je craignais que tu ne m'écoutes pas et que tu n'en fasses qu'à ta tête s'il avait de nouvelles informations à leur sujet.

- Si tu voulais pour compagnon un gentil petit sorcier obéissant aux moindres de tes ordres, il fallait le préciser avant de me prendre pour calice, je ne suis pas certain que…

- Cette fois, ça suffit ! »

Joignant le geste à la parole, le vampire usa de sa force colossale pour soulever son calice et le pousser sans ménagement. Harry se retrouva plaqué par le corps massif de son amant sur le vieux canapé abandonné dans le grenier et avant même qu'il ne songe à s'opposer, il sentit les crocs déchirer la peau fine de son cou. C'était tellement puissant, tellement bon qu'un gémissement féroce s'échappa des lèvres du brun. Naturellement, il accompagna le mouvement du serpentard, se cambrant contre lui.

« En… Encore… »

Son cri s'était mué en supplique alors que le vampire buvait son sang comme le plus incroyable des nectars. Ils étaient nus, l'un contre l'autre, leurs habits magiquement disparus d'un informulé. Harry ne parvenait pas à déterminer si c'était de son fait ou de celui de Lucius. Lui probablement, sa magie associée à celle des anciens semblait déborder de tout son corps. Pourtant, il attendait bien plus que leurs corps se frôlant indécemment et Lucius comprit sa demande sans qu'il ne la formule car il devina un doigt inquisiteur qui taquinait son intimité. Sans doute, ce fut à cet instant qu'il réalisa que son amant était bel et bien un disciple de Serpentard car là où il espérait dureté et rapidité, l'autre se jouait de lui avec douceur et lenteur. Il gronda, mais, en vain car Lucius en avait visiblement décidé autrement.

Après ce qui parut une éternité à Harry, il le pénétra enfin. Il pensa que le vampire allait enfin se montrer magnanime et lui pardonner son emportement, qu'il allait le prendre avec force, exactement comme il le désirait pour faire taire cette fureur fiévreuse qui habitait son corps en cet instant. Il n'en fut rien. Il était si loin en lui mais plutôt que d'entamer un va-et-vient brusque et profond, Lucius s'arrêta et le fixa de ses yeux gris.

« Est-ce que tu vas me baiser, putain ? »

Le vampire n'approuvait pas car la lueur de rébellion était encore indéniablement présente dans sa façon de réclamer qu'il le satisfasse immédiatement mais lui aussi bouillonnait et il voulait plus que tout marquer son calice comme sien, le soumettre à sa seule volonté, à son seul désir. Il recula et revint en lui. Les yeux émeraude papillonnèrent alors qu'il accéléra encore son mouvement, s'appliquant à chaque poussée à percuter le centre du plaisir de son calice et dans le grenier de la demeure des Tonks, seuls les soupirs, les gémissements affolés d'Harry troublaient le silence des lieux :

« C'est… C'est bon… Si bon… Oh… Lus… »

Leur danse se faisait toujours plus passionnée, plus intense, plus chaotique tant ils avaient besoin l'un de l'autre à cet instant. Ce fut ensuite une chute vertigineuse pour Harry, il n'en pouvait plus et il se laissa happer par les ténèbres bienvenues.

Quand il se réveilla enfin, émergeant de cette torpeur salvatrice, il était assis, à califourchon sur les cuisses de Lucius qui s'était redressé et adossé au sofa miteux, il le retenait précautionneusement contre lui. Même s'il était épuisé, Harry se sentit bien dans cette position, protégé par le vampire, enfin apaisé. Il se contenta de murmurer, son souffle jouant contre la trachée de son amant :

« Je t'aime.

- Je sais. »

Les mains puissantes du vampire accentuèrent leur caresse délicate au bas de ses reins.

« Je suis fou de toi, vraiment… Je ne sais même pas pourquoi je t'ai dit ça tout à l'heure, je suis sincèrement désolé, soupira le brun.

