X-Factor
Note de l'auteur : À partir de ce chapitre, nous basculons dans l'univers des premiers films, c'est-à-dire que je vais faire intervenir de plus en plus les X-Men "originaux", à commencer bien sûr par Scott et Logan... ;-)
Remerciements : Merci beaucoup à fidjet et Gentiane94 pour leur oeil de lynx.
Bonne lecture à tous !
Chapitre 12 : Chrysalide
Depuis qu'il avait commencé à s'intéresser aux mutations, Charles Xavier en avait rencontré de toutes sortes. Des mutations relatives aux éléments, d'autres qui affectaient certains types de matériaux ou qui agissaient sur des tierces personnes, ou encore des mutations physiques qui affectaient le mutant lui-même. Elles pouvaient aussi se distinguer par leur intensité, leur facilité ou difficulté à être contrôlées ou l'âge à laquelle elles se manifestaient pour la première fois. La plupart du temps, une fois révélée, la mutation gagnait en intensité et devenait de plus en plus présente rapidement, mais il arrivait qu'elle mette encore plusieurs années avant d'atteindre sa forme définitive. Ce fut le cas d'Henry McCoy, qui avait eu besoin d'un élément déclencheur puissant pour amener sa mutation à maturité.
Ce fut également le cas d'Emilia Vitelli.
Elle était arrivée au manoir à l'âge de six ans, accompagnée de ses parents qui ne l'y avaient laissée qu'à regret, sous la pression de leur entourage qui avait beaucoup de mal à supporter l'apparence de la petite fille. D'une souplesse anormale - elle se plaisait souvent à marcher cambrée en arrière, la tête entre les jambes - elle présentait de surcroît des pupilles fendues au milieu d'un iris vert tirant vers le jaune. Et quand elle souriait, on pouvait apercevoir deux petites canines pointues et effilées, comme des crochets miniatures qu'elle rabattait à sa guise à la manière des vipères. Mais ces détails mis à part, elle avait tout d'une enfant normale, avec ses longs cheveux bruns et sa peau rosée.
Malheureusement, son regard perçant était suffisant pour en déstabiliser plus d'un et elle avait eu à subir nombre de remarques qui commençaient à affecter son caractère naturellement enjoué, malgré ses changements réguliers d'école. Pour mettre fin à cette situation, ses parents s'étaient résolus à laisser leur fille à l'Institut, mais avaient insisté pour la reprendre chaque week-end dans un premier temps, puis à chaque période de vacances quand elle avait fini par s'intégrer totalement dans l'établissement.
Rapidement Scott Summers, encore adolescent à l'époque, l'avait prise sous son aile, quand on avait compris qu'Emilia possédait une vision thermique qui l'empêchait de distinguer les couleurs normalement. Le jeune homme ne pouvant de son côté voir que dans des nuances de rouge à cause des lunettes qu'il devait porter en permanence s'était alors senti très proche de l'enfant qui rentrait parfois dans de petits meubles qui, n'émettant pas de chaleur, lui étaient totalement invisibles. Mais elle tira partie de ce désavantage et elle apprit bientôt à quel point sa vue pouvait être utile dans l'obscurité, quand les autres ne distinguaient que des ombres informes.
Peu après ses douze ans, Emilia commença à perdre ses cheveux. D'abord ce fut en les démêlant le matin qu'elle se rendit compte qu'ils étaient bien plus présents sur sa brosse et dans le lavabo qu'auparavant. Puis, simplement en passant la main sur son crâne, elle en récupéra à pleines poignées et aucun des shampooings qu'elle utilisa ni aucune des pilules qu'elle prit n'y changea rien. Pendant un long mois elle crut vivre un cauchemar, retrouvant chaque matin des tas de cheveux sur son oreiller. Elle qui en avait été si fière se retrouva un jour complètement chauve, sans aucune raison apparente.
