Disclaimer : Tout l'univers de Bleach que vous reconnaîtrez aisément appartient à Tite Kubo. Je ne retire aucun profit de son utilisation si ce n'est le plaisir d'écrire et d'être lue.

Genre : Romance/Yaoi - un peu Angst

Rating : M

Résumé : On dit que le Zanpakuto incarne le moi profond de son manieur. Le côté que celui-ci garde caché dans les replis les plus inaccessibles de son âme. Mais que se passe-t-il lorsque ce côté échappe au contrôle du Shinigami ? Bonne lecture.

Note : L'histoire se déroule entre la bataille de Karakura et l'arc des "Fullbringer". Je ne tiens pas compte du HS "L'armée d'invasion". Par contre, je fais allusion au HS "La révolte des Zanpakuto". Bonne lecture.

"La forme et les capacités d'un Zanpakuto sont basées sur l'âme de son Shinigami. Une fois qu'un Shinigami apprend le nom de son sabre, ils sont alors capables de communiquer l'un avec l'autre et de devenir plus fort ensemble. Naitre avec son Shinigami et mourir avec son Shinigami. Ce sont les Zanpakuto." Texte d'ouverture des épisodes de l'arc "La révolte des Zanpakuto"


En sortant de l'auberge, Ikkaku et Yumichika étaient chacun accrochés à une épaule de Matsumoto qui était encore celle qui tenait le mieux debout. Renji suivait en marmonnant des paroles inintelligibles à propos de son Capitaine, Hisagi et Kira fermaient la marche en tentant d'aller à peu près droit. Après quelques minutes, ils réalisèrent qu'ils étaient seuls dans la rue. Les autres avaient dû trouver un endroit pour cuver. Tout à leurs pensées, ils n'avaient pas remarqué leur absence.

- Tu as parlé à un Capitaine, demanda Kira qui essayait de cacher le trouble qu'il ressentait et les images de son rêve ne lui facilitaient pas la tâche.

- A Komamura aujourd'hui.

- Et que t'a-t-il dit ? Enfin… Je veux dire… tu n'es pas obligé de me répondre, ça ne me regarde pas.

- Au contraire, ça te regarde… Tu es le seul avec qui je peux en parler. Il m'a dit d'accepter Kazeshini comme il est, d'arrêter de le combattre. Il est sensé être mon meilleur allié.

- C'est juste… Et comment vas-tu t'y prendre ?

- Je suppose que je vais avoir de nombreuses conversations avec lui. Il sait que je ne l'aime pas et il estime que je n'assume pas ce que je suis. Il va falloir que nous trouvions un compromis.

- Que veut-il dire par "tu n'assumes pas ce que tu es" ?

- Il est… ma part d'ombre, expliqua Hisagi en s'appuyant sur la barrière qui longeait la route qu'ils avaient emprunté.

- Au fond de toi, tu es… tu es comme ça ? hésita Kira, surpris. J'avoue que j'ai du mal à imaginer que tu puisses cacher une telle agressivité.

- C'est justement parce que je n'arrive plus à la contrôler qu'elle ressort dans mes combats et jusque dans… dans certaines de mes attitudes.

- Tu sais, ce n'est pas honteux. J'aime bien ton nouveau toi, sourit Izuru.

Hisagi lui rendit son sourire puis leva les yeux et regarda autour de lui.

- Mais où sommes-nous ?

- En pleine campagne, visiblement.

- On n'a pas fait attention, on a marché…

Soudain, un reiatsu puissant les entoura. D'instinct, ils portèrent la main à leurs Zanpakuto. Non loin d'eux, un Garganta s'ouvrit vomissant plusieurs Menos Grande.

- C'est pas vrai ! Encore ? s'écria Kira.

- Je m'en charge ! fit Hisagi en dégainant sa lame et en s'élançant vers les Hollow.

- Pas tout seul ! Pas cette fois !

