X-Factor

Note de l'auteur : Tout d'abord, je tiens à souligner que cet OS m'a particulièrement donné du fil à retordre. La mutation d'aujourd'hui est assez compliquée à saisir et présente pas mal d'ambiguïtés qu'il a fallu que j'éclaire. J'espère que ça vous plaira quand même et que ça ne sera pas trop prise de tête.

Remerciements : Un grand grand merci à fidjet et Gentiane94 sans qui cet OS aurait été abscons voire absurde. Grâce à leurs remarques, la qualité et la logique de ce chapitre en ont été grandement améliorées. Merci à elles.

Sur ce, bonne lecture !


Chapitre 7 : Communiquer, c'est la clé

Quand il regardait tous les élèves qui habitaient l'Institut Xavier, Charles ne manquait jamais de noter avec plaisir la diversité de leurs origines. Son établissement avait gagné en peu de temps une si grande notoriété que certains venaient d'Europe, d'Asie ou même d'Afrique – comme la très jeune Ororo – pour y étudier. Dans ces cas là se posait rapidement la question de savoir si l'étudiant parlait l'anglais. Lorsque la demande émanait de ses parents, la réponse était généralement oui, et celui-ci n'avait pas de mal à s'intégrer dans une école où la majorité des élèves restait américaine. Mais il arrivait aussi que les élèves aient été récupérés suite à une intervention des X-Men qui avaient capté leur détresse via Cerebro et ils devaient alors veiller à apprendre la langue anglaise avant de pouvoir commencer leurs études. Heureusement, les enfants apprenaient vite et au-delà de cela, les étudiants trouvaient bien des manières de communiquer sans avoir recours à la parole.

De plus, le corps enseignant lui-même s'avérait très efficace, que ce soit grâce à Charles qui en tant que télépathe comprenait les images que lui envoyaient les jeunes mutants ou grâce à Erik qui parlait couramment l'allemand, le polonais, le français, l'espagnol et le yiddish. Dans de rares cas, il arrivait même que ce soit la mutation de l'élève lui-même qui vienne suppléer à sa méconnaissance de l'anglais. C'était le cas de Douglas Ramsey, alias Cypher, qui pouvait comprendre tous les langages parlés ou écrits et apprendre n'importe quelle langue en seulement quelques heures, mais c'était aussi le cas d'Imogène Perrin, une jeune Française récemment arrivée à l'Institut.

Celle-ci avait déjà treize ans quand ses parents avaient contacté le professeur Xavier, car il leur avait fallu du temps pour comprendre qu'elle était une mutante. Il n'était pas rare en effet que les mutations non physiques et discrètes soient identifiées bien après leur apparition. Cela avait particulièrement été le cas d'Imogène, dont la seule particularité notable aux yeux des autres avait longtemps été de porter un prénom absolument atroce. Jusqu'à ce jour où, au cours d'un dîner de famille, s'était tenue la conversation la plus irréaliste qui soit.

Elle avait commencé par une remarque anodine de sa mère, qui dissimulait en réalité une plaisanterie uniquement destinée à sa fille. Celle-ci avait répondu par une phrase similaire et un clin d'œil, ce qui avait fait rire son interlocutrice mais qui avait plongé dans la perplexité tout le reste de la tablée. Son père lui avait demandé ce qu'elles entendaient par : « etnopatek rustuk aliobardi vasil buzul ». Sans comprendre de quoi il pouvait bien parler, la jeune fille avait répété à l'assemblée ce qu'elle venait de dire, et ce fut cette fois-ci sa mère qui afficha un air étonné tandis que le regard des autres était illuminé de compréhension ou d'amusement.

Jugeant que le phénomène sortait de l'ordinaire, Imogène passa alors les minutes qui suivirent à parler successivement à différentes personnes comme si elle voulait leur faire une confidence, pour vérifier que les autres ne saisissaient véritablement rien de ce qu'elle racontait. L'expérience s'avérant concluante, il apparut que l'adolescente semblait capable de ne se faire comprendre que d'une personne ou d'un groupe choisi, sans que les autres ne puisse rien saisir du propos.

