X-Factor

Note de l'auteur : Me revoilà avec un OS pas très gai, mais j'espère qu'il vous plaira quand même. ^^

Remerciements : Merci à fidjet et à Gentiane94 à qui j'en aurais fait voir de belles...

Bonne lecture !


Chapitre 15 : Sur le fil

Quand il regardait tous les élèves qui habitaient le manoir, Charles était fier de pouvoir annoncer que beaucoup le considéraient comme une deuxième maison ou même parfois comme leur maison tout court. Il se souvenait de ses années dans divers internats d'Amérique et plus tard de ses études à Oxford avec des sentiments mitigés, mais il ne se souvenait pas s'être jamais senti chez lui dans ces établissements. L'un de ses buts en créant l'Institut avait été de faire en sorte qu'il soit plus qu'une simple école et que les jeunes mutants qui n'avaient nulle part où aller puissent s'y sentir aussi accueillis que possible.

Si son dessein avait été en grande partie accompli, il arrivait tout de même de temps à autre qu'un élève voit le manoir comme un internat ordinaire, voire ne s'y sente pas forcément à sa place. En vérité, ça n'était arrivé que quelques rares fois et toujours dans des circonstances particulières. Il y avait eu ce garçon dont la mutation discrète – il parvenait à changer la couleur de ses yeux – avait causé chez lui un profond sentiment d'infériorité qu'il n'avait jamais réussi à surmonter et qui était parti à l'université aussi rapidement qu'il l'avait pu, sans jamais reprendre contact avec quiconque à l'Institut. Il y avait eu cette petite fille qui n'avait jamais surmonté la douleur de sa séparation avec sa fratrie et qui avait quitté le manoir après deux années difficiles.

Et puis il y avait eu Nozomi Tsuno. À elle seule, elle avait incarné un condensé de tous les problèmes que les professeurs étaient parfois amenés à gérer, qu'ils soient liés à son absence de travail, à son absence tout court, ou à ses relations compliquées avec sa famille.

Elle était arrivée à l'Institut à l'âge de douze ans, encadrée par ses deux parents, droits comme des i et fiers comme des paons. Charles se souvenait très bien de cet entretien, l'adolescente aux vêtements parfaitement repassés et au chignon serré était restée silencieuse pendant que ses parents expliquaient ce qu'ils attendaient de sa scolarité. Il fallait absolument que leur fille continue de pratiquer les activités dans lesquelles elle excellait, le piano, la gymnastique, le dessin, et il était impensable que sa formation intellectuelle pâtisse du fait qu'elle était une mutante. Ils n'avaient fait le trajet depuis le Japon qu'en raison des résultats universitaires brillants du docteur Xavier et parce qu'ils pensaient qu'il serait à même de fournir l'éducation que leur fille méritait. Ils s'attendaient à ce qu'elle continue à pratiquer quotidiennement les quatre langues qu'elle apprenait pour affermir son niveau et ses bulletins devraient être envoyés chaque mois, afin qu'ils puissent vérifier que son parcours restait sans faute.

Inquiet du mutisme de sa future élève et désireux de faire taire ses parents bien trop envahissants, il lui demanda si elle-même était enthousiaste à l'idée de venir au manoir. Celle-ci répondit gracieusement d'un sourire poli et d'un petit signe de tête. Incitée par sa mère, elle en profita pour se lever et faire une démonstration de sa mutation. Montant sur le dossier de la chaise, elle effectua des figures complexes en équilibre sur la pointe des pieds et devant l'air surpris du télépathe, le monsieur Tsuno annonça avec fierté que sa fille était incapable de perdre l'équilibre et qu'elle pouvait tenir debout sur n'importe quelle surface, aussi petite fusse-t-elle.

Après cela, Charles avait signé les papiers réglant l'entrée de Nozomi à l'Institut, qui se tiendrait à la rentrée prochaine, ses parents souhaitant qu'elle n'abandonne pas l'année scolaire en cours dans l'établissement où elle était à ce moment. Une fois la porte fermée, il avait poussé un long soupir en fermant les yeux. Si seulement il avait su la situation que cette inscription allait engendrer...