Izuru bondit derrière son ami qui avait déjà engagé le combat. Sans la moindre hésitation cette fois-ci, il le vit libérer Kazeshini. Du coin de l'œil, il voyait Shuuhei virevolter au milieu des Hollow, leur infligeant des blessures graves mais pas mortelles. On aurait dit qu'il les gardait volontairement en vie pour prolonger l'affrontement. Kira était stupéfait. Ebloui serait plus juste. Il sentait l'osmose entre le Shinigami et son Zanpakuto. Depuis quand ces deux-là formaient-ils une équipe aussi exceptionnelle ? Les mouvements d'esquive d'Hisagi ressemblaient à une danse et ceux de Kazeshini semblaient s'y adapter sans la moindre difficulté. Ses mouvements étaient imprévisibles sauf pour son manieur. Leur rapidité et leur puissance s'accrurent, la force des coups augmenta. Kira avait sous les yeux, un animal à la sauvagerie effrayante. Mais c'était magnifique. A nouveau, il sentit cette bouffée d'excitation lui vriller les entrailles et lui broyer le cœur. Quand les renforts arrivèrent, ils en avaient déjà fini.

Lorsqu'Izuru rejoignit son ami, celui-ci était couvert de sang. Dans ses yeux, l'exaltation du combat flamboyait encore. Il le vit lever les bras et attraper d'une poigne d'acier les deux faux qui revenaient. Kira le regarda s'avancer vers lui, fasciné. D'un mouvement sec du poignet de son manieur, Kazeshini reprit sa forme de katana et sa place dans son fourreau. Le cœur du Lieutenant de la Troisième qui aurait dû ralentir, continuait à cogner furieusement dans sa poitrine. Il venait d'assister à un ballet à la fois brutal et gracieux, plein d'élégance et de férocité. Une incontrôlable bouffée de chaleur parcourut son corps et assécha sa bouche. Il était comme hypnotisé face à cet homme qu'il ne connaissait plus et qu'il ne souhaitait que découvrir.

Hisagi ne s'y trompa pas. La lueur qu'il voyait luire dans les yeux qui le dévisageaient lui rappela ce qu'avait dit Kazeshini à propos du combat et de l'émotion primale que cela provoquait. Et c'était ce que lui renvoyait le regard de Kira : ce désir primitif profondément enfoui dans la mémoire de chaque homme. Un sourire prédateur étira ses lèvres et il vit le frémissement d'Izuru. Mais pour l'instant, ils devaient rentrer au Seireitei et faire un rapport sur ce qui venait de se produire.

- On se retrouve chez toi, imposa Shuuhei, sachant qu'il n'essuierait pas de refus.

- Si tu veux, capitula celui-ci. Laisse-moi juste le temps de me changer.

Chacun gagna sa Capitainerie, et remplit quelques formulaires obligatoires à l'établissement d'un rapport correct. Kira sortait de la douche quand on toqua à sa porte.

- Entre, c'est ouvert !

- Oh… désolé, je pensais que tu avais fini, s'excusa Hisagi pour la forme sans se gêner pour détailler son ami qui n'avait qu'une serviette autour des reins et une autre sur la tête.

- C'est pas grave… Ça ne t'ennuie pas de nous préparer du thé pendant que je finis de m'habiller ?

- Pas du tout…

En sortant de sa chambre, Kira vit une tasse fumante qui l'attendait sur la table basse. Vêtu d'un yukata, il s'assit sur le canapé en face de son ami.

- Les attaques de Hollow sont toujours aussi fréquentes, fit Hisagi pour entamer une conversation banale.

- Tu as raison. J'aimerais ne plus être toujours sur le qui-vive. C'est nerveusement épuisant.

- Je sais, mais nous n'avons pas le choix…

- Tu me sembles résigné, Shuuhei. Où est passée ta combativité ? sourit Kira.

- Elle est toujours là, répliqua Hisagi en lui lançant un regard qui le fit frissonner. L'inconnu, tapi dans les recoins sombres de son âme, semblait sourire.

- Tu as eu l'air… plus à l'aise pendant ton combat. Kazeshini est revenu à de meilleurs sentiments ?

- Non… j'ai juste commencé à accepter… Et de toute évidence, c'est ce qu'il aurait fallu que je fasse dès le début plutôt que de me braquer.

- Donc… cet Hisagi que je ne connais pas, c'est le vrai ?

- Il semblerait… Il ne te plait pas ?

Kira sursauta à la question. Le regard qui l'accompagnait indiquait clairement qu'elle avait un double sens. Qu'était-il sensé répondre ? Oui, cet Hisagi me plait. Il me plait tellement que j'ai envie de lui sauter dessus. Etait-ce cela que lui soufflait l'expression de ce regard sombre et brillant ? Et provocant qui pesait sur lui ?

- Je le trouve intéressant… finit-il par répondre un buvant une gorgée de thé pour camoufler son léger malaise.

- Et c'est tout ? insista Shuuhei pour qui le doute n'était plus permis.