Après cette découverte, beaucoup de détails qui avaient semblé un peu étrange sans pour autant être vus comme exceptionnels trouvèrent leur explication. On comprit comment sa mère avait pu comprendre exactement ce dont elle avait besoin quand elle n'avait que quelques semaines, comment il était possible qu'elle échange des messes basses avec quelqu'un sans que personne d'autre ne puisse rien saisir du propos même en tendant l'oreille, et surtout la raison pour laquelle elle se débrouillait si bien à l'oral en langues vivantes, alors qu'elle peinait à rendre des devoirs corrects.

Ses parents avaient alors décidé de contacter l'Institut Xavier. Madame Perrin connaissait très bien l'œuvre du professeur, dont elle avait eu la chance de voir un cours magistral durant l'année qu'elle avait passée à Oxford dans sa jeunesse. Même si son mari aurait souhaité que la jeune fille reste en France pour continuer ses études, elle avait réussi à le convaincre d'envoyer leur fille en Amérique, au moins jusqu'à la fin de ses années de lycée. Il aurait été trop dommage qu'elle passe à côté de certains aspects de sa mutation parce qu'elle n'avait pas eu l'occasion de rencontrer quelqu'un qui l'aide à l'amener à maturité. N'ayant pas les moyens d'acheter trois billets pour se rendre aux États-Unis, les Perrin avaient dû se résoudre à une simple conversation téléphonique avec Charles, qui s'était empressé de leur dire qu'il leur payerait le voyage avec plaisir s'ils choisissaient d'inscrire leur fille dans son école et s'ils désiraient l'accompagner pour la rentrée. Après avoir longuement discuté des modalités de la scolarité et des infrastructures proposées par le manoir, les parents d'Imogène ne tardèrent pas à se décider.

Leur fille intégra donc l'Institut à la rentrée de septembre, après avoir passé une semaine à visiter New-York avec ses parents. Bien qu'un peu triste durant les premiers jours d'avoir laissé en France des amis très chers, sa personnalité joviale ne tarda pas à reprendre le dessus et elle se fit rapidement apprécier de ses camarades. Grâce à sa mutation, elle n'eut aucun souci à se faire comprendre, même si Charles insista dès son arrivée pour qu'elle prenne des cours intensifs d'anglais.

Il avait en effet beaucoup réfléchi aux conséquences que les mutations avaient sur la vie de ceux qui les possédaient et il était finalement arrivé à la conclusion que les utiliser constamment n'était généralement pas une bonne solution. Tout comme il essayait d'éviter au maximum d'user de sa télépathie pour obtenir des informations ou pour contraindre les gens à faire quelque chose, de même Elisabeth, l'infirmière de l'Institut, ne soignait avec ses pouvoirs que les blessures graves, et se contentait d'appliquer mercurochrome et pansements sur les coupures superficielles. Il convenait de trouver un équilibre entre utilité et facilité, équilibre auquel il n'était pas évident de parvenir, surtout quand on était un enfant ou un adolescent, mais qui était nécessaire à la vie en société.

Car si au sein du manoir les élèves étaient libres de faire plus ou moins comme bon leur semblait, c'était loin d'être le cas à l'extérieur. Charles était convaincu qu'utiliser sa mutation à tout va en présence d'humains était le meilleur moyen d'augmenter leur jalousie voire leur peur à l'égard des mutants et, à terme, de provoquer la prise de mesures plus restrictives à leur encontre. La mesure et la modération étaient dans cette optique essentielles. C'était d'ailleurs là un de ses points de divergence principal avec Erik qui considérait lui que les mutants ne devraient tout simplement pas avoir à se cacher, en aucune circonstance. Le télépathe comprenait ce point de vue, mais restait persuadé que, tout comme une personne brillante n'avait pas à étaler sa science à tout bout de champ, un mutant faisait mieux de ne pas étaler sa mutation toutes les cinq minutes.

