3.
Sherlock pouvait entendre une voix d'homme prononcer son nom. Il sourit en reconnaissant la voix de John. Bien, John était à la maison.
Quelque chose dans les profondeurs de son esprit le titillait, lui disant qu'il ne devrait pas sourire. Peut-être s'étaient-ils bagarrés? Il souhaitait pouvoir s'en souvenir, et de plus, savoir pourquoi son esprit était soudainement si lent. Il se demanda si l'esprit des gens normaux était comme ça. Il se sentit presque désolé pour eux.
Les derniers restes de sommeil de Sherlock disparurent quand il entendit son colocataire le supplier de se réveiller. Ses yeux s'ouvraient progressivement. L'expression du visage de John qui l'accueillit, enleva rapidement tout ce qui restait de son sourire. Sherlock rechercha dans sa base de donnée interne quelles émotions il pouvait lire sur le visage fatigué, tiré de John. Mais il y en avait tellement. Les yeux de John était le pire, plein d'incrédulité, de rage, de douleur. Qu'est ce qui a bien pu causer à son ami tant d'angoisse?
«John?»
En disant ce nom, il se souvint de tout. La chute et ses retombées, et surtout qu'il était censé revenir ici inaperçu, pour le bien de John.
Il regarda le visage de son ami, une mer débordante de douleur. Comment cela apparaissait-il à John, un homme moyen, capable de sauter directement aux conclusions, de trouver Sherlock faisant une sieste ici?
Le jour de son retour, la première chose que Sherlock voulait faire, était de donner à John une explication honnête, et ne pas s'arrêter de parler jusqu'à ce que son auditeur comprenne pourquoi il a dû mentir, mais maintenant, tout cela ressemble à un jeu. Il n'avait clairement pas maîtrisé l'art de mourir aussi bien qu'il le pensait. Sherlock n'avait jamais vraiment été en échec auparavant, mais aujourd'hui, il l'était, et c'était le pire de tous, la perte de son seul ami. Il y allait avoir besoin de beaucoup de temps pour les explications.
Il s'assit timidement sur son lit, et regarda les yeux du soldat pendant qu'ils 'assombrissaient de peine.
«Espèce d'enfoiré.» dit simplement John.
John ne comprenait pas. Sherlock lui a sourit et maintenant, il est assis face à lui, comme si tout allait bien. Toute la douleur qu'il contenait intérieurement éclata en colère. Il avait tellement souffert pour cet homme et Sherlock ne semblait même pas concerné.
Les jours où il croyait Sherlock en vie, il imaginait ce moment dans sa tête, répétant ce qu'il dirait, mais en regardant les yeux endormis de Sherlock, il réalisa qu'il avait toujours imaginé Sherlock revenir au 221B, comme un soldat rentrant chez lui, rempli de la même souffrance que John. Sherlock, cependant, semblait imperturbable. Il ne paraissait pas ému du tout.
John commença à penser à de dangereuses choses. De nouvelles idées poussaient dans sa tête, comme de l'herbe. Leurs racines venaient des plus sombres profondeurs du sol, là où John avait depuis longtemps, enterré toutes ses peurs et ses croyances chancelantes. Il ne s'interrogea pas sur le fait que Sherlock soit bien l'homme qu'il prétendait être, le détective génie, mais il commença à se demander si Sherlock s'était déjà soucié de lui. Peut être que John était une une autre expérience, et que Sherlock s'était déjà lassé de lui.
«J-John...Je...»
Le barrage qui retenait la marée de doute de John éclata. Les mots se déversaient de sa bouche avant qu'il ne puisse les stopper, sortant dans un bref sursaut de douleur pure.
«Non, Sherlock, ne dis rien. Mon dieu, j'ai été un tel idiot. Je pensais que tu étais mort, mais à priori, ça ne justifie rien, puisque tu ne te soucies de personne, n'est ce pas? Et bien, cela te ressemble tellement. Je n'aurais jamais dû attendre de toi que tu apprécies quelqu'un. Tu ferais mieux de laisser un homme comme moi seul.
Maintenant, je comprends. Tout ce que tu m'as dit sur le toit, toutes ces larmes étaient un mensonge, c'est ça? «Juste un tour», huh? Tu as été un excellent acteur, si bien joué, tu m'as bien embrouillé. Ha, évidemment, un homme brillant, génial comme toi, ça n'a pas dû te prendre beaucoup de force pour tromper un simple soldat comme moi.
J'ai été un tel imbécile.»
Sherlock soupçonnait John de s'être intoxiqué par n'importe quelle manière. Ses paroles étaient d'une qualité pâteuse, et étaient débitées si rapidement, et sans pause, qu'on aurait pu croire que ses phrases manquaient de place. Il savait que cela ne serait pas facile, mais il n'aurait jamais pensé que John puisse avoir des pensées si destructrices.
Sherlock estimait leur amitié, il s'était battu contre le monde criminel souterrain, dans le but de la conserver. Chaque moment de l'année passée n'avait pas été à propos de lui, ni de la célébrité ou de la gloire, ou de conserver sa réputation, mais pour John et pour tout ce qu'ils avaient partagé au 221B.
«Ecoute John , je...»
«Pourquoi, Sherlock? Réponds juste à ça. Tu m'as dit une fois que j'étais ton ami, et même si ce n'était pas vrai, tu me dois au moins une explication. Une conclusion, si on peut dire, à cette expérience.»
Sherlock continua de réfléchir à des réponses appropriées, il voulait dire à John qu'il était son ami, et qu'il, lui, l'homme qui ne s'excuse jamais, était désolé, mais son esprit était tout embrouillé. Quelque chose n'allait vraiment pas avec lui. Sa jambe le torturait.
Sherlock ne voulait pas s'évanouir, il voulait ramener les choses à la normale avec John, mais si il tombait inconscient, John pourrait le laisser, alors il s'aida du lit pour tenter de se relever et de se tenir droit. Toutefois, ses bras étaient encore faibles, donc moins précis dans leur position et pendant leur chemin sur le matelas, ses doigts vinrent frapper sa blessure. La douleur qui résulta de ce choc le poussa aux limites du supportable, et avec un grognement d'agonie, le détective succomba à la réponse biologique à son traumatisme. Il s'évanouit.