Quelques semaines plus tard, alors qu'elle se faisait peu à peu à l'idée que cela devait faire partie de sa mutation, après tout, les reptiles n'étaient guère connus pour leur pilosité, elle sentit pousser sur son crâne une vingtaine de petites bosses de tailles diverses. À mesure que celles-ci grossissaient, elle commença à être sujette à de violents maux de tête, puis ce fut une douleur continue, lancinante qui l'empêchait de dormir et de penser à autre chose. On consulta des médecins, qui n'avaient jamais rien vu de pareil et qui furent incapables d'établir un diagnostic ou de trouver un remède. Les scanners ne donnèrent aucune information et Hank passa des journées entières dans son laboratoire à essayer de concevoir un anti-douleur qui puisse la soulager, sans succès. On tenta de l'opérer pour lui ôter les grosseurs, mais celles-ci, extrêmement résistantes, semblaient fixées à son crâne et il aurait été risqué de les détacher de force.
Une nuit, près d'un mois après l'apparition du phénomène, le manoir tout entier fut réveillé par un hurlement atroce provenant de la chambre de la jeune mutante. Les professeurs s'y précipitèrent et y furent accueilli par un horrible tableau. Les oreillers étaient couverts de sang et Emilia, qui s'était évanouie sous la douleur, arborait désormais sur sa tête de nombreux petits serpents de toutes sortes qui s'agitaient en sifflant au milieu des débris de ce qui avait été leur œuf. Elle fut transportée d'urgence dans le laboratoire de Hank qui passa plusieurs heures à débarrasser la tête de la jeune fille des morceaux de coquilles qui y étaient encore plantés pour que la cicatrisation de sa peau autour des corps des serpents puisse se faire sans encombre. Ceux-ci commencèrent par s'agiter en tout sens, comme pour se protéger, mais semblant comprendre que le scientifique ne leur ferait pas de mal, finirent par s'écarter légèrement les uns des autres pour lui faciliter la tâche.
Emilia se réveilla le lendemain la tête enroulée dans des bandages et des sifflements plein les oreilles. Elle refusa de se regarder dans une glace pendant près d'une semaine, mais l'insistance de ses camarades finit par la convaincre. Face à son reflet, elle fut saisie d'une crise de fou rire nerveux qui se transforma en crise de larmes. Elle leva une main tremblante vers les reptiles qui constituaient comme une chevelure macabre et ceux-ci s'enroulèrent affectueusement autour de ses doigts, comme pour la rassurer. Elle s'enferma une semaine dans sa chambre, apprenant à connaître ceux avec qui elle allait désormais partager sa tête, qui n'étaient pas tous de la même espèce et qui semblaient chacun avoir leur personnalité propre. Elle donna un nom à chacun d'entre eux et se surnomma elle-même Médusa, tout en espérant qu'elle ne se réveillerait pas un jour avec la capacité de changer les gens en pierre d'un simple regard.
Quand elle sortit enfin de sa chambre, ce fut avec un pas assuré et un grand sourire, même si Charles regrettait de lire dans les yeux de cette adolescente, presque encore une enfant, la maturité des gens qui ont vécu trop de choses difficiles trop tôt. Le télépathe se réjouit néanmoins de voir que ses parents, malgré un mouvement de recul involontaire lorsqu'ils la revirent pour la première fois après sa transformation, ne se montrèrent pas moins aimants qu'auparavant.
Il fallut encore plusieurs jours à Emilia pour qu'elle supporte réellement son apparence et qu'elle ne sursaute pas à chaque fois qu'elle croisait son reflet. De même, il lui fallut un certain temps pour parvenir à trouver une position confortable pour dormir, sans écraser les serpents qu'elle apprenait doucement à aimer. Elle se résolut à acquérir un appui-tête semblable à ceux qui se faisaient dans l'Égypte antique, qui malgré leur aspect inconfortable lui permettait de dormir sans étouffer personne. Il apparut d'ailleurs assez rapidement que même si elle dormait, il y avait toujours un reptile pour garder les yeux ouverts et qu'il était donc presque impossible de la surprendre dans son sommeil. Même s'il était déjà de notoriété publique que se frotter à elle dans l'obscurité était une mauvaise idée.
