X-Factor

Note de l'auteur : Parce que j'aime tellement mêler la vie de "mes" mutants avec celle de mes personnages préférés... D'ailleurs, cet OS comme le précédent étaient en gestation dans mes fichiers depuis plusieurs années, et je suis bien contente d'avoir pu les exploiter pour ce défi. Enjoy !

Remerciements : Merci à fidjet et à Gentiane94 pour avoir cru en mes idées parfois douteuses...

Bonne lecture !


Chapitre 6 : Tapage nocturne

Charles se tournait et se retournait dans son lit, incapable de trouver le sommeil. Au fil des années, il avait appris à contrôler sa mutation et il n'était pas peu fier de pouvoir affirmer qu'il était sans doute un des télépathes les plus doués que la Terre ait jamais porté, mais malgré tous ses efforts, il n'avait jamais réussi à se débarrasser totalement du bourdonnement irritant qui occupait son esprit comme un bruit de fond lorsqu'il se trouvait dans un endroit peuplé de nombreuses personnes. Durant ses années d'études à Oxford, il avait fini par s'y habituer et en temps normal cela ne le dérangeait plus vraiment, mais la journée avait été fatigante et il avait graduellement été atteint d'un gigantesque mal de crâne. Il jetait de temps à autre un bref regard au réveil sur la table de chevet, une heure vingt-trois, une heure vingt-sept, une heure trente-quatre, mais le temps semblait ne pas avancer et le sommeil ne pas vouloir pointer le bout de son nez.

Il finit par se mettre sur le dos et passa une main lasse sur ses yeux en soupirant pour la énième fois après les « satanées aspirines pas fichues de fonctionner pour les pauvres télépathes ». Et pour ne rien arranger, lorsqu'il était dans cet état, ses boucliers mentaux n'étaient pas parfaitement opérationnels et il avait l'insigne honneur de pouvoir assister en direct à la plupart des rêves de ses étudiants. Les rêves en eux-mêmes avaient leur temporalité propre, souvent bien plus rapide que la normale, et c'était extrêmement perturbant de les voir se dérouler à vitesse réelle. S'il avait été en meilleur état, il aurait sans doute pensé à écrire un article à ce sujet dans une quelconque revue scientifique mais généralement, il était bien trop énervé pour penser à quoi que ce soit de rationnel dans un moment pareil.

En gémissant, il se retourna une nouvelle fois pour mettre son visage dans son oreiller et étouffer un cri de frustration. La nuit allait être longue et il allait encore mettre des semaines à effacer les cernes qu'il allait sans aucun doute retrouver au matin. Pas que cela le gênât en temps normal, mais il commençait à en avoir plus qu'assez.

Le matelas bougea légèrement à ses côtés et Charles, le visage toujours enfoui dans son oreiller, entendit grommeler d'un air assoupi et quelque peu irrité :

« Je peux savoir pourquoi tu remues comme ça ? »

Le télépathe répondit par un son inintelligible sans relever la tête.

« Je parle beaucoup de langues, mais je ne maîtrise pas encore l'oreiller tu pourrais répéter s'il te plaît ? soupira Erik en se passant une main sur les yeux.

- Mal de tête, répéta l'autre en se retournant sur le dos avec un gémissement.

- Ah, répondit l'autre avec un air de compréhension. Tu veux qu'on réessaye de... ? »

Il s'interrompit en faisant un vague signe de la main vers sa tempe. Charles fit avec lassitude un signe de dénégation de la tête. Il n'avait pas eu besoin que son amant finisse sa phrase pour comprendre de quoi il était question. C'était la deuxième fois qu'il était pris d'une migraine d'une telle intensité depuis qu'ils partageaient un même lit et il avait lors de la première essayé quelque chose qui n'avait pas eu le succès escompté. En tenant compte du fait que c'était le nombre d'individus pensant simultanément des dizaines de choses différentes qui le mettait dans un tel état et que l'esprit d'Erik lui servait habituellement à la fois d'ancre et d'oasis, celui-ci avait proposé qu'il s'immerge complètement dans sa tête pour tenter de rajouter une couche supplémentaire entre lui et les autres.

Sur le papier, ça avait tout d'une bonne idée et Charles avait été plus que touché de la confiance que le manipulateur de métal plaçait visiblement en lui, mais le passage à la pratique avait été plus compliqué. La fatigue aidant, il n'avait pas réussi à se concentrer autant qu'il l'aurait voulu et il s'était enfoncé trop profondément dans l'esprit de son amant. Réalisant rapidement son erreur, il s'était retiré avec un peu trop de force et Erik, sonné, avait perdu brièvement connaissance. Heureusement, le télépathe n'avait rien altéré de vital et l'autre s'était réveillé assez vite, mais lui-même avait eu du mal à se souvenir de sa date de naissance pendant quelques heures et avait acquis brusquement des connaissances phénoménales en allemand. Même s'il y avait finalement eu plus de peur que de mal, Charles n'était pas prêt de réessayer de faire quoi que ce soit avec sa mutation dans son état.