Il avait compris ce qu'éprouvait Kira et il n'allait pas se gêner pour le pousser à bout. Il sentait encore l'excitation du combat lui bruler les veines. Même s'il ne comprenait pas pourquoi, il acceptait d'être violemment attiré par son ami tout comme il acceptait désormais cette partie de sa personnalité qu'il avait toujours gardée enchainée. Il l'avait bien vu pendant cet affrontement. Son osmose avec Kazeshini avait plus étroite que jamais. Et d'une efficacité indéniable. Alors le fait qu'il ait des penchants homosexuels devait faire partie de ce qu'il avait enfoui et il lui fallait désormais faire avec.

Et puis, ce n'est pas comme si Kira était moche. Bien au contraire. Ses grands yeux bleus lui donnaient un air naïf, ce qu'il était loin d'être. Il avait une peau claire qui paraissait très douce. Pour un homme. Et sous le yukata, Hisagi devinait un corps élancé, souple, aux muscles déliés dont la finesse élégante n'était pas du tout représentative de leur force peu commune. Il se mordit la lèvre inférieure en sentant l'aiguillon du désir lui chatouiller le bas-ventre.

- Dis-donc, Shinigami, fit la voix sarcastique de Kazeshini dans son esprit, n'aurais-tu pas également des tendances masochistes ? Tu te frustres depuis des années en refoulant ta nature profonde et là que tu pourrais enfin être toi-même, tu temporises. Mais bon sang ! Saute-lui dessus ! Il en crève d'envie, tu vois pas ? s'écria le Zanpakuto, un rire dans la voix.

- As-tu déjà entendu parler de l'excitation de la chasse ? demanda Shuuhei de la même façon. Elle est similaire à celle du combat. Et le moment où la bête est à terre ou bien l'ennemi écrasé, est jouissif au possible.

- Et tu sais de quoi tu parles, hein ? Ça t'a excité de combattre ces Hollow, de les broyer sous ta puissance. Et le coup mortel ? Quand tu sens la vie quitter leur corps ? Aaah ! Quel pied !

Hisagi eut un sourire mental à l'adresse de son partenaire.

- C'est comme si j'avais un nouvel ami, poursuivit Kira sans se douter le moins du monde des pensées salaces qui couraient dans l'esprit de son compagnon.

- Je ne suis pas un inconnu, il n'y a pas grand-chose de changé en moi si ce n'est ma façon de combattre.

- Je suis certain que cette facette cachée est fascinante. Qui es-tu réellement, Shuuhei ?

Tout en parlant, Kira s'était avancé et avait posé ses coudes sur ses genoux, ses doigts entrecroisés. Le léger sourire qu'il arborait le rendait désirable au possible et Hisagi sentit le démon remuer en lui. Il lui rendit son sourire.

- Il ne tient qu'à toi de le découvrir, répondit-il en s'adossant au canapé.

Il ouvrit les bras pour les poser sur le dossier, écarta un peu les jambes comme pour dire "Allez viens ! Fais-toi plaisir !". Sa veste s'ouvrit légèrement sous le mouvement et laissa apparaitre le sillon entre les pectoraux ainsi que le haut des abdominaux. Il vit le regard d'Izuru se poser sur lui et sa gorge qui se contracta lorsqu'il voulut déglutir. Ses joues veloutées avaient pris une adorable couleur rosée et sa respiration s'était bloquée un instant dans sa poitrine.

- Depuis quelques temps, je songe à me faire faire un nouveau tatouage, reprit Hisagi.

- Ah ? Tu as choisi le motif ? répondit Kira, sautant sur l'occasion pour aborder un sujet plus neutre.

- Un dragon, c'est mon signe (1)

- Il y a un tatoueur renommé dans le Rukongai. Tu vas le faire où ?

- Tout autour de mon corps, avoua Shuuhei en se levant pour ôter sa veste et s'approcher de son compagnon.

- Il va te falloir du temps pour le faire, fit Izuru plus que troublé à la vue de ce corps à moitié dénudé.

- Je voudrais que la tête soit là, sur ma poitrine, ensuite, il partirait sur l'épaule, en diagonale sur le dos pour s'enrouler sur mon ventre et finir le long de ma cuisse.

Tout en parlant, Hisagi avait montré le parcours du tatouage en faisant glisser ses mains sur sa peau tout en épiant les réactions de sa proie.

