Henry. C'est le premier mot qui lui passa par la tête après plusieurs minutes à rester figée, sans bouger, sans même respirer. Elle ne trouvait pas Crochet. Peut-être était-il parti au port. Peut-être était-il chez Granny. Peut-être … Mais elle savait bien qu'il n'était pas là. Elle l'avait vu mourir. Il était mort. Il ne reviendrait pas. Mais ne pas trouver Crochet ne signifiait pas que Regina n'était pas là non plus. Elle devait aider Henry à la chercher. Elle ne devait pas le laisser seule, au cas où … Non. Non, non et non : Regina était vivante. Il le fallait. Pour Henry.

Sans un regard pour ses parents qui ne savaient quoi dire, Emma sortit de l'appartement. Son téléphone en main, elle se dépêcha de taper le numéro de son fils tout en se dirigeant vers sa coccinelle jaune. Le trajet jusqu'au manoir des Mills parut durée plusieurs heures. Elle roulait plus vite que la limitation de vitesse ne l'autorisait, mais elle s'en fichait. Et puis, elle était le shérif. Personne n'allait lui dire de ralentir. Une fois arrivée, Emma activa le frein à main et sortit de la voiture sans même prendre les clés ou fermer la porte. Elle cria le prénom de son fils en courant vers la porte, mais elle n'entendit rien. Elle essaya d'ouvrir la porte mais, la trouvant fermée à clé, tenta de l'ouvrir de force avec son épaule. Elle donna un coup, deux coups, aussi fort qu'elle le pouvait sans se soucier du risque de se casser des hauts. Dans un dernier essai désespéré, elle donna un coup de pied sur la porte, sentant l'os de son talon et de sa cheville se casser. Mais la porte ne bougea pas d'un millimètre.

- HENRY !

La sauveuse fit le tour de la maison. La peur qui lui nouait le ventre et l'empêchait de respirer l'empêchait de ressentir la douleur, lui permettant de courir aussi vite qu'elle le pouvait. Elle vit la porte arrière ouverte, la fenêtre cassée. À cette vue, elle en oublia Regina, ne pensant plus qu'à la sécurité de son fils.

- HENRY ! cria-t-elle en entrant dans la maison.

Elle traversa le salon en courant, se retrouvant dans le hall d'entrée. Devant elle, sur le sol, se trouvait un couteau ensanglanté, une plume, et un bout de papier froissée.

Emma déglutit de force avant de se pencher pour ramasser le papier. Elle essaya d'éviter de poser ses doigts sur les taches de sang, sans grand succès. Sur le papier, en écriture scolaire, était écrite une seule phrase. « Regina apparu dans sa chambre, dans son manoir, guérit de sa blessure infligée par le Lumineux. » Henry. La blonde lâcha le papier et monta les escaliers, sautant autant de marche qu'elle le pouvait pour aller plus vite. Du coin de l'œil, elle apercevait des traces de sang sur la rambarde, sang seulement à moitié séché. À ce moment, elle paniqua. Elle s'apprêtait à entrer dans la chambre de Regina, surprise de voir que la porte était ouverte, quand un sanglot lui parvint de la chambre d'Henry. Elle fit demi-tour et entra : son cœur se brisa à la vue de son fils, assis par terre, son corps secoué de violents sanglots.

-Henry …

Entendant la voix de sa mère, le garçon releva la tête. Ses yeux étaient rouges sang, et ses joues étaient trempées de larme. Henry ne bougea pas pendant plusieurs secondes, puis leva les bras vers Emma. Comprenant ce qu'il voulait sans qu'il ait besoin d'ouvrir la bouche, la blonde s'accroupie au sol et le pris dans ses bras, le serrant fort contre elle, retenant ses propres larmes de couler.

Henry la serrait le plus fort possible lui aussi, s'agrippant à sa veste comme à une bouée. Ses larmes coulaient de plus belle sans même qu'il ne pense à essayer de les arrêter.

- Elle … Elle est morte … Elle est morte … J'ai … J'ai essayé mais …

Les sanglots se multiplièrent et l'empêchèrent de continuer. Emma se contenta de le serrer encore plus fort contre elle, quelques larmes glissant sur ses joues. Elle était morte. Ils étaient morts. Et rien ne pourrait les ramener.

- Je suis désolée Henry. Je suis désolée …

Et elle était. Plus encore, elle se sentait coupable. Elle était la sauveuse. Elle devait les sauver, c'était son devoir, son destin. Et les voilà qui avaient disparus, qui étaient partis. Elle ne les reverrait plus. Personne ne les reverrait jamais.

Pendant plusieurs minutes, ils restèrent assis par terre, pleurant l'un contre l'autre. Ils avaient tout perdus, et si ce n'était pas le cas, alors ils ne voyaient pas la différence. Elle avait perdu son véritable amour. Il avait perdu sa mère. Comment se remet-on de ça ? Comment peut-on faire face à de tels évènements ? Les seuls personne de leur connaissance qui avait fait face à de telles horreurs n'était maintenant plus que l'origine de leur propre peine.

Perdus dans ses pensées, Emma revint à la réalité en sentant un liquide s'étendre sur son t-shirt à travers sa veste. Cela aurait pu être des larmes, si ce liquide n'était pas chaud et collant. La blonde se sépara de son fils et, regardant ses mains, elle aperçut la grande entaille qui saignait sur sa paume. Il lui fallut moins d'une seconde pour comprendre ce qu'il avait fait. Il avait essayé de la ramener. Il avait pris son stylo, l'avait trempé dans son propre sang et, dans un geste désespéré, avait essayé de ramener sa mère. Si c'était possible, son cœur se brisa en mille morceaux de plus.

- Oh Henry … Viens avec moi.

Elle se leva et le mit debout. Lentement, elle l'entraina vers la salle de bain. Après avoir ouvert quelque placard, elle trouva des compresses et des bandages. Elle lui passa la main sous l'eau pour enlever le sang sécher, l'essuya avec quelques compresses puis finit par l'enrouler avec une bande.

Jetant un regard autour d'elle, Emma sentit l'envie de pleurer remonter à la surface. Tout ici lui rappelait Regina : le papier peint de couleur sombre, les produits rangés chacun à leur place, au millimètre près, ou encore l'odeur, tout simplement. Elle prit son fils par l'épaule et le fit sortir de la pièce, marchant juste derrière lui.

- Aller. Rentrons à la …

Les derniers mots se perdirent dans sa gorge alors qu'elle empêchait un sanglot de sortir. Elle ne savait même plus si elle pourrait les dire un jour. Si elle pourrait un jour encore ressentir cette sensation d'appartenance qui nous envahit quand la personne qui compte le plus pour nous nous prend dans ses bras.

- Rentrons.

Sans un mot de plus, ils descendirent tous les deux les escaliers, marchant lentement vers la voiture jaune qui, moteur toujours en marche, n'attendait plus qu'eux pour démarrer. Emma ne savait pas où aller, mais elle ne voulait – ne pouvait – pas rester ici.