CHAPITRE 27


POV BECKETT


Castle s'affairait depuis 10 minutes à remonter sa manivelle pour remonter le niveau de la batterie. On avait gagné 80 pourcents de charge en plus avant que son appareil ne rende l'âme.

- Ça nous garantit au moins deux heures et demie de lumière, me souffla-t-il

- Deux heures et demie?

- Hum, si je calcule bien, on est ici depuis 6 heures au moins, et on a passé deux téléphones. Donc un téléphone avec 20 pour cent en moins, ça fait …

- Deux heures et demie, le coupais-je.

- Ça laisse aux gars assez de temps pour nous sortir de là, dit-il pour me rassurer.

- Hum

- Kate, tu vas bien?

- Je suis juste inquiète Rick, avouais-je en me lovant un peu plus dans ces bras

- Tout va bien se passer.

- Ça fait six heures maintenant et que ferons-nous dans deux heures et demie, si on doit rester dans le noir?

- On sera sorti avant.

- J'ai une désagréable impression que non, rétorquais-je ennuyée en essayant de me positionner autrement

- Kate

- Action ou vérité, dis-je pour arrêter de penser à l'angoisse qui montait tout doucement

- Action, répondit-il en comprenant mon intention

Relevant la tête, je rentrais en contact direct avec ses yeux bleus azur dans lesquels je pouvais m'y perdre pendant des heures. Lui souriant, je lui dis :

- Je veux que tu me chantes une chanson

- Une chanson?

- Oui, les actions sont, comment dire, limitées dans cette boite, dis-je en haussant les épaules

- Ok, la chanson de mon choix? demanda-t-il

- Non, je veux que tu me chantes une chanson qui te fait penser à moi… à nous.

- Heu, hésita-t-il, j'ai quelques minutes pour y réfléchir

- Oui, de toute manière on est coincé ici pour un moment.

Le laissant à sa réflexion, je reposais ma tête sur son torse pour me laisser envahir par un autre souvenir :

« J'étais avec Jordan chez elle. Elle nous concoctait une salade composée pendant qu'Édouard et Lily étaient sur la route du retour. J'avais pris l'habitude lorsque j'étais à DC et pas en déplacement de manger chez eux certains soirs. Jordan et moi entretenions une franche amitié depuis mon déménagement.

- Alors des nouvelles de Castle? M'avait-elle demandé en coupant les tomates

- Non, il ne répond pas à mes messages, ni à mes appels, avais-je répondu d'un ton morne.

Castle et moi avions toujours gardé contact depuis mon déménagement à DC. Mais depuis quelques semaines, il se faisait désirer. J'avais appris bien plus tard, qu'il pensait que je l'avais oublié et que j'avais trouvé quelqu'un d'autre, ce qui était totalement faux.

- Tu devrais aller à New-York pour le voir, me confia Jordan

- Pour quoi faire, il a certainement tourné la page

- Tu rigoles, là?

- Non.

- Kate, Richard Castle est fou amoureux de toi. S'il ne te répond pas c'est qu'il doit avoir une bonne raison.

- De toute manière à quoi ça servirait? Je veux dire, regarde-moi, je refuse qu'on m'approche.

- C'est le début, laisse-toi du temps.

- On peut changer de sujet, s'il te plaît, avais-je demandé me sentant profondément attristée par la situation.

Depuis mon kidnapping, seule Lily pouvait me prendre dans ses bras, je refusais toutes étreintes venant d'autres personnes. Mon psy sur DC essayait la thérapie du toucher avec moi. Les résultats commençaient à venir mais je sentais bien que ça prendrait du temps … beaucoup de temps avant que j'arrive enfin à me retrouver.

- Ok, mais puis-je te donner un conseil non demandé?

- Comme si ça allait t'arrêter que je te dise non, la taquinais-je

- Castle t'aime, … passionnément et tu n'as pas besoin d'être profiler pour le voir. Vous êtes comme un arôme d'amour, ce que toi et Castle partagez… c'est l'essence même. Alors même si tu n'es pas prête maintenant pour un « nous », fais lui au moins confiance. Il t'attendra, il l'a toujours fait. »


POV JORDAN


- Mr Cameron, vous savez ce que vous encourez pour avoir kidnapper et enterrer trois agents de police et un civil, commençais-je pour jauger sa réaction

Il s'avança du micro qui se trouvait au milieu du bureau et me répondit en souriant :

- Oui.

- Où sont-ils?

- Sous terre, dit-il de la même façon

- Que souhaitez-vous? La reconnaissance? La gloire? Continuais-je sur le même ton alors que je bouillonnais face à lui

- Je veux jouer agent Shaw, répondit-il en haussant les épaules

- Jouer ? Riais-je pour détourner la conversation. Puis-je au moins connaître les règles de ce jeu… Cameron ?