- Ça va être… ça va être un truc énorme. Tu vas souffrir… Certains endroits sont plus sensibles que d'autres…

- Ah oui ? Lesquels, à ton avis ? le provoqua encore Shuuhei en s'approchant.

- Eh bien… les flancs… la hanche aussi… l'intérieur de la cuisse… en fait tu auras plus ou moins mal sur tout le tracé du tatouage. Mais pourquoi veux-tu faire ça ?

- Je ne sais pas… une envie… Tu n'as pas d'envie toi ?

Kira n'en pouvait plus. Il n'arrivait plus à aligner deux pensées cohérentes, ni à détacher ses yeux de ce corps. A chaque mouvement, il pouvait voir les muscles puissants rouler sous la peau dorée comme les dunes de sables se déplacent dans le désert sous l'action du vent. Et cette odeur, celle de cette peau justement, qui lui parvenait mêlée aux effluves de l'eau de toilette aux fragrances subtilement musquées. Un parfum suave, entêtant, envoutant même, pourrait-il dire. Et alors qu'Hisagi, satisfait de son petit effet, commençait à rajuster sa veste, Izuru se leva derrière lui et le stoppa. Il agrippa le col du vêtement pour ne pas qu'il lui dérobe la vue de ces épaules larges et puissantes où il posa son autre main.

La chaleur qui se dégageait le fit frissonner. Il fit glisser ses doigts lentement de droite à gauche, plusieurs fois. Puis comme le Keigogi retombait, il suivit la ligne de la colonne vertébrale de la nuque jusqu'au creux des reins. Il ne vit pas le sourire conquérant qui s'afficha sur le visage d'Hisagi et entendit encore moins le rire vainqueur de Kazeshini. Shuuhei respira profondément avant de se retourner enfin vers son compagnon qui leva les yeux vers lui.

- Je… je suis désolé… je ne sais pas ce qui m'a pris…

- Tu ne sais pas ? Vraiment ? rétorqua le Lieutenant de la Neuvième division en laissant son index vagabonder dans l'échancrure du yukata.

- Je ne comprends pas ce qui m'arrive… et tu es… on dirait que ce n'est pas toi…

- Si Kira… si, c'est bien moi…

Et sans lui laisser le temps de réagir, Hisagi, vif comme un chat, passa sa main derrière la nuque d'Izuru et prit sa bouche pour baiser sulfureux. Son autre bras s'enroula comme un serpent autour de la taille qui se cambra contre lui. Ce premier contact les plongea tous les deux dans une autre dimension faite de sensations charnelles intenses, brulantes, de flux colorés rouges et noirs parfois illuminés d'un violent éclair d'un blanc aveuglant. Shuuhei écarta brutalement le yukata et caressa des yeux et des mains le torse pâle. Kira laissa échapper un petit cri de surprise et inclina docilement la tête, offrant son cou aux baisers de son amant. A cette idée, un magnifique sourire éclaira son visage. Il avait redouté autant qu'attendu cet instant. Et maintenant, il allait en graver chaque seconde au fer rouge dans sa mémoire. Ce moment serait peut-être unique. Probablement, d'ailleurs. Mais qu'importe. Même si ses sentiments n'étaient pas partagés et qu'il allait horriblement en souffrir, au moins il aura été le plus heureux des hommes pendant quelques heures. Et puis de toute façon, il était trop tard. Il était bien incapable de repousser Hisagi. Il n'en avait ni la volonté, et encore moins l'envie.

Perdu dans ses pensées, ce n'est que lorsqu'il bascula sur le lit qu'il réalisa que Shuuhei l'avait lentement poussé jusque dans la chambre. Il l'avait enivré de baisers et de caresses jusqu'à lui faire oublier où il était. Hisagi le surplomba. Il glissa un doigt dans la ceinture de soie sur laquelle il tira avec une lenteur inique. Puis d'un geste brusque, il ouvrit totalement le vêtement sous lequel Kira était entièrement nu. Celui-ci eut un hoquet de surprise et posa ses mains sur les cuisses autour de ses hanches dans un geste illusoire pour garder encore une certaine distance entre eux. Une distance qu'il ne rêvait que de réduire. Hisagi fit glisser son regard sur le corps alangui. Il le trouva beau et savoir qu'il allait lui appartenir très bientôt lui cravacha les reins. Pourtant, il se figea un instant.

- Hisagi ? s'inquiéta Kira, redoutant plus que tout de le voir s'éloigner, comme s'il prenait conscience d'être en train de commettre une erreur.