Dans les premiers mois qui suivirent ce douloureux événement, Emilia passa près de la moitié de son temps dans le laboratoire de Hank qui était fasciné par la manière dont les serpents pouvaient vivre avec seulement la moitié de leur corps. Il découvrit qu'il n'était pas vraiment nécessaire de les nourrir, ceux-ci profitant de ce que ne consommait pas le cerveau. À l'inverse, les nourrir donnait plus de grain à moudre à l'organe qui devait alors éliminer ce qu'il ne pouvait pas utiliser. Sachant que celui-ci consommait presque exclusivement du glucose, Hank avait essayé un jour de donner aux serpents des morceaux de sucre et Emilia avait passé le reste de la journée complètement surexcitée, l'esprit en ébullition, comme dopée. De peur de développer une étrange addiction, elle décida de ne pas retenter l'expérience, par sécurité.
La naissance des serpents avaient aussi occasionné le développement à l'arrière de sa tête d'une poche à venin, dont elle ne découvrit l'existence qu'après avoir mordu accidentellement un de ses camarades qui se retrouva à l'infirmerie pendant plusieurs jours.
Les choses en restèrent là pendant quelques années, durant lesquelles ses serpents grandirent jusqu'à ce que la peau de son crâne ne soit plus du tout visible sous les entrelacs qu'ils formaient. Tous les occupants du manoir avaient fini par s'habituer à eux, tant et si bien que certains élèves avaient une préférence pour l'un ou l'autre reptile qu'ils ne manquaient jamais de gratter sous le menton de temps à autre, pour leur plus grand plaisir.
L'hiver de ses dix-sept ans, lorsqu'il neigea pour la première fois, personne ne fut vraiment surpris qu'elle décide de rester au chaud dans son lit plutôt que de sortir dans le parc, Emilia se rapprochant bien souvent des animaux à sang froid dans son comportement. Par contre, on le fut davantage quand elle ne descendit pas dans la soirée pour se poser au coin du feu, comme elle en avait pris l'habitude. Charles, qui avait fini par apprendre à ne pas effleurer l'esprit de ses étudiants à tout bout de champs pour respecter leur vie privée, demanda à Scott d'aller voir si tout allait bien ou si elle avait besoin de quelque chose. Celui-ci redescendit quelques minutes plus tard pour leur dire qu'apparemment elle muait, que c'était assez désagréable, surtout à voir, et qu'elle préfèrerait qu'on la laisse tranquille ou qu'on aille voir chez les Grecs si elle y était.
Sagement, on se contenta de demander à Kitty de déposer le matin et le soir un plateau-repas dans sa chambre à travers la porte et on ne l'importuna plus. Trois jours plus tard, elle descendit au petit-déjeuner en arborant ses serpents plus fièrement que jamais, ainsi qu'un visage dépourvu de sourcils et une peau entièrement recouverte d'écailles noires, vertes et bronze. Un grand silence tomba sur la tablée mais son regard jaune les dissuada de faire le moindre commentaire, ce dont tout le monde se garda bien.
Excepté Alex qui, se voulant spirituel, ne put s'empêcher de conclure avec un sourire en coin :
« Au moins tu as toujours ton nez. »
Et voilà ! Cette mutation fait partie des premières idées que j'ai eues pour ce défi, parce que ça m'amusait beaucoup d'imaginer quelqu'un avec des serpents sur la tête. Par la suite, bien sûr, mon envie de tout rationaliser s'en est mêlée et du coup, Emilia n'a pas eu une histoire très drôle...
J'espère que ça vous a plu et je vous dis à demain ! ^^