- Je le sais également et je suis désolé moi aussi. »

Harry se redressa légèrement et fixa avec attention le visage marqué de Lucius : si les cheveux blonds du vampire tranchaient avec les couleurs affadies du vieux sofa et illuminaient son teint, il n'en demeurait pas moins que les traits de son visage semblaient plus pâles, ses yeux cernés par la fatigue.

« De quoi est-ce que tu parles ? Tu n'y es pour rien…

- Depuis quelques jours, ma partie vampirique ne supporte plus de te voir réagir à la moindre de mes remarques et je te mords à chaque fois pour obtenir ta soumission. »

Lucius savait que le terme déplairait au jeune sorcier et son regard vert si intense le foudroya une brève seconde, comme il s'y attendait. Il reprit donc d'un ton neutre pour calmer tout nouvel excès furieux du calice, il n'était de toute façon pas certain de pouvoir tolérer un autre emportement.

« Je te dis ce que ressent la créature en moi… Ce qui m'inquiète, c'est que quoi qu'il advienne, je sens au plus profond de moi qu'elle en est à espérer la prochaine altercation. J'ai l'impression que l'on est coincé tous les deux dans une sorte de spirale infernale.

- Je ne voulais pas dire ça tout à l'heure, tu dois me croire, je veux être ton calice. Je l'ai toujours voulu. C'est seulement… Je trouve insupportable d'être encore là, caché alors que d'autres commencent à s'organiser pour trouver les Renégats… De ne rien pouvoir faire contre eux, hormis m'entraîner, alors qu'ils ont tué Luna, Andromeda, toutes ces personnes au ministère… Ca me bouffe littéralement, tu sais… Je me revois, il y a un an, quand on se planquait dans la forêt de Dean à écouter cette putain de radio, à attendre d'avoir des nouvelles de ceux qu'on connaissait, à attendre le pire. J'ai peur que Kings' vienne un matin pour nous annoncer un autre drame…

- Je ne te le reproche pas, bien au contraire, c'est très compréhensible, mon ange et tu n'as pas à t'en excuser. »

Lucius flatta la joue d'Harry de son pouce et le fit ensuite tranquillement glisser jusqu'à la récente morsure qui marquait la peau fine de son cou. Il continua ainsi pendant de longues secondes, contemplant le visage parfait du brun, les cils délicats qui retombaient sur les pommettes rougies, cachant inévitablement ses yeux verts si profonds. Il se pencha ensuite pour l'embrasser. Il effleura d'abord tendrement ses lèvres, savourant leur goût délicatement fruité, il devina l'abandon progressif de son calice qui gémissait alors qu'il approfondissait leur baiser. D'intense, il se fit progressivement plus doux, presque évanescent et finalement, ils se séparèrent, front contre front.

« Nous voilà bien avancé. Je suis un vieux vampire susceptible qui ne supporte pas de voir ses décisions contestées par son calice et tu as bien le caractère atrocement épouvantable d'un parfait gryffondor qui n'en fait jamais qu'à sa tête. »

Harry avisa le regard attendri du vampire et il ne put s'empêcher de penser que son cœur pourrait exploser si son amant s'éloignait de lui en cet instant, même de quelques mètres. Il se laissa aller contre lui, ses doigts mêlés à la longue chevelure blonde, son souffle se perdant contre sa trachée. Après un moment où les deux hommes se contentèrent de sentir la présence de l'autre, réconfortante et indispensable, Lucius chuchota un sortilège qui les rhabilla tous deux et il murmura :

« Kingsley doit repasser avec certains membres de l'ordre dans un petit moment pour une réunion. Tu pourras lui poser toutes les questions que tu voudras une fois que tout le monde repartira. Je l'ai invité à manger ici ce soir. »

Il devina le sourire du calice contre sa peau.

« Par contre, tu ne feras rien d'inconsidéré… Du moins rien sans mon accord. Je suis vraiment sérieux, Harry.

- Je suis un gryffondor qui n'en fait jamais qu'à sa tête, tu l'as dit toi-même, répliqua le brun dans un sourire amusé auquel l'autre homme répondit aussitôt.

