CHAPITRE 26
POV CASTLE
Kate était au-dessus de moi, et attendait certainement un geste ou une parole de ma part. Je n'arrivais plus à bouger, ni à parler. Que lui dire, lui avouer ma lâcheté où lui parler de mon ressenti sur ses crises de panique, ce qui finirait que la blesser, j'en étais certain. Au bout de quelques minutes à nous jauger, je l'entendis :
- Tu… Tu as raison, murmura-t-elle en reposant sa tête sur mon torse mais en desserrant son étreinte
- Raison? dis-je difficilement
- Je suis fatiguée… je devrais dormir un peu.
- Kate, tentais-je
- C'est bon Rick, me coupa-t-elle
Je l'avais blessée en refusant de lui parler, en refusant de me confier à elle. Kate l'avait fait avec moi, elle s'était ouverte en me confessant son calvaire et moi… je refusais. Je comprenais sa réaction, elle était tout à fait légitime. Ce matin même, on avait discuté de ses plus grandes peurs, elle était gênée mais avait fait part d'une grande maitrise d'elle-même pour me raconter les atrocités que lui avait fait subir Abbott.
POV BECKETT
Fermant les yeux, j'essayais de contenir les larmes qui commençaient à monter. J'étais à fleur de peau avec l'enquête, la fatigue, ce caveau, mais son refus m'avait fait mal. Malgré tout, j'arrivais à le comprendre, il m'avait fallu beaucoup de temps pour me confier… je me devais d'être patiente avec lui… comme lui l'avait été avec moi.
- Tu m'as posé deux questions, me fit-il au bout de quelques minutes d'une voix hésitante
- Castle, c'est bon, tu n'es pas obligé, dis-je la voix éreintée et lasse
- Je sais… mais… Kate, je ne sais pas quoi te dire, m'avoua-t-il
Relevant la tête à sa confession, je vis son visage baigné de larmes.
- Rick, je sais que l'exercice n'est pas simple, avouais-je pour le réconforter
- Qu'adviendrait-il si tu n'aimais pas ce que tu entendais ? Si je te décevais ?
- Me décevoir? Repris-je étonnée. Castle rien de ce que tu as fait ne pourrait altérer la vision que j'ai de toi. J'ai vécu cet enfer aussi.
- D'accord, souffla-t-il. Par quoi je commence?
- Dis-moi ce que tu souhaites, Babe, chuchotais-je en lui caressant la joue
- J'ai cru que j'allais mourir… j'ai cru ne plus revoir ma fille… Kate, je… je voulais juste que cette douleur cesse.
- Je sais
- Tu ne comprends pas, je voulais… qu'il abrège mes souffrances, je voulais mourir. Et quand, j'ai fait mon arrêt… je ne sais pas, hésita-t-il
- Castle, …
- Je t'ai vu, me coupa-t-il en sanglotant. J'ai vu ton visage, je nous ai vus…
Il ferma les yeux et m'avoua d'une voix à peine audible :
- Ça m'a suffi, tu me regardais et j'ai lâché prise. J'ai été lâche, je n'ai… pensé… qu'à moi et à ma douleur, je …
- Rick, tu as reçu plus de décharges que moi, tu n'as pas été faible, juste humain. Moi aussi, j'ai voulu que tout s'arrête.
- J'aurais dû…
- Castle, tu as survécu à des décharges électriques, à un arrêt cardiaque, à un coma et à une rééducation sans lésions… tu n'es pas faible mon cœur… tu es tout le contraire, affirmais-je alors qu'il gardait les yeux fermés
- ….
- Rick, ouvre les yeux, le priais-je
Son regard rentra en contact avec le mien pour démarrer une de nos conversations silencieuses. Je me penchais pour lui déposer un baiser en lui murmurant :
- Merci
- Pour? dit-il entre mes lèvres
- De t'être battu, d'avoir survécu et de t'être confié
POV JORDAN
- Non mais ce n'est pas vrai ! M'exclamais-je devant le poste de télévision du commissariat, trouvez-moi d'où vient cette vidéo, je veux un mandat de perquisition pour CNN et de suite !