- Voyez-vous, vous avez été négligente, m'informa-t-il. Demander à ses officiers de se balader pratiquement tous les jours en fouillant ce satané bois. Vous pensiez que je ne les verrais pas ? Je dois dire que vous avez attisé mon désir de vous être supérieur… Les caméras et micros étaient pas mal aussi, révéla-t-il.

- Alors ce jeu?

-Et là, je me suis dit… ils savent… ils ont juste besoin de preuves? Ça fait quoi? demanda-t-il soudainement

- Quoi donc?

- D'être battue à son propre jeu ? Rit-il

- Je ne…

- Comment dit-on déjà, me coupa-t-il, échec ? Maintenant reste à savoir qui fera « et mat »?

- Comment avez-vous piégé les lieutenants Esposito et Ryan ?

- Non, non, non. Débutons le jeu, vos amis n'ont plus beaucoup de temps, sourit-il

- Très bien, concédais-je, quel est donc ce jeu ?

- Vous allez devoir choisir agent Shaw… qui vit et qui meurt, susurra-t-il

- Et si je refuse, tentais-je

- Ils mourront tous, répondit-il aucunement ennuyé.

- C'est tout, ce n'est que ça votre petit jeu, lançais-je pour l'énerver un peu plus et pour le pousser à m'en dévoiler un peu plus.

- Non, en échange des données GPS qui vous permettront d'en sauver deux… je demande l'annulation de toutes les charges encourus sur moi. Je veux l'immunité.

- Dîtes-moi que c'est une blague, souriais-je pour le déstabiliser.

- L'heure tourne, agent Shaw.

Le regardant droit dans les yeux, je me mis à sourire de la même façon que lui et me pencha vers le micro pour lui dire :

- Je refuse. On va jouer à mon jeu Cameron.

- Qui est? Riait-il

- Te mettre derrière les barreaux.

- Je présume qu'on se voit plus tard alors, souriait-il, à force de vous épuiser à les chercher vous reviendrez.

Je me levais pour sortir de cette pièce et je tombais nez à nez avec Gates et Lanie.

- Alors ? me fit le capitaine

- On ne tirera rien de lui. Qu'ont donné les bois ? A-t-on retrouvé Castle et Beckett?

- Non

- Il faut simplement prendre le dernier signal envoyé par leurs traceurs

- C'est ce qu'on fait les hommes avec l'aide de Tory, ils ont reçu un signal et ont commencé à creuser pour déterrer une boîte.

- Une boîte?

- Les traceurs de Beckett et Castle sont dedans ainsi qu'un mot, s'énerva-t-elle, il est noté dessus « que le jeu commence »

- Il doit y avoir des traces d'eux tout de même ! Criais-je

- Des trainées ont bien été retrouvées, comme s'ils les avaient tractés dans cette maudite capsule.

- Sur combien de temps ?

- Sur deux mètres, ensuite se sont des traces plus grosses. La scientifique pense qu'il les a transporté à bord d'un camion pour les enterrer plus loin mais ils viennent juste d'arriver, ils ont besoin de plus de temps

- On n'a pas plus de temps, soufflais-je

- Comment procède-t-on, on cherche sur d'autres bois?

- Ils n'ont pas quitté ce bois ! M'exclamais-je, il faut ratissez tout ce foutu bois !m'emportais-je angoissée à l'idée de perdre mes amis

- Et comment fait-on sans traceurs ? reprit Gates en perdant patience

- Une tombe ! Il a creusé une tombe ! Ça se voit ! Il nous faut des hélicos aussi. Je fais venir des agents du FBI pour nous épauler. On n'est pas assez nombreux. En attendant, demandez le renfort d'autres commissariats.

- Et pour Javier et Kévin, fit Lanie qui n'avait rien dit depuis le début.

- Je vais sur la scène de l'enlèvement, affirmais-je. Je pourrais peut-être trouver un détail dans son appartement pouvant m'aider à mieux le comprendre. Vous avez eu Alexis et Martha, m'inquiétais-je

- Martha est sur un bateau au milieu de l'océan. Elle ne capte pas. Son bateau devrait amarrer dans quatre heures, je tenterais de la joindre. Quand à Alexis, elle ne répond pas.

- Ré-essayez avec sa fille, dis-je en partant en direction de l'appartement de Ben Cameron.


