X-Factor

Note de l'auteur : Pour tous ceux qui apprécient le personnage de Jean Grey et qui seraient étonnés de ne pas le voir apparaître dans cette fic, sachez que ce n'est pas parce que je la déteste et que je l'ai sciemment supprimée. Certes, je n'ai jamais particulièrement aimé ce personnage (surtout depuis que je shipe Scott et Logan), mais je ne fais pas non plus un Jean!bashing systématique. En vérité, tous les mutants de l'univers original que je fais participer à cette histoire ont un rôle, même minime, à l'Institut et il s'avère qu'y introduire Jean, ne serait-ce que pour qu'elle fasse partie des meubles, ne trouvait aucune utilité à mes yeux. Je m'excuse donc auprès de ceux à qui ce personnage manquerait...

Remerciements : Merci à fidjet qui a particulièrement aimé ce chapitre et à Gentiane94 qui m'a permis de corriger quelques incohérences et ambiguïtés...

Avertissement : À partir de ce chapitre, sera présent le couple Scott/Logan, ceux qui ne l'apprécient pas pourraient s'en trouver gênés donc je préfère préciser. ;-)

Bonne lecture !


Chapitre 17 : À mon seul désir

« Vous voulez qu'il revienne.

- Pardon ?

- Ce que vous voulez le plus au monde, c'est qu'il revienne. »

Charles recevait dans son bureau un enfant qui allait sans doute devenir un élève de son école. Ethan Mallow était un garçon de dix ans, dont la mutation discrète s'était manifestée très tôt mais avait été dissimulée par ses parents qui avaient tenté de faire comme si de rien n'était. D'aspect fragile, il avait la peau diaphane de ceux qui n'ont pas passé beaucoup de temps à l'extérieur, les cheveux blonds et bouclés et de grands yeux bleus qui reflétaient une maturité bien plus grande que celle des autres enfants de son âge. À ses côtés sa mère, une petite femme à l'air nerveux jetait tantôt des regards désespérés à son fils, tantôt des regards désolés et gênés au télépathe.

« Je suis désolée monsieur Xavier, commença-t-elle en triturant le sac à main qu'elle avait sur les genoux, il est...enfin...il peut savoir ce que les gens désirent le plus vous voyez ? Et une fois qu'il le sait, il ne peut pas s'empêcher de le dire, nous n'avons jamais vraiment réussi à le faire taire. »

Le ton amer de la femme à la fin de sa phrase incita le Professeur à effleurer son esprit. L'image du petit garçon annonçant à sa mère que son père désirait plus que tout filer le grand amour avec une de ses collègues lui apparut si clairement que la scène aurait pu se produire devant ses yeux. Il tâcha de garder un visage avenant alors qu'il comprenait que la femme tenait vraisemblablement son fils pour responsable de l'échec de son mariage, une attitude qui ne le renvoyait que trop à sa propre enfance, qui n'avait pas été des plus heureuses.

« Ne vous en faites pas madame Mallow, dit-il avec un sourire, nous accueillons des étudiants de tout âge qui pour certains n'arrivaient absolument pas à maîtriser leur mutation en arrivant ici. C'est notre travail que de faire en sorte qu'ils finissent par y parvenir.

- Vous pouvez le prendre alors ? s'enquit-elle sans cacher complètement la note d'espoir contenue dans sa voix.

- Cette école existe depuis assez longtemps, répondit Charles, mais nous sommes pour l'instant loin d'être à court de places.

- Vous m'en voyez ravie, souffla-t-elle avec un rire nerveux.

- Maman voudrait vraiment reprendre une vie normale sans moi, dit le petit garçon d'un ton neutre sans quitter le télépathe des yeux.

- Ethan ! » s'exclama-t-elle en ayant la décence de rougir quelque peu.

L'enfant n'ouvrit plus la bouche pendant toute la durée de l'entretien, qui fut en somme relativement bref. La femme semblait vouloir remplir les papiers au plus vite et Charles n'avait aucunement le désir de la ralentir. Pendant ce temps, le regard d'Ethan fit le tour de la pièce et se posa sur les étagères couvertes de livres à s'en briser, la grand fenêtre ouverte sur le jardin, avant de s'arrêter sur les photos des différents habitants de l'école qui ornaient le bureau du Professeur. Celui-ci pouvait voir dans ses yeux une lueur de curiosité et, plus ténue, une lueur d'envie.