Tournant la tête vers le côté, il vit qu'Erik parvenait à peine à garder les yeux ouverts. Se retenant de sourire, il posa un léger baiser sur son front avant de murmurer qu'il allait se faire une infusion dans la cuisine. Un simple grognement lui répondit et il sortit sur la pointe des pieds de la pièce en attrapant sa robe de chambre au passage.

o0o

À cette heure de la nuit, le manoir était totalement silencieux et les couloirs déserts, et Charles arriva rapidement à la cuisine. Celle-ci était simplement baignée par la clarté de la lune mais il fut surpris de voir qu'elle n'était pas vide. Apparemment, quelqu'un d'autre avait eu l'idée de se faire une camomille à deux heures du matin. Sans allumer la lumière, le télépathe toussota pour faire connaître sa présence et l'adolescent qui se trouvait à la table se redressa rapidement dans son siège.

« Professeur, commença-t-il un peu paniqué, je suis désolé, je ne suis pas descendu il y a longtemps, je...

- Il n'y a aucun problème Dorian, l'interrompit Charles en prenant une tasse dans un des placards. J'ai le pressentiment que nous sommes ici pour les mêmes raisons, conclut-il en désignant la camomille d'un geste du menton.

- Vous avez mal à la tête aussi ? demanda le jeune homme un peu plus calmement.

- L'un des inconvénient de la télépathie j'en ai bien peur, répondit le plus âgé d'un ton fataliste.

- Je comprends, moi aussi c'est à cause de ma mutation, soupira l'autre en se massant l'arrête du nez. J'aime pas trop quand l'air n'est pas pur et comme aujourd'hui on a eu pas mal de brouillard... »

Il laissa sa phrase en suspens et Charles acquiesça d'un petit signe de tête en trempant un sachet d'infusion dans de l'eau chaude. Dorian Garvill, qui se faisait appeler ironiquement Mirage, possédait une vue remarquable qui lui permettait de voir net au travers de toutes sortes de perturbations. Il n'était troublé ni par les fumées, qu'elles fussent brumes ou produites par un feu, ni par les ridules sur un liquide, voyait distinctement à travers les vitres embuées ou quand la pluie se faisait torrentielle, n'avait jamais besoin de lunettes de soleil et ne succombait jamais aux illusions d'optique inventées par la main de l'homme ou occasionnées, justement, par les mirages. Sans lui permettre de voir à des distances très importantes, sa vue s'avérait toutefois très utile au quotidien.

Le seul inconvénient était que son cerveau devait constamment traiter presque simultanément l'image immédiate de la situation telle qu'envoyée par réflexe par ses yeux et celle améliorée obtenue quand Dorian faisait appel à sa mutation, ce qui arrivait parfois inconsciemment. L'accommodation obligatoire qui en résultait était donc très fatigante, surtout quand la perturbation perdurait et que deux images différentes d'un même objet étaient envoyées pendant une durée assez longue. Le jeune mutant travaillait à faire en sorte que sa vision améliorée devienne en quelque sorte sa vision par défaut, pour qu'il n'y ait plus qu'une seule image à traiter, mais il n'était à l'Institut que depuis quelques mois et avait encore bien du chemin à parcourir dans cette voie.

Après ce bref échange, ils restèrent un long moment assis en silence autour de la table, savourant la quiétude, buvant de temps à autre une gorgée de leur tasse. Les yeux fermés, ils tentaient tous deux de faire abstraction des images qui les assaillaient, qu'elles soient réelles ou mentales, et de faire le vide dans leur tête. Peu à peu, l'odeur de la camomille et le bruit du vent sifflant dans les arbres du parc finirent à leur tour par s'effacer et sans s'en rendre compte, ils basculèrent lentement dans le royaume des songes.

Le lendemain matin, en partant faire son jogging matinal, Erik eut la surprise de trouver les deux mutants affalés sur la table, tenant encore à la main des tasses où stagnait un fond de thé froid. Il leva les yeux au ciel en sortant de la pièce pour aller chercher au salon deux couvertures, qu'il posa attentivement sur les épaules des dormeurs. Et même si on l'accusait souvent de n'avoir ni tact, ni délicatesse, il prit grand soin de ne pas claquer la porte en partant.


J'ai particulièrement pensé à Gentiane94 en écrivant cet OS, elle qui aimerait plus que tout lancer un plan de réhabilitation de l'image d'Erik Lehnsherr. ;-)

J'espère que ça vous a plu et je vous dis à demain !