POV RYAN


Depuis que Javier m'avait annoncé que nous étions sous terre, je n'arrivais pas à penser à autre chose qu'à ma femme. Je savais que nos chances d'être retrouvés étaient presque nulles. Si Ben Cameron, nous avait enterrés c'est qu'il devait avoir en tête un plan, qui incluait Castle et Beckett aussi.

- Tu as ton portable, me demanda Espo

- Je ne sais pas, répondis-je en fouillant dans mes poches

- J'ai pas le mien, m'avoua-t-il excédé par notre situation

- Je l'ai ! M'exclamais-je en l'allumant

- Quelle heure est-il ?

- 9 heures et… il ne me reste que 60 pour cent de batterie

- Ok, éteins-le un peu. Histoire de nous faire gagner du temps
- Ça sent pas bon, mec, soufflais-je en exécutant ses directives

- On va s'en sortir,… Shaw va nous faire sortir de là, dit-il d'une voix non assurée.

- Comment a-t-il fait pour nous endormir?

- Je ne sais pas. Le moteur était éteint. On n'a pas respiré ce gaz. Alors…

- La bouteille ! Criais-je

- Quoi?

- On a bu de l'eau dans une bouteille trouvée à mes pieds car on avait plus de flotte dans nos plats à emporter.

- Tu crois qu'il a mis la bouteille dans notre voiture?

- Tout est possible avec lui.


POV CASTLE


- J'en ai une ! M'exclamais-je au bout de quelques minutes, faisant sursauter et crier Kate

- Ah !

- Désolé, dis-je penaud

- C'est pas grave, c'est de ma faute, me répondit-elle encore affolée. Alors cette chanson ?

- Attends, souriais-je en me penchant vers mon attirail pour prendre quelque chose

- Tu as emmené un micro ? Me taquinait-elle

- Non… tiens, rétorquais-je en tendant des oreillettes que je branchais à l'iPhone

- Castle, je t'ai demandé de chanter pas de me mettre YouTube, rétorqua-t-elle. Et on va finir la batterie bien plus vite.

- C'est une chanson en français, m'avoua-t-il, tu as les sous-titres en anglais sur cette version et j'aimerais vraiment que tu l'écoutes. Je…, hésita-t-il

- Hum?

- Je l'ai écouté en boucles quand tu es partie à DC, reprit-il tristement, ce que dit ses paroles, j'en pense chaque mot, même aujourd'hui.


POV BECKETT


J'étais plus que troublée par sa confession. Mon départ à DC avait été un des moments les plus douloureux que j'avais vécu.

« Je me revoyais à bord de cet avion, décollant loin de New-York, loin de ma vie, loin de Castle. Dans mes mains, je détenais une lettre de Rick… un au revoir. Sur l'entête était noté :

« A l'extraordinaire K.B ».

Je me revoyais tourner cette lettre dans mes mains sans oser l'ouvrir, j'en tremblais déjà d'anticipation.

Ouvrant la lettre, je découvris les mots de Castle, à chacune de ses phrases, je me mettais à pleurer de plus belle.

Chère Kate,

Aujourd'hui est un grand jour pour toi, tu vas découvrir une nouvelle vie pleine de nouvelles possibilités.

Je veux que tu saches que je suis fier de toi, fier du parcours que tu as accompli.

Je ne cesserais jamais de t'aimer Kate Beckett, tu es la femme que j'aime, la femme de ma vie.

Je veux que tu sois heureuse alors… ne te retournes surtout pas en arrière, ne remontes pas de mur autour de ton cœur, tu mérites d'être heureuse, d'être épanouie dans ton travail comme dans ta vie personnelle.

Je souhaite que tu rencontres quelqu'un là-bas, qui t'aimeras comme je t'aime.

Je veux que tu saches que l'équipe que l'on a formée, le couple que l'on a formé est de loin, la plus belle chose qu'il me soit jamais arrivé. Tu es une femme merveilleuse et je t'aime de tout mon cœur.

Always

Rick Castle. »

-Kate ? Me sortit Rick de mes pensées

- Oui, excuse-moi

- Ça va?

- Oui, ne t'inquiète pas, dis-je en déglutissant fasse à ce souvenir

- Tu es prêtes ? me demanda-t-il l'index sur la vidéo

- Oui, répondis-je hésitante alors que les premières notes de musique envahirent mes oreilles.


« Le géant de papier de Jean-Jacques Lafon. (Écoutez les paroles comme Beckett… mettez le son)

Demandez-moi de combattre le diable

D´aller défier les dragons du néant

Aux premières paroles de musiques, je m'arrêtais de respirer. Je ne pouvais plus quitter les paroles qui s'affichaient sur l'écran et la musique me transportait.