Quelques minutes plus tard, après avoir réglé les dernières formalités, les Mallow quittèrent le manoir, tous deux pleins d'espoir. De son côté, Charles se laissa aller dans son fauteuil et se passa une main sur les yeux. Lire le plus profond désir. Quelle mutation fascinante. En l'espace de seulement une minute, Ethan avait remis en cause une de ses plus grandes convictions.

Lorsqu'il avait commencé à explorer toutes les capacités de sa mutation, qu'il avait compris que désormais il pourrait lire dans l'esprit des autres comme dans un livre ouvert, il avait pensé qu'il s'agissait là du contact le plus intime qu'une personne pouvait avoir avec une autre. Pendant les années qui avaient suivi, il avait été persuadé, non sans un certain orgueil, qu'avoir accès aux pensées d'autrui, aux secrets les mieux dissimulés d'un individu, aux projets, aux ambitions, aux opinions, lui donnait le droit d'affirmer qu'il savait tout d'une vie. Comme il avait eu tort.

Il était si facile de se mentir à soi-même et même de mentir aux autres en triant ses pensées et en choisissant de mettre en avant celles qui reflèteraient une image satisfaisante de soi-même ou celles qui renverraient l'image que l'on jugerait la plus vraie. Mais personne ne pourrait dissimuler à Ethan ce qu'il désirait le plus profondément, parfois inconsciemment. Charles bien sûr décelait les envies, mais il était obligé d'effectuer un travail de tri avant de pouvoir déterminer qu'elle était celle qui prédominait, et pour peu qu'elle soit enfouie et reléguée comme un élément négligeable, il était susceptible de passer totalement à côté. De passer à côté de ce qui finalement définissait le plus intimement une personne.

Car le désir profond était fondamentalement égoïste, ne tenait compte de rien que des pulsions les plus intrinsèques à l'individu, ne s'embarrassait d'aucun code moral et n'avait aucunes limites. Il était voué à être remplacé sitôt qu'il était assouvi, car l'homme était par nature insatisfait. Ethan était la preuve vivante que même le plus heureux des hommes ne pouvait avoir tout ce qu'il désirait. Charles voulait que l'Institut attire de plus en plus de jeunes mutants, il voulait que tous les jeunes qu'il accueillait grandissent dans la joie et puissent être heureux et fier de ce qu'ils étaient, mais il voulait qu'Erik revienne. Il voulait que cet homme dont il ne partageait pas les valeurs, dont il condamnait les emportements et qui lui avait finalement fait plus de mal que de bien lui revienne. Et ça ne servait plus à rien de tenter de le nier.

o0o

« Et moi qu'est-ce que je veux le plus ?

- Non, moi d'abord ! »

Derrière ses lunettes rouges, Scott leva les yeux au ciel avec un léger sourire. Les derniers jours avaient été plutôt calmes, mais depuis que le nouvel élève était arrivé, les plus jeunes mutants de l'établissement semblaient en constante effervescence. Traditionnellement, une heure était prévue tous les soirs après le repas pour que les enfants puissent s'amuser ensemble dans la salle de jeux qui leur était réservée au rez-de-chaussée. Entre les jeux de sociétés, les innombrables livres, la télévision et les quelques ordinateurs, chacun y trouvait son compte et c'était généralement un des moments les plus appréciés de la journée.

Mais ce soir, tous semblaient avoir délaissé les possibilités de la pièce pour s'asseoir en cercle autour d'Ethan, qui ne savait plus vraiment où se mettre. Scott pouvait lire sur son visage qu'il était aussi gêné que ravi de se trouver au centre de l'attention. Tous ses camarades, imperméables à l'idée qu'un désir puisse ne jamais être assouvi ou être complètement irréalisable, souhaitaient savoir ce qu'ils voulaient le plus, comme s'il s'agissait d'établir une sorte de liste de cadeaux de Noël. Cyclope échangea un regard amusé avec Ororo qui s'était assise en tailleur au sol aux côtés des enfants, arborant le sourire doux qui lui était propre.