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Lorsque Nozomi était arrivée pour la rentrée en septembre, il avait été très rapidement visible qu'elle n'appréciait absolument pas d'être là. Loin de ses parents, elle avait abandonné toute prétention de fausse amabilité et se contentait avec ses professeurs et même ses camarades d'une politesse aussi froide qu'irréprochable. Elle n'aimait pas le fait d'être coupée du monde dans le manoir, ayant l'habitude de vivre en métropole depuis sa plus tendre enfance, entourée d'une activité incessante. Elle en voulait beaucoup à ses parents de l'avoir obligée à abandonner à Nagasaki ses amis les plus proches et même après plusieurs semaines, elle ne montra aucune volonté de se mêler aux autres élèves de l'école.

Rapidement, elle commença aussi à ne pas se présenter en cours mais s'organisant pour ne pas manquer deux séances d'affilée d'une même matière et pour toujours être là aux examens. Examens qu'elle passait toujours haut la main. Charles la convoqua dans son bureau au milieu du mois de février et il comprit rapidement que la jeune fille espérait qu'il enverrait à ses parents un rapport défavorable qui lui permettrait de rentrer au Japon.

Le Professeur s'en ouvrit à monsieur et madame Tsuno qui lui répondirent assez vertement qu'au vu des résultats de leur fille ils ne voyaient vraiment pas où était le problème. Devant cet échec patent, Nozomi changea alors radicalement de stratégie et entreprit de ne plus sortir de sa chambre, sauf pour se nourrir, ce qu'elle faisait toujours au milieu de la nuit et pour participer aux week-ends survie organisés par Logan dans les bois. C'était étonnamment le seul cours qu'elle acceptait encore de prendre, tant et si bien que Charles finit par demander au mutant de discuter avec elle pour tenter de lui faire entendre raison. Comme elle semblait en avoir l'habitude, elle écouta et acquiesça très poliment, mais ne changea en rien son comportement.

Au mois de mars le télépathe fit savoir à ses parents que sa patience avait ses limites et que si l'adolescente n'avait vraiment pas envie d'étudier à l'Institut, il était sans doute préférable qu'elle retourne chez elle et qu'elle reprenne sa scolarité au Japon. Deux jours plus tard, ceux-ci vinrent la chercher et il s'écoula à peine une heure avant qu'ils ne repartent, presque sans un mot. La jeune fille ne quitta pas son père du regard tandis que sa mère pliait efficacement les quelques vêtements qu'elle avait apportés. Pendant tout ce temps, aucun des trois ne manifesta le moindre sentiment et quand Charles effleura leurs pensées, il se retrouva face à un mur blanc, sans doute issu de pratiques méditatives. Il ne pénétra pas plus avant dans leurs esprits, mais le télépathe espéra de tout cœur qu'il ne venait pas de jeter l'agneau dans la gueule du loup. Il avait définitivement un très mauvais pressentiment mais maintenant que l'adolescente semblait obtenir ce qu'elle voulait, il lui était très difficile de faire quoi que ce soit.

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Après le départ tendu de Nozomi, Charles s'attendait à tout sauf à ce qu'elle se présente de nouveau aux portes de l'Institut six mois plus tard. Cette fois-ci elle était seule, une petite valise à la main, amaigrie, les traits tirés et les yeux rougis. D'un geste impérieux, elle incita le télépathe à entrer dans sa tête et ne se laissa opposer aucun refus malgré les réticences de celui-ci.

À contrecoeur, il se plongea dans ses souvenirs et assista à son retour à Nagasaki. Il vit comment ses parents l'avaient forcée à prendre des cours par correspondance jusqu'à la fin de l'année scolaire avant de pouvoir espérer réintégrer son école à la rentrée suivante. Elle avait été pleine d'entrain dans un premier temps, mais elle avait rapidement réalisée que malgré leurs air calme, ses parents n'étaient absolument pas prêts à la laisser s'en tirer sans conséquences et ils avaient fermement refusé qu'elle quitte la maison. Enfermée dans sa chambre, elle avait essayé de s'échapper par la fenêtre mais avait rapidement été rattrapée par la police qui, devant l'absence de traces de blessures avait refusé de croire à une quelconque séquestration. Elle avait appris plus tard que l'inspecteur avait été grassement payé par son père.

Sa mère lui avait assuré que tout était fait pour son bien, qu'elle les remercierait plus tard, que ça ne durerait que quelques mois avant qu'elle puisse retourner à l'école, que ça passerait vite. Alors elle avait rongé son frein, s'était assagie, avait fait tout ce qu'on lui demandait, s'accrochant à ce qui lui était promis. Elle avait passé ses grandes vacances à rattraper les cours qu'elle avait manqués à l'Institut et à prendre de l'avance sur le programme de l'année suivante.

