2.
Donc il est venu ici. Sherlock pouvait voir les preuves : les nouvelles éraflures sur la plinthe, la poussière manquante là où ses doigts avaient couru et la marque des pieds placés d'une manière si singulière et couverts de boue de son ami. Oui, il pouvait facilement déduire que John était venu, mais il y avait quelque chose de plus dans cette pièce, une chose sur laquelle il ne pouvait mettre le doigt. Cela l'irritait. Il apparut qu'il ne pouvait que ressentir que John était venu ici. Absurde. Il ne croyait pas aux sentiments et aux émotions de toute manière, mais il ne pouvait pas montrer son malaise face à cette présence muette dans la pièce. Ses yeux scannèrent ce qui l'entourait et remarquèrent une enveloppe, certainement une lettre, et il conclut que le fait qu'il ait manqué cet indice était causé par son malaise.
Sherlock commença à marcher rapidement en direction de la lettre et en voyant qu'elle lui était adressée, la ramassa. Il grimaça quand sa jambe commença à lui refaire mal. Le sang avait traversé les bandages de fortune sur sa cuisse et avait formé une tache sur son pantalon abîmé. Il ne pouvait s'empêcher d'espérer que John était là pour s'occuper de sa blessure, mais en pensant ça, il se remémora le triste fait que John ne devait jamais savoir qu'il avait survécu. John devait penser qu'il était mort, il ne devait laisser aucune trace. Aujourd'hui n'était pas le jour de la résurrection.
Son esprit arrêta de vrombir, revint en arrière, et se mit en pause sur sa précédente pensée. Il était devenu plus concerné que ce qu'il pensait, pour penser que John viendrait soigner ses blessures. Tellement différent de lui, le sociopathe sans sentiment. Il conclut qu'il était fatigué et que c'est biologiquement normal de penser des choses ridicules quand on n'est pas reposé. Il avait besoin de dormir, tout en sachant qu'il ne devait pas rester dans cet appartement plus longtemps que nécéssaire, mais il pensa qu'il pourrait plus facilement faire une erreur en ne dormant pas de suite. S'abandonnant à son envie de dormir, il se dirigea vers la porte de sa chambre.
Avec son envie de dormir, Sherlock oublia toute précaution et se coucha sur sa couette, la lettre toujours coincée dans sa main.
John dit à ceux qui lui avait défendu d'y aller, qu'il retournait à l'appartement dans le but de s'excuser auprès de Mme Hudson pour l'avoir embêter plus tôt. En réalité, il y retournait pour prendre le crâne. Il avait décidé qu'il avait besoin de garder quelque chose de Sherlock, un souvenir, mais aussi trouver quelqu'un avec qui il pourrait parler et qui écouterait toujours, sans jamais juger et le crâne remplissait ces deux conditions. Il serait mieux de d'abord s'excuser puis ensuite il se précipiterait dans les escaliers, attraperait rapidement l'objet sans regarder la pièce et partirait. Toutefois, le trafic londonien était si mauvais du pub jusqu'à l'appartement, que le temps qu'il arrive, Mme Hudson serait déjà au lit. Soupirant intérieurement, il était sur le point d'héler un autre taxi et d'envoyer le crâne au diable , quand quelque chose qu'il avait à peine remarquer en arrivant devant le 221B Baker Street, fit faire un bond à son estomac. A travers un interval entre les deux rideaux, John pouvait voir un mince rayon de lumière. Aurait-il oublié d'éteindre? Il ne pouvait s'en rappeler. Il décida de se transformer en détective et d'aller enquêter et dans le cas où il n'y avait rien à voir, il attraperait ce fichu crâne que soudainement, il désirait beaucoup.
Avec plusieurs pintes de bière dans le corps, John trébucha dans les escaliers. C'était tellement plus simple de venir ici quand ses sens étaient brouillés par l'alcool. Il pénétra à l'intérieur, regarda autour de lui, et ne vit rien d'anormal, il se dirigea donc droit vers le crâne et sourit. Il était sien. Puis, tout en même temps, son sourire s'évanouit et la nausée remplaça la joie éphémère dûe à son succès. Seulement quelques heures auparavant, sous ce crâne, se trouvait une lettre adressée à Sherlock et maintenant, elle n'y était plus. Personne n'aurait pris cette lettre, hormis le destinataire, non?
Il chancela et pivota sur lui même, trébucha à travers l'appartement, et à la vue de la porte de la chambre de Sherlock entrouverte, il se dirigea vers celle ci. Il était sur le point de d'effondrer quand il s'immobilisa, se rappelant combien cela avait été dur, ce matin, d'espérer si fort. Peut être que son chagrin ne lui montrait que ce qu'il voulait voir, comme l'avaient fait les drogues dans le brouillard. C'était impossible que Sherlock soit ici.
Pas impossible, juste peu probable et les choses peu probables pouvaient arriver, spécialement quand Sherlock était impliqué dans celles ci. John ne croyait pas aux miracles avant de rencontrer Sherlock, et il n'était même pas sûr de le faire maintenant, mais il avait terriblement besoin d'un miracle en ce moment. Il avait besoin que Sherlock soit derrière cette porte.
John marcha, en regardant droit devant. Son coeur était audible, il battait si fort. Il voulait crier, ou bien être malade ou n'importe quoi. N'osant pas regarder le lit, il restait dans la peur d'avoir tort, mais il jurerait entendre respirer. Toutes ces pensées opposées traversaient son esprit à toute vitesse, il devait les arrêter, il devait savoir. C'était la fin de tout et il n'y avait pas de retour en arrière.
Le monde de John commença à tournoyer pendant qu'il regardait lentement autour et qu'il vit cette forme familière couchée sur le lit, en face de lui. Il ne pouvait pas penser. Le corps entier de John et son esprit stupéfait hurlaient. Il se sentit faible. Sa bouche était sèche. Il devait dire quelque chose pour être sûr qu'il était vraiment là. Le mot qui le suivait partout sortit de sa bouche.
«Sherlock?»
L'homme devant lui remua, mais ne se réveilla pas. John n'était même pas sûr d'être, lui même, réveillé. Non, c'était la réalité, il en était certain maintenant. Tous ces sentiments furent écrasés par un désir désespéré de ramener son ami à la vie. L'homme qui a été si seul si longtemps ne l'était plus. Il avait besoin de revoir ces yeux en vie.
«Sherlock, je t'en prie, réveille toi.»
Et soudain, le miracle de John se réalisa. Sherlock était réveillé.