Mais malgré tous ces principes moraux, Charles n'oubliait pas qu'il était le directeur d'une école et qu'il n'était pas dans son intérêt de brider ses étudiants. Au contraire, il les encourageait toujours davantage à repousser leurs limites afin qu'il puisse par la suite savoir le mieux possible à quoi s'en tenir. Il n'était donc pas rare qu'il croise un élève en train de faire une démonstration de ses capacités, bien souvent en extérieur car il craignait tout de même un peu pour son manoir si tous venaient à s'entraîner à l'intérieur.

Dans le cas d'Imogène, cela ne posait toutefois guère de problème. En bon scientifique, le télépathe avait cherché à comprendre comment fonctionnait sa mutation exactement, et il avait fini par conclure que pour ne se faire comprendre que d'une personne, la jeune fille utilisait les ondes cérébrales de son interlocuteur. Elle inventait ainsi instinctivement une forme de langage dont les codes entraient en résonance avec les connaissances et les acquis de celui-ci. Et plus le nombre de personnes à qui elle s'adressait était élevé, plus ce qu'elle disait semblait étrange car elle devait s'exprimer de sorte à interagir avec de nombreuses ondes.

Au contraire, Charles l'avait plusieurs fois entendue parler à Erik dans une langue connue, le polonais, car il était le seul au manoir à le maîtriser. Le Professeur en avait donc finalement déduit que non seulement elle captait les ondes liées à la communication chez son interlocuteur pour se faire comprendre, mais également les ondes des indésirables à portée de voix, pour être sûre cette fois qu'ils ne comprendraient rien. Tout ceci était véritablement fascinant.

Au fil des semaines, elle parvint de mieux en mieux à utiliser sa mutation, d'abord en réussissant à changer d'interlocuteur au sein d'une même phrase, presque sans y penser, ce qu'elle avait eu énormément de mal à faire dans un premier temps. Ce développement rendit les repas relativement difficiles, même si excessivement drôles. On commença même à classer les habitants du manoir selon si la langue que parlait Imogène en s'adressant à eux contenait beaucoup de « k », de « l », de mots en « -org » ou en « -wasa ». Mais réalisant que les plus âgés de l'Institut faisaient souvent les frais de messes basses pas si basses que ça au cours des repas, Charles finit par restreindre l'utilisation de cette mutation, en exceptant le dessert, car il fallait tout de même admettre que voir des gens répondre sérieusement à une phrase qui semblait n'avoir aucun sens était particulièrement amusant.

Finalement, à force de travail, Imogène réussit même à transposer sa mutation par écrit et à composer des codes spécifiques à chaque individu, ce qui lui permettait de faire passer des mots en classe en toute impunité. Cette nouvelle capacité lui avait valu le surnom de Cryptique, qu'elle avait adopté avec grand plaisir tant était grande l'aversion qu'elle portait à son prénom. Mais cette compétence, qu'elle avait prise au départ comme une véritable bénédiction qui lui permettrait de dissimuler à ses professeurs qu'elle avait encore bien du mal avec les verbes irréguliers, se révéla bientôt comme étant un sévère talon d'Achille.

En effet, il ne fallait pas longtemps à une personne versée dans la cryptographie pour percer le code qu'elle avait élaboré, quand bien même elle l'adaptait le plus possible à une seule et même personne. Il apparut de même assez rapidement qu'un enregistrement de ses conversations aboutirait in fine au même résultat. Elle s'évertua donc durant toute la suite de ses études à essayer de tenir compte des particularités des outils d'enregistrement pour aboutir à une forme de brouillage sur les prises de vue ou de son dans lesquelles elle était concernée. Cela s'avéra extrêmement difficile et il lui fallut très longtemps pour parvenir à un résultat moyennement probant.

De plus, si elle réussissait parfaitement à se faire comprendre des autres, elle-même ne parvenait pas à comprendre tout le monde, en particulier les étudiants dotés d'un accent à couper au couteau. Et il ne fallut pas longtemps à Charles Xavier pour découvrir que la jeune fille avait légèrement délaissé ses tableaux de conjugaison et ses listes de vocabulaire pour se laisser aller à la facilité de sa mutation. Ce à quoi il entreprit de mettre fin, au grand dam d'Imogène.


Et voilà ! J'espère que vous aurez compris un peu quand même. ^^'

Bonne fin de journée et à demain !