- Oh… Non, non, non, Monsieur Potter, vous n'allez certainement pas jouer à cela avec moi. »

Le vampire agrippa fermement les hanches du gryffondor et commença à le caresser au travers de son tee-shirt. Se frottant déjà avec indécence contre le corps de Lucius, Harry se tortillait comme un beau diable. Entraînant avec lui le plus âgé, il s'allongeait à nouveau sur le sofa miteux, son regard émeraude embrasé de désir quand un toussotement les interrompit brusquement.

« Salazar, vous n'arrêtez donc jamais. »

Lucius ne cacha nullement son exaspération de devoir cesser séance tenante son agréable découverte licencieuse du corps de son calice, d'autant plus lorsqu'il avisa le regard amusé de Drago. Il se redressa immédiatement et d'un ton qui ne cachait nullement son agacement, il demanda :

« Qu'est-ce que tu veux encore ?

- Oh, père… Voyons, pourquoi tant d'agressivité envers moi ? Ne suis-je donc plus votre si précieux héritier ?

- Je ne parviens même pas à dire lequel de vous deux me fatiguent le plus ces derniers temps…, soupira Lucius d'un air fataliste.

- Hé ! Si je te dérange, je peux aussi te laisser ! Tu pourras te reposer tout son soul ! »

Harry n'avait visiblement pas apprécié sa dernière remarque et Lucius dut alors faire appel à tout son sang froid pour ne pas sourire face à la moue furieuse du gryffondor. Comme si la sublime créature qui boudait tout contre lui, tout survivant qu'il soit, pouvait raisonnablement l'impressionner par cette expression coléreuse. C'eut été sans compter toutes ses années passées à côtoyer les pires sorciers, des mangemorts impitoyables, des êtres sans foi ni loi qui auraient tué père et mère pour quelques miettes d'attention du mage noir, et, même s'il reconnaissait volontiers que les sautes d'humeur de son calice commençaient à mettre sérieusement ses nerfs à rude épreuve, il n'en était pas moins amusé. Leur confrontation visuelle s'acheva sur un toussotement peu discret.

« Hmm… Vous me voyez sincèrement navré de cette interruption mais Severus a pensé que je devais vous prévenir de l'arrivée de Weasley et compagnie.

- Ils sont déjà là.

- Hélas, père, je crains de n'être que le triste messager de cette annonce.

- Quelle tragédienne, celui-là… », murmura Harry plus pour lui-même que pour les deux autres hommes.

Drago renifla ostensiblement, feignant d'être offusqué par le commentaire de son ancien ennemi d'enfance et releva son visage dans une expression outrée. Lucius préféra couper court :

« N'en rajoute pas, Harry… Et toi, tu peux rejoindre Severus. Nous descendons dans une seconde. »

Drago salua le couple d'une extravagante révérence, il tourna les talons et dévala les escaliers en criant à tue-tête :

« T'as raison, beau-papa et c'est pour ça que les gens m'adulent, m'encensent, me vénèrent, me… »

Le reste sembla se perdre dans les méandres des couloirs inférieurs. Après quelques secondes, Harry se dégagea de l'étreinte de son vampire, il s'éloigna seulement de quelques pas et soupira en étirant ses muscles endoloris :

« Je crois que je suis réellement épuisé. L'entraînement avec Severus était éreintant.

- L'entraînement avec Severus ? Vraiment… »

La voix de Lucius suintait d'ironie et Harry se retourna vers le vampire, rétorquant avec une incontestable mauvaise foi :

« Oui, l'entraînement. A moins, bien sûr que tu ais besoin que je te rassure une nouvelle fois sur tes performances.