- Kira… murmura Shuuhei. Je n'ai jamais été attiré par un homme… mais toi… toi tu me rends fou… Pourquoi ? Que m'as-tu fait pour que je te désire si fort ?

Voilà bien une chose à laquelle Izuru ne s'attendait pas. Celui qui était sur le point de devenir son amant, celui dont il était éperdument amoureux, n'avait jamais touché un autre homme. Rien dans sa façon de l'étreindre jusqu'à présent, de l'embrasser, de le caresser ne lui aurait fait soupçonner une chose pareille. Il avait logiquement pensé qu'Hisagi avait eu des partenaires femmes et hommes rencontrés dans les bars ou les tavernes du Rukongai. Après tout, il était assez séduisant pour ne pas avoir à payer un peu de chaleur humaine. Mais de là à imaginer qu'il n'avait connu que des femmes laissait le Lieutenant de la Troisième Division pantois. Il allait être le premier. Mais pour ça, il ne fallait surtout pas que Shuuhei fasse marche arrière. Kira prit une de ses mains et le tira vers lui. Hisagi retint sa chute avec l'autre bras. Leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

- Ce n'est pas le moment de te poser ce genre de question, souffla-t-il contre ses lèvres avant de l'embrasser passionnément.

- Je veux… juste… comprendre… soupira Shuuhei entre deux baisers.

- Je ne sais pas… Je n'ai rien fait pour te séduire… mais je ne vais certainement pas m'en plaindre…

- Pourquoi ?

- Parce que moi aussi j'ai envie de toi…

Ils recommencèrent à s'embrasser avec fièvre. Leurs langues se quittaient pour mieux se retrouver à une cadence effrénée. Kira dénoua le obi tout en faisant courir ses mains sur les flancs et le torse à sa portée. Hisagi devait prendre confiance en lui, mais ce n'était pas évident.

- J'ai peur d'être maladroit, entendit Izuru contre son oreille.

- Tu veux continuer ? Allez jusqu'au bout ?

- Pas toi ?

- Bien sûr que si, mais…

- Alors apprends-moi…, gronda le fauve sur son ventre. Montre-moi… guide-moi… je veux t'aimer… j'en crève de toi, Kira…

Il replongea sur la peau claire et laissa de nouvelles marques rouges. Son désir était violent, ses gestes erratiques. Kira devait le calmer, sinon cette première fois ne revêtirait pas le caractère inoubliable et unique qu'elle se devait d'avoir.

- Chut…, souffla-t-il tendrement en plongeant son regard dans celui d'Hisagi, complètement voilé de concupiscence.

Il l'attira à lui, dans ses bras, caressa son dos, ses cheveux. Il tentait de ne pas bouger pour ne pas attiser d'avantage le brasier qu'il savait bruler au bas de son ventre. Cela sembla fonctionner. Alors, il repoussa lentement son amant jusqu'à inverser leur position. Il déposa une pluie de petits baisers sur le visage, parfois au coin de ses lèvres entrouvertes d'où s'échappait un souffle saccadé.

- Kira… Qu'est-ce qui m'arrive ? ...

- Rien… Détends-toi… je m'occupe de tout…

- J'ai peur…

- Encore ? sourit Kira en passant ses phalanges sur le tatouage de la joue.

- De te décevoir…

- Idiot… Jamais tu ne me décevras…

- J'ai l'impression que ma tête va exploser…

- Tout ce que tu as refoulé se déverse en toi d'un seul coup… dans ton esprit et dans ton corps… Ce doit être d'une brutalité effrayante, mais je suis là… chut… je suis là…

Il comprit qu'il ne devait pas s'amuser trop longtemps. Hisagi avait largement dépassé le stade des préliminaires. Et s'il le laissait faire, Kira en souffrirait. Il fallait donc qu'il garde le contrôle. Il termina de le déshabiller assez vite sans que cela ne soit trop perceptible et se rallongea sur le corps désormais nu. Shuuhei eut un sursaut brutal à ce contact et le gémissement qui sortit de sa bouche se termina dans un râle d'agonie. Il enlaça Izuru avec une force incroyable pour le sentir encore plus contre lui. Mais son amant se dégagea pour aller tout droit vers son sexe. Il fallait qu'il se libère une première fois pour éclaircir son esprit. Et sans plus de manière, Kira le prit dans sa bouche.