Et quand au mois de septembre elle était enfin retournée dans son école, un an après en être partie, elle ne fut accueillie que par des regards méfiants, apeurés, dégoûtés. Le bruit avait couru sur ce qu'elle était, une mutante, si dangereuse que ses parents avaient même dû l'enfermer, eux qui n'auraient jamais fait de mal à une mouche. Et plus elle se débattait contre les rumeurs plus celles-ci s'enroulaient autour d'elles, comme une toile d'araignée dont elle ne parvenait pas à se défaire. Même ses plus proches amis semblaient se renfermer à son approche, allant jusqu'à refuser de lui communiquer l'adresse que sa meilleure amie avait laissé quand elle avait déménagé, quelques mois plus tôt. Folle de rage, elle avait fini par en venir aux mains et avait envoyé un de ses camarades à l'hôpital. Elle avait découvert à cette occasion que sa mutation, en plus de lui accorder une grande souplesse et un équilibre à toute épreuve semblait aussi augmenter sa force physique, même si elle aurait nettement préféré ne pas le savoir. Il avait fallu toute l'influence de son père pour qu'elle ne soit pas expulsée de l'établissement.

Après cet incident, elle avait été évitée comme la peste. Ceux qui étaient auparavant persuadés qu'elle était dangereuse se voyaient confortés dans leurs positions et ceux qui en doutaient voyaient leurs suspicions confirmées. Haïssant sa mutation qui l'empêchait d'être comme tout le monde, elle en vint à haïr ceux qui avaient exposée celle-ci au grand jour, l'empêchant de la dissimuler comme il lui aurait été si facile de le faire. Lorsqu'elle de décida à ne plus aller en cours et à refuser d'être la petite fille modèle qu'elle était destinée à être, son père s'énerva pour la première fois de sa vie et une dispute violente s'ensuivit. L'adolescente avait hurlé, injurié et brisé des objets dans sa rage. Enfermée derechef dans sa chambre, elle avait préparé une petite valise avant d'enfoncer sa porte à coup de pieds. Elle avait couru dans le salon et avant que ses parents surpris n'aient pu faire un geste, elles les avait assommés et avait pris les économies que sa mère gardait toujours derrière le tableau du salon.

Elle ne savait pas comment elle avait réussi à prendre un avion pour New-York mais elle était certaine de ne plus jamais vouloir remettre les pieds au Japon de nouveau et si le Professeur n'acceptait pas de la reprendre à l'Institut, elle partirait et disparaîtrait définitivement de la carte.

Charles n'avait pas eu besoin d'affronter le regard décidé de la jeune fille pour l'accueillir de nouveau. Il ne connaissait que trop bien ce genre de circonstances et il ne lui fut pas été très difficile d'inciter les Tsuno à penser que leur fille serait bien mieux à l'Institut.

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Les années qui suivirent furent plus calmes. Nozomi s'inséra lentement dans la vie du manoir. Elle se rapprocha des élèves qui comme elle n'avait pas eu une enfance facile. Elle alla à tous les cours, fit ce qu'il fallait pour maintenir un niveau scolaire correct mais abandonna toutes les activités qui avaient un temps été les siennes, exceptée la gymnastique, qu'elle pratiqua de plus en plus intensément à mesure que le temps passait.

Comme les autres, elle s'inventa un surnom, Libra, et l'on fut bien incapable de savoir si elle l'avait choisi en référence à sa mutation parce qu'il signifiait « balance » en latin, ou bien en raison de ses similitudes avec le mot liberté. Car malgré les efforts de tous pour la faire se sentir chez elle et malgré les discours du professeur Xavier, elle ne put jamais s'empêcher d'associer l'Institut à la fin d'une vie qu'elle savait imparfaite, mais qu'elle avait tout de même profondément aimée.

Et quand elle disparut le lendemain de ses dix-huit ans, ne laissant derrière elle que la carte de visite d'un cirque et une copie de son acte d'engagement en tant que funambule, personne ne fut vraiment surpris mais tout le monde espéra qu'elle s'y sentirait enfin à sa place.


Parce que malgré tout mon amour pour l'Institut Xavier, il fallait bien que quelqu'un ne s'y sente pas tout à fait à sa place...

N'hésitez pas à laisser un message et à demain ! ^^