De vous construire des tours, des cathédrales

Sur des sables mouvants

Demandez-moi de briser les montagnes

D´aller plonger dans la gueule des volcans

Tout me paraît réalisable, et pourtant...

J'avais l'impression que cette musique, cette chanson avait été écrite pour nous, pour notre calvaire… mon calvaire avec Abott… Une larme puis une autre coulèrent sur ma joue.

Quand je la regarde, moi l´homme loup au cœur d´acier

Devant son corps de femme, je suis un géant de papier

Quand je la caresse et que j´ai peur de l´éveiller

De toute ma tendresse, je suis un géant de papier

Castle essayait tant bien que mal d'enlever toutes mes larmes, mais l'émotion était telle que je n'arrivais plus à me maitriser. Je me revoyais le repousser après notre première douche ou notre dernière session …. J'avais fini enfermée dans la salle de bain à me laver les mains, en pleurs.

Demandez-moi de réduire en poussière

Cette planète où un dieu se perdrait

Elle est pour moi comme une fourmilière

Qu´on écrase du pied

Je sentais le regard de Rick sur moi

Demandez-moi de tuer la lumière

Et d´arrêter ce soir le cours du temps

Tout me paraît réalisable, et pourtant...

Castle pensait chaque mot… pensais-je. Il se battait pour nous depuis le début malgré mes peurs et mes refus.

Quand je la regarde, moi l´homme loup au cœur d´acier

Devant son corps de femme, je suis un géant de papier

Quand je la caresse et que j´ai peur de l´éveiller

De toute ma tendresse, je suis un géant de papier

Quand je la regarde, moi l´homme loup au cœur d´acier

Devant son cœur de femme, je suis un géant de papier »

- Tu vas bien ? me demanda-t-il devant mon mutisme à la fin de la chanson alors que je reprenais difficilement ma respiration.


POV CASTLE


J'avais beaucoup hésité à lui parler de cette chanson que j'avais découverte par hasard pas longtemps après son départ pour DC. Et même aujourd'hui, après tout ce temps, passé avec elle… les paroles de cette chanson m'atteignaient encore. J'étais vraiment un géant de papier face à Kate.

Elle n'arrêtait pas de pleurer pendant le défilement du son et je n'avais pas assez de mes deux mains pour arrêter ce flot de larmes. M'inquiétant de ne pas la voir réagir à la fin de la musique, je lui demandais :

- Tu vas bien?

- Tu … tu penses vraiment chacune de ses paroles, me répondit-elle

- Oui, dis-je hésitant

- Cette chanson est magnifique

- Mais ? Repris-je inquiet

- Et tellement triste

- Triste ? Elle relate l'histoire d'un homme prêt à tout pour celle qu'il l'aime, d'un homme pouvant mettre le monde au pied de sa dulcinée

- Elle raconte aussi ses peurs, ces craintes face à elle, murmura-t-elle. Il n'ose pas la brusquer et passe tous ses besoins au second plan.

- J'ai peur, c'est vrai, avouais-je pour lancer la conversation vers un débat plus intime

- Peur? demanda-t-elle en essayant ses larmes mais sans détourner le regard

- Des moments… je ne sais pas comment agir avec toi.

- Dans l'intimité, tu veux dire?

- Hum, acquiesçais-je

- De quoi as-tu peur exactement?

- De mal faire, soufflais-je, de te faire plus de mal que de bien, de te rappeler … ton enlèvement, te rappeler encore… Abbott, chuchotais-je anxieux en baissant le regard pour ne pas y voir sa peine

-….

-…..

- Kate, je…

- Que ressens-tu quand je panique Castle? Me redemanda-t-elle en me coupant

- Je… je me sens… misérable. Je…

- Tu n'es pas misérable, Babe.

- Je n'arrive pas à te faire passer ce cap, Kate, avouais-je penaud. Des moments, je me dis que je ne suis peut-être pas à la hauteur ou peut-être pas…, dis-je en m'arrêtant redoutant la fin de ma phrase

- Continue Rick, me poussa Kate

- Que je ne suis pas la bonne personne, terminais-je en éteignant le téléphone pour économiser de la batterie et certainement pour ne pas apercevoir le regard de Kate.

Elle ne répondit rien. Elle se contenta d'encaisser certainement le coup et de souffler avant de se recoucher sur le flanc sans rien dire. C'est à peine si elle me touchait. Moi, je… et bien… je ne savais plus quoi faire ou quoi dire. Plongé dans le noir le plus total dans cette capsule, j'avais l'impression que cette intimité créée dans ce tombeau, nous poussait à révéler nos plus grandes peurs… et je ne savais pas si ça nous aiderait réellement.


Alors j'attend vos commentaires...à très vite