- Non, ce ne sera pas vraiment nécessaire, je crois que tes gémissements, tes 'Oh, Lus… C'est si bon…' ont largement plaidé en ma faveur, chéri… »

Se doutant d'ores et déjà de la réaction du gryffondor à sa remarque railleuse, Lucius murmura un informulé qui réduisit au silence son calice et il poursuivit du même ton moqueur :

« Tu te souviens que j'avais commencé à te séduire, dans la cabane hurlante, en t'empêchant de vitupérer contre moi… »

Harry haussa machinalement des épaules, comme s'il ne se souvenait pas vraiment à quoi le vampire faisait allusion. Il se concentra une brève seconde, faisant scintiller sa magie pour faire céder le sortilège de Lucius.

« C'est très impressionnant. Severus a raison, tu gères de mieux en mieux ton pouvoir. »

Harry adressa un regard entre amusement et exaspération au vampire qui reprit aussitôt :

« Quoi ? Je dis juste que je suis fier de toi, mon ange.

- Oh, Lus… C'est si gentil… »

Le ton d'Harry, clairement effronté, fit sourire Lucius. Sans crier garde, le vampire attrapa le joli brun par la taille et le souleva, telle une princesse avant de se précipiter dans l'escalier qui menait aux étages inférieurs, faisant fi des hurlements outragés du jeune homme à son encontre. Ils étaient à quelques pas de l'entrée du salon quand l'ancien magenmort déposa au sol son précieux fardeau et lui vola un baiser. Leur complicité ne laissait guère de doute pour quiconque les observait à cet instant car Harry répondait avec empressement au désir du vampire, leur corps semblant destiné à se fondre l'un dans l'autre. Ils s'arrêtèrent à bout de souffle, front contre front et Lucius murmura, amusé :

« Tu n'es qu'un petit impertinent…

- Je sais. Mais, avoue que tu adores ça…

- Oh, vrai…

- Malefoy… 'Ry… »

Bien que désorienté face à la petite scène à laquelle il venait d'assister et gêné d'interrompre ce tête-à-tête, Ron s'avança vers eux et salua poliment les deux hommes. Son meilleur ami lui adressa un sourire timide, mais sincère, signe que depuis quelques jours, leur relation semblait s'être un peu apaisée, par contre, le regard glacial du vampire le laissa inconfortable. Il avait beau être un parfait gryffondor et fonçait trop souvent vers les ennuis sans réfléchir aux conséquences de ses actes, il avait parfaitement conscience du conflit latent qui l'opposait à Malefoy. Ce dernier lui reprochait encore ses prises de position concernant leur couple et ne semblait pas prêt à considérer que la page était tournée.

« Désolée de vous avoir interrompu. Je ne peux pas rester à la réunion…

- Nous en sommes consternés, railla le vampire.

- Lucius !

- C'est bon, 'Ry… Je voulais juste te prévenir avant que tu n'entres… Notre enquête concernant la Gazette des Sorciers a porté ses fruits. Williamson et moi avons espionné et filé deux jours durant toutes les allées et venues… Et disons qu'une de nos vieilles connaissances a fait une brève apparition, hier, en fin de journée.

- De qui parles-tu ?

- Sketeer. Rita Sketeer. Navré, Harry, c'est elle qui se cache sous ce pseudo… 'Terrie Skate'. Nous l'avons suivie dès sa sortie de la Gazette et elle s'est ensuite rendue jusqu'à l'allée des embrumes. On l'a perdu de vue mais après quelques minutes, on a vu passer cette saleté de crapaud rose.

- Ombrage était là ?

- Oui. La seule chose qu'on ne peut encore affirmer, c'est s'il s'agit simplement d'une alliance stratégique entre elles deux ou si notre chère ministre a utilisé l'imperium sur Sketeer pour qu'elle rédige ces monceaux d'absurdité.