Devant moi, défilait une vidéo où nous pouvions voir apparaître Castle et Beckett en voiture endormis, puis dans la capsule. En fond sonore, on entendait la voix brouillée du fossoyeur déclarer :
« Je détiens actuellement le romancier Richard Castle et sa muse, le lieutenant Katherine Beckett. »
- Pourquoi cette vidéo ? Et pourquoi ne demande-t-il pas de rançon? S'agaçait Gates derrière moi
- Il change son jeu, déclarais-je, il veut nous montrer qu'il est plus fort que nous. Il veut s'affirmer.
- Que fait-on, on les déterre? demandait Lanie inquiète
- Laissez-moi appeler les lieutenants Esposito et Ryan avant, proclamais-je en prenant mon cellulaire
- Bonjour, me fit une voix brouillée au bout du fil
- Esposito? Demandais-je anxieuse
- Ici le fossoyeur, vos amis ont eu comme une envie de faire un petit somme, m'informa-t-il
- Bonjour Ben, répondis-je pour le déstabiliser et pour que Gates comprenne mon appel à l'aide
- Mon dieu, murmura Lanie
- Agent Shaw, votre réputation est-elle vraiment à la hauteur ?
- Le jeu est terminé, Cameron, nous savons qui vous êtes.
- Et alors ? Rit-il, vous pensez que j'ai peur d'être arrêté? Détrompez-vous…
- Où sont les lieutenants Esposito et Ryan ? Demandais-je posément pendant que je voyais Tory retracer mon appel.
- Sous terre, souffla-t-il, on va jouer à un autre jeu … prête ?
- Ceci n'est pas un jeu Ben, il ...
- Chut, appréciez mon voyage
- Pourquoi faites-vous cela ? Demandais-je pour gagner du temps
- Qui allez-vous sauver ? Voici mon nouveau jeu…, susurra-t-il avant de raccrocher
- Tory ! M'exclamais-je avec l'espoir qu'elle l'ait localisé.
- Je ne comprends pas, dit-elle, d'après mes données, il se trouve dans l'enceinte même du commissariat.
- Fouillez-moi tout l'immeuble, cria Victoria Gates
- Que vous a-t-il dit ? demanda Hunt
- Comment a-t-il fait pour les kidnapper ! Criais-je excédée
- Jordan, que vous a-t-il dit ? demanda cette fois Lanie
- Qu'il voulait jouer à un nouveau jeu, on doit choisir qui on sauve, Castle et Beckett ou Esposito et Ryan.
- Mais ça n'a aucun sens ! Déterrons le lieutenant Beckett et Monsieur Castle, ordonna Gates, et retournez à l'appartement de Ben Cameron pour trouver des indices nous permettant de retrouver mes deux lieutenants, dit-elle excédée à mon attention et celle de Hunt.
- Agent Shaw ? me fit un officier derrière moi
- Quoi ! Criais-je excédée en me retournant pour le voir me faire un signe de tête en direction des ascenseurs.
- On me cherche ? Me sourit fièrement Ben Cameron devant les ascenseurs.
Il n'avait pas fini sa phrase, qu'une dizaine d'officiers le maintenait par la force. Il releva la tête pour encrer son regard froid et arrogant avec le mien. Il me jaugeait, me défiait de les sauver, et là je pris conscience que tout ce que nous avions comme certitude était certainement fausse.
POV CASTLE
Il était huit heures du matin, cela faisait maintenant 6 heures que nous étions détenus. Kate ne parlait pas, je pouvais sentir son angoisse monter au fur et à mesure des minutes. Moi, je n'arrivais pas à comprendre pourquoi « déterrons Caskett » prenait autant de temps. Caressant son dos pour tenter la rassurer, elle me dit :
- Je suis désolée
- Pourquoi?
- Si on est là c'est par ma faute, si je n'avais pas repris le boulot aussi vite ou si je…
- Avec des « si » on refait le monde, la coupais-je, je suis aussi fautif que toi. J'aurais pu refuser cette mission, déclarais-je
- C'est trop long Rick, souffla-t-elle
- On avait dit 4 ou 5 heures pour la demande de rançon, je suis certain que l'équipe s'affaire dans les bois à la recherche de notre signal. N'oublies pas que ces bois font 35 km et que le signal n'émet qu'à 1 km.