C'est un cri, suivit d'une plainte presque douloureuse que Shuuhei laissa échapper lorsqu'il se sentit envelopper par cette chaleur humide. Il ne lui fallut que quelques minutes pour déverser son plaisir au fond de la gorge accueillante. Jamais il n'avait ressenti une telle tension, une telle urgence dans son corps, ni un tel plaisir. Ce n'est que de longues minutes plus tard, qu'il retrouva assez de lucidité pour réaliser ce qui venait de se passer.

- Kira ?

- Je suis là… fit la voix en provenance de la tête blonde qui reposait sur sa poitrine.

- Pardon…

- De quoi ?

- De… de ce que… ce que je viens faire…

- Tu veux dire d'avoir joui dans ma bouche ?

- Kira !

- Quoi ? sourit celui-ci en se redressant pour le regarder. Les mots te choquent ? C'est pourtant bien ce que tu viens de faire. Et tu sais quoi ? J'ai aimé ça… J'ai adoré… Et toi aussi !

- Je… je ne me reconnais pas…

- Et pourtant c'est bien toi… Tu sens ? Là, entre tes jambes… Quelques mots choisis et tu t'embrases à nouveau. J'aime cet Hisagi qui se laisse guider par son instinct. Je t'aime… tel que tu es…

- Je… Tu…

- A mon tour…

Tout en parlant, Kira s'était assis à califourchon et avait pris les mains de son amant pour les poser sur son torse. Il les avait guidés dans leurs caresses mais Shuuhei avait vite compris ce qui faisait frémir l'homme qui le chevauchait. Il ondula ses hanches sous les fesses rondes et musclées et, leurs deux virilités dans sa main, il les flatta avec délicatesse, découvrant la sensation étrange et très plaisante de toucher une autre verge que la sienne pour la première fois. Leur respiration s'accéléra et de son autre main, Hisagi agaçait délicieusement les tétons. Kira devint fébrile et plus bruyant. Il s'arracha à cet attouchement et l'enveloppa encore de ses lèvres. Après quelques minutes pendant lesquelles Shuuhei crut devenir fou, Izuru se plaça pour unir leurs corps.

Hisagi voulut protester, mais Kira le cloua sur le lit d'une main avec une force inattendue. Il avait le souffle court, son visage était parfois déformé par une grimace de douleur. Shuuhei ne le quittait pas des yeux, mais bientôt il se perdit lui aussi dans les méandres de ce plaisir démesuré dans son intensité qu'il ne connaissait pas et dont il n'avait jamais soupçonné qu'il puisse exister. Le frottement des chairs étroites le long de sa peau sensible était comme une brulure qui lui ravageait le cœur et l'âme. C'était plus que bon. C'était…

Kira s'immobilisa un instant. Il se redressa, bougea légèrement ses hanches et baissa les yeux vers son amant. Il lui sourit pour le rassurer car l'inquiétude qu'il lisait sur les traits de Shuuhei devait disparaitre impérativement. Il ne fallait surtout pas qu'il pense lui avoir fait mal. Mais le coup de reins fourbe qui le projeta en avant et auquel il ne s'attendait pas le fit sourire et lui confirma qu'Hisagi ne se serait pas d'une tendresse exemplaire. Il allait continuer à écouter ses envies et son instinct. Un second mouvement le fit gémir et le sourire malicieux sur le visage qu'il surplombait s'élargit. Et comme il y répondit, les mouvements reprirent. Mais Hisagi avait rapidement compris comment faire crier Kira. Il se retirait avec lenteur et revenait en lui d'un coup de hanches rapide et brusque. Et en même temps, il observait, comme hypnotisé, le visage de son amant qui passait par toutes sortes d'expressions. La surprise, le pli de plaisir intense qui, parfois, barrait son front, sa bouche ouverte sur un cri muet. Ses doigts caressèrent les lèvres d'où s'échappait un souffle chaud entrecoupé de plaintes lascives. Il eut envie de cette bouche, il voulait la goûter à nouveau alors il se redressa et passa son bras autour du corps souple pour le serrer contre lui. Il leva la tête et comme s'il avait compris, Kira se pencha pour l'embrasser, pour s'enivrer toujours plus de sa saveur.

Hisagi se sentit fondre et soudain, toute cette violence qu'il avait en lui depuis le début de leur étreinte sembla se diluer. Il n'aspirait plus qu'à une chose, rendre Izuru heureux. Il ne pensait plus qu'à lui. Il avait à nouveau l'esprit clair. Il bascula Kira sur le dos et le couvrit de son corps sans cesser ses va-et-vient qui devinrent plus sensuels, plus lascifs. Mais les mouvements de son amant étaient plus rapides. Soudain, il poussa un cri et se cramponna à ses épaules. Shuuhei crut qu'il lui avait fait mal et s'apprêtait à tout arrêter :

- Non… continue… comme ça… continue… gémit-il dans son cou.