- Les deux hypothèses sont effectivement recevables : Sketeer rêve depuis des décennies de devenir la plus grande journaliste du monde sorcier et pour le coup, elle se retrouve à la pointe des débats journalistiques avec ses récents articles, alors, elle pourrait très bien s'être entendue avec Ombrage pour mettre au point cette campagne de diffamation. Quant à la ministre, nous avons déjà la preuve qu'elle a tenté de manipuler des témoins clefs pour son propre intérêt, ne serait-ce que Griseck et Merlick qui ont subi le sortilège d'amnésie pour qu'ils ne puissent pas dévoiler au public l'emprisonnement à Azkaban de Rocade, alors qu'elle ait usée d'un impardonnable sur Sketeer pour parvenir à ses fins et casser ton image auprès de l'ensemble de la communauté sorcière, est loin d'être aberrant… »

Lucius fut interrompu par les gloussements du brun qui se tortillait contre lui :

« Quoi ? Qu'est-ce que tu as ?

- Tu es d'accord… Avec Ron ! Sérieusement ?

- Mettrais-tu en doute ma capacité à faire abstraction de mes sentiments pour reconnaître une idée pertinente, même venant de ton imbécile de meilleur ami ?

- L'imbécile vous remercie bien, Malefoy.

- De rien, c'est tout naturel, Weasley.

- Lus !

- C'est bon, 'Ry… Je serai bien resté plus longtemps avec toi, pour entendre à nouveau ton mec me complimenter, mais là, Hermione m'attend au terrier. Je l'ai enfin convaincue. On part deux jours en Australie pour retrouver ses parents, au moins pour qu'elle sache si tout va bien pour eux…

- Oh…, balbutia Harry, c'est… C'est une bonne idée. »

Le brun s'en voulut aussitôt, il avait été tellement centré sur sa relation avec Lucius et ses entraînements pour gérer sa nouvelle magie, qu'il en avait délaissé ses proches. Hermione avait tellement souffert de devoir effacer la mémoire de ses parents et il n'en avait jamais reparlé avec elle. Il ragea contre son égoïsme et eut une bouffée de reconnaissance pour Ron qui continuait à prendre soin de la jeune fille malgré tous les événements qui avaient marqué sa famille, en particulier la mort de Fred. Lucius se rapprocha de lui et il sentit sa présence se faire plus réconfortante, une douce chaleur irradiait de son amant.

Ron parut confus de voir le visage du brun étrangement pâlir. Quant au regard du vampire, il trahissait une inquiétude réelle, sincère, bien loin de l'animosité habituelle qu'il affichait à son encontre. La seule chose dont le rouquin fut convaincu, c'est de la nécessité de laisser son ami un peu tranquille. Il s'excusa, dans un balbutiement confus :

« Bon… Désolé, 'Ry… Je… Je vais y aller. On se revoit dans deux jours, d'accord… »

Le brun acquiesça machinalement et une seconde plus tard, Ron s'éclipsait, descendant vers le rez-de-chaussée de l'immense propriété. Dès qu'Harry comprit qu'ils étaient enfin seuls, il se câlina contre le vampire qui se laissa aller à ses instincts protecteurs.

« Je… Je n'ai pas senti sa douleur.

- Sans doute parce qu'elle a fait en sorte que tu ne t'en rendes pas compte. Elle t'aime sincèrement, elle ne voulait probablement pas t'inquiéter davantage car elle te savait déjà fragilisé par la mort d'Andromeda. »

Bien que les paroles du vampire se veuillent réconfortantes, elles n'apaisèrent pas réellement Harry. Il était un foutu calice… Alors à quoi bon s'entraîner ? A quoi bon tout ce pouvoir s'il ne parvenait pas à aider les personnes les plus importantes de sa vie ?

« Ne sois pas ridicule ! Tu n'en es qu'au balbutiement de tes pouvoirs et tu as déjà usé de tes capacités sur Teddy, sur Rocade, avec beaucoup de succès, d'ailleurs. Tu oublies aussi un peu vite à mon goût que ta magie a été dépassée par la rupture des barrières magiques sur la propriété. Bon sang… Tu as bien failli y rester ! »

Harry, contre toute attente, gloussa à la fin de la tirade du vampire qui, estomaqué, se contenta de marmonner simplement :

« Par Salazar, tu peux m'expliquer ce que tu as !

- Oh, rien… Et dire que tu disais tout à l'heure que j'avais un caractère atrocement épouvantable… Je crois que je peux largement te retourner le compliment.