- Tu es bien confiant, dit-elle tristement
- Ne t'inquiète pas, il s'agit Esposito et Ryan, ils ont toujours été là au bon moment. Jordan aussi, ajoutais-je
- Ok, attendons, acquiesça-t-elle anxieuse
- Attendons, répétais-je pour essayer de calmer ma peur en serrant le corps de Kate contre le mien.
POV ESPOSITO
Je me réveillais complètement dans le flou le plus total. Plongé dans le noir, je sentis un corps à mes côtés. Je ne me souvenais de rien. Le dernier de mes souvenirs était qu'on était en planque sous l'appartement de Ben Cameron avec Ryan. Kévin? Ce devait surement être lui près de moi. Tâtonnant mes environs tout en l'appelant pour qu'il se réveille, je pris conscience d'où nous étions : une capsule.
- Kévin ! Criais-je en le poussant afin qu'il se réveille
- Hum
- Allez mon pote, réveille-toi
- Javier ? demanda-t-il d'une voix pâteuse
- Tu vas bien mec ? Demandais-je tout de même inquiet
- Où sommes-nous?
- Je…
- Javier?
- Sous terre, on est sous terre mon frère, l'informais-je en déglutissant.
POV JORDAN
Ben Cameron se trouvait en face de moi derrière la vitre sans teint. Il était assis avec toujours le même sourire narquois sur le visage. J'avais déployé plusieurs équipes pour aller déterrer Castle et Beckett, mais un sentiment de peur me faisait craindre le pire. Il nous avait complètement bernés. Lanie arriva à ma hauteur et me fit :
- Jordan, il faut les retrouver
- Esposito et Ryan doivent avoir 48 heures devant eux, l'informais-je
- Castle et Beckett n'ont plus que 41 heures, termina Hunt
- Agent Hunt, prenez une équipe et allez perquisitionner son domicile ainsi que la rue. Il y a peut-être des caméras de surveillance. Trouvez-moi une piste pour l'enlèvement des lieutenants Esposito et Ryan, lui ordonnais-je pour qu'il me laisse seule avec Lanie
Je savais pertinemment qu'il ne trouverait rien. Ben Cameron avait été beaucoup trop méticuleux pour avoir laissé échapper de tels indices. Au moment où il sortit, Lanie me souffla tristement :
- Vous croyez qu'elle pourrait aller au bout ?
- Je ne sais pas, mentis-je pour la rassurer
Je connaissais Kate depuis maintenant 4 ans et plus intimement depuis deux ans. Je savais très bien de quoi elle était capable pour sauver la vie de Castle. Et je n'avais aucun doute sur ces prochaines intentions. Il nous fallait les retrouver avant les prochaines 29 heures.
- J'aurais dû insister, j'aurais dû en parler à Castle, dit-elle en pleurs
- On va les retrouver
- Il va nous demander de choisir entre eux. Comment choisir ? Vous pensez qu'ils sont blessés ?
- Lanie, je vais aller l'interroger, en attendant tu devrais appeler la fille et la mère de Castle avant qu'elles ne soient au courant en regardant la télé.
- Agent Shaw? me fit Gates en ouvrant la porte
- Oui?
- De nouvelles photos défilent sur CNN, m'informa-t-elle
Rejoignant la brigade sous le poste de télévision, on y découvrait cette fois Esposito et Ryan endormis dans la capsule avec en fond sonore :
« New-York qui choisissez-vous de sauver ? Le riche romancier et sa muse ou ses deux lieutenants de police ? »
- Que quelqu'un perquisitionne les bureaux de CNN ! criait Gates
POV BECKETT
- Action ou vérité ? me dit Castle certainement pour me faire penser à autre chose
- Vérité, soufflais-je
- Quand on était dans ce frigo, tous les deux, commençait-il, tu as voulu me dire quelque chose mais tu t'es évanoui. Que voulais-tu me dire ?
« Je me souvenais parfaitement de ce moment. Fermant les yeux, je replongeais dans mes souvenirs. Blottis l'un contre l'autre totalement gelés, Castle m'avait dit en grelottant :
- Je suis vraiment désolé
- De quoi?