Galvanisé par ses paroles, Hisagi obéit. Il s'appuya sur ses bras tandis que Kira, les mains sur ses hanches, lui faisait clairement comprendre qu'il voulait qu'il soit plus rude.

- Plus… plus vite… Shuuhei… oh oui… plus vite…

- Anh… c'est bon… comme ça…

Il faisait l'amour avec un homme pour la première fois, il n'avait aucun repère. Il fallait qu'Izuru le guide. Il ne voulait que son bonheur mais il avait besoin de savoir s'il faisait ce qu'il fallait pour ça.

- Ouiiiiii… t'arrête pas… encore…

Cette voix éraillée d'avoir trop gémi s'enroula autour de lui comme une liane et lui fouetta les sens. Il se redressa sur ses genoux et amplifia ses mouvements. Kira cria et sembla prit de frénésie. Il s'agrippait à ses cuisses, les tirait vers lui toujours plus fort. Leurs corps étaient en sueur. Hisagi fut englouti par la passion que déployait Kira dans ce corps à corps comme dans le tourbillon d'une tornade. Il était en train de perdre son contrôle, vaincu dans son âme et son cœur. Voir ainsi Izuru se donner à lui sans aucune arrière-pensée, avec le seul désir qu'il l'aime…

Aimer ? "Je t'aime… tel que tu es… "

Ces paroles… Avaient-elles réellement été prononcées ou bien les avait-il imaginés ? Non, il revoyait encore le visage près du sien, son regard planté comme un katana dans ses yeux et ses lèvres qui formaient ces mots et son oreille qui les entendait. Et son cœur qui les comprit, son âme qui les accepta. Et tout son être qui les réclamait, qui voulait s'en nourrir et s'en abreuver. Ces quelques paroles qui faisaient écho à ce que lui-même éprouvait avec une conscience si aigue que ça lui fit mal, que ça le terrifia.

Il ne voyait plus Kira avec les mêmes yeux. L'homme qui se tordait de plaisir dans ses bras avait des sentiments profonds pour lui. Depuis quand ressentait-il cela ? Avait-il toujours eu l'espoir qu'un jour, ils puissent être réciproques ? Avait-il douté ? Avait-il désespéré ? Si les choses avait été différentes, peut-être qu'Hisagi aurait rencontré une femme avec qui il aurait fondé une famille. Si les évènements ne l'avaient pas mis face à sa véritable nature, il en serait encore à considérer Kira comme son ami, rien de plus. Que serait-il advenu de lui, alors ? Se serait-il résigné à tourner la page pour continuer son chemin ? "Je t'aime… tel que tu es… " Et cet écho qui n'en finissait pas de se répercuter contre les parois de son âme…

- Moi aussi… murmura-t-il alors qu'Izuru criait son plaisir dans un dernier sursaut de son corps. Moi aussi, je t'aime…

Il gronda, chuchota, soupira cette phrase magnifique dans le cou humide de sueur. Il la répéta comme une litanie alors que la jouissance le fauchait avec une soudaineté et une violence qui tétanisa ses muscles. Cette phrase, qu'il s'entendait prononcer pour la première fois de sa vie, explosa dans son cœur. Sa gorge se serra douloureusement, sa poitrine lui fit mal. Il pleura. Il pleura de bonheur. Il eut à peine conscience des deux bras qui se refermèrent sur lui protecteurs et tendres. Il sanglotait ces mots. Et il comprit qu'ils étaient la réponse à bon nombre de questions.

Kira lui souleva tendrement la tête pour le regarder. Ces yeux pleins de larmes qu'il découvrit le firent sourire alors que Shuuhei se jetait sur ses lèvres pour les dévorer baisers fiévreux. Puis, ils finirent par s'endormir…


Ils arrivèrent en retard à leur Division le lendemain, et la journée leur parut bien longue. Ils n'eurent même pas le temps de parler au réveil. Juste se donnèrent-ils rendez-vous chez Hisagi le soir même.

Kira eut à peine le temps de refermer la porte qu'il fut capturé par deux bras puissants et une bouche gourmande dévora la sienne.