- Insupportable gryffondor… », pesta le vampire plus pour lui-même que pour le brun dont le sourire ravageur s'était encore accentué.

Lucius le trouvait à croquer, au sens propre comme au figuré et Harry avait utilisé leur lien pour deviner ses envies car son regard se fit clairement plus aguicheur et provocateur.

« Arrête immédiatement ! Et avance donc, ils nous attendent depuis trop longtemps déjà. »

Quand bien même il soupira fortement pour signifier sa contrariété, Lucius fut assez sidéré de voir finalement le jeune homme obtempérer à son ordre. Il le suivit et pénétra à sa suite, dans le salon où étaient regroupés Bill, Georges et Arthur Weasley, Kingsley, Williamson ainsi que Drago et Severus. Stanley Rocade se tenait en retrait, près de la cheminée, comme s'il ne se sentait pas encore légitime auprès de ces hommes qui l'avaient sauvé d'une mort certaine, dans les enfers d'Azkaban. Lucius reporta finalement son attention vers son fils et devant son regard clairement amusé, il ne put s'empêcher de craindre le pire et il ne fut pas déçu :

« Hé bien, vous en avez mis du temps…, ricana Drago.

- Que veux-tu ? Ton père est insatiable. », rétorqua le brun, du même ton moqueur.

Si une part de lui était satisfaite de voir que les deux calices s'entendaient chaque jour davantage, il était pris de sueurs glacées à l'idée qu'Harry et Drago puissent s'allier à ses dépens. Il était certain qu'il ne pourrait pas lutter en même temps contre l'esprit machiavélique de son fils et le caractère si typiquement gryffondorien de son amant. Il fut presque soulagé quand son meilleur ami reprit vertement son calice d'une petite tape magique à l''arrière du crâne et il ne se gêna pas pour l'imiter sur Harry qui lui adressa un regard partagé entre amusement et stupéfaction.

Il s'installa sans y prêter plus attention sur l'un des fauteuils encore libre, et Harry prit place à ses côtés, s'asseyant sur l'accoudoir. Pendant de longues minutes, chacun rapporta l'avancée des recherches qu'il avait mené auprès de ses contacts, des revendeurs peu scrupuleux de l'allée des embrumes pour Georges, aux gobelins travaillant à Gringotts pour Bill, en passant par quelques vieilles connaissances du ministère pour Kingsley et Arthur. Jack Williamson rapporta fidèlement les propos de Ron concernant leur filature à la gazette des sorciers. Le constat semblait plus accablant à chaque seconde. Les Renégats participaient à une campagne de terreur sur la société sorcière, organisant des raids rapides, des attaques ciblées sur quelques familles de sang-mêlés, de sang-de-bourbe à leur domicile et loin de lutter contre eux, Ombrage et le ministère menaient une politique de propagande, dénigrant de plus en plus les anciens membres du Phénix, la Gazette s'acharnant tout particulièrement sur le survivant qu'on accusait ouvertement d'avoir rejoint le camp ennemi.

Quand les récits des différents participants touchèrent à leur fin, Harry sembla se tendre et bougea inconfortablement sur l'accoudoir.

« Et pour Andrew… Andrew Wikkes Parker, est-ce que vous avez pu obtenir davantage d'informations ? » questionna le brun.

Kingsley marmonna un « non » franchement agacé et Jack se racla la gorge avant de finalement répondre au garçon.

« Pour ma part, j'ai enfin pu contacter un de mes amis d'enfance, John Richards. Il est auror-analyste, il bosse dans une sorte de laboratoire scientifique avec une équipe réduite à quelques membres spécialisés. Cette unité a été détachée du bureau central des aurors au mois de juin. Ca vous dit peut-être quelque chose, Kings' ?

- Oui… Oui, je me souviens, j'avais trouvé l'idée assez intéressante et j'ai moi-même donné mon accord pour la création de cette structure parallèle quand j'occupais encore la fonction de ministre de la magie.