- De… et bien… d'être moi
- Oh
- D'être incontrôlable et de vous avoir entraîné là-dedans, si on n'était pas venu seuls… on aurait…
- Chut, Castle… d'accord chut. Vous aviez raison
- Oui
- On a trouvé la bombe, on est juste arrivé trop tard, c'est tout, avais-je soufflé désemparée par la situation
On allait mourir de froid. Je n'arrivais plus à sentir mes bras, mes jambes. Me retournant difficilement pour me caler plus contre lui, je lui avais avoué :
- Castle
- Oui?
- Merci, avais-je répondu en effleurant ses lèvres, merci d'être là
- Always
- Je veux que vous sachiez à quel point, je … avais-je murmuré avant de m'évanouir »
- Alors? reprit-il en attentant ma réponse
- J'allais te dire, je veux que vous sachiez à quel point je tiens à vous, répondis-je
- Oh, d'accord, souffla-t-il déçu
- Quoi? Demandais-je en relevant la tête
- J'avais espéré « un je t'aime », dit-il penaud
- C'est tout comme, rétorquais-je
- Oh non, tu vois, si je te dis : Tu es une femme extraordinaire Kate Beckett et je tiens énormément à toi ce n'est pas pareil, que tu es une femme extraordinaire Kate Beckett et je t'aime, dit-il en encrant son regard dans le mien
- Castle, je n'étais pas prête à l'époque à te dire ses mots, repris-je gênée
- Je sais, tu étais avec Josh, grinça-t-il à l'évocation de mon ex
- Oui, c'est vrai. Mais sache une chose, lui confiais-je. Josh avait peut-être accès à mon corps à l'époque, mais toi tu avais déjà mon cœur.
- Ouais, arrête de me rappeler que monsieur parfait t'a touché, grommela-t-il
- Arrête d'être jaloux, souriais-je amusée et je…
- Bip…
- Qu'est-ce que c'est ? Demandais-je anxieuse en connaissant pertinemment la réponse
- La batterie du téléphone, répondit-il. Attends, je vais le recharger à la main
- Tu es sûr que ça va marcher? Ajoutais-je vraiment inquiète à l'idée d'être dans le noir
- En tout cas, ça marchait à la maison, rétorqua-t-il en faisant manivelle.
POV JORDAN
Assis l'un en face de l'autre, un duel commençait à se mettre en place. Je devais trouver la faille qui nous permettrait de retrouver tout le monde. Mais le fait qu'il se rende de son plein gré avec cette attitude si supérieure me faisait craindre le pire. Il existait trois grades chez les Serial Killers, je me souvenais comme si c'était hier le jour où je l'avais expliqué à Kate à son entrée au sein de mon équipe.
« - Le premier stade, avais-je débuté, ce sont des tueurs qui tuent pour la première fois de leur vie. Ils apprécient tellement le moment qu'il recommence encore et encore pour pouvoir satisfaire un besoin.
- N'est-ce-pas ce que font tous les tueurs en série, satisfaire un désir ? M'avait-elle demandé
- Non, pour ceux du stade deux, il s'agit simplement d'éprouver une jouissance au moment de l'acte. C'est un plaisir, une délectation que de voir souffrir ces victimes, ils ne se contentent pas seulement de les tuer, non ils les torturent avant… c'est ça leur plaisir. Le stade deux était pour Kyle Abbott, pensais-je en refaisant cette conversation.
- Et le stade Trois ? demanda-t-elle en prenant des notes
- Le stade trois est pour les psychopathes, ils aiment tuer mais plus que tout, ils aiment jouer. C'est un jeu, ils se moquent d'être pris, enfermés. Tout ce qu'ils aiment c'est le plaisir de ce jeu. Et généralement, ils font tout pour gagner ce duel, se soldant généralement par la mort de leurs victimes.
- Comment les arrête-t-on?
- Notre seul chance est de jouer le jeu et d'espérer gagner, avais-je répondu»
Aujourd'hui, le jeu pour moi était de sauver soit Castle et Beckett, soit Esposito et Ryan. Mais je ne pensais pas pouvoir sauver tout le monde ou même sauver l'un d'entre eux. C'est dans ce climat tendu, que je commençais l'interrogatoire.
J'espère que ça vous a plu...j'attend vos commentaires pour continuer la suite..