- Tu m'as manqué, entendit-il à son oreille qu'un souffle chaud effleura.

- Toi aussi tu m'as manqué, répondit-il de la même façon avant de s'asseoir.

- Tu veux boire quelque chose ?

- Non, merci. Viens là, dit-il en tapotant le canapé à côté de lui.

- Ce qui c'est passé…

- … était extraordinaire, termina Izuru avant de l'entendre débiter une liste interminable de clichés stéréotypés. On en avait envie tous les deux, c'est tout.

- C'est tout ? s'indigna Hisagi. Comment ça, c'est tout ? Kira je t'ai dit que je t'aimais. Je ne l'ai jamais dit à personne. Ce n'est pas quelque chose que l'on avoue comme ça au premier venu. Je t'aime et je sais que toi aussi tu m'aimes ! Tu me l'as dit !

- Je sais ce que j'ai dit. Oui, je t'aime. Depuis longtemps.

- Comment fais-tu pour rester si calme ? C'est quelque chose de merveilleux de rencontrer la personne qui nous complète parfaitement et toi, tu…

- Arrête ! s'écria Izuru, un sourire amusé aux lèvres et les deux mains levées devant lui. Tu es encore sous le choc de ce qui t'es arrivé. Tu ressembles à un barrage qui vient de craquer sous la pression de l'eau. Et je comprends, fit-il tendrement. Mais ce que nous éprouvons ne doit pas faire l'objet d'une révolution dans le Seireitei. On s'aime, oui, c'est vrai. Et notre vie va être bouleversée parce que… aimer c'est avant tout un équilibre que nous allons devoir trouver.

- Et le déséquilibre n'est pas bon, je sais. Et moi je suis encore… perturbé…

- Ça ne durera pas.

Les deux hommes se sourirent et s'embrassèrent. Après avoir pris une douche et diné, ils s'installèrent sur l'engawa(2) en sirotant une tasse de thé.

- Je n'ai pas été… trop… trop brutal ? se décida à demander timidement Hisagi.

- Pas du tout, le rassura Kira avec un petit rire. Si tu me fais l'amour de cette façon à chaque fois, alors je tomberai de plus en plus amoureux.

- Je craignais… de ne pas savoir…, poursuivit Shuuhei, le nez dans son thé.

- Eh bien… pour quelqu'un qui n'avait jamais fait l'amour à un homme, tu as été… C'était génial…

- Ne te crois pas obligé de me faire des compliments, grogna Shuuhei, gêné.

- Je ne fais rien de tel, je te dis juste la vérité. Tu n'es pas sans expérience et tu devrais savoir que j'ai éprouvé du plaisir. Que je sois un homme change juste quelques détails.

- Quelques détails ? T'en as d'bonnes, toi !

- Il faut être un peu plus délicat et prévenant au départ, mais après… les mouvements, les gestes sont sensiblement les mêmes.

- Et… c'est vraiment… Pour toi, c'est vraiment bien ?

- Il y a encore beaucoup de choses que tu dois découvrir, Shuuhei. Mais oui, pour moi, c'est vraiment bien. C'était même mieux que bien.

Le silence s'installa et Kira voyait bien que son amant voulait lui poser une autre question. Et il savait parfaitement laquelle. Il sourit, se disant qu'il fallait qu'il assume sa curiosité. Mais après quelques minutes, Shuuhei ne disait toujours rien.

- Tu veux savoir ce que j'ai ressenti ? murmura Kira en s'approchant à quatre pattes comme un chat, une lueur de luxure dans les yeux. Tu veux savoir… ce que ça fait… de m'avoir… en toi ?

- Hein ? Euh… je…

- Je ferai en sorte que tu en meurs d'envie…, murmura Izuru à deux centimètres de sa bouche. Tu me voudras, tu me supplieras de te prendre…

- Kira… Attends… Attention ma tasse !

La tasse tomba au sol, le thé coula sur le bois et plus tard, dans la nuit, Shuuhei grimaça d'inconfort, cria de plaisir, pleura de bonheur…

Fin.

J'espère que ça vous a plu.


(1) Hisagi est né un 14 août, mais on ignore de quelle année. J'ai choisi celle du Dragon, ce qui pourrait tout à fait être le cas. Et puis ça m'arrangeait. ^^

(2) Un engawa, Engawa est une bande de sol suspendue généralement en bois et abritée, se trouvant juste devant les fenêtres ou les portes des pièces dans les maisons traditionnelles japonaises. Source Wikipédia.[