- Et John vous tient en très haute estime pour avoir permis la réalisation de ce projet.

- Je suis surpris qu'Ombrage n'ait pas déjà fait interrompre ce programme avant-gardiste.

- Effectivement, c'est assez surprenant la connaissant.

- Et en quoi consiste leur travail ?

- En fait, Harry, ils sont chargés de relever les éléments scientifiques sur les lieux d'un crime, autant te dire qu'ils n'ont pas vu la lueur du jour depuis l'attaque du ministère. Dans l'ensemble, les recherches ont avancé dans les départements de la justice et des sports. Ces lieux ont été moins touchés par le feudeymon et ils ont pu confirmer plus facilement l'identité magique des victimes. C'est par exemple le cas pour Madame Tonks… »

Harry grimaça à la mention d'Andromeda et il sentit la main de Lucius au bas de son dos, son attention resta cependant focalisée sur Jack Williamson qui continuait :

« Par contre, la situation est dramatique dans le département des mystères, surtout dans le comité des sortilèges d'où est parti l'attaque. De ce que m'a dit John, les enquêteurs n'ont pu identifier l'identité magique que de dix sorciers et encore très difficilement. La liste des portés disparus dans ce secteur est encore très longue et il faudra des semaines de recherche pour trouver des traces magiques de tous les sorciers qui manquent à l'appel… Toujours est-il que John m'a promis de me contacter immédiatement s'il y avait du nouveau concernant Andrew Wikkes Parker.

- Au moins grâce à vous, nous avons quelques informations valables provenant du ministère, asséna Lucius, et nous vous sommes tous extrêmement reconnaissants.

- Merci… Je… Je suis très fier de participer à l'ordre du Phénix à vos côtés et je… »

La sérénité coutumière qui émanait de l'auror semblait troublée. Il frottait ses mains, nerveusement et son regard fuyait Harry, puis revenait vers lui, inexorablement. Le brun sentit sa magie interagir instinctivement avec l'homme.

« Dites-moi ce qui vous préoccupe, je vous jure que je vous aiderai.

- Moi aussi, je peux vous apporter mon pouvoir, rétorqua Drago. »

Les autres n'osèrent rien ajouter, il était évident que les deux calices avaient perçu quelque chose qui leur échappait complètement.

« Parmi… Parmi les blessés les plus graves, il y a ma petite sœur… Elle était venue me retrouver au bureau le jour de l'attaque, j'ignorais tout de sa présence à Londres, encore plus au ministère. Elle suit des études de médicomagie en France et elle voulait apparemment nous faire une surprise, elle était revenue pour quelques jours de vacances. L'école nous a contactés hier, surpris de ne pas voir revenir Lisbeth comme prévu. Je… Ma femme et moi avons alors immédiatement pensé à l'attaque. Nous avons été jusqu'à Saint Mangouste cette nuit… Liz' n'a pas repris conscience depuis quinze jours, elle est brûlée… Gravement brûlée… Et… Je… Je sais que vous avez un pouvoir fort… Du fait que vous soyez calice et… Juste… Le médicomage que nous avons croisé nous a dit qu'il n'y avait plus aucun espoir… Aucun… »

Les deux calices semblaient focalisés sur la douleur contenue par l'auror qui se montrait si digne, si discret. Il les avait aidés à de nombreuses reprises et il était évident que rien ni personne ne les détournerait de la mission que leur dictait leur instinct. L'énergie magique qui flottait autour d'Harry scintillait si chaudement que tous le regardaient avec gravité :

« Amenez-là ici. Venez avec votre femme, elle aura besoin de votre présence auprès d'elle. Drago et moi allons tout faire pour la sauver. Stanley, préviens Kreattur. Fais préparer deux chambres au second étage : une pour Lisbeth et l'autre pour Jack et sa femme. »

Pour lui signifier son soutien et son amour absolu, Lucius se contenta de poser une main sur l'épaule de son calice dont le pouvoir éclatait enfin au grand jour…

A suivre...