Ces désirs étaient somme toute assez simples. Plusieurs voulaient juste revoir leurs parents, ou bien devenir des mutants accomplis, l'un voulait absolument avoir une petite sœur, une autre voulait rencontrer Harry Potter et avait d'autorité décrété que le nom de code d'Ethan serait Riséd, une autre voulait aller vivre au Japon et un autre encore voulait littéralement « devenir comme le professeur Summers parce que monsieur vous êtes carrément trop stylé. »

À ces mots, Scott eut une légère quinte de toux tout à fait opportune et l'homme sur lequel il était à moitié affalé ne cacha pas son ricanement. Comme il en avait pris l'habitude depuis plusieurs semaines, Logan était venu aider Scott et Ororo à surveiller les enfants lors de la soirée, ce qui lui permettait de passer un peu plus de temps avec son amant. Faussement irrité, Cyclope lui donna un léger coup de coude avant de se positionner plus confortablement sur lui. Ils observèrent en silence la fin de la « distribution » et bientôt, il fut l'heure d'emmener les enfants se coucher.

Ororo ouvrit la marche, portant le plus jeune qui n'avait que quatre ans et qui s'était endormi sur ses genoux, et Scott et Logan sortirent en dernier, juste après Ethan. En arrivant à l'étage, dans l'aile des chambres, celui-ci s'arrêta brusquement et se tourna vers eux, l'air étonnamment grave.

« Vous voudriez voir la couleur de ses yeux, dit-il en se tournant vers Scott qui se figea imperceptiblement. Vous voudriez vieillir avec lui », reprit-il après un instant de silence, cette fois à destination de Wolverine.

Puis, comme sortant d'une transe, l'enfant leur jeta un coup d'oeil rapide avant de rougir légèrement et de rentrer rapidement dans son dortoir. Les deux mutants restèrent quelques instants immobiles au milieu du couloir avant de se diriger de concert vers leur chambre, de l'autre côté du manoir. Une fois à l'intérieur, Scott alluma sa lampe de chevet et se retourna vers Logan, qui était étonnamment silencieux, pour une raison évidente. Quand ils avaient commencé à sortir ensemble, ils ne s'étaient pas préoccupés des détails de leur relation. Relation qui avait de toute façon commencé de manière plutôt...physique. Mais cela faisait maintenant plus d'un an que cela durait et la passade s'était peu à peu transformée en quelque chose de plus sérieux, de plus durable. Même s'ils n'en avaient jamais vraiment parlé, la question de la régénération des cellules de Logan, phénomène qui l'empêchait de vieillir, planait en permanence dans l'air comme une épée de Damoclès.

Perdu dans ses pensée, ce dernier n'entendit pas son amant approcher et il ne revint à lui que quand il sentit une main se poser sur sa joue.

« J'ai fini par m'habituer à ne voir le monde que dans des nuances de rouge, souffla Scott, et même si tu penses que je m'inquiète pour tout et n'importe quoi comme un petit vieux, je peux t'assurer que j'ai encore de belles années devant moi, dit-il avec un sourire en coin. Nous aurons bien le temps de trouver une solution ou de nous entretuer avant que ta mutation ne pose vraiment problème. Et puis, reprit-il après un petit silence, comme le disait un vieux barbu, ça ne fait pas grand bien de s'installer dans les rêves en oubliant de vivre. »

Et sur ces mots, il posa sur les lèvres de l'autre un baiser chaste qui ne le resta pas bien longtemps.


Voilà ! J'espère que ça vous a plu. En tant que fan inconditionnelle d'Harry Potter, le surnom d'Ethan ma légèrement sauté aux yeux, et il a absolument fallu que je l'intègre à l'histoire. Même si je ne suis pas sûre que les bouquins aient été connus des élèves dans la temporalité que j'ai choisie pour cette fic... Enfin bref, ce n'est qu'un détail. ^^

Je suis également contente d'avoir intégré le couple que forment Scott et Logan, ce que je n'avais pas prévu de faire à la base mais qui est arrivé finalement assez naturellement. Je crois que ça me manquait trop de ne plus pouvoir écrire sur Erik et Charles. XD

Sur ce, je vous souhaite une bonne fin de journée et je vous